‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 38 sur 369 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

-sont : les îles et une partie du continent de l’Amérique, et quelques points de 'Afrique; mais assez fréquemment on l’a vue se montrer, sous forme d’épidémie, .sur le littoral de l’Espagne et du Portugal. On l’a vue aussi apparaître à Livourne, mi Italie; et à Bordeaux, à la Rochelle, à Rochefort et à Brest (1), [et dans ces l lernicrs temps à Saint-Nazaire (1861). Cette dernière épidémie, née à bord d’un navire du commerce l'Anne-Marie , parti de la Havane depuis un mois, atteint presque tout l’équipage (9 personnes sur 16). La présence du navire en rade de 'Saint-Nazaire développa un centre d’infection qui gagna sept autres navires. Ce fait a donné lieu à une enquête dont on trouvera les résultats consignés dans la irelation publiée par le docteur Mêlier (1863) (2).]

Quel est le lieu d’origine de la fièvre jaune ? Il est impossible de répondre d’une manière précise à cette question. Cependant, si l’on considère que, dans l’antiquité, on ne trouve aucune trace évidente de cette affection; qu’elle n’a commencé ià être bien connue qu’après le retour des Espagnols du nouveau monde ; que c’est là qu’elle règne le plus constamment et qu’elle exerce les plus grands ravages, on est porté à admettre que c’est en Amérique qu’elle a pris naissance, sans pouvoir décider toutefois si elle y existait déjà avant l’arrivée des Espagnols (ce qui néanmoins paraît probable), ou si elle s’v est développée après la conquête.

Avant le milieu du xvn° siècle, nous ne trouvons que des indications plus ou moins vagues de la fièvre jaune. Vers cette époque seulement, les descriptions prirent un caractère scientifique; puis elles se multiplièrent, la maladie étant étudiée à la fois dans les colonies espagnoles, françaises, anglaises, et dans les points de l’Europe où se déclaraient les épidémies.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Il est difficile de donner une bonne définition de la fièvre jaune. On a dit que cette affection était une maladie fébrile caractérisée par la couleur rouge, puis jaune, des téguments, par la douleur épigastrique, les vomissements noirs et la rétention d’urine; mais ces symptômes ne se montrent que dans les cas graves; il est des cas si légers, qu’à peine aperçoit-on un faible malaise, sans jaunisse, et sans aucun des autres symptômes que je viens d’indiquer ; et cependant une étude attentive des faits prouve que l’affection n’en a pas moins existé, et que les sujets sont préservés pour l’avenir. Je n’en dirai pas davantage sur ce point, quant à présent, cl je renvoie à l’indication des lésions anatomiques ce que j’ai à dire du caractère épidémique de la fièvre jaune.

Cette affection a été désignée sous ud grand nombre de noms différents : typhus, typhus ictérodc, nautique, typhus amaril ou typhus jaune, fièvre bilieuse (F Amérique, coup de barre, etc. On lui a donné aussi les noms des pays où ;m l’a observée : fièvre d’ Amérique, de la Martinique, des Barbades, de Livourne ; ou bien on l’a désignée par l’un de ses symptômes : vomito negro, vomissement noir, etc. , etc.

[La fréquence de la fièvre jaune est extrême dans l’Amérique du Sud, dans les

(1) Beau, Rapport sur les cas < le fièvre jaune, etc. {Bull, de l’Académie de médecine,

1856-1857, t. XXII, p. 889).

(2) Relation de la fièvre jaune survenue à Saint-Nazaire en 1861. Paris, 1863, ia-4°.

MALADIES PESTILENTIELLES

ports et sur le littoral à l’embouchure du Mississippi, dans le golfe du Mexique, les Antilles, pays où elle est presque endémique. La statistique suivante empruntée à l’ouvrage de Dutroulau (1) montre la fréquence de cette maladie à la Martinique cl à la Guadeloupe seulement :

A nures.

Malu des.

g II. — Causes.

Nous avons dit plus haut que la fièvre jaune ne se montre que clans certaines régions. C’est un fait qui est établi sur les plus nombreuses observations ; mais sans entrer dans d’autres détails, nous nous contenterons de dire qu’elle n’a jamais déliassé le /18e degré de latitude boréale et le 81 2 3 4 5 6' degré de latitude australe.

Un certain degré d’élévation de la température est, d’après toutes les recherches, nécessaire pour que la maladie se produise (-f- 18 degrés environ). Si ce degré est dépassé, si la chaleur devient bridante et le pays aride, on ne voit pas la fièvre jaune ; au-dessous de ce degré elle n’existe pas davantage.

Quant aux saisons, l’été et l’automne sont celles dans lesquelles se développe le plus souvent la maladie.

Beaucoup d’auteurs, parmi lesquels il faut signaler principalement Chcrvin (2), ont avancé que la fièvre jaune est de nature paludéenne, c’est-à-dire qu’elle est due à la même cause que la fièvre intermittente. Souty (3) partage cette opinion, sans toutefois accorder à celte cause une inllucnce exclusive ; mais tous les faits ne viennent pas à l’appui de cette explication. Dutroulau (A), qui nous a donné une très-bonne description de l’épidémie de fièvre jaune qu’il a observée à la Martinique, de 1839 à 1 86 1 , cite des épidémies qui se sont développées dans des lieux très-éloignés de tout terrain marécageux; et, dans un livre récent (5), ce médecin donne de nouvelles preuves à l’appui de sa première assertion.

[Confondre la fièvre jaune avec les fièvres palustres, c’est ignorer les différences radicales qui séparent ces deux espèces de maladies. Dans un parallèle saisissant, le docteur Cornilliac, auteur d’un livre sur la fièvre jaune observ ée à la Martinique (6), montre que les fièvres paludéennes sont constantes, permanentes, tandis que la fièvre jaune cesse et se montre brusquement ; que les gens atteints de fièvre palu-

(1) Maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861.

(2) l)e l' identité de nature des fièvres d'origine paludéenne (Bull, de l’Acad. de méd., Paris, 1842, t. VU, p. 1045 et suiv.).

(3) Thèse, Montpellier, 1845.

(4) Thèse, Paris, 1842.

(5) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861.

(6) Études sur la fièvre jaune à la Martinique de 1669 à nos jours. Port-de-France,

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