ROUGEOLE. — SYMPTÔMES
moins élevée, accompagnée bientôt de sueurs, soit générales, soit bornées a la tête, et que Rayer a trouvées quelquefois fort abondantes et d une odcui douceatie, une «accélération notable du pouls; tels sont les principaux symptômes de 1 état fébiile.
On observe, du côté des voies respiratoires , des symptômes bien dignes d'' remarque. Il y a des éternuments fréquents ; un écoulement parfois considérable Ide mucus acre, une rougeur et un gonflement plus ou moins marqués de la muqueuse nasale; en un mot, les signes d’un coryza ordinairement intense.
Bientôt après, les yeux deviennent rouges, larmoyants, sensibles à la lumière ; les malades y éprouvent des picotements, et le liquide qui s’en écoule est parfois iâcre comme le liquide nasal. ,
Du côté du larynx et des bronches , on observe une toux forte, sonore, grave., i rude, et présentant, en général, un timbre particulier que tous ceux qui l’ont i observé attentivement reconnaissent avec la plus grande facilité; c’est ce qu’on aappelle la toux férine. Cette toux, souvent presque continuelle, revient parfois par (quintes. Chez quelques sujets, loin d’avoir ces caractères, elle est légère et rare i comme dans une bronchite bénigne. Il y a en même temps une respiration accé- Uérée, difficile, de l’oppression; en un mot, du côté de la poitrine, nous trouvons lies symptômes d’une bronchite, comme du côté des fosses nasales nous avons trouvé (ceux d’un coryza.
Parfois le pharynx est aussi enflammé, et il en résulte la chaleur, la sécheresse ule la gorge, une constric.tion du pharynx qui incommode beaucoup les malades. IDans des cas particuliers, dont il sera fait mention plus loin, les ganglions sousi maxillaires se tuméfient sous l’influence d’une pharyngite violente.
Dès le premier jour, Y appétit est perdu, et les malades éprouvent une soif plus mu moins vive. Les nausées, les vomissements, les douleurs épigastriques ne sont i pas des phénomènes constants; il est même des épidémies dans lesquelles ils ne se i montrent que rarement, mais il en est aussi où on les rencontre chez un assez grand i nombre de malades.
La constipation, ou bien une diarrhée légère, sont des symptômes qui ont été attribués à la période d’invasion de la rougeole sans qu’on ait recherché la proportion de l’un ou de l’autre. On a seulement remarqué que , lorsque la rougeole survient dans le cours de la première dentition, la diarrhée est presque constante.
Les urines sont denses, de couleur rougeâtre. Becquerel les a trouvées plus denses et plus acides qu’à l’état normal, et a vu une augmentation notable des parties solides.
A ces symptômes qui caractérisent la période d’invasion, il faut joindre, dans un (certain nombre de cas, le brisement des membres, une anxiété parfois très-vive, U’insomnie, le délire, les convulsions.
On peut, du reste, résumer cette description en ces mots : mouvement fébrile uplus ou moins intense, coryza, bronchite avec toux particulière dans la plupart des cas. Ce sont là, en elfet, les symptômes capitaux; les autres ne sont qu’accessoires.
il ne faut pas s’attendre à trouver tous ces symptômes réunis dans tous les cas.
! (On voit parfois manquer le coryza et la bronchite; quelquefois aussi on voit prédoi i miner les symptômes abdominaux, et en particulier la diarrhée; mais déjà, en I pareil cas, la rougeole cesse d’être régulière.
Nous n’avons parlé ni de Y odeur particulière (odeur de plumes d’oie fraîchement Vau.eix, 5e édit. I — 13
arrachées, Heim) qu’on a trouvée au corps des malades, ni de celle de Y haleine (très-aigre et pénétrante, Mandl), parce que très-probablement elle était due à des circonstances particulières qui ne se sont pas présentées à la plupart des observateurs.
[Parmi les signes qui annoncent le début de la rougeole, il en est quelques-uns qui ont un caractère pour ainsi dire banal et qui se rencontrent au début de toutes les affections aiguës fébriles; tels sont : le frisson, le malaise, la courbature, la céphalalgie. L) autres sont plus caractéristiques : ainsi Y épistaxis indique plutôt le début d'une fièvre continue, d’une fièvre éruptive plus encore; l’épistaxis se rencontre souvent au début de la rougeole. Elle est abondante, fréquente, ou au contraire rare, suivant les constitutions medicales. Il y a d s périodes épidémiques où ce signe abonde, d’autres où il manque. En autre symptôme plus important par sa gravité apparente marque quelquefois le premier début de la période d’invasion rubéolique; nous voulons parler des convulsions. Ce symptôme est doublement important à considérer : 1° parce qu’il appartient beaucoup plus à la rougeole qu’à toute autre fièvre, etqu’ainsi il peut servir au diagnostic; 2° parce qu’il peut fournir matière à des erreurs de diagnostic, et donner lieu à des craintes exagérées sur la gravité de la maladie (pii commence. Généralement le début des fièvres éruptives est l’occasion de manifestations thérapeutiques qui marquent plutôt le zèle que la prudence des médecins. Il importe par conséquent beaucoup au médecin de ne rien ignorer de ce qui peut se produire au début de ces affections et avant qu elles se soient manifestées avec tous leurs caractères.
La durée de la période d’invasion qui précède i’énipLion est longue dans la rougeole; elle est de quatre ou cinq jours.]
Eruption. — L’éruption est caractérisée par de petites taches d’un rouge assez vif, analogues pour la dimension aux papules de la variole commençante ou de la fièvre typhoïde. Elles ressemblent aussi aux piqûres de puce, avec cette différence qu 'elles disparaissent sous lu pression du doigt pour reparaître dès que cette pression Gesse.
D’abord distinctes et arrondies, elles se réunissent bientôt en formant des groupes irréguliers, des plaques inégalement découpées sur leurs bords, des demicercles ou de petits croissants ( racemutim coulesrunt, Sydenham). Commençant d’ordinaire à se montrer sur le menton, au front et sur les joues, les taches gagnent bientôt le cou, la poitrine et le dos, et se répandent ensuite sur l'abdomen et les extrémités.
Les taches de la face sont, en général, plus saillantes que celles du reste du corps : ce relii j n’est d ailleurs que peu sensible au doigt. Au moment où l’éruption a acquis son plus haut degré de développement, c’est-à-dire vers le deuxième ou le troisième jour, les malades se plaignent souvent d’une démangeaison incommode. La rougeur de 1 éruption ne reste pas continuellement la même : ])lus forte en général à la face, où la vascularité est plus grande et où quelquefois elle s’étend en plaques presque confluentes, elle offre plusieurs nuances diverses dans la même journée, et elle redevient plus vive dans les moments de redoublement fébrile ; parfois même ce retour des rougeurs est si prononcé, qu’on croirait au développement de taches nouvelles.
Les symptômes généraux de la première période se retrouvent à peu près
BOUGF.Ot.E. — SYMPTÔMES.
^semblables dans la seconde : la fluxion oculo-nasalc persiste; la conjonctive et la membrane pituitaire sécrètent un mucus plus épais qui se durcit en croûtes ; celte ^sécrétion est beaucoup plus abondante chez les enfants cachectiques des hôpitaux que chez ceux de la ville. La dyspnée reste la même par suite de la bronchite concomitante ; la toux devient plus humide, tout en gardant son caractère propre ; la voix est encore rauque ou affaiblie, et 1 auscultation de la poitrine révèle la présence des râles qui appartiennent au catarrhe. La face continue à être un peu bouffie; la peau est sèche, chaude; le pouls se maintient très-élevé ; quelquefois même, loin de baisser quand paraît l’éruption, comme nous l’avons vu dans plu- * sieurs cas, il reste accéléré alors même que les taches commencent à pâlir, et en l’absence de toute complication. Le pharynx et le voile du palais offrent les rougeurs ; du début, et le malade éprouve à la fj orge une sensation de sécheresse et d’aspérité. ILa langue est couverte d’un enduit blanc ou jaunâtre avec piqueté rouge; la soif < et l’inappétence persistent quelquefois jusqu’au septième ou au neuvième jour; des gencives présentent, surtout au pourtour des alvéoles, ces pellicules blanches, i minces , faciles à enlever, fréquentes dans les phlegmasies des membranes i muqueuses.
Parfois la saillie des taches est beaucoup plus considérable qu’à l’ordinaire : ce sont de véritables papules. On a donné à cette variété le nom de rougeole boutonneuse. Dans certains cas (1) l’éruption est si abondante, qu’il existe une véritable rougeole confluente.
Chez certains malades et dans une épidémie où l’on voyait habituellement des taches ayant leur forme ordinaire, Lombard a vu des taches circulaires semblables ; à celles de la roséole, et même, dans un cas, de véritables vésicules.
Boudin (2) a vu l’éruption accompagnée de sudamina plus ou moins aboni dants.
L’éruption cutanée est précédée et accompagnée d’une éruption muqueuse sur laquelle il importe beaucoup d'insister, car elle est très-utile pour le diagnostic.
1 Elle est constituée par un piqueté d’un rouge plus ou moins vif, occupant le voile du palais et le pharynx, et signalé par Heim, Marc d’Espine et Guersant.
Helft (3), ayant examiné les matières excrétées par les diverses voies, y a trouvé des fragments d’épithélium, et il en a conclu que toutes les muqueuses présentaient une éruption analogue à celle de la peau ; il la désigne sous le nom d'énanthème , et, selon lui, l’intensité de l’éruption muqueuse est en raison inverse de celle de l’éruption cutanée, et réciproquement.
Desquamation. ■ — Après avoir duré pendant un temps que nous préciserons en parlant de la marche de la maladie , les taches pâlissent, leur auréole se dissipe, puis elles s’affaissent, prennent une couleur un peu violacée, ou terne et jaunâtre; elles ne disparaissent plus sous la pression. C’est, ordinairement dans les points où elles se sont montrées d’abord qu’elles commencent à éprouver ces changements ; nmais dans quelques cas le contraire a lieu. Dans certains cas légers elles disparais-
( 1 ) Gendron, Acad, de méd ., 1827.
(2) Boudin, Rech. sur les complic. qui accomp. la rougeole chez, l’enfant, thèse. Paris,
(3) Helft, Ueberdie Desq. des Epith ., etc. (Journ. fur Kmderkrnnkhe.il en , 1843).
KIK\ UKS Élit P J I\ MS.
sent très-rapidement. Il en est de même dans des cas assez intenses, mais il y a alors ce qu’on a appelé la délitescence , dont nous parlerons plus loin.
En même temps que ces phénomènes se passent, la desquamation a lieu : elle est constituée par une poussière épidermique blanche et sèche, comme farineuse. Rarement on voit se détacher des plaques épidermiques. Parfois la desquamation manque complètement ; il n’est pas rare de la trouver partielle, alors même que l’éruption a été générale. Trousseau a noté que chez les jeunes enfants la desquamation n’est bien évidente que sur la face (1) ; sur le reste du corps, on la distingue avec peine.
Pendant que la desquamation s’opère, on \oit s’apaiser les symptômes généraux : la fièvre tombe ; l’ophthalmie, le coryza cessent, mais la bronchite persiste e plus souvent, où plutôt il reste les symptômes qui terminent les bronchites intenses, lorsque la violence de l’inflammation est tombée. La toux devient grasse et facile, et il y a une expectoration abondante de crachats nummulaires opaques, non aérés, jaunes, verdâtres, nageant dans un mucus transparent. Michel Lévy a constaté que les crachats nummulaires sont beaucoup plus rares chez les adultes que chez les enfants, en sorte que ce signe a moins d’importance qu’on ne lui en a attribué.
2° Rougeole irrégulière , maligne , compliquée. — La rougeole peut être irrégulière par suite de la violence exagérée de certains symptômes, ou, au contraire, par suite soit de leur absence, soit de leur peu de développement.
Dans certains cas, la fièvre qui caractérise l’invasion est d’une intensité trèsgrande et s’accompagne de délire et de convulsions. D’autres fois elle se suspend plus ou moins complètement un jour avant l’éruption, pour se reproduire ensuite avec une grande vivacité.
Des épistaxis fréquentes et abondantes, les vomissements, la diarrhée, peuvent se montrer, tandis que le coryza et la bronchite sont nuis.
Quelques sujets éprouvent des douleurs vives dans diverses parties du corps.
D’autres fois les symptômes ne suivent pas leur marche habituelle ; ils sont intermittents, ou présentent des exacerbations marquées.
Chez quelques sujets, la fièvre manque complètement, il n’y a pas de période d’invasion, l’éruption est le premier signal de la maladie.
Telle est l’irrégularité qu’on remarque dans la période d'invasion. Elle porte, comme on le voit, tantôt sur un symptôme, tantôt sur un autre.
La période d'éruption présente aussi des irrégularités remarquables. Ainsi, l’éruption peut commencer par un autre point que la face ; elle peut rester bornée à une partie du corps, le tronc en particulier. Quelquefois la face en est exemple, toulle reste du corps en étant couvert; rarement le contraire a lieu.
La coloration des taches offre des anomalies diverses : quelquefois pâles et ternes, elles sont parfois d’un rouge foncé ou violacées. Souvent alors la fièvre reste très-intense ; le pouls devient serré, fréquent, parfois misérable ; et, du côté des voies digestives, on observe une diarrhée abondante, du météorisme, des douleurs de ventre.
Les irrégularités qu’on observe dans la période de desquamation sont les sui-
(t) Trousseau, Clinique médicale de /'tl'Uel-Dieu . l’aris, 1805, t. 1, p. 18(1.
ROLti E( )LE. — SV M PTÔMES.
w antes: la desquamation peut manquer complètement, elles taches disparaître par ■ délitescence , soit pour ne plus reparaître, soit pour se reproduire un ou deux jours plus tard. Quelquefois la desquamation est au contraire très-abondante, bien que ll’éruption ait paru peu prononcée.
Rougeole sans autres symptômes que ceux de l'éruption. — Il est rare d’ob- Mserver la rougeole sans coryza, sans bronchite et sans fièvre; cependant des cas de ce genre existent, tous les auteurs en parlent, et nous en avons vu un exemple il y a quinze ans. Suivant quelques auteurs, l’éruption, en pareil cas, se rapproche de la roséole; mais AVillan, Guersant et Blacheont vu l’éruption tout à fait normale en pareille circonstance, et, dans le cas que nous venons de citer, les taches étaient celles de la rougeole ordinaire, bien qu’il n’y eût ni fièvre, ni bronchite, ni coryza , ù aucune époque de la maladie. On a donné à cette variété, ainsi qu’à la suivante, Me nom de rougeole anomale.
Rougeole sans éruption. — Dans les épidémies, on voit quelques sujets présenter, au contraire, tous les symptômes qui appartiennent à la rougeole, moins l’exantlthème. On en a conclu que c’était la maladie régnante, sans altération cutanée; limais on ne peut accepter cette manière de voir qu’avec restriction. Si les symiptômes qu’on observe dans la rougeole avaient un caractère tout particulier, s’ils m’étaient pas ceux d’autres affections fréquentes, comme le coryza, la bronchite ftfébrile, la question serait facile à résoudre; mais il n’en est pas ainsi, et l’on se ddemande si la préoccupation du moment n’a pas fait regarder comme des rougeoles ildes affections qui, dans toute autre circonstance, auraient été considérées comme dde simples maladies des voies respiratoires. Rayer n’a jamais vu un seul exemple dde rougeole sans exanthème; mais, dans quelques cas, il a vu l’éruption fugace et Minutée, au point qu’un examen attentif pouvait seul la faire découvrir.
Formes graves. — Rougeole hémorrhagique. ■ — La rougeole hémorrhagique ppcut se montrer chez les enfants forts, robustes et dans un état de santé parfaite; le plus souvent, elle se manifeste chez les sujets débilités par des maladies antérieures ou offrant actuellement une maladie chronique, la phthisie pulmonaire en particulier. Cette forme est remarquable par les taches qui, constituant de véritables ecchymoses, ne disparaissent pas sous la pression, et par des hémorrhagies plus ou moins fréquentes ou abondantes qui se produisent par diverses voies, la bouche, l’estomac, les intestins, la vessie. En pareil cas il y a cet état hémorrhagique constitutionnel dont nous avons parlé ailleurs.
Rougeole avec gangrène. • — On a noté un certain nombre de fois, dans le cours de la rougeole, des gangrènes occupant la bouche, les fosses nasales, les poumons, le larynx, l’anus et la vulve. Elles ont une marche très-rapide et détruisent promptement les tissus.
Rougeole maligne, putride, (dynamique. — On voit parfois dans le cours de la rougeole la fièvre prendre une intensité extrême, et alors surviennent des symptômes semblables à ceux qu’on observe dans le cours de la fièvre typhoïde, dans laquelle, comme on le sait, on a distingué la forme ataxique, adynamique, etc. Ces symptômes, comme les précédents, annoncent une grande violence de la maladie, et (rendent le pronostic très-fàcheux.
Rougeole compliquée. — On a insisté sur les lésions organiques plus ou moins -graves qu’on observe quelquefois dans la rougeole, et on les a décrites sous le nom
FIÈVRES ÉRUPTIVES
d e complications. Il ne faut pas exagérer la valeur des faits de ce genre, ni surtout y voir toujours des complications proprement dites. Ce sont souvent des lésions propres à la maladie elle-même, et qui ont seulement, par des c uses que nous ne connaissons pas, acquis un plus haut degré d’intensité qu’à l’ordinaire.
On observe chez certains sujets une inflammation violente de la bouche avec gonflement des gencives et ulcérations. Celte stomatite est due à la fois à l’intensité du mouvement fébrile, à l’éruption muqueuse, et peut-être aussi à l’état du sang dans la maladie qui nous occupe.
Une inflammation semblable se montre parfois dans le larynx et le pharynx, et, dans une épidémie de rougeole aux Enfants trouvés, nous avons vu un nombre considérable des enfants affectés succomber par suite du croup. Les mêmes remarques ont été laites dans d’autres épidémies, et l’on a vu les productions pseudo-membraneuses rester quelquefois bornées au larynx et aux bronches, mais plus souvent se montrer aussi dans le pharynx.
line bronchite intense, un coryza très-violent, donnant lieu à une sécrétion purulente abondante, ne sont évidemment que des exagérations des symptômes propres à la rougeole. U n’en est pas de même de la pneumonie , qui se montre fréquemment dans le cours de cette maladie; elle a été, en effet, notée G5 fois sur 157 cas, par Rilliet et Barthez. La pleurésie est beaucoup moins fréquente; elle a cependant été rencontrée un certain nombre de fois par Dechaut et Baron.
Du côté des voies digestives , nous trouvons d’abord V entérite cl celte diarrhée que Rufz a vu survenir, dans tous les cas, pendant les deux tiers de la maladie, puis les vomissements plus ou moins opiniâtres dont nous avons parlé plus haut, et, comme lésions correspondant à ces symptômes, le ramollissement de l’estomac et de la muqueuse intestinale, des v Ici rations du g? os intestin (Rufz et Boudin), le gonflement, le ramollissement des ganglions mésentériques, etc.
Nous signalerons l 'inflammation des méninges et du cerveau , qui se montre rarement, même dans les cas de délire et de convulsions, des abcès qui surviennent dans diverses parties du corps, des furoncles plus ou moins nombreux.
Anasarque. — L’anasarque se montre bien plus rarement dans la rougeole que dans la scarlatine. Comme dans cette dernière affection, c’est surtout pendant la convalescence qu'on la voit apparaître. Du reste, elle ne présente pas d’autres particularités que celles que nous aurons à mentionner dans l’histoire de la scarlatine , à laquelle nous renvoyons le lecteur.
On voit parfois la variole se développer en même temps que la rougeole, et alors il est rare que les deux affections marchent ensemble sans se modifier. Presque constamment la rougeole est modifiée seule; mais clans quelques cas l’action modifiante de ces deux affections éruptives est réciproque. Les choses se passent à peu près de la même manière lorsque la scarlatine et la rougeole se développent en même temps. Les symptômes généraux de chacune des affections éruptives peuvent exister chez le sujet affecté; mais ceux de l’affection prédominante l’emportent de beaucoup sur les autres. Dans quelques cas, on a vu une de ces affections éruptives s’arrêter pendant que l’autre apparaissait, et reparaître après la terminaison de celle-ci.
Pendant le cours d’une rougeole, et quelquefois après sa disparition, on voit chez un certain nombre de sujets les symptômes de la phthisie pulmonaire se
ROUGEOLE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON. 199
montrer avec une intensité souvent très-notable. En pareil cas, y a-t-il seulement , complication de phthisie ? La rougeole a-t-elle été la cause de la phthisie ? L’a-t-elle produite, ou bien n’a-t-elle fait que donner une impulsion nouvelle à une phthisie i existant déjà à un état plus ou moins latent? Il est difficile de résoudre de semblables questions. Rillict et Barthez, sur onze rougeoles primitives, en ont trouvé une
• suivie de tubercules ; mais, d’un autre côté, Rufz n’a pas vu que la tuberculisation ■ se montrât plus fréquemment à la suite de la rougeole qu’à la suite de toute autre
maladie fébrile, et n’a pas pu trouver un rapport de cause à effet entre l’une et l’autre de ces affections. C'est là un sujet qui a besoin d’être étudié.
[La rougeole est, en temps ordinaire et lorsqu’elle n’eflfccte pas la forme d’une (épidémie enfermée dans un étroit espace très-peuplé, une maladie fort bénigne.
Il n’en est pas de même lorsqu’elle atteint un hôpital d’enfants, ou certaines i maisons d’éducation. A Paris notamment, la rougeole est la plus meurtrière des i maladies lorsqu’elle sévit sur un hôpital d’enfants. Nous l’avons vue, aux Enfants i trouvés, à l’hôpital des Enfants malades, acquérir les proportions d’un véritable I fléau. Tous les enfants, presque sans exception, n’ayant que deux ou trois ans, succombaient le plus souvent avec des symptômes de pneumonie. Quant aux complications, s’il est permis de donner ce nom aux manifestations graves et variées de la i maladie, ilyenadeüx qu’il importe de signaler principalement: cesoiitles gan grèves
• et les angines crou/iales. Au fond, pour un observateur sagace, et qui ne sacrifie I pas trop à la classification dite anatomique des ma adies, la tendance gangréneuse est toute la complication, et ce prétendu croup n’en est qu’une manifestation, au : même titre que la stomacace , la gingivite et le noma, ou la gangrène de la vulve.
En fait, on voit apparaître au fort de l’él uption, des stematites ulcéreuses, avec odeur fétide, décollement et gonflement des gencives, sorte de scorbut bien décrit par Boulev et Caillault et dont nous avons nous-meme vu un grand nombre d’exemples. Les joues sont parfois atteintes et perforées ; les os eux- mêmes sont frappés de mort (maxillaires). Ces destructions débordent la maladie et se prolongent parfois pendant des semaines et même des mois. La vulve présente des lésions analogues. La laryngite, en pareil cas, est gangréneuse et non franchement diphthéri tique.]
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la rougeole doit être considérée dans la rougeole régulière et dans la rougeole irrégulière, maligne, compliquée.
Marche , durée , terminaison de la rougeole régulière. — La rougeole , lors” qu elle est régulière , a une marche qui varie dans des limites très-étroites. Dans la période d’invasion, se manifestent successivement la fièvre, le coryza, le larmoiement, la bronchite, et ces symptômes vont en augmentant jusqu’à la période de l’éruption. Celle-ci, qui commence presque toujours par la face, devient de plus en plus abondante, puis s Y teint en même temps que les symptômes généraux s’apaisent, et la desquamation commence.
La durée totale de la rougeole régulière varie entre un et deux septénaires; mais il est plus fréquent de la voir se rapprocher du premier septénaire que du dernier.
La durée de chacune des périodes est la suivante : période d’invasion, de deux à quatre jours ; période d éruption, trois ou quatre jours (vingt-quatre à quarantehuit heures pour le développement des taches, et le même espace de temps peu-
Fit VUES ÉRUPTIVES.
dnnt lequel ces taches restent stationnaires) ; enfin période de desquamation de quatre à huit jours.
Lorsque la rougeole se développe ainsi d’une manière régulière, sa terminaison est presque constamment heureuse ; quelquefois cependant on a vu des individus, chez lesquels les symptômes ne présentaient rien d’anormal, mourir subitement. Cette terminaison, que nous retrouvons dans d’autres affections éruptives, ne peut pas s’expliquer d’une manière satisfaisante; il importe delà connaître pour le pronostic.
Marche , durée , terminaison de la rougeole irrégulière. — L’irrégularité dans la marche des diverses périodes de la rougeole constitue la cause la plus fréquente de la rougeole irrégulière. Nous insisterons seulement sur la délitescence , qui a tou jours inspire le plus grand effroi aux médecins.
Il arrive, comme nous l’avons déjà dit, dans un certain nombre de cas, que les taches rubéoliques disparaissent plus ou moins brusquement ; quelquefois elles se reproduisent au bout d’un ou deux jours : il y a eu alors délitescence momentanée; mais assez souvent elles disparaissent pour ne plus revenir : c’est la délitescence complète. Cette disparition des taches est parfois suivie d’un éta fort grave, et coïncide avec l’apparition de complications dont le siège principa est dans les organes pulmonaires. Alors la marche de la maladie est nécessairement interrompue, et ces symptômes qui caractérisent la rougeole, sont plus ou moins dominés par ceux de l’affection organique récemment développée. Dans d’autres cas, la délitescence a lieu sans qu’il survienne rien de grave, et la maladie marche, sans encombre, vers une terminaison favorable.
Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent vingt, dit M. Lévy, l’éruption a parcouru régulièrement ses périodes ; la délitescence a eu lieu vingt et une fois : dix fois au deuxième jour de l’éruption, et onze fois au troisième jour ; sept fois le refroidissement paraît avoir été la cause probable de la brusque disparition de l’exanthème; trois fois la délitescence a coïncidé avec une diarrhée intense; mais nous verrons plus bas que ce symptôme s’est montré chez beaucoup d’autres rougeolés, sans que l’éruption en ait été troublée (1).
Quant aux conséquences de la suppression de l’exanthème, voici ce qu’apprennent les faits. Elles ont été nulles chez quatorze malades qui ont aussi promptement. guéri que si l’éruption avait suivi sa marche régulière ; un malade a offert une belle éruption de sudamina sur le tronc le lendemain de la délitescence rubéolique ; deux ont été pris de diarrhée légère et n’ont pas tardé d’entrer en convalescence. Chez un autre, l’éruption, qui s’était développée dans la nuit du 19 au 20 janvier, disparut subitement ; le 21 il éprouva plusieurs vomissements, et guérit sans autre accident; un autre vit son éruption s’effacer au deuxième jour, sans nulle suite immédiate ; le pouls resta à 60 par minute. Deux jours après, survint une varicelle qui parcourut régulièrement ses phases, et la guérison fut complète. En homme atteint, de rougeole le 13 février, se décolore brusquement le 15; sorti guéri, il rentre avec des signes non douteux de tuberculisation. Six malades frappés de délitescence ont eu à lutter contre la bronchite profonde que la rougeole a laissée à sa suite ; deux enfin ont succombé après la rétrocession de 1 exan-
n Michel Lévy, Mémoire sur tn rougeole tirs adultes. Paris, 1847.
HOKlliOLE. — DlACiNOSTlC.
i thème, l’un entraîné par un groupe de complications graves, I autre ayant passe par une série d’états morbides sans liaison apparente.
Il est à peine nécessaire de dire combien doit être irrégulière la marche de la rougeole compliquée ; les affections complicantes viennent en efiet porter la perturbation dans la succession des périodes et des symptômes <pii la constituent. Queli quefois elles retardent l’éruption ; d’autres fois elles font paraître la période d inva- • sion beaucoup plus violente ; mais les choses variant dans presque tous les cas I particuliers, on ne saurait exposer ces irrégularités d’une manière générale.
Quant à la durée de la rougeole irrégulière, anomale, compliquée, elle est nécessairement très-variable. La période d’éruption se trouve ordinairement abrégée,
: soit que le malade succombe, soit qu’il arrive à une guérison plus ou moins 1 tardive.
La terminaison est, dans les cas que nous venons d’indiquer, fréquemment funeste; elle l’est surtout dans les cas de rougeole noire, de rougeole compliquée de pneumonie. Dans la convalescence, il y a à redouter l’anasarque, et, selon quelques auteurs, la tuberculisation.
§ V. — Lésions anatomiques.
Les taches rubéoliques ont, croit-on, leur siège dans le réseau vasculaire superficiel de la peau ; ce point demande de nouvelles recherches.
Suivant Lieutaud, ces taches rubéoliques peuvent se montrer jusque sur les viscères; mais le fait n’est pas prouvé. Le développement de l’exanthème sur les muqueuses cachées à nos regards, et dont Helft, après plusieurs autres pathologistes allemands, a admis l’existence, n’est pas démontré par des expériences directes.
Il résulte des recherches d’Andral et Gav arrêt (1), que jamais la fibrine du sang ne dépasse le chiffre normal; qu’assez souvent elle est au-dessous, et que, dans quelques cas, la proportion des globules est augmentée. Déjà on avait remarqué la fluidité du sang, qu’une inflammation concomitante peut néanmoins faire manquer. Barthez et Rilliet ont trouvé presque constamment un état de congestion des principaux organes, et l’on a signalé un développement des glandes de Pcyer et de Brunner, mais sans ulcérations.
On voit que ces lésions rendent un compte bien imparfait des symptômes de la rougeole. Celles qui sont dues aux complications sont suffisamment connues.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Dans tous les cas, il est difficile de diagnostiquer la rougeole pendant la période d’invasion. Cependant, lorsqu’elle est régulière et se manifeste chez un sujet non affecté d’une autre maladie, on peut, au coryza, à la rougeur des yeux, au larmoiement, à la bronchite, à la toux férine, prévoir l’apparition de l’éruption rubéolique; mais presque jamais on ne saurait en être parfaitement certain.
Lorsque l’éruption s’est produite, si l’affection est simple et régulière, le diagnostic est des plus faciles. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la description des symptômes pour s’assurer qu’aucune autre affection ne peut la simuler.
Dans quelques cas très-rares de rougeole boutonneuse , on peut d’abord croire
( 1 Andral et Gavarret, Rech . sur les modifie, de propr. de quelques principes du sang. Paris, 1840.
FIÈVRES ÉRUPTIVES
à l’existence d’une variole; mais la maladie faisant des progrès, les taches se caractérisent, ou bien des pustules varioliques se développent, et toute incertitude cesse.
Dans la rougeole qui se manifeste chez des sujets atteints d’une autre maladie, les symptômes de celle-ci peuvent masquer complètement le début de l'affection éruptive ; mais le développement de l’éruption ne tarde pas à en faire reconnaître l’existence.
La rougeole irrégulière , la rougeole compliquée , la rougeole anomale , la rougeole maligne , présentent nécessairement des difficultés de diagnostic; mais ces difficultés on ne peut les préciser. Pour les surmonter, il faut avoir présentes à l’esprit les diverses particularités mentionnées plus haut.
Il serait néanmoins important d’établir le diagnostic entre certaines rougeoles et certaines scarlatines irrégulières qui laissent assez souvent le praticien dans l’incertitude ; nous nous proposons de le faire dans l’article suivant, après la description de la scarlatine. Nous n’insistons pas davantage sur ce diagnostic.
Pronostic. — Lorsque la rougeole parcourt régulièrement ses périodes, que la fièvre n’a pas une intensité extrême, que les symptômes du côté des voies respiratoires sont médiocrement intenses, le pronostic est favorable. Dans cette affection éruptive, fébrile, comme dans les autres fièvres érup ives, il y a des cas malheureux où l’on voit survenir une aggravation subite des symptômes et une terminaison rapidement funeste que rien ne pouvait, faire prévoir.
La délitescence n’est pas aussi fréquemment un signe fâcheux que le pensent bien des médecins. Il faut, en pareil cas, examiner attentivement tous les organes et toutes les fonctions; s’il ne survient rien d’alarmant d’un autre côté, le pronostic est favorable; s’il y a une complication grave, il acquiert la gravité que nous allons signaler tout à l’heure.
Lorsque la rougeole irrégulière ne s’accompagne d’aucune complication, et que les symptômes ne prennent pas un caractère insolite, le pronostic reste encore assez favorable; cependant, d’après les recherches de Barthez et Rilliet, la mortalité commence à devenir assez notable en pareil cas.
Les sujets attaqués par la rougeole dans un état de santé altérée présentent une mortalité assez grande, et en rapport avec l’iiltensité de la maladie primitive ou avec leur degré de débilitation. Les complications, et surtout celles qui ont pour siège les voies respiratoires, rendent la maladie généralement grave.
Les cas les plus fâcheux sont ceux où la rougeole est maligne , où les taches sont de véritables pétéchies, où il y a des hémorrhagies répétées, et aussi ceux où il survient une inflammation des méninges et du cerveau.
La d arrhée trop abondante, les vomissements fréquents et de longue durée, les convulsions, un délire intense, sont des symptômes fâcheux. La diphthérite pharyngienne, et surtout la diphthérite laryngienne, rendent le pronostic des plus graves.
§ VII. — Traitement.
La rougeole est une de ces maladies qui ont une marche pour ainsi dire fatale ; lorsqu’elle parcourt régulièrement ses périodes, le traitement consiste uniquement dans l’emploi de quelques moyens hygiéniques très-simples. On a renoncé complètement aujourd’hui à ces pratiques fâcheuses qui consistaient à couvrir
énormément les malades et à leur donner des excitants diffusibles et des boissons chaudes, dans le but de favoriser l’éruption. C’est une erreur de croire que plus l’éruption est abondante, plus la maladie est simple et sans complications. L’abondance de l’éruption annonce seulement, dans la très-grande majorité des cas, qu’il s’agit d’une rougeole intense, et elle est en rapport avec la violence du mouvement fébrile, violence toujours de mauvais augure.
Le repos au lit, des boissons émollientes, une température douce, la diète, quelques calmants si la bronchite et le coryza sont un peu intenses, telle est la médication qui convient à la rougeole régulière. Il faut réserver les émissions sanguines pour les cas où une phlegmasie se manifeste.
L’administration d’un purgatif dans la convalescence de la rougeole est complètement inutile. Quant au vésicatoire volant sur la poitrine ou permanent sur le bras, que Rayer conseille d’appliquer lorsque la toux se prolonge, rien ne prouve son utilité.
[Nous avons dit plus haut combien l’erreur de diagnostic était facile au début de la rougeole, et combien la médication en souffrait. Nous insistons de nouveau sur les dangers de celte thérapeutique précipitée qui s’adresse à des symptômes dont la cause n’est pas encore connue, et qui risque d’arrêter ou tout au moins de gêner le développement normal et légitime de la maladie. Les sinapismes qui sont un remède souvent nuisible, les purgatifs ou les vomitifs, quelquefois les sangsues, sont ordonnés au début d’une rougeole, il ne peut résulter d’une médication semblable que du trouble; c’est affaiblir l’organisme sans profil. Un médecin qui traite un symptôme sans en comprendre la cause, ne peut justifier sa conduite que par l’excès du danger : or c’est un cas qui se rencontre très-rarement.]
Lorsque la rougeole ne parcourt pas rég ulièrement ses périodes, les indications deviennent très-variables.
Si l'éruption disparaît brusquement , faut-il chercher à la rappeler? Quand cette disparition ne coïncide avec aucun nouveau symptôme, ce rappel serait inutile, ainsi que nous l’avons vu plus haut. Quand la délitescence est causée par une complication, les moyens que nous possédons pour rappeler l’éruption sont bien faibles, ils peuvent aggraver beaucoup la maladie complicante. Qu’a-t-on proposé en effet? Les boissons chaudes, excitantes ; les sudorifiques, les bains de vapeur, les bains chauds, les affusions, l s bains froids, les sinapismes promenés sur la surface du corps, Y urtication. Ces moyens sont inutiles et peuvent être dangereux : leur inutilité est prouvée par les faits dont Lévy nous a donné la relation ; leur danger se comprend facilement, lorsque l'on considère qu’il s’agit presque toujours cle complications du côté des voies respiratoires, que ia fièvre et l’agitation sont intenses, et que les excitants, les rubéfiants, ne peuvent qu’aggraver cet état fâcheux. Sauf peut-être dans quelques cas exceptionnels qui ne peuvent être précisés ici, on doit se bornera combattre la complication aussi vigoureusement que le cas l’exige, et négliger l’éruption, qui n’a pas l’importance qu’on lui a attribuée. Nous avons vu des moyens excitants employés pour favoriser ou rappeler cette éruption, porter la fièvre et l’agitation au plus haut degré et produire les plus mauvais effets.
Les complications doivent exciter au plus haut point la sollicitude du médecin ; mais on sent combien il serait difficile, dans un article général comme celui-ci,
Fl K\ H1ÎS ÉKUPTIVKS.
d’entrer dans tous les détails relatifs à cet important sujet. Nous ne pomons que tracer des règles générales de conduite, dont le praticien fera ensuite l’application.
Les inflammations de poitrine un peu intenses, et notamment la bronchite capillaire étendue et la pneumonie lobai re, exigent un traitement analogue à celui qu’on leur oppose dans les cas où elles se montrent à l’état de simplicité. Seulement quelques moyens doivent être employés avec plus de modération. Ainsi, les émissions sanguines doivent être moins abondantes. Le tartre stibié à limite dose doit être administré contre la pneumonie, mais avec précaution si le malade est trèsfaible. On emploie contre la bronchite les vomitifs plus rarement que dans toute autre circonstance, parce que l’on craint qu’ils n’opèrent une révulsion vers les parties internes et ne fassent disparaître l’éruption. Cette crainte est très-exagérée ; les observations de Stoll ont prouvé que les vomitifs n’ont pas ce fâcheux effet, et nous avons toujours vu Vipécacuanha, ou le tartre stibié, à dose vomitive, produire les meilleurs effets dans les cas de bronchite intense, sans qu’il survînt le moindre accident. Nous ne doutons pas qu’on n’ait été trompé par des coïncidences.
Les calmants, les narcotiques, sont aussi d’une grande utilité dans les cas où la respiration est difficile pour une cause quelconque.
Lorsqu’il survient des accidents cérébraux, faut-il , comme le recommande Gardien (1), appliquer un vésicatoire sur la tête ? Nous n’avons pas trouvé un seul fait qui prouvât réellement l'utilité de ce moyen.
Dans les cas où il survient des hémorrhagies inquiétantes, il ne faut pas craindre de donner des astringents et même d’appliquer des réfrigérants ; ces hémorrhagies peuvent, en effet, devenir mortelles, ou au moins plonger le malade dans une débilité fâcheuse.
Dans les cas d’ataxie et d’adynamie, on peut mettre en usage les antispasmodiques et les toniques ; mais nous n’avons pas de renseignements suffisants sur le degré d’efficacité de ces moyens.
Enfin, la laryngite pseudo-membraneuse (croup) doit, dès qu’elle se montre, fixer toute l’attention du médecin, et il faut la traiter par les moyens énergiques qui seront indiqués dans un autre article (2).
Nous n’avons pas mentionné particulièrement le camphre, le soufre, Va belladone et quelques autres substances que certains médecins ont regardées comme des agents attaquant le miasme rubéolique lui-même, ou, en d’autres termes, comme des spécifiques ; rien, en effet, ne démontre cette spécificité.
Traitement prophylactique. • — Le traitement prophylactique se réduit a 1 isolement et à Y inoculation. Les prétendus spécifiques dont nous venons de parler ont bien été administrés dans le but de prévenir l’affection; mais les faits rapportés en leur faveur sont si peu concluants, que personne ne leur accorde la moindre confiance.
Inoculation. — Nous avons vu plus haut que la rougeole avait pu être inoculée principalement à l’aide des larmes et du sang qui s’échappe d’une petite incision faite aux taches. Or on a remarqué que la rougeole inoculée était toujours bénigne. Si donc il survenait une épidémie meurtrière, on pourrait avoir recours à ce
(1) Monfalcon, Dictionnaire des sciences mèd. Paris, 1820, l. XLIN, art. ROUGEOLE. 2) Voy. Laryngite pseudo-membraneuse (croup).
ROSÉOLE. — SVAIPTÔMKS.
moyeu, bien que quelques expérimentateurs n’aient pas aussi complètement réussi i que F. Home et Michael de Katona.
ARTICLE VI
ROSÉOLE.
Nous n’avons que quelques mots à dire de cette maladie légère, dont l’existence est même contestée, et qui n’exige pas de traitement particulier.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
On donne le nom de roséole à une éruption exanthémateuse, fugace, caractérisée I par des taches roses, non saillantes, irrégulières, et dont l’apparition est évidemi ment précédée de phénomènes fébriles. Plusieurs auteurs, et Rayer n’est pas éloi— : gné de se ranger à cette manière de voir, ont regardé les cas dans lesquels se [produisent ces phénomènes comme appartenant tantôt à Y érythème et tantôt à la irougeole. C’est une question qui n’est pas complètement résolue.
Cette affection a été décrite sous les noms de rubèola, roseola, exanthème fugace.
I Dans cet article, où nous ne nous occupons pas des éruptions syphilitiques, nous I pouvons dire que la roséole n’est pas commune.
§ II. — Causes.
La roséole attaque principalement les enfants et les femmes. On l’observe suri tout pendant Y été. Les émotions morales, les excès alcooliques, l’exercice immoi déré, l’ingestion des boissons froides, le corps étant en sueur, sont des causes dont i on n’a pas suffisamment démontré le degré d’action.
AVillan a signalé une variété de roséole qui survient en automne ( roseola autumnalis ) ; mais Rayer a fait voir qu’il ne s’agit, en pareil cas, que d’une variété de I l’érythème.
On voit quelquefois la roséole se manifester dans le cours d’un rhumatisme articulaire. Il ne faut pas confondre cette roséole secondaire avec la roséole rhumatique
• dont nous parlerons plus loin.
On l’a vue aussi survenir dans le cours de quelques autres maladies fébriles, en particulier de la variole et de la fièvre miliaire , ainsi que dans la période de réaction du choléra (1), et on lui a donné le nom de roseola cholerica.
§ III. — Symptômes.
Nous nous occuperons d’abord de la roséole simple et primitive, les autres
• espèces ne méritant qu’une simple mention.
Tantôt, et c’est le cas le plus commun, la maladie est annoncée par un mouvement fébrile assez marqué, par un malaise général, des frissonnements, de la céphalalgie, de l’agitation, de la prostration, une soif assez vive et la perte de l’appétit; tantôt l’éruption n’est précédée que d’un malaise peu notable. Chez les enfants très-jeunes, on observe quelquefois, un certain temps avant l’éruption, des vomissements, du dévoiement et des convulsions.
1 éruption . — Après deux ou trois jours de durée des symptômes précédents, on
(1) Voy. article Choléra-morbus épidémique.
FIÈVRES ÉRUPTIVES
voit apparaître sur la face et le cou, puis sur la poitrine, l’abdomen, les membres supérieurs et inférieurs, des taches d’un rose plus ou moins foncé, de 10 à 15 mil- • limètres de diamètre, laissant entre elles des espaces de peau saine plus ou moins considérables, sans saillie, disparaissant sous la pression pour reparaître aussitôt, et donnant lieu à des démangeaisons assez vives.
Celte éruption dure de vingt-quatre à quarante-huit heures, quelquefois quatre ou cinq jours, et disparaît sans desquamation.
Dans quelques cas, les taches de roséole sont disposées en anneau avec des aires centrales dans lesquelles la peau a son aspect normal. Cette variété a été décrite par AVillan sous le nom de roseola annulata.
Roséole r/iumatique. — Bateman, Rayer, Fuchs, Hemming, ont décrit une variété qui mérite de nous arrêter un instant. Un mouvement fébrile, accompagné de douleurs articulaires, passant d’une articulation à une autre, comme dans le rhumatisme aigu, précède de vingt-quatre ou quarante-huit heures une éruption de roséole qui suit une marche assez semblable à la précédente, mais dont les taches sont d'un rouge foncé, quelquefois noirâtre, ont la dimension d’un grain de chènevis ou d’une lentille, et se terminent par desquamation. Lorsque cette desquamation se manifeste, les douleurs articulaires cessent. Telle est la description donnée par Fuchs. Peut-on y voir une simple roséole? Nous ne le pensons pas; il y a trop de différence entre celte éruption et celle que nous avons décrite plus haut. Ce n’est peut-être que l 'érythème noueux ou péliose rhumatismale, dont nous parlerons h l’article Érythème.
[Roséole miliaire. — Il existe une éruption qui simule, la scarlatine, c’est la roséole miliaire, avec exanthème bucco- pharyngien , suivant l’expression de Gubler (1). Cet auteur pense que l’on décrit comme appartenant à la scarlatine, des éruptions qui s’en distinguent, et reconnaît une variété d’éruption qu’il désigne particulièrement sous le nom d’exanthème bucco-pharyngien. Cette éruption peut se rencontrer dans le croup. ]
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La durée de la maladie est de trois ou quatre jours à un septénaire. Sa terminaison est toujours heureuse.
§ V. — Traitement.
« Dans tous les cas, dit Alph. Cazenave, un régime plus ou moins sévère, des boissons délayantes, une température modérée, et ie repos, sont les seuls moyens à opposer à celte légère maladie. La roséole qui se développe chez les individus vaccinés ne demande aucun traitement particulier. Dans les cas de complication de roséole avec une phlegmasie de quelques organes essentiels, c’est contre cette dernière affection qu’il faut diriger le traitement. »
ARTICLE VIL
SCARLATINE
La scarlatine est une affection évidemment de la même nature que la rougeole, avec laquelle on l’a longtemps confondue. Les réflexions préliminaires que nous
(1) Gubler, Moniteur des hôpitaux, 1858, p. 1066.