ATAXIE LOCOMOTRICE. — PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
tique dans une série de mouvements à chaque instant répétés, l’analyse n’en fera pas moins toujours reconnaître : 1° un acte psychologique par lequel la quantité d’efibrt à produire est appréciée, voulue, ordonnée ; 2° un acte de soumission, si l’on peut dire, de l’organe qui a reçu l’ordre, une série de contractions dans le muscle pour l’exécuter. Rien n’est plus facile à constater que ces phénomènes dans tous les cas où nous voulons produire un mouvement pour la première fois : quelle que soit l’adresse, quelle que soit la délicatesse du tact, elles ne suffisent pas toujours à assurer une exécution satisfaisante du mouvement voulu ; le sens de la vue est indispensable dans bien des cas, c’est lui qui rectifie les erreurs que nous faisait commettre notre inexpérience. Mais le mouvement régulier suppose l’intégrité du muscle qui va l’accomplir; la notion exacte de la quantité de contraction nécessaire pour atteindre le but. Ce que Ch. Bell (1), Duchenne, de Boulogne (2), Landry (3), ont appelé sens musculaire, sens cf activité musculaire, n’est pas autre chose que cette appréciation elle-rnême. Kst-elle dans le muscle? Nous répondrons non, elle est dans l'intelligence elle-même, c’est un fait psychologique. Mais ce qu’il y a dans le muscle, c’est de la sensibilité, comme dans tous les autres organes, en vertu de laquelle nous avons conscience de l’effort produit, et du résultat même de cet effort. Nous avons conscience de la contraction ou du repos de nos muscles, de même que du lieu que nous occupons dans l’espace, de nos rapports médiats ou immédiats avec les objets qui nous environnent. Le tact, la perception exacte des sensations de chaleur et de froid, nous avertissent quand la vue nous fait défaut ; mais qu’on suppose abolie, ou seulement diminuée la sensibilité générale, qu’il y ait de l’anesthésie cutanée et de l’anesthésie profonde, et la perte de la notion du déplacement des membres, quand la vision est abolie, ne sera plus aussi difficile à comprendre. Les hystériques nous présentent fréquemment ce phénomène : les yeux ouverts, elles marchent sans peine dans un équilibre parfait ; mais les yeux fermés, elles ne savent plus où retrouver leurs membres si on les déplace dans leur lit : elles ont perdu le sens d’activité musculaire, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas perçu la sensation que produit dans un organisme sain le changement apporté par une main étrangère dans la position des membres. Chez l’ataxique il y a quelque chose de plus, il y a, en même temps qu’une interruption dans les organes de transmission des ordres de la volonté, une perturbation dans l’harmonie des muscles antagonistes, et nous sommes obligé d’avouer ici que nous ne savons rien, que là se présente une inconnue à dégager, et que le problème si souvent remis à l’élude n’a pas reçu de solution satisfaisante. Ces doutes, d’ailleurs, nous les partageons avec Trousseau, Jaccoud, Topinard, Axenfeld. Voici ce que, dans une judicieuse analyse, écrit ce dernier auteur (ù) :
« Duchenne fait participer deux éléments physiologiques à la production de ce fait complexe : la coordination des mouvements volontaires. Ce serait, d’abord, une sorte de science instinctive des combinaisons musculaires (qui nous semble,
(1) Charles Bell, The Hand ; ils meclianism and vital endowmcnts, 5e édition. Londres 1852, ch. IX.
(2) Duchenne (de Boulogne), De T électrisai ion localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique, 2e édition. Paris, 1801.
(3) Landry, De la paralysie du sentiment d activité musculaire (Moniteur des hôpitaux, 1835).
(1) Axenfeld, Arch. yen. de médecine, août 1863.
Vai.i.eix, 5e édit.
NÉVROSES
saul erreur, faire double emploi avec le pouvoir coordinateur indiqué plus haut) et, eu second lieu, l’harmonie des antagonistes. Ce dernier fait physiologique est capital, et Duchenne en a fait admirablement ressortir l’importance. Nul doute que, l’équilibre étant rompu entre les muscles qui se contractent pour opérer un mouvement donné, et les muscles antagonistes qui se détendent pendant cette contraction, il y a là une cause d’ataxie musculaire. Mais est-ce bien tout? N’y a-t-il pas lieu de faire intervenir d’autres éléments encore, par exemple :
» 1° Un défaut d’ensemble dans le fonctionnement des centres moteurs partiels qui forment dans la masse encéphalo-rachidienne comme une chaîne ininterrompue à l’état sain, mais qui peuvent se trouver fractionnés, désassociés, par l'effet d’une lésion morbide ? La question se trouve posée dans l’excellente Note de Charcot et Vulpian (1), et semble digne d’être méditée.
2° Il faut a\oir égard, en outre, à la continuité de l’action motrice, qui assure aux mouvements leur régularité, et à leur discontinuité, qui ne peut manquer de les rendre irréguliers, discordants. Suivant taan Müller, c’est surtout l’action intermittente, saccadée, des centres moteurs, qui produirait le trouble musculaire du tabes dorsal.
<> 3° L’état de surexcitabilité morbide de ces centres réclame également l’attention; par lui s explique peut-être la mise en jeu trop iaciledes nerfs moteurs synergiques, sous l'influence d’une excitation modérée qui, dans les conditions normales, se limiterait aisément à quelques-uns seulement de ces nerfs.
» Il serait bien dilïicile de choisir dès à présent entre ces diverses interprétations, qui d’ailleurs sont loin de s’exclure mutuellement et dont chacune contient peutêtre une part de vérité. »
§ X. — Traitement.
Jusqu’à ce jour les diverses médications employées n’ont pas tenu ce qu’elles avaient semblé promettre; on a pu croire à l’influence heureuse du traitement, alors qu’on était arrivé à une période de rémission qui s’établissait en dehors de toute action thérapeutique. Si l’ataxie locomotrice n’a que bien rarement pu être enrayée dans sa marche, il y a encore plus d’une indication à remplir, plus d’un service à rendre à des malades qui présentent, pendant la longue durée de l’affection, des symptômes pour lesquels notre intervention est utile. Plusieurs moyens ont été conseillés auxquels il ne faut avoir recours qu’avec réserve : ce sont les révulsifs cutanés, tels que moxas, cautères ou sétons; ils ont l’inconvénient de débiliter les malades, d’entretenir vers la peau une irritation qu’il n’est pas toujours facile de modérer. Cependant nous ne proscrivons pas d’une manière absolue la méthode révulsive ; on a vu la cautérisation superficielle le long du rachis, l’application de ventouses sèches dans la même région, le badigeonnage répété avec la teinture d’iode, calmer les vives et profondes douleurs de la première période et de la seconde. Les révulsifs à l’intérieur, tels que les drastiques, ne devront pas être employés, à moins cependant d’une indication spéciale, comme celle que présenterait la coïncidence de la maladie avec la suppression d’un flux hémorrhoïdaire.
(1) .1. M. CharcoL et A. Vulpian, Note sur un cas d’atrophie des cordons postérieurs de la moelle épinière, etc. (Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , 1862, t. IX, ù0J 16 cl 18.)