‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 50 sur 369 · TRAITEMENT DE LA PÉRIODE ALGIDE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA PÉRIODE ALGIDE

Emissions sanguines. ■ — Les émissions sanguines ont été recommandées par un : grand nombre d’auteurs et dans toutes les périodes du choléra. Parfois on a mis en usage la saignée générale. Parmi ceux qui l’ont le plus vantée, nous trouvons I Blumenthal (1), Cafarelli, Fallût, Récamier (2), Kerckhove (3), et principaleiment Broussais, qui cependant avait bien plus souvent encore recours à l’applica- : lion des sangsues. D’après les faits connus, on peut assurer que, dans la période algide, ce moyen n’avait pas de résultats heureux bien constatés. Dans la période < de réaction, au contraire, on l’a vu enlever avec promptitude la céphalalgie, ramener I le calme, produire, en un mot, une amélioration notable. Les mêmes réflexions • s’appliquent à l’emploi des sangsues, qui cependant ont été bien plus vivement ; préconisées. Déjà Gravier (h) avait dit avoir obtenu de très-bons résultats de leur application, lorsque ce moyen fut conseillé vivement, dans l’épidémie de 1832, j par Broussais, Honoré, Bouillaud, Gendrin, etc. C’est surtout pour faire cesser les ; douleurs vives à la région épigastrique qu’on les a mises en usage, et quelquefois, i en effet, on y a réussi ; mais on n’a pas vu ce moyen arrêter réellement la marche de la maladie, au moins dans la période algide. Dans la période de réaction, au contraire, l’amélioration a été la même que celle qui a suivi l’emploi de la saignée. Les ventouses scarifiées, qui n’ont pas été ordinairement employées en France dans cette maladie, auraient sans doute le même résultat.

1° Médication interne.

Excitants internes. — Parmi les excitants donnés à l’intérieur, nous trouvons d’abord les alcooliques. C’est surtout Magendie qui, en France, a préconisé, dans les premiers temps de l’épidémie de 1832, les spiritueux. Mais un grand nombre d’autres médecins les ont également employés. Dans la période algide, Magendie prescrivait d’abord plusieurs verres de punch à l'alcool, à une température aussi élevée que le malade pouvait le supporter; puis, dans la journée, il administrait par cuillerées, et à des intervalles assez rapprochés, du vin chaud, avec quelques aromates, du vin de Malaga, etc. Plus tard, ce médecin a remplacé les alcooliques par d’autres excitants dont il sera fait mention plus loin. Le vin de Malaga et d’autres vins de ce genre, ont été surtout prescrits par les autres praticiens.

La préparation ammoniacale prescrite par Magendie était ainsi formulée :

’ip Infusion de camomille. ... 2 kilogr.

Acétate d’ammoniaque. . . 60 gram.

Sucre

r 500 gram

(1) Rust Mag., 1831.

(2) Gazette médicale, août et octobre 1831 .

(3) Cons. sur la nat. et le traitem. du choléra. Anvers, 1833. (h) Ann. de la méd. physiologique, 1827.

Amiral faisait entrer l’acétate d’ammoniaque dans la potion suivante :

Potion gommeuse 120 gram.

Acétate d’ammoniaque. . A gram.

Sulfate de quinine 75 centigr.

Éther sulfurique 20 gouttes.

Camphre 1 gram.

aa parties égales.

Le carbonate d'ammoniaque a été également mis en usage. Baum recommandait de le donner à la dose de 0gr,25 à ()gr,fiO toutes les deux heures. Eisenmann avait adopté ce traitement (1).

L 'ammoniaque caustique et la liqueur d‘ ammoniaque anisée dont voici la composition :

Alcool ammoniacal 90 gram. | Huile essentielle d’anis 6 gram.

ont été également administrées. Steffen (2) recommandait de donner l’anunoniaque à la dose de 15 à 20 gouttes dans une décoction de gruau ; et, quant à la potion ammoniacale anisée, voici tpi elle était la formule du docteur Stromeyer, qui l’a principalement préconisée :

’lf Liqueur ammoniacale anisée )

Teinture de valériane éthérée

Huile de menthe poivrée )

Dose : vingt gouttes toutes les heures.

Suivant Stromeyer, ce remède était supporté quand on était obligé d’abandonner tous les autres, et la réaction se produisait promptement sous son influence. D’autres préparations ammoniacales ont été également prescrites; mais il serait trop long de les énumérer.

Le docteur Jaenichen (3) a employé le chlore liquide de la manière suivante:

2£ Chlore liquide 60 gram. | Eau distillée 60 gram.

A prendre par cuillerée toutes les deux heures.

Cette potion était administrée pour combattre la céphalalgie et les vertiges.

Parmi les autres excitants internes qui ont été vantés par les médecins, nous citerons principalement la décoction d’arnica , recommandée par les docteurs Breitenbücher (h), Rceser et Reider(5), qui l’ont employée habituellement dans la période algide du choléra.

V essence de menthe (30 à h 0 gouttes dans du thé), V huile de naphte (10 à 20 gouttes), ont été également administrées et vantées. Quelle est la valeur réelle de ces médicaments ? c’est ce que l’on ne saurait dire quand on veut des preuves suffisantes.

Le café a été aussi mis en usage. On a eu recours à toutes les substances qui, promptement absorbées, |X>uvaient aller réveiller la circulation.

Antispasmodiques. — Le sous-7iitrate de bismuth , prescrit par Biett (6), pai Lefèvre, qui l’administrait à la dose de 0gr,10 a 0^' ,15 toutes les deux heures, et par plusieurs autres médecins, a été donné en vue d’apaiser les vomissements et les crampes.

(1) Berliner Chol. Zeit ., 1832.

(2) Archives générales de médecine, 1831. . .

(3) Voy. Contour, Coup d’œil sur le traitement du choléra, etc. (Bu/Lde thér., 15 juin 184 )•

(A) Allgem. medZ.eit.ung, 1832.

(5) Grœfe und Walter’s Journ.

Le musc, opposé principalement à ce dernier symptôme; était donné par Nisscn à la dose de 0«r,25 à 0?r,50, et Ewertle prescrit à la dose de 0sr,05 toutes les heures.

Le castoréwn, la teinture de valériane, Y esprit de corne de cerf, V oxyde de : zinc, Veau distillée de laurier-cerise, etc., ont été également mis en usage ; mais c’est surtout V éther qui a été donné comme antispasmodique, tantôt seul, tantôt uni à d’autres médicaments ; il a été administré par presque tous les médecins. On le donne à la dose de 1 à 2 ou h grammes par jour dans une infusion de tilleul. La potion suivante, dont la formule est empruntée à Schæfer, fera connaître quelquesuns de ces antispasmodiques, et la dose à laquelle on les a élevés :

2 c Teinture de castoréum ) * j Esprit de corne de cerf succiné. 1 aa 4

Teint, de valériane éthérée . . ( * | Teinture d’opium \ ‘ *

A prendre par cuillerée à café toutes les heures ou toutes les deux heures.

Il n’est pas jusqu’à Yacideprussique qui n’ait été mis en usage, et Anderson (1) le I prescrivait particulièrement

Fauve! (de Constantinople) a envoyé à l’Académie de médecine (2) une plante (pii a une très-grande réputation en Orient : c’est le Stachys anatolica (Teucrnmi polium, L), qui croît principalement sur le mont Olympe. Cette plante est prise en infusion théîfbrme. Elle a été employée à la Salpêtrière, et le résultat a été que cette substance n’a pas d'autres vertus que les plantes excitantes, et le thé en particulier.

Narcotiques. — L’ opium, déjà employé dans l’Inde avant que l’épidémie eût éclaté en Europe, a été prescrit sous différentes formes dans les divers pays envahis. L 'extrait d’opium, à la dose de 10, 15, 25 centigrammes et plus chaque jour, a été administré par la bouche ; mais souvent la fréquence des vomissements empêche qu’il ne soit ré te nu dans l’estomac. Les lavements laudanisés ont principalement été mis en usage. Louis n’hésitait pas à élever la dose du laudanum à 2 et même U grammes, lorsque les déjections alvines et les vomissements étaient incessants. Il faut, en général, faire prendre une quantité considérable de ce médicament, pour qu’il agisse dans une affection aussi violente; un petit lavement d’eau de guimauve ou de graine de lin, avec addition de 1 gramme de laudanum, doit être donné deux ou trois fois par jour, suivant la violence des symptômes. La réaction a manqué complètement dans la majorité des cas de guérison; dans ceux où elle s’est montrée, elle n’a pas été plus violente que dans des cas où les excitants et les antispasmodiques ont été seuls administrés, et enfin le nombre des morts, pendant la période de réaction, a été peu considérable.

Le Conseil général de santé d’Angleterre (3) recommande la confection d’opium, dont voici la formule :

"if Opium brut 24 gram. Carvi 90 gram.

Poivre long 30 gram. Gomme adragant 8 gram.

Gingembre 60 gram.

Réduisez ces substances en poudre, et incorporez-les, au moment du besoin, dans :

Sirop simple chaud 400 gram.

Dose : un gramme dans deux cuillerées à bouche d’eau de menthe ou dans un peu d’eaude-vie, toutes les trois ou quatre heures.

(1) An account of cholera-morbus. London, 1819.

(2) Bulletin de l’Académie de médecine, 1849, t. XIV, p. 627, 662.

(3) Instructions sur le choléra, etc., publiées par le Gonseil général de santé d’Angleterre, 1849.

MALADIES PESTI L ENT1 ELLES

Cette préparation, dans laquelle l’opium est uni à des substances excitantes répond aux indications qu’on veut remplir.

La jusquiame, donnée à haute dose par Anderson (20, éi(), 50 centigrammes); la belladone, prescrite par Schlesinger et par Viardin (1); le tabac , conseillé par Pitchaft (2); V acétate de morphine , etc. : tels sont encore les narcotiques que l’on a recommandés, et sur lesquels il est inutile d’insister.

Les astringents ont aussi été mis en usage par un bon nombre de médecins. Dupuytren essaya tout d’abord l 'acétate de plomb , qui ne produisit pas des résultats très-satisfaisants. D’autres praticiens ont eu principalement recours à l’ extrait de ratanhia. Rayer, en particulier, a fait entrer ce médicament dans les boissons du malade aussi bien que dans les lavements. Une décoction de ratanhia pour tisane; h ou 5 grammes de ratanhia dans une potion éthérée et laudanisée; 8 ou 10 grammes dans un lavement, sont des doses qui peuvent être prescrites, et que l’on peut facilement dépasser.

Les toniques ont dû être conseillés dans une affection où les forces sont si abattues. Cependant, comme on a attribué naturellement cet abattement des forces au trouble du système nerveux, c’est rarement à la médication tonique qu’on a eu recours. La décoction de quinquina , les lavements de quinquina, et principalement le sulfate de quinine, sont les médicaments de ce genre qui ont été mis en usage. Andral faisait entrer celte dernière substance dans la potion que nous avons citée. Græfc, de Berlin, et plusieurs autres auteurs ont insisté beaucoup sur son administration. C’est à la dose de 1, 2 ou 3 grammes que le sulfate de quinine doit être donné, soit par la bouche, soit par le rectum. Toutefois on devra surveiller les accidents que pourrait occasionner cette substance, surtout lorsqu’elle est donnée dans une petite quantité de véhicule.

Récamier (3) prescrivait le sulfate de quinine dans la période de réaction à laquelle il donnait le nom d’accès fébrile , et conseillait de choisir pour l’administration de ce médicament la rémission fébrile plus ou moins complète et fugace. Aucun fait bien évident n’est venu à l’appui de cette théorie.

Vomitifs, purgatifs. — 11 paraîtra étonnant qu’on ait eu l’idée d’administrer des vomitifs ou des purgatifs dans une affection où les déjections alvines et les vomissements sont si abondants, et cependant quelques auteurs, parmi lesquels il faut citer les docteurs Boeckh (A) , Hierlaender, Laloyde, de Bellevillc (5), et plusieurs autres médecins , surtout en Allemagne, ont pensé qu’il serait utile de provoquer les vomissements. Hierlaender (6) prescrivait ainsi le tartre stibié.

Tartre stibié 10 à CO centigr.

Faites dissoudre dans :

Eau distillée 240 gram.

Dose : une, deux ou trois cuillerées à bouche tous les quarts d’heure ou toutes les demiheures.

(1) Jour, de chimie mëd., juillet 1832.

(2) Hu/ëland’s Journal, octobre 1831.

(3) Recherches sur la conduite à tenir, etc. Paris, 1849.

(4) De cura choler. ind. in Europa, 1 831 .

(5) Arch. gin. demécl., octobre 1849.

(6) Salzb. medic. chir. Zeit., 1831.

Quant aux purgatifs, ils ont été recommandés par Bonnet (1), qui administrait sulfate de soude à la dose de l\ 5 grammes; par le docteur Henderson, qui ordont des doses considérables d’huile de ricin, et par plusieurs autres praticiens, i ont mis en usage des purgatifs de diverses espèces, il est impossible de se faire e juste idée, d’après les écrits des auteurs, de l’action des vomitifs et des purtifs sur la marche de la maladie, et rien ne prouve que ces médicaments aient eu dlement le degré d’efficacité qu’on a voulu leur attribuer. Il faudrait, pour qu’on t conseiller une médication qui paraît aussi peu appropriée aux principaux svmnues du choléra,, avoir un nombre considérable de faits bien analysés qui vînt en montrer l’efficacité.

Dans la dernière épidémie de choléra, on a beaucoup employé les vomitifs et I purgatifs au début de l’affection, et principalement pour combattre la diarrhée tiale. Les vomitifs ont surtout eu une grande vogue, et parmi eux on a eu partiilièrement recours à Yipécacuanha. Escallier (2) a exposé les avantages de cette éthode 'dans un mémoire fort bien fait et où il a cité nombre de cas heureux, i est convaincu, après avoir lu ce travail, que le plus souvent les vomitifs ont un et très-heureux, et cependant je ne saurais les conseiller. Escallier n’a pas vu de s cas malheureux, et pourtant il y en a eu. Nous en connaissons cinq : deux que ms avons observés à l’hôpital Sainte-Marguerite, un que nous avons vu en Aille, i quatrième dont Sesticraété témoin, et un cinquième mentionné par Blatin(3). :s cas sont rares, il est vrai, et c’est ce qui explique comment un médecin peut en avoir pas rencontré, même dans une pratique assez étendue; mais nous dcman- >ns si, quelque faible que soit la chance, on voudrait s’exposer à la courir, lorsl’on a de très-bons moyens pour atteindre le but sans aucun danger, comme on a i qu’on pouvait y parvenir à l’aide du laudanum de Sydenham pris par la bouche, doses fractionnées. Dans trois des cas que nous avons mentionnés, les vomisscents, faibles ou nuis avant l’administration de l’ipécacuanha, sont devenus incoerbles, et dans le quatrième, 30 grammes d’huile de ricin ont provoqué une diarrhée s plus abondantes, bientôt suivie de tous les symptômes d’un choléra mortel. Préparations alcalines. — La grande diminution des principes alcalins du sang été principalement remarquée dans le sang des cholériques ; aussi ne devons- >us pas nous étonner de voir que les préparations alcalines ont été prescrites par i grand nombre de médecins. Davier (lx) faisait prendre toutes les demi-heures mélange suivant :

Carbonate de soude.... 2 gram. i Chlorate de potasse 30 centigr.

Hydrochlorate de soude. G5 centigr.

Stevens (5), qui a le premier eu recours à la médication saline, donnait toutes > demi-heures, ou toutes les heures, suivant la gravité, la poudre suivante :

'if Chlorure de sodium. . . 126 centigr. Bicarbonate de soude. . 2 gram.

Chlorate de potasse 35 centigr.

1 Ockel se contentait de faire prendre aux cholériques une solution concentrée de

(1) Arch. gén. de méd., avril 1832, t. XXVIII, p. 5 44.

(2) Union médicale, août 1849.

(3) Choléra déterminé par l’administration du kermès ( Union médicale, 3 avril 1849).

(4) Gazette médicale, septembre 1832.

(5) Union médicale, 3 avril 1849.

MALADIES PESTILENTIELLES

sel ordinaire; mais ce remède, ainsi administré, inspire souvent une grande répugnance aux malades. Enfin d’autres médecins se sont bornés à ordonner Veau de chaux. Leraazurier (1) portail les solutions alcalines dans le rectum, sous forme d’une forte solution cL hydrochlorate de soude.

Baudrimont (2) a rapporté des cas où les sujets, jetés dans l’état le plus grave, ont été promptement soulagés et guéris par l’usage du bicarbonate de soude à la dose de U à 8 grammes par litre de tilleul chaud. Ce médecin rapporte (pie, dans la commune de Giraumout, il y avait eu, au 8 octobre, quarante et un cas de choléra; que dix-huit, ayant été traités par divers moyens, étaient tous morts, et que vingt-trois, traités par le bicarbonate de soude, avaient tous guéri. Nous nous contentons de faire remarquer ce que cette mort constante aussi bien que cette guérison infaillible ont d’extraordinaire.

Dans la dernière épidémie, Gavin-Milroy (3) a appelé L’attention des médecins sur le sel marin pris par la bouche à la dose d’une cuillerée à café dans une tasse d’eau, et en lavements à une dose double ou triple. D’autres médecins, et en particulier Oulmonl (ù), ont employé cette médication ; mais, après en avoir espéré beaucoup, ils ont été forcés de l’abandonner.

Moissenet donnait la potion suivante :

if Chlorure de sodium 12 gram.

Eau de menthe 125 gram.

A prendre par cuillerée de demi-heure en demi-heure

Sirop diacode AO gram.

Ce médecin prescrivait en même temps un lavement avec 2 grammes de chlorure de sodium et l gramme de laudanum.

Rien ne prouve que les alcalins aient eu les effets merveilleux qu’on leur a attribués.

Injections alcalines. — Ce fut l’introduction directe des solutions alcalines dans le torrent de la circulation qui attira le plus l’attention. Latia, se fondant sur les expériences chimiques de O’Shaughnessy, s’était contenté d’abord de chercher a \ remédier par des boissons et des lavements alcalins; mais, ayant vu qu’il ne réussissait pas par ce moyen, il eut la première idée de ces injections. Il dissolvait 8 a 12 grammes Cl hydrochlorate de soude et 2s'r,50 de sous-carbonate de soude dans 3000 grammes d’eau; puis il les introduisait peu à peu dans les veines a la temperature de 112 degrés Fahrenheit. Il a remarqué que, plus froide, l’injection causait une sensation de froid extrême et des frissons violents. Plus chaude seulement de trois degrés, elle excitait subitement le cœur; la face devenait très-animée, et le malade se plaignait d’une grande faiblesse. Lorsque l’injection était faite à la température que nous avons indiquée plus haut, le malade ne sentait d abord rien; mais bientôt il éprouvait une sensation de chaleur, et des phénomènes semblables à ceux de la réaction ne tardaient pas à se manifester.

D’après Latta, il ne faut pas, lorsque L’clfet est produit, regarder le malade comme guéri ; mais il faut le traiter par de doux stimulants, afin que l’état algide ne

(1) Gazette médicale, novembre 1835.

(2) Union médicale, 2 A mars 1849.

(3) Ibid. , 24 mars 1849.

(4) Ibid. , 29 mars 1849.

paraisse pas. Chez des sujets qui avaient paru parfaitement guéris, on a vu, en ni d’heures, les symptômes les plus violents se reproduire, et être suivis d’une wrt prompte. Lorsque les symptômes de l’état algide reparaissent, il ne faut pas vsitcr à renouveler l’injection. Le docteur Craigic (de Leith) a cité quelques faits . guérison par le même moyen. Il en est de même du docteur Lewins et de quelles autres.

'Wanvinski (1) a injecté trois fois de 1500 à 3000 grammes d’une solution alcade dans les veines. Les garderobes augmentèrent; néanmoins il parut y avoir un u d’amélioration passagère, mais la terminaison fut fatale.

'Si maintenant nous voulons apprécier l'influence réelle de cette médication, nous us trouverons fort embarrassés. Le nombre des cas dans lesquels l’injection a été uitiquée est peu considérable, et par conséquent le nombre des succès et des succès n’est pas suffisant pour qu’on puisse établir une proportion dans laquelle i doive avoir une grande confiance. Cependant il faut dire que Latia, Lewins et aigie ont cité des faits fort intéressants, puisque des sujets évidemment près de cccomber ont été ranimés presque immédiatement et ont assez promptement uéri. Quelques-uns, comme Craigie, veulent que l’elfetdes injections soit aidé par ssage interne des préparations alcalines, et d’autres, avec Latta, les bannissent du alternent, parce qu’elles leur ont paru avoir de fâcheux effets sur les vomissements les déjections alvines.

Acides. — Le docteur Spolier (2) recommande vivement l’acide nitrique dilué, ur soixante-seize cas de choléra, sept seulement ont succombé. Il prescrit ce médiunent sous la forme suivante :

Décoction concentrée de Eau de mélisse G0 gram.

racine de salep 180 gram. Sirop de pavot blanc 30 gram.

Acinc nitrique dilué. ... 2 à 4 gram.

Une cuillerée à soupe toutes les cinq ou dix minutes, plus tard toutes les demi-heures, puis utes les heures. Après la disparition des symptômes il continue le médicament pendant un ur, toutes les deux ou trois heures.

Nitrate d’argent. ■ — Emmanuel Lévy (3), dans un travail intitulé : Cvre du holéra par le nitrate d’argent, cite 82 cas de guérison sur 132 cholériques avec ranose, par l’emploi de ce médicament qu’il administre à la dose de 1/8® de grain, ans une solution d’eau distillée tous les quarts d’heure, puis toutes les demieures. Barth (6), ayant vu à la Salpêtrière les principales médications rester sans isultat dans une très-grande majorité des cas, eut recours au nitrate d'argent onne a la dose de 5 centigrammes dans une potion, et de 25 centigrammes dans un etil lavement. Ce traitement était continué pendant trois ou quatre jours. Sur inquante- trois malades ainsi traités, il y a eu vingt-sept guérisons. Ce résultat ne araît pas très-avantageux au premier abord, mais Barth a démontré par l’analyse es faits et par la comparaison qu’il a faite de ce résultat avec celui qu’on obtenait la Salpêtrière par les autres traitements, qu’il est réellement très-favorable à l’effi-

(1) Voy . Contour, Coup cl’œil, etc. (Bulletin de thérap., 15 juin 1849).

(2) Medicinische Zcitung , etJourn. des conn. méd.-chir., 15 janvier 1850.

(3) Compte rendu des séances de la Soc. méd. des hdpit.r 9 janvier 1849 (Union médicale , février 1850).

(4) Arch. gén. de méd., 1849.

MALADIES PESTILENTIELLES

carilé du nitrate d’argent. Cos faits n’ayant été bien connus que lorsque l’épidémie était finie, les autres médecins de Paris n’ont pas pu expérimenter celte médication d’une manière suivie.

Eau froide , glace. — Nous avons dit, dans la description des symptômes, que les malades n’avaient pas un aussi grand désir des boissons froides, ou du moins que ce désir n’était pas aussi constant que plusieurs médecins l’ont avancé. Cependant quelques-uns ont tiré de cette prétendue appétence la conséquence que les boissons Iroides, et l’eau en particulier, devaient avoir un résultat avantageux. Ils ont été, en outre, portés a employer ce moyen par l’idée que les boissons froides calmeraient les vomissements. Berres (1) préconise l’eau froide à l’intérieur. Millier (2) et Gilkrest administraient cette boisson en grande abondance. Peyron allait jusqu’à en faire boire quinze et même vingt litres en vingt-quatre heures. D’autres médecins se sont contentés de faire fondre dans la bouche des fragments de glace, ou bien d’en faire avaler une petite quantité.

ha méthode hydrothérapique a été employée dans la dernière épidémie de Pologne et s’est montrée inefficace (3).

Telles sont les principales médications internes qui ont été mises en usage dans les deux grandes épidémies qui ont désolé l’Europe. Disons maintenant un mot de l’administration de quelques autres substances employées par des médecins isolés, et qui sont loin d’avoir pour elles une expérience suffisante. Pendant un moment on a beaucoup vanté V huile de cajeput , dont on fait usage depuis longtemps dans l’Inde, mais ce médicament a été assez promptement abandonné. Bremer (fi) l’administrait ainsi qu’il suit :

?f Huile de cajeput

Teinture de valériane élhérée. .

Esprit de corne de cerf succiné

ââ parties égales.

Dose : d’abord trente gouttes, puis quinze gouttes, au bout d’une demi-heure ou d’une heure; puis éloigner les doses, et donner quinze gouttes de la potion de trois heures en trois heures.

Strebel a donné l’huile de cajeput seule à la dose de quarante gouttes par jour.

Ces médecins assurent avoir guéri par ce moyen les deux tiers des cholériques le plus violemment atteints. Ces résultats n’ont pas été confirmés par les autres praticiens.

Cabaret (5) conseille le soufre sublimé à la dose de 1 gramme tous les quarts d’heure, mais il ne cite qu’une observation à l’appui.

Chloroforme. — Brady (6) préconise l’emploi du chloroforme , qu’il donne ainsi qu’il suit :

2 'f Huile de ricin 12 gram. Teinture d’opium 20 gouttes.

Chloroforme 6 goutt. Eau de menthe 45 gram.

A prendre en trois fois et tous les quarts d’heure.

(1) Erfahrung iiber die Kalte in Krank. Berlin, 1833.

(2) Gazette médicale, 1832.

(3) Rapport sur le choléra épidémique qui sévit en Pologne, par le docteur Tschetgrin {Bulletin de l'Acad. de méd., Paris, 1852, t. XV1I1, p. 193).

(4) Arch. gén. de méd., 1831.

(5) Journ. des conn. méd.-chir., 1er janvier 1850.

(6) Union médicale, 2 h mars 1849.

>5i cette potion est insuffisante , Bradv en donne une seconde, ainsi coincée :

Chloroforme 8 gouttes. I Eau 60 gram.

Sirop de vin 12 gram. |

I Enfin, dans quelques cas, il élève la dose jusqu’à quinze et vingt gouttes en une mi-heure ou trois quarts d’heure dans une espèce de grog. iBrady donnant en même temps un purgatif, un narcotique, un excitant et un «sthésique, médicaments qui ont tous leur action, comment savoir si c’est au ailier médicament qu’il faut rapporter les bons effets de la préparation ? iflill (1) a pratiqué les inhalations de chloroforme, même dans la période algide. ia rapporté au début quelques cas favorables; mais ces bons résultats ont-ils perité ? Max. Yernois (2) a administré la même substance à l’intérieur.

•Alph. Devergie a proposé, contre le choléra, la décoction et la pulpe de truffe. 'Malgré la publication de quelques faits heureux, ce médicament n’a généralement ;s été adopté.

Aiulreïwsky (3) administrait l’ huile de pétrole ou de naphte , à la dose de six, iuze, et même quinze gouttes, dans un peu d’eau-de-vie, ou une infusion aroatique, contre les diarrhées initiales. Suivant M. Contour, ce moyen avait un and succès.

1 Michel, d’Avignon (4), vante les bons effets de Y ail donné en infusion préparée ec quelques gousses, appliqué sous forme de cataplasmes, ou enfin en frictions. oui* l’application externe, on pile dans un mortier quelques gousses d’ail avec Idition de 50 à 60 centigrammes d’encens. Cette médication doit être très-difficile supporter pour bien des malades.

'NVillemin (5) a cité un certain nombre de cas observés au Caire, et desquels il inclut que le hachisch . principe actif du Cannabis indica , est un remède souveiin. Il administrait ce médicament sous la forme de teinture alcoolique à la dose , 1 dix à vingt gouttes par jour, dix gouttes contenant 5 centigrammes de principe tif du Cannabis. Les faits observés à la Salpêtrière, dans la dernière épidémie, 'ayant été nullement favorables à l’action de ce médicament, on doit regarder les îs de guérison cités par 'NVillemin comme des coïncidences.

La noix vomique et la strychnine ont été également mises en usage. Récamier >sociait la noix vomique à la racine d’arnica, dans le but d’arrêter la diarrhée, et Gagner (6) voulait qu’on donnât l’extrait de noix vomique à la dose de 3 à 5 cengra mines d’heure en heure.

Le docteur Maxwell (7) a beaucoup vanté le natron carbonique ; mais il le amie associé à une dose considérable d’opium et à des purgatifs. Que conclure de :s observations ?

(1) Union médicale, 27 mars 1849.

(2) Ibid., 19 mai 1849.

(3) Voy. Contour, Coup d’œil sur le traitera, du choléra asiat. qui a régné en Russie aidant les années 1846-1847 et 1848 ( Bulletin gén. de thérap., mai 1849).

(4) bulletin gén. de thérap., mai 1849.

(5) Bulletin de T Acad, de méd. , t. XIV, p. 137.

(6) Medic. pract. Abh. über die asiat. Chol. Prag., 1834.

(7) Voy. Lettre à M. Liehig ( Union médicale , 30 octobre 1849).

Dans la dernière épidémie, on a un instant vanté le trichlorure de carbone qu’on a donné jusqu’à la dose de 7 grammes ; mais ce médicament n’a pas tardé à être abandonné.

Moyens divers. — Enfin on a administré le charbon de bois ou magnésie noire (Bictt) ; Veau de Lace (M. de Saint-Simon Sicard) ; le vinaigre (M. Desrivières) ; le poivre en poudre grossière (M. Szafkowski) ; le plantain (id.) ; le protoxyde d’azote (1) ; le chlore (2) ; V acide carbonique (3) ; la teinture de scille, V huile d’olive, etc. ; en un mot, on a mis en œuvre presque toutes les substances dont dispose la thérapeutique. Nous n’insistons pas davantage sur ces derniers remèdes, parce que rien ne prouve qu’ils aient eu un degré d’efficacité réel.

[Des expériences récentes viennent de ruiner toutes les espérances de la thérapeutique. Les médicaments ne seraient pas absorbés pendant la période algide ! Et, dès lors, que penser de l'efficacité de tous ces médicaments internes employés contre le choléra ? Il faudrait alors ne compter que sur la médication excitante externe. La question est encore pendante.]

2° Médication externe.

La chaleur c st l’excitant externe le plus facile à employer et peut-être aussi le plus utile. Aussi s’est-on empressé d’envelopper les malades dans des couvertures chaudes et d’approcher de leurs extrémités des boules remplies d 'eau à une température élevée.

Meurtdefroy (4) a employé, pour le réchauffement des cholériques, la chaux vive enveloppée de linges mouillés et appliquée près du corps du malade, moyen déjà mis en usage pour d’autres maladies, par Serres (d’Alais).

Blatin a imaginé un appareil qui consiste dans une lampe à l’alcool, entourée d’une cage d’osier et qu’on place sous les couvertures. Les choses étaient disposées de manière qu’on pût éteindre immédiatement la lampe sans retirer l’appareil.

Quelques médecins, Delpech surtout, ont fait placer les cholériques dans des bains chauds; Alph. Guérard a recommandé les bains d’air chaud (5) ; d’autres ont fait promener sur la surface du corps, au-dessus d’un linge interposé, des fers à repasser fortement chauffés. Les frictions sèches avec une flanelle chaude peuvent être placées parmi les excitants de ce genre, quoiqu’elles aient, en outre, la propriété de favoriser mécaniquement la circulation.

Cependant quelques médecins, parmi lesquels il faut citer Lcgroux et Horteloup (6), ont cru remarquer que le réchauffement des cholériques a des effets funestes ; mais les faits qu’ils ont cités ne sont pas suffisants pour faire taire tous les doutes sur ce point.

Des médecins ont eu l’idée de recourir à une médication entièrement opposée, et ils ont prescrit les affusions et les douches froides. Voici comment Casper,

(1) Lepage, Rapport sur l'emploi du gaz protoxyde <l’ azote dans te choléra . Orléans, 1832.

(2) Toulmouche, Arch. gén. de méd., 1835.

(3) Ileldcr, U ch. Schutzm. gcg. d. Choléra. Prag., 1831.

(à) Union médicale , 17 avril 1849.

(5) Annales d’hygiène publique. Paris, 1854, t. I, p. 99.

(G) Comptes rendus de la Soc. méd. des hûpit. ( Union médicale, 1849).

I Berlin) (1) voulait que l’on procédât dans l’application de ce moyen, qu’il met- ^ en usage principalement lorsque le pouls était devenu insensible.

malade était placé dans une baignoire vide s’il avait la peau sèche, pleine d’eau '7 degrés s’il avait la peau moite. On lui versait alors sur la tête quatre ou cinq ux d’eau glacée, et l’on faisait d’autres affusions sur le corps avec le même liquide, répétait cette opération toutes les deux ou quatre heures. Immédiatement après ifusion, on replaçait le malade dans son lit, en ayant soin de couvrir la poitrine, dos et le ventre de compresses froides que l’on renouvelait dès qu’elles étaient nudes. Pour compléter ce traitement, on administrait des boissons et des lavements <ids.

Horteloup (2) a cité des faits semblables.

ïl est difficile de se prononcer sur la valeur de ces traitements : ce qu’il y a de i tain, c’est que, contrairement à ce qu’on aurait pu prévoir, un certain nombre sujets parvenus au milieu de la période algide, et qui semblaient près de suci liber, ont été promptement ranimés.

Dans les cas graves, Worms (3) faisait raser la tète et y appliquait une flanelle nipée dans le mélange suivant :

!2 £ Alcool camphré 150 gram.

Ammoniaque liquide. . . 12 à 25 gram.

Dans laquelle on aura fait dissoudre :

Chlorhydrate d’ammoniaque . .

Infusion d’arnica 100 gram.

45 gram.

Suivant ce médecin, celte application rendrait la réaction beaucoup plus facile et même temps beaucoup moins grave.

Les sinapismes ont été presque généralement employés ; on les promenait sur les ombres et sur les différentes parties du corps. Ils agissaient dans le même sens ic la chaleur, mais avec plus d’énergie.

Au lieu de faire des frictions sèches, on a conseillé de se servir de divers médiments irritants : c’est ainsi qu’on a fait des frictions avec l'huile de cantharide , ecun Uniment ammoniacal , avec l 'alcool camphré (Fouquier), avec une décocm de moutarde (Dupuytren), etc. Ces substances n’ont pas d’effet spécial, et ute la différence consiste dans leur plus ou moins d’énergie.

Une des préparations les plus énergiques est le Uniment hongrois ainsi composé :

Uniment hongrois contre les crampes .

Eau-de-vie 250 gram.

Vinaigre fort 125 gram.

Farine de moutarde 15 gram.

Camphre 8 gram.

Poivre 8 gram.

Gousse d’ail pilée n° 1.

On met le tout dans un flacon bien bouché, et l’on fait infuser pendant trois jours au soleil i dans un endroit chaud.

Turnbull (h) employait pour frictions le piment ( Capsicum annuum ), réduit à

(1) Die Behandl. der Cliir. Berlin, 1832.

(2) Comptes rendus de la Soc. méd. des hôpit. ( Union méd ., 1849).

(3) Bulletin de l’ Acad, de méd., 1849, t. XIV, p. G76.

(4) The Lancet, janvier 1848.

1 hk

MALADIES PESTI LENTIELLES.

la consistance (le gelée, et mêlé à l’axonge ou à l’huile d’olive, ou bien macéré dans l’alcool. C’est un rubéfiant énergique.

Des médecins, ayant cru trouver le siège primitif de la maladie dans une lésion de la moelle épinière, ont conseillé de pratiquer des frictions excitantes le long du rachis. Petit (1) portait l’action des excitants le long de la colonne vertébrale jusqu’il i la vésication. Voici comment il procédait :

Il faisait étendre tout le long du rachis un morceau de laine imbibé d’un Uniment composé de :

Essence de térébenthine 30 gram. | Ammoniaque liquide A gram.

puis il faisait promener lentement, sur le morceau de laine, un fer à repasser bien chaud, il en résultait une vaporisation instantanée d’une grande partie du Uniment, qui, agissant fortement sur la peau, déterminait une vésication rapide.

Bouillaud a quelquefois imité cette pratique ; quant à Ricord (2), il s’est contenté de frictions le long de la colonne vertébrale, à l’aide d’un Uniment volatil.

Raphaël (de Provins) a pratiqué la cautérisation des gouttières vertébrales avec le fer rougi à blanc. Quel a été le succès réel de ce moyen ? C’est ce qu’il n’est pas permis de dire.

Les vésicatoires à l’épigastre et aux extrémités ont été également prescrits. On a encore employé Y électro-galvanisme ; le docteur Levington (3) avait déjà, en 1825, mis en usage ce moyen, qui a été appliqué ensuite en Europe. Enfin on a eu recours aux frictions mercurielles , aux bains de vapeur et même à la cautérisation épigastrique avec le fer rouge.

Nous avons, dans la dernière épidémie, employé, dans des cas de douleurs épigastriques très-intenses, le vésicatoire au marteau sur l’épigastre et autour de la base de la poitrine ; ce moyen n’a pas eu de succès évident.

Traitement des crampes. — Burq (!\), alors élève des hôpitaux, a réussi, à l’aide d 'armatures métalliques humides , à arrêter plusieurs accidents nerveux, et en particulier les crampes et la constriction épigastrique. Voici en quoi consistaient, d’après cet auteur, ces armatures et la manière de les appliquer :

« Une armature générale, lorsqu’elle est complète, se compose de treize pièces : deux anneaux et une mitaine, ou un cylindre pour le membre supérieur; deux anneaux et une sandale pour le membre inférieur; une ceinture pour le tronc.

» Les anneaux ou bracelets sont de cuivre mince, ont de 10 à 15 centimètres de large et sont d’une forme convenable pour s’appliquer aussi exactement que possible : cette dernière condition est absolument indispensable.

» La ceinture consiste dans une bande de cuivre de 8 centimètres de large, de la longueur d’un mètre, terminée en avant et en arrière par une large plaque qui s’adapte à la forme du ventre et du dos.

» Les crampes sont-elles générales et intenses, nous appliquons une armature

nous adressons exclusivement à ceux-ci.

(1) Arch. gén. demèd., t. XXVIII, lre série, p. 470.

(2) Arch. gin. de méd., avril 1832.

(3) Trans. of. the med. and phys. Soc. of Calcutta. (A) Union médicale, 7 juillet 1849.

» Doua bracelets et une sandale pour chacun; plus ordinairement une ceinture iour le tronc ; ce n’est qu exceptionnellement qu'il suffit d'armer un seul membre tour voir quérir les deux.

» Sont-elles peu intenses et siègent-elles exclusivement sur une partie, aux molets par exemple, deux anneaux, un à droite et un à gauche, sont ordinairement iuffisants; mais si les crampes résistent, on mouille les bracelets, et lorsque ce n’est jas assez, on complète l’armature du membre.

» Nous commençons toujours par appliquer les armatures à sec, et nous ne les nouillons que si le soulagement est nul ou seulement partiel.

» Pour mouiller un bracelet, on roule entre lui et la peau une bande ou une compresse ordinaire, et mieux un lambeau de couverture de coton trempé dans une iolution légère de sel marin, à la température de 25 à /iü degrés.

» Il nous est arrivé trois ou quatre fois que les armatures sèches ayant parfaitement réussi d’abord, ont perdu leurs propriétés au bout de quelques heures. En les examinant de près, nous avons reconnu qu’il s’était amassé sous le cuivre une «sudation visqueuse qui très-probablement venait mettre obstacle à sa conductibilité. Dans tous les cas, il a suffi de nettoyer la peau et le métal, ou de mouiller es armatures, pour faire reparaître toute leur efficacité.

» Il faut être prévenu qu’au bout d’un certain temps, trois à cinq heures, à nesure que les armatures humides se sèchent, elles perdent beaucoup de leur action, et que bientôt, si les crampes n’ont pas été guéries radicalement, si elles ont de la tendance à revenir, elles ne tardent pas à reparaître. Dans ce cas, on n’a, oour y mettre fin, qu’à remouiller les linges à travers les ouvertures des anneaux. »

Dans quelques cas, Duchenne (de Boulogne) a réussi à arrêter les crampes, et même les vomissements, à l’aide de l 'excitation électro-cutanée , qu’il dirige avec ant d’habiJeté.

Guyon (1), inspecteur du service de santé militaire en Afrique, donnait un moyen bien simple de faire cesser immédiatement les crampes des jambes, chez es cholériques. Il suffisait, en effet, de renverser le pied sur la partie antérieure le la jambe. Pour cela, on saisissait le talon d’une main, tandis que de l’autre on laisissait la pointe du pied, et l’on opérait le renversement de cette dernière partie, .es crampes des doigts et des mains disparaissaient, comme celles des jambes, par 'extension des doigts sur la main, et de la main sur la face dorsale de l’avant-bras. ^ cet effet, tenant l’avant-bras d’une main, et, après avoir saisi de l’autre les paries crampées, on les renversait sur l’avant-bras, non brusquement, mais avec une certaine lenteur.

Les vomissements , si violents dans le choléra, ont dû nécessairement attirer .'attention des médecins qui se sont occupés du traitement de la maladie. Plusieurs des médicaments précédents ont été dirigés contre eux, mais on leur a opposé l’une manière spéciale les boissons gazeuses, et en particulier la potion antiémétique de Rivière et Veau de Seltz.

Malgaigue a, dans un cas, arrêté immédiatement les vomissements en appliquant iur l’épigastre un vésicatoire ammoniacal pansé ensuite avec la morphine.

Jusqu’à présent, nous avons indiqué les diverses médications séparément ; mais,

(1) .lourn. des connaissances méd.-chir.. 15 octobre 1852.

Yalleix, 5e édit.

MALADIES PESTILENTIELLES

comme «a le pense bien, il est sans exemple qu’on n’en ait pas associé un certain nombre, afin de remplir en même temps les diverses indications. C’est ainsi qu’on a eu recours à la fois auv excitants internes et externes, antispasmodiques, aux opiacés, de manière à arrêter, d’une part, les évacuations alvincs et le vomissement, et, de l’autre, à calmer les accidents nerveux, à ranimer la circulation et à rappeler la chaleur. C’est la base de tous les traitements -employés, et ce n’est que dans l’emploi de quelques substances particulières et dans certaines modifications apportées à l’administration des principaux remèdes, que la thérapeutique, tant en France qu’eu Angleterre, en Allemagne et en Amérique, a réellement différé. ïl serait par conséquent inutile de donner en grand détail les traitements propres à chaque médecin en particulier.

Champenois (1) a conseillé, dans le but de provoquer la réaction, d 'injecter dans la vessie le liquide suivant :

If Eau distillée ou vin blanc. . . 75 gram.

Alcool rectifié 25 gram.

Sulfate de quinine. ....... 1 gram.

Pour une injection dans la vessie.

Laudanum liquide 25 à 30 gouttes.

Strychnine è à 8 milligr.

Acide sulfurique 8 gouttes.

Nous ignorons si ce moyen singulier a été mis en usage d’une manière un peu suivie.

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