ANGINE DE POITRINE. — DIAGNOSTIC. PRONOSTIC
aussi l’existence de l’angine de poitrine est loin d’être évidente, comme nous l’avons fait voir ailleurs (1). Ces doutes prennent plus de force encore lorsque l’on se rappelle un fait cité par Gintrac, et dans lequel l’angine a guéri, bien (pie l’affection de l’aorte, à laquelle on aurait pu la croire liée, ait persisté.
Enfin, et c’est là un argument péremptoire, on a vu des cas dans lesquels aucune des lésions qui viennent d’être indiquées n’a été rencontrée.
Il résulte de tout cela que l’angine de poitrine est une névrose qui, par ses caractères, se rapproche des névralgies, et ((lie, pour cette raison, plusieurs auteurs ont rangée parmi les névralgies anomales.
Maintenant, quel est le siège de cette affection? On est porté à le placer, avec Laennec et Lartigue, dans les nerfs cardiaques. Parfois la maladie envahit, soit en même temps, suit successivement, le nerf pneumogastrique et les nerfs cervicaux et intercostaux; il y a alors réunion de plusieurs affections nerveuses (névralgie anomale des nerfs cardiaques et pneumogastriques, et névralgie des nerfs cervico-brachiaux et dorso-intercostaux). Telle est la manière dont l’affection nous paraît devoir être considérée dans l’état actuel de la science. Quant aux complications trouvées du côté du cœur et de l’aorte, elles peuvent être regardées comme des causes prédisposantes ou excitantes delà maladie, mais non comme essentiellement liées avec elles.
[Les données nouvelles de la physiologie pathologique ont démontré l’exactitude des conclusions précédentes; elles ont permis, en outre, de préciser davantage et, de localiser le siège de l’angine de poitrine dans les branches cardiaques du nerf pneumogastrique (2).
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
De nombreuses erreurs de diagnostic ont été commises ; cela vient de ce que les caractères essentiels de l’angine de poitrine n’ont pas été toujours rigoureusement appréciés. Il fut surtout une époqueoù presque toutes les affections suffocantes étaient regardées comme des cas de celte affection : ce fut peu de temps après l 'apparition du mémoire de Heberden. Wichmann s’exprime en ces termes à ce sujet : « Aussitôt que quelqu’un se plaint d’une gêne, d’une constriction de la poitrine ou d’une courte haleine, on désigne tout de suite l’angine de poitrine, et l’on écrit une observation sous ce nom. » Il est évident qu’avec une semblable préoccupation, on devait fréquemment se tromper.
Que l’on n’oublie pas que l’accès survient tout à coup, qu’il est caractérisé par une douleur poignante qui force le malade à s’arrêter et qui ensuite l’abandonne en un instant, et, en y réfléchissant, on verra qu’aucune autre affection ne ressemble parfaitement à celle-là. Nous avons vu, il est vrai, la névralgie dorso-intercostale donner lieu à des phénomènes à peu près semblables, mais il n’y avait pas identité parfaite. Lorsque l’angine existe avec d’autres affections, le diagnostic demande un peu plus d’attention ; mais il n’est pas difficile de faire la part des deux maladies. La dyspnée pour Y asthme nerveux , les points douloureux pour les né-
il) Corrigan, Archives gén. de méd., 3e série, 1838, t. I, p. 81.
(2) Voy. Axenfeld, in Éléments de pathologie médicale de Requin, t. V, p, 300 ; et Jaccoud, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1865, article Angine de poitrine.
NÉVROSES
vralgies thoraciques, cervico-brachiales , n’empêchent pas l’angine de poitrine d’avoir ses caractères propres.
Pronostic, — Le pronostic de l'angine de poitrine, envisagé d’une manière générale, est très-grave, Il l’est un peu moins dans les cas d’angine purement nerveuse ou idiopathique que dans les cas compliqués d’une affection organique.
§ VII. — Traitement.
Emissions sanguines, — Plusieurs auteurs ont préconisé les émissions sanguines; mais, ainsi que le fait remarquer Lartigue, tout porte à croire que l’on aurait tort d’y avoir recours dans les cas d’angine purement nerveuse, soit pendant l’accès, soit dans l’intervalle. Dans les cas compliqués, on peut, au contraire, être autorisé à les employer; c’est au médecin à juger de leur opportunité.
Narcotiques. — Les narcotiques ont de très-bons effets dans presque tous les cas; aussi sont-ils très-vivement recommandés. I. 'opium est fréquemment mis en usage; il faut l’administrer h doses croissantes.
Batten (1) recommande spécialement la belladone. La jusquiame, la pondre de Power (Jurine), Veau distillée de laurier-cerise (Pitschaft), sont données dans le même but, et l’on a cité des cas où l’on a obtenu une amélioration marquée par l’emploi des sels de morphine par la méthode endermique. Schlesinger (2) associait l’extrait de laitue vireuse ’a la digitale, de la manière suivante ;
lf Extrait de laitue vireuse. . 10 centigr. | Extrait de digitale 3 cenligr.
A prendre toutes les deux heures, lorsqu’on a lieu de redouter l’apparition de l'accès, ou lorsqu’il s’est produit.
Antispasmodiques. — AVichmann et Jurine recommandent la poudre de valériane; Perkins donnait le sulfate de zinc uni à l’opium, ainsi qu’il suit :
"if Sulfate de zinc 0 centigr. | Opium 2 centigr.
Prendre cette dose matin et soir.
Citons ensuite le musc (Récamier), Vasa fœtida, le castorêum , le camphre , V acide cyanhydrique , etc.
Toniques , antipériodiques, ferrugineux. — Nous nous contenions d indiquer ces moyens, qui ne doivent pas être prescrits dans les cas d’angine de poitrine compliquée d’une maladie organique du cœur. On prescrit le quinquina , \c sulfate de quinine, le carbonate , le sulfate de fer, etc.
Excitants. — C’est surtout pendant l’accès que l’on a recours à ces médicaments. Heberden (3) donnait, pendant l’accès, des liqueurs spiritueuses, du vin. On a encore prescrit V ammoniaque, Veau de mélisse, de menthe, Y éther.
Vomitifs. — Les vomitifs, et surtout ['émétique, sont recommandés par plusieurs auteurs, et en particulier par Parry, dans les accès violents; mais d y a heu de croire que, dans les cas où ils ont eu un succès notable, il s’agissait principalement d’accès d’asthme accompagnés de douleur thoracique.
(1) Batten, The Lancet , juin 1834.
(2) Schlesinger , Hufeland’s Journ., 1819.
(3) Heberden, toc. cit.