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ATAXIE LOCOMOTRICE. — NATURE DE LA MALADIE

mei le malade, et qui n’existe jamais chez l’ataxique à aucune période de l’affection.

Les crampes , en particulier celle des écrivains, sont trop limitées pour que le doute puisse durer longtemps. Les tremblements dus à des intoxications ne tarderont pas non plus à être rapportés à leur véritable cause, ils sont accompagnés de symptômes généraux sur lesquels nous n’avons pas h nous étendre ici, et qui suffiraient à eux seuls pour écarter tout sujet d’erreur.

La paralysie générale avec ou sans délire a plus d’un lien de parenté avec l’ataxie locomotrice. Parfois au début, mêmes troubles oculaires, mêmes céphalalgies ; ce qui aide à les distinguer, c’est, d’une part, l’embarras de la parole, les tremblements fibrillaires des orbicuiaires des lèvres et des muscles de la langue, qui, souvent passagers ou n’existant même pas dans l’ataxie, marquent le début de la paralysie générale et persistent jusqu’à la fin. La station verticale est encore possible chez le paralytique avancé, elle offre chez l’ataxique les difficultés que nous avons longuement détaillées; quand le paralytique est condamné à l’immobilité, ce n’est pas à cause de l’incohérence de ses contractions musculaires, c’est à cause de sa faiblesse ; ses jambes plient sous lui, il marche les genoux fléchis, entraînant les pieds sur le sol; l’ataxique roidit ses jambes, les détache vigoureusement et les lance en avant : d’un côté, faiblesse musculaire croissante ; de l’autre, contractilité longtemps conservée. Il en est de même de Y alcoolisme chronique, où les accidents du côté du système musculaire appartiennent aux paralysies proprement dites.

Il nous reste à signaler encore l’ataxie sous la dépendance de tumeurs du cervelet. Duchenne (de Boulogne), qui lui donne le nom d’fur esse du cervelet, de titubation vertigineuse, affirme que le diagnostic entre cette affection et l’ataxie vraie est toujours facile. Nous ne le pensons pas, car elles ont bien des symptômes communs. Ce n’est qu’en étudiant longuement la marche de la maladie qu’on peut arriver à fixer le diagnostic. Les incertitudes ne sauraient d’ailleurs avoir de conséquences graves dans ces cas.

Le pronostic de l’ataxie locomotrice est toujours grave. Cette maladie, dont la durée, comme nous l’avons dit déjà, est variable, ne guérit pas. S’il est possible d’arriver à des périodes de rémission dans lesquelles les accidents semblent rétrograder, s’arrêter dans leur marche envahissante, il est bien plus commun de la voir suivre une marche progressive. Alors avec la débilitation générale surviennent des désordres dans les grandes fonctions, l’épuisement en est la conséquence, quand une affection intermittente 11e vient pas hâter la fin d’une existence fatalement limitée. Les mots de Romberg sont d’une triste exactitude : « Nul espoir de guérison ne luit pour ceux qui en sont atteints ; tous sont condamnés sans appel. <> Peut-être trouvera-t-on cette sentence trop absolue ; il existe dans la science des faits de guérison à peu près certains; mais ils sont si rares, qu’ils ne peuvent guère servir à modifier le pronostic ; toutefois, ils sont un encouragement à persévérer dans les recherches thérapeutiques.

§ VIII. —Nature de la maladie.

Qu’est-ce donc que cette maladie qui, prenant l’homme dans la période active de la vie, au moment où ses forces sont arrivées à leur complet développement, le réduit à l’impuissance, le frappe d’une caducité anticipée ? Trousseau, avec toute

NEVROSES.

l’autorité de son talent et de sa longue expérience, déclare formellement que pour lui « l’ataxie locomotrice est une névrose donnant lieu à des accidents congestifs qui ont généralement pour conséquence de déterminer du côté des appareils nerveux, et plus particulièrement dans les cordons postérieurs de la moelle, dans les racines correspondantes, un travail pathologique d’une nature particulière, point de départ des lésions matérielles », dont nous avons exposé les caractères. Cette interprétation doit-elle être acceptée sans conteste? La vieille dénomination de tabes dorsualis faisait naître dans l’esprit l’idée d’une affection chronique de la moelle, complexe il est vrai, confusément entrevue, nous l’accordons encore, mais du moins localisée quelque part, commençant en un point, et s’étendant de là progressivement vers d’autres régions. Il n’v avait pas bien loin d’elle aux myélites chroniques, et il faut bien l’avouer, il y a pour tout observateur impartial bien des points de contact; loin de nous l’idée de les confondre, de vouloir revenir en arrière, et de retomber par une systématique négation dans le chaos d’où tant de recherches ont tiré l’ataxie ; mais cependant nous croyons encore qu’il manque quelque chose à ces recherches elles-mêmes. Le fait de Gubler, où les lésions de la moelle ont si peu répondu à ce que tous les symptômes observés pendant la vie permettaient de prévoir, est un argument puissant à la manière de voir de Trousseau ; mais c’est le seul fait connu jusqu’à présent, et encore on y a noté l’injection de la moelle; si les faisceaux postérieurs n’ont pas été trouvés atrophiés, si Gubler, Luys (1) et Duchennc n’ont pas vu au microscope les altérations habituelles, ils ont reconnu que les nerfs optiques, leurs bandelettes, l’un des nerfs de la troisième paire crânienne, avaient subi la dégénérescence gélatineuse. Le doute est donc permis encore ; dans celte incertitude de la place que doit occuper définitivement un jour l’ataxie locomotrice dans le cadre nosologique, il n’y avait d’ailleurs nul inconvénient à la rapprocher des névroses complexes. Nous laisserons donc le champ libre aux interprétations, avouant humblement que nos connaissances actuelles ne nous semblent pas encore assez précises pour nous autoriser à trancher une question encore litigieuse.

§ IX. — Physiologie pathologique.

Le phénomène incoordination des mouvements est l’un des signes pathognomoniques de l’ataxie locomotrice. Nous avons vu dans la symptomatologie en quoi il consistait, comment il se présentait; et, le suivant dans sa marche, nous I avons montré d’abord dans les membres inférieurs, puis se propageant peu à peu vers les membres supérieurs. Nous avons insisté sur le secours puissant qu apportait l’organe de la vision à l’exécution de mouvements qui devenaient impossibles dès que les yeux étaient fermés, mais nous n’avons rien dit encore des rapports qui liaient ce phénomène à des troubles d’une partie du système nerveux. Que se passe-t-il dans l’appareil locomoteur d’un individu atteint d ataxie? Quels soûl, dans la physiologie dei mouvements, les désordres apportés par la lésion ?

L’accomplissement d’un mouvement est un acte complexe dans lequel deux temps bien distincts peuvent être isolés. Que l’habitude tende de plus en plus a rapprocher ces deux temps, qu’il y ait même, si l’on veut, quelque chose d automa-

(1) Luys, Lésions histologique s de la substance grise de la moelle ( Gazette médicale , 1860).

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