FIÈVRE PUERPÉRALE. — TRAITEMENT
■80 décès au lieu de 1169. Une pareille mortalité devient une véritable calamité publique.
Maternités. — La mortalité est beaucoup plus considérable dans les maisons hospitalières d’accouchements que dans la ville, et surtout dans les campagnes. S. Tarnier, qui a fait le relevé de la mortalité dans différents hôpitaux de Paris, comparée à h/mortalité des femmes en couches de la ville, est arrivé aux chiffres suivants : la mortalité des femmes en couches est dix-sept fois plus considérable à l’hôpital qu a domicile. C’est un fait notoire aujourd’hui que les enfants nouveau-nés succombent aussi, en grand nombre, à la péritonite, dans les hôpitaux d’accouche- , ments.
Infection , contagion. — L’infection est tellement évidente qu’elle n’a pas besoin d’être démontrée. On a vu toutes les femmes d’une même salle, au nombre de vingt (Trousseau), succomber à la fièvre puerpérale. La contagion est probable. C’est dans les moments de grandes épidémies que l’on a vu succomber à cette maladie des femmes qui soignaient les malades, et «pii n’avaient d’autre condition de puerpéralité que l’état menstruel. D’autre part, les médecins ont souvent été accusés, et quelques-uns se sont accusés eux-mêmes d’avoir servi de moyen de transport de la matière morbifique d’une femme malade à une femme saine. Voici à cet égard l’opinion qu’exprimait, à l’Académie impériale de médecine, Paul Dubois : « Je ne conteste pas l’importance des faits invoqués, je ne prétends même pas que la propagation de la fièvre puerpérale par des inoculations involontaires soit impossible ; mais il me sera permis de faire une observation générale, c’est que l'origine, en quelque sorte artificielle et secrète, de ces faits pathologiques ne repose que sur une présomption, qui peut être admise sans contredit, mais que des esprits sévères pourront toujours constater (1). »
§ X. — Traitement.
Prophylaxie. — Il n’v a pas de traitement classique de la fièvre puerpérale. Toutes les médications ont été employées; toutes ont eu des succès, et de plus nombreux revers. Tour à tour les doctrines médicales régnantes ont imposé à la pratique une thérapeutique que justifiaient les meilleures raisons, selon le temps. Le scepticisme a gagné tout le monde; l’impuissance des thérapeutiques dites rationnelles, des moyens dits spécifiques, est aujourd’hui évidente. L’empirisme, la médecine perturbatrice, la fantaisie, qui n’est que l’apparence du génie, se sont essayés, et le nombre de morts n’a pas diminué. Voilà la vérité exacte et triste, en ce qui concerne le traitement de la fièvre puerpérale grave.
Indications dans le cours de la maladie. — Ce n’est pas qu’il n’y ait des indications, et que le médecin soit nécessairement désarmé; mais ces indications sont du domaine de la médecine générale, elles n’ont rien qui s’applique en particulier à la fièvre puerpérale. Voici ces indications :
Suivant les épidémies, il y a prédominance de l’état saburral, ou d’accès de fièvre à retour périodique, ou de phlegmasie du péritoine : alors il est certain que des
(1) De lu fièvre puerpérale, de sa nature et de son traitement . Communications à l’Académie impériale de médecine, par MM. Guérard, Depaul, Beau, Piorry, Hervez de Cnégoin, Trousseau, Paul Dubois, Cruveilhier, Danyau, Cazeaux, etc. Paris, 1858, in-8.
MALADIES PESTILENTIELLES
vomitifs ou des purgatifs administrés à propos, que le sulfate do quinine, que des sangsues et des bains seront employés avec plus ou moins de succès. Ce n’est plus, comme on le voit, le traitement de la maladie, c’est le traitement d’après les indications.
Le professeur Béhier (1) a soutenu récemment cette thèse que : la maladie débutant nécessairement par une phlegmasie de l’utérus ou de ses annexes, il fallait la traiter par les antiphlogistiques. Il applique des sangsues, en grand nombre, au point douloureux, et revient fréquemment à ce moyen, dont il dit avoir à se louer. En pareil cas, toute foi est honorable, et l’on ne doit pas blâmer ce moyen.
Les grands vésicatoires appliqués sur le ventre, le collodion , les moyens révulsifs de toute nature, les bains, ont été préconisés et n’ont pas donné de résultats probants. Quant aux injections utérines, aux lotions astringentes ou détersives, ce sont des moyens adjuvants, dont la portée, quant au fond de la question, est nulle.
Actuellement il ne reste debout que la méthode de Béhier, qui est d’appliquer successivement un grand nombre de sangsues sur l’abdomen, et celle de Beau, qui est d’administrer le sulfate de quinine à la dose de 1 gramme au moins, aux nouvelles accouchées, en temps d’épidémie, avant même le début des accidents.
îsous pensons qu’il faut prémunir les médecins contre l’opinion erronée que les vomissements doivent être réprimés; il est préférable qu’ils aient lieu lorsque l’estomac est chargé, comme cela arrive souvent, de liquide bilieux. Tous les moyens qui peuvent calmer les douleurs seront employés fort à propos dans les cas graves. Quand le médecin n’espère pas guérir, il ne doit pas désespérer de soulager.
11 y a beaucoup à dire sur l’hygiène et sur la prophylaxie. 11 y a une parole que connaissent bien tous les élèves de Paul Dubois : « En temps d’épidémie, il vaut mieux, pour une femme, accoucher dans la rue que dans notre service d’hôpital. » 11 y a, dans celte parole, un sens pratique qui n’échappera pas au lecteur. Et d’abord, avant toutes choses, il faut qu’à tout prix les femmes soient soustraites au milieu épidémique. On a vu des femmes atteintes des premiers accidents, et qui, transportées hors du foyer épidémique, ont guéri. Ces faits-là devraient être connus de tout le monde. Vest-il pas évident que la préoccupation de tout médecin éclairé devra être desavoir s’il règne là, où l’appelle un accouchement, une épidémie de fièv re puerpérale, et qu’il devra donner ses ordres pour que la femme soit transportée ailleurs, et. qu’il en devra être de même pour les nouveau-nés? C’est là une pratique qui existe déjà pour les classes riches, et il faut l’étendre aux classes pauvres. Il faut que les médecins, qui n’ont droit à la considération publique qu’autant qu’ils servent les intérêts du public, se pénètrent de cette idée : que les maternités sont des foyers habituels de fièv re puerpérale, et que c’est là une institution qu’il faut détruire ou transformer. On peut hésiter quant au moyen, mais non quant au but. ]