‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 77 sur 369 · SCARLATINE. — CAUSES · texte numérisé non relu

SCARLATINE. — CAUSES

.lavons présentées à l’occasion de cette dernière maladie pourraient, par conséquent, i trouver place ici ; mais il vaut mieux renvoyer le lecteur a I article précédent.

Il faut arriver jusqu’à Sydenham et Borsieri pourvoir la scarlatine bien connue des médecins. Depuis lors les recherches sur cette affection ont été des plus multipliées. Dans le cours de cet article nous signalerons les principaux travaux.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La scarlatine est une affection fébrile, contagieuse, ayant pour caractères, outre les symptômes généraux, une angine plus ou moins violente et une éruption cutanée déformé particulière.

Cette maladie a été décrite sous des noms très-divers; febris miliaris rubra (Huxham), rossolia purpura, morbilli confluentes, rubeola confluens; fièvre i rouge, fièvre pourpre ou pourprée.

La scarlatine est loin d’être une maladie rare; elle est notablement moins fréiquente que la variole, et surtout que la rougeole.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes. — La scarlatine peut se montrer à tous les âges, mais ' elle est infiniment plus fréquente dans l’enfance qu’à toute autre époque de la vie. 'C’est de trois à dix ans qu’elle se montre le plus souvent, ainsi que l’ont constaté fBarihez et Rilliet. Avant cet âge, elle se manifeste d'autant plus rarement r qu’on se rapproche davantage de la naissance, bien que, dans quelques cas, elle ait été congénitale. Après dix ans elle devient notablement moins fréquente à mesure qu’on avance en âge, de telle sorte qu’elle est très-rare chez les vieillards. On a vu dans quelques épidémies les adultes en être plus particulièrement affectés : ce sont là des exceptions.

Tout porte à croire que l'influence du sexe est nulle.

La scarlatine sévit-elle plus fréquemment chez les sujets déjà malades d’une autre maladie que chez les sujets bien portants? C’est ce que nous ne pouvons dire, bien que Barthez et llilliet aient trouvé une assez grande proportion de scarlatines développées dans le cours d’une autre maladie, et auxquelles ils donnent le nom de scarlatines secondaires.

Quoique cette affection puisse se produire dans toutes les saisons, elle se montre plus souvent au printemps et pendant l’été.

2" Causes occasionnelles. — La cause déterminante unique est la contagion ; un très grand nombre de faits en établissent l’existence.

Comment agit la contagion? D’abord on ne peut nier que la scarlatine ne se communique par infection. Se communique-t-elle aussi par contact et par inoculation? Nous n’avons pas à cet égard de preuves convaincantes, malgré les expériences de Miquel (d’Amboise) et Mandl.

La scarlatine se montre ordinairement d’une manière sporadique, mais il est très-commun d’en observer des épidémies.

§ III. — Symptômes.

■1° Scarlatine régulière. • — Incubation. — L’incubation dure ordinairement de trois à cinq jours; par conséquent elle est généralement moins longue que celle de la rougeole. Mais quels sont ses degrés extrêmes? C’est ce qui n’est nullement connu. Guéretin, du Lion-d’Angers (1), a vu cette maladie se développer quinze jours après que le sujet fut soumis à la contagion; mais on sent combien il est difficile d’avoir des données certaines dans le cours d’une épidémie, et combien les faits devraient être multipliés pour produire la conviction.

Invasion. — Un mouvement fébrile caractérisé par une chaleur vive, une céphalalgie parfois intense, le brisement des membres, la soif, la perte de l’appétit, un peu de douleur à la gorge et une accélération notable du pouls, ouvrent ordinairement la scène. Dans quelques cas, ces symptômes sont précédés de frissons plus ou moins répétés; des vomissements, d’abord alimentaires, puis bilieux, ont été observés au début chez quelques sujets; dans certaines épidémies même (2), ces vomissements, au début, étaient fréquents. Chez un petit nombre de sujets, h fois sur 87 cas, suivant Barthez et Rilliet,. le mouvement fébrile manque complètement dans cette période.

Le mouvement fébrile va croissant jusqu'à la fin de cette période. La chaleur devient âcre, le pouls s’élève à 110, 120, lût) pulsations et plus.

La langue est rouge à la pointe et sur les bords. Il importe d’examiner attentivement la bouche et le pharynx , parce que, dans un assez bon nombre de cas du moins, un piqueté rouge un peu foncé, sur un fond rouge vif, se montre à la voûte palatine, au \oile du palais, sur les parois du pharynx, un certain temps avant que l’éruption soit bien caractérisée, ou même ait commencé à paraître. L 'angine, qui est un caractère important de la scarlatine, se montre aussi assez souvent avec une intensité notable pendant cette période d’invasion.

L’anorexie devient bientôt complète; la soif va en augmentant. Il est rare qu’on observe des symptômes un peu notables du côté du tube intestinal; cependant, chez quelques sujets, il y a de la constipation , et chez un plus petit nombre, du

dévoiement.

Lorsque le mouvement fébrile a une grande violence, il est fréquent d’observer une agitation très-grande, l’insomnie, le délire, le coma. Ces symptômes sont trèsefirayants, mais généralement de courte durée, lorsqu’il ne survient aucune com-

plication.

Quant aux voies respiratoires , elles ne présentent presque jamais d’altérations notables, malgré le voisinage de rinllammation souvent intense du pharynx. La respiration est seulement accélérée, comme dans tout mouvement fébrile un peu violent; mais on n’observe aucun autre symptôme digne de remarque.

Comme dans la rougeole, mais plus rarement encore, on peut voir tous les symptômes de la période d’invasion manquer complètement, et l’éruption marquer le début de la maladie.

(1) J. Guéretin, Mémoire sur une épidémie d’angine scarlatineuse observée dans le canton du Lion-d’Angers ( Arch . gén. de méd., 1 842, 3e série, t. XIV, p. 2S0).

(2) Voy. Mondière, Revue méd., 1842.

SCARLATINE. — SYMPTÔMES

Eruption. — Le plus ordinairement, disent Guersant et Blache (1), l’éruption ccommence à se montrer d’abord au cou, ensuite à la face, et surtout aux joues, (dont la coloration est plus intense qu'aux autres parties de la figure : quelquefois ( c’est au tronc, aux extrémités, aux pieds ou aux mains, qu’elle se déclare en premier lieu, pour se répandre ensuite sur tout le reste du corps. Elle consiste en un nombre infini de petits points rouges qui reposent sur un fond rose, et qui u’olfrcnt pas de saillie visible ou sensible au toucher. Ce pointillé, plus lin, plus rouge, beaucoup plus confluent et disposé plus régulièrement que les taches de la rougeole,

» se transforme en plaques non saillantes, les unes manifestement plus larges que les autres; peu étendues et isolées à leur origine, celles-ci ne tardent pas à se i réunir en s’agrandissant, et finissent par donner aux téguments une couleur écar- , late, uniforme, qui disparaît momentanément sous la pression du doigt. La peau,

I brûlante, sèche, est parfois rugueuse comme la chair de poule et devient le siège t d’un prurit désagréable et d’une tuméfaction notable à la face, et surtout aux pieds et aux mains, dont la flexion est difficile.

En même temps on observe de la rougeur au pharynx, ainsi que les phénomènes d’angine déjà indiqués ; les tonsillcs, plus grosses, se couvrent de plaques molles, minces, blanchâtres, pultacées ; leur gonflement forme à l'extérieur une , tumeur plus ou moins marquée, et Y engorgement des ganglions sous-maxillaires ajoute encore à la tuméfaction. La langue conserve rarement son enduit blanchâtre; telle s’en dépouille graduellement de la circonférence au centre, et alors elle a une teinte d’un rouge foncé, et elle est tellement lisse qu’on la dirait couverte d’un vernis ; d’autres fois la saillie des papilles la fait ressembler à une fraise.

L’exanthème de la scarlatine coïncide à peu près constamment avec l’apparition t de vésicules miliaires très- nombreuses et reconnaissables à leurs saillies, qui existe il : surtout autour du cou, aux aisselles et aux plis des bras.

C’est vers le troisième ou le quatrième jour que l’éruption a acquis son plus haut i degré d’intensité; elle est toujours beaucoup plus vive au bas-ventre, aux aines et à la partie supérieure et interne des cuisses, au pli des articulations, aux aisselles, au pli des bras ; c’est aussi dans ces régions quelle est la plus persistante ; elle est plus rouge dans les moments où le malade crie et s’agite; elle l’est plus aussi pendant les paroxysmes de la lièvre, et principalement le soir. Cette coloration écarlate de la peau a été comparée à celle d’une écrevisse cuite (P. Frank), et à celle du suc de framboise (Huxham). Après cinq, six ou huit jours de durée, c’est-à-dire après un temps plus long que pour la rougeole, l’exanthème s’éteint graduellement : il prend une teinte violette, puis rose pale ou légèrement cuivrée. Le pins -souvent, la muqueuse de la bouche reste rouge; quelquefois c’est seulement à cette I période que la langue, se dépouillant de son enduit blanchâtre, présente les papilles 'saillantes que nous indiquions tout à l’heure et sa rougeur caractéristique; l’intumescence des parties diminue simultanément et par degrés.

Les symptômes généraux de la seconde période sont ceux de la première un peu modifiés : la fièvre, qui tombe quelquefois hors de l’apparition de l’exanthème, se maintient d’ordinaire tant qu’il persiste, et suit avec assez de régularité ses diverses 1 phases d’accroissement et de déclin. La chaleur de la peau est très-intense, et la

(1) Guersant et Blache, Dictionnaire de médecine, 2e édition, t. XXVIII p. 153 article ' Scarlatine.

Valleix, 5e édit.

I — Il

FIÈVRES ÉRUPTIVES

température du corps est très-élevée, puisqu'elle fait monter le thermomètre à Al degrés centigrades et même à h'1 degrés.

Dans les paroxysmes, ou lorsque l’affection est un peu grave, le faciès du malade exprime la souffrance et l’anxiété, les yeux sont animés et brillants : il y a (le; l’agitation, du délire nocturne, et presque toujours une insomnie qui résiste à tous les moyens employés pour la combattre, et qui parfois est le résultat d’un prurit excessivement incommode. L’angine pharyngée suit son cours, et, acquérant souvent plus d’intensité, constitue une complication fâcheuse. La respiration est gênée, bruyante, accélérée, l’air traversant avec peine les voies supérieures devenues plus étroites; la soif et l’inappétence persistent, et la constipation est quelquefois remplacée par un peu de diarrhée, qu’accompagnent de légères coliques.

La rougeur ne conserve ordinairement pas toute son intensité pendant toute cette période ; non-seulement, en effet, elle augmente le soir et pendant les paroxysmes, mais encore il y a parfois, comme l’a constaté Jahn, de fréquentes alternatives d’augmentation et de diminution dans l’intensité de la rougeur. Il faut être prévenu de celle particularité pour ne pas s’alarmer trop promptement lorsque l’éruption pâlit un peu.

Dans quelques cas, ce ne sont pas seulement des vésicules miliaires qui se mêlent à l’éruption scarlatineuse, mais des bulles , de véritables phlyctènes . Slork et Hildenbrand ont mi des laits de ce genre. On a donné à cette variété peu importante le nom de scarlatine bulleuse ou pemphigoïde.

L'angine scarlatineuse , qui, pendant le cours de l’éruption, prend une plus grande intensité et parfois devient extrêmement violente, mais sur laquelle nous n’insisterons pas dans cet article (1), l’angine scarlatineuse, disons-nous, présente des variations qu’il importe de connaître. Apparaissant ordinairement avant l’éruption, elle peut ne se montrer que dans le cours de celle-ci, et même, dans quelques cas rares, pendant la desquamation. De plus, Jahn et Barthez et Rilliet ont observé une irrégularité très-remarquable de l’angine dans un certain nombre de cas. Ils l’ont vue, en effet, après un ou plusieurs jours d’accroissement, diminuer d’une manière notable, pour reprendre bientôt une nouvelle intensité; ils ont vu même les fausses membranes tomber et se renouveler en vingt-quatre heures, et quelquefois au bout d’un ou deux jours de durée, des fausses membranes évidentes disparaître pour ne plus se montrer.

[Millard a présenté en 1858 à la Société anatomique une intéressante observation d’anasarque scarlatineuse compliquée d’angine couenneuse et croup, avec extension des fausses membranes jusque dans la partie supérieure de l’œsophage (2).]

Desquamation. — La desquamation est précédée du passage de la rougeur scarlatineuse au rouge terne, et de la disparition plus ou moins rapide de cette dernière teinte. Dans quelques cas néanmoins, elle commence pendant que la coloration rouge existe encore ; quelquefois aussi, comme l’ont remarqué Vieussens et Mondière, ce n’est qu’une, deux et même trois semaines après l’éruption qu’elle se produit. Jahn l’a vue se répéter plusieurs fois.

En général, la desquamation commence par les points envahis les premiers par l’éruption ; mais les exceptions ne sont pas rares.

(1) Voy. article Angine pultacée, t. III.

(2) Millard, Bulletins de lu Société anatomique , 1858, p. 87.

SCARLATINE. — SYMPTÔMES

Le décollement de l'épiderme se fait d'abord sur de petites élevures; la memi rane se rompt à son centre; mais les bords vont se décollant jusqu’à la rencontre I ’un autre décollement voisin, et de là résultent des lambeaux épidermiques irréulicrs, d’un blanc mal, non transparents, secs, relevés sur les bords, qui constiuuent les squames scarlatineuses. Quelquefois les petites élevures ne se rompent pas, t alors il y a de larges lambeaux, auxquels la persistance de ces saillies donne un Kspect particulier. Dans quelques cas, il y a une simple desquamation furfuracée, « emblable à celle de la rougeole; et, dans un certain nombre aussi, on trouve à la i ois toutes ces diverses variétés de desquamation.

A la face, la desquamation se fait presque toujours par très-petites écailles. Dans iquelques cas rares, d’autres parties du corps présentent, au contraire, des lambeaux ï.’une grandeur démesurée : on a vu, par exemple, l’épiderme d’un doigt se délaliher sous la forme d’un doigt de gant ; mais ce sont là des détails de peu d’imporiince.

L’abondance de la desquamation est en rapport direct avec celle de l’éruption. >)n a vu quelquefois l’exfoliation de l’épiderme s’accompagner d’un prurit incommode; mais ce phénomène est encore plus rare dans cette période que dans la Période d’éruption.

La desquamation peut s’opérer même dans la bouche et dans l’arrière-gorge. Des lambeaux épithéliaux irréguliers, et d’une étendue variable, se détachent du voile du malais, du pharynx, de la langue, de la voûte palatine. Cette desquamation ne paraît mas être, autant que celle de la peau, en rapport direct avec l’intensité de l’éruption muqueuse, et surtout de l’angine scarlatineuse.

llelft a signalé dans la scarlatine un énanthème semblable à celui de la rougeole, it produisant une desquamation dont les produits se retrouvent dans les matières vxcrétées.

Lorsque l’éruption commence à pâlir, les symptômes généraux précédemment «écrits s’apaisent, et ils disparaissent rapidement pendant la desquamation.

2° Scarlatine irrégulière , anomale. — Dans la période d’invasion nous trouons tantôt une très-grande bénignité des symptômes, tantôt, au contraire, une itensité insolite. Dans ce dernier cas, on observe soit des troubles digestifs intenses, bit, ce qui est plus fréquent, de violents symptômes cérébraux : délire, coma, et tème convulsions. Quelquefois la période d’invasion manque complètement.

Les irrégularités de la période d'éruption consistent dans la pâleur de l’exaninème, ou au contraire dans sa coloration plus foncée qu’à l’ordinaire; dans sa mitatmn cl une plus ou moins petite partie du corps , dans sa disparition rapide.

Quant aux irrégularités de la période de desquamation, nous avons signalé la rincipale, qui consiste dans la forme furfuracée de l’exfoliation ; les autres sont op peu importantes pour nous arrêter.

On dit que la scarl dîne est anomale lorsqu’il manque un des deux phénomènes 'S plus importants de la maladie, c’est-à-dire l’angine ou l’éruption. L’angine manque très-rarement, mais parfois elle est très-légère. On a remarqué qu’en iiireil cas l’éruption était ordinairement irrégulière.

3° Scarlatine sans exanthème. — L’absence de l’exanthème, alors que tous les •très symptômes de la scarlatine sont évidents, a été notée trop de fois avec exacte pour que l’on puisse nier l’existence de la scarlatine sans exanthème. Déjà

FIÈVRES ÉRUPTIVES

Huxham, Stoll, Rosen, Batcman, avaient signalé des faits de ce genre; et, Dance, Bretonneau, Trousseau, Mondière, Guérétin (1), Taupin(2), Gérardin, Graves, Carrière, ont définitivement établi l’existence de cette anomalie que nous avons eu l’occasion de constater. Les cas de ce genre s’observent pendant les épidémies. On voit des sujets présenter le mouvement fébrile, l’angine scarlatineuse, sans aucun exanthème ; et, en pareil cas, on peut, comme Mondière en a cité des exemples, voir meme survenir Vanasarque consécutive.

Quelquefois, l’éruption demande une assez grande attention pour être découverte, et la desquamation dans quelques points limités vient montrer qu’elle n’a pas manqué complètement.

h° Scarlatine maligne , putride , ataxique , adynamique, etc. — Cette variété de scarlatine correspond exactement à la rougeole ataxique , adynamique , etc., et les mêmes réflexions s’appliquent à l’une et à l’autre. Comme dans la rougeole maligne, c’est l’exagération extrême des principaux symptômes de la maladie qui lui donne ce caractère de gravité et de malignité, et suivant que tel ou tel symptôme est prédominant, elle revêt telle ou telle forme des fièvres graves. L’éruption est quelquefois légère, partielle, peu colorée, mais le plus souvent elle est remarquable par son abondance et par sa coloration. Dans quelques-uns de ces cas, on a vu de la ressemblance entre l’éruption et l’érysipèle, et l’on a donné à la maladie le nom de scarlatina erysipelatosa.

5° Scarlatine hémorrhagique , scarlatine gangréneuse. — La scarlatine hémorrhagique ressemble aussi très-exactement à la rougeole hémorrhagique. La couleur livide, noirâtre de l’éruption, les pétéchies, les ecchymoses, les hémorrhagies par les diverses muqueuses, tout leur est commun.

Dans la scarlatine gangréneuse , beaucoup moins fréquente que la rougeole gangréneuse, la mortification frappe ordinairement le pharynx et les parois buccales.

Ces formes de scarlatine ne se montrent guère que dans les épidémies, et dans les épidémies violentes.

6° Complications. — Les complications de la scarlatine sont différentes de celles de la rougeole. On a placé parmi les complications la pharyngite pultacée , quoiqu’elle ne soit évidemment que l’exagération d’un symptôme propre à la scarlatine. (Voyez Angine pultacée.)

Il n’en est pas de même du coryza , qui est une inflammation appartenant à la rougeole et non à la scarlatine. Comme le coryza intense, qui se manifeste dans un certain nombre de cas, n’est que l’extension de l’inflammation pharyngienne aux fosses nasales, son apparition s’explique facilement lorsque la pharyngite est intense. Des fausses membranes envahissent les fosses nasales; il s’écoule un mucus purulent; la respiration ne se fait plus par les narines, qui sont douloureuses; on observe tous les symptômes du coryza pseudo-membraneux. Cette inflammation pénètre assez souvent dans l’oreille par la trompe d’Eustachi.

La laryngite et la bronchite pseudo-membraneuses sont des complications moins fréquentes de la scarlatine que de la rougeole; il est des épidémies où on

(1) J. Guérétin, ' Mémoire sur une épidémie d’angine scarlatineuse, etc. (Arc/i. gén. de méd., 1842, 3° série, t. XIV).

(2) Taupin, Essai sur la scarlatine sans exanthème ( Journ . des conn. méd.-chir., octobre 1839).

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'•?s a observées assez souvent. Nous n’avons pas besoin de signalci toute la gi av ité Itie cette complication.

Dans une épidémie de scarlatine observée par Gormach (1), 1 affection se compliqua de vaginite 12 fois sur 23 cas.

Par suite du peu de tendance des voies respiratoires à s’enflammer dans la maladie qui nous occupe, on observe rarement des in flammations de poitrine.

Les accidents cérébraux ne doivent être considérés comme une complication pic lorsqu’ils sont dus à une inflammation des méninges ou du cerveau, ce qui •ast rare.

Nous parlerons, à l’article Rhumatisme articulaire, des douleurs articulaires nui surviennent chez un certain nombre de sujets affectés de scarlatine. Cette coml lication est beaucoup moins grave que les précédentes.

L 'inflammation des glandes sous-maxillaires et cervicales, lorsqu’elle dépasse mu certain degré, est aussi regardée comme une complication.

Graves, de Dublin (2), a rapporté un cas de scarlatine observé chez un enfant ce cinq ans, et dans lequel se produisirent des abcès multiples qui ont beaucoup prolongé la durée de la maladie.

7° Anasarque. — L’anasarque ne peut pas être considérée comme une complication, mais seulement comme une conséquence sérieuse et assez fréquente de la scarlatine.

Nous mentionnerons seulement ce qu’il y a de particulier dans l’œdème qui se développe à la suite de la scarlatine (voyez Anasarque).

Bartbez et Rillict, recherchant la fréquence de l’anasarquc chez les scarlatineux, ont trouvée chez un cinquième des sujets. Cette proportion doit-elle être regardée omme définitive? C’est ce qu’il n’est pas permis de dire. Barthez et Rilliet obseraient à l’hôpital des Enfants, et il serait très-possible que, dans de meilleures onditions hygiéniques, avec plus de précautions, cet accident fût plus rare, comme 'iussi qu’il devînt beaucoup plus fréquent dans de plus mauvaises conditions.

On attribue la production de l’anasarque à l’action du froid, et quoique nous .'ayons pas sur ce point les documents les plus précis, tout porte à croire qu’il en st ainsi. Si nous rapprochons ce fait de l’époque à laquelle se développe ordinaiiement l’anasarque, nous verrons combien les précautions doivent être grandes cl ■ersévérantes. Ceux qui se sont occupés de cette question, Yieusseux, Wells, Iamillon, ont constaté que l’anasarque ne se montre guère que quinze ou vingt ours après l’éruption, et quelquefois on l’a vue survenir plus tard. Suivant G itérant et Blache, ce n’est qu 'après la dixième semaine qu’on ne doit plus craindre i anasarque, suite de la scarlatine, ce qui prouve que ces auteurs ont vu cette anaarque se produire à une époque très-éloignée.

L’anasarque se montre-t-elle indifféremment lorsque l’éruption a été faible ou onsidérable, limitée ou générale? C’est là l’opinion généralement admise.

Il n’est pas rare, dans le cours de l’anasarque scarlatineuse, de trouver les urines Ibumineuses ; mais ce n’est pas un caractère constant, puisque, d’après les reherches récentes, il manque dans un tiers des cas environ. Faut-il voir, dans les

(1) Gormach, Gazette médicale, liai. Toscana, et Gazette médicale de Toulouse, août 1852.

(2) Graves, Dublin quart. Journ. of mecl., mai 1 8A 7.

(3) Voy. Anasarque, t. V.

cas où l’albumine se montre dans les urines, des cas de maladie de Bright? Nous traiterons ailleurs cette question (1) ; quelquefois, ainsi que l’a constaté Rayer, la maladie de Bright se manifeste à la suite de la scarlatine; mais rien ne prouve qu’elle existe dans tous les cas d’anasarque scarlatineuse.

Cependant W. Gosse (2) a regardé l’anasarque qui survient après la scarlatine comme liée à l’albuminurie. Il a noté les symptômes suivants : aussitôt, sinon avant que le moindre œdème se manifeste, on observe, en général, une sensibilité et même une douleur dans la région des reins , une diminution plus ou moins marquée de la sécrétion de ces organes , et, le plus souvent, des traces de sang dans l'urine. Les symptômes ultérieurs, coma, convulsions, inflammation des séreuses, épanchement dans leur cavité, s’expliquent facilement, suivant Gosse, par la condition morbide du sang. Dans les cas de cette nature, le docteur liées a constaté la présence de l'urée dans le sang. Nous traiterons plus tard la question de Y urémie. '

L’œdème se produit presque toujours avec une assez grande rapidité, et quelquefois l’anasarque est très-aiguë et devient rapidement mortelle.

Il peut se développer, dans le cours de l’éruption scarlatineuse, ôf autres éruptions du même genre. J. F. Marson (3) a vu, dans le cours de onze années, la scarlatine se montrer sept fois concurremment avec la variole. La scarlatine survenant dans le cours de la variole présentait ses symptômes propres d’invasion, comme dans les cas ordinaires, et l’éruption avait l’aspect qu’elle a ordinairement. Chez un des malades, il y eut une anasarque à la suite de la scarlatine. Ces faits sont contraires à l’opinion de Hunter, qui, du reste, avait déjà été combattue par des faits non moins évidents (ù).

[Scarlatine sans éruption. — Certaines angines graves observées en temps d’épidémie de scarlatine paraissent produites par la scarlatine sans éruption. Tels sont les cas observés par Huxham, ceux qu’a cités Graves (5). Il ne faut jamais perdre de vue, dit ce dernier auteur, qu’une maladie générale peut ne révéler son existence que par un ou deux des symptômes qui la caractérisent ordinairement.]

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Marche de la scarlatine régulière. — Les variations dans la marche de la maladie sont plus considérables dans la scarlatine que dans la rougeole; les symptômes de la période d’invasion vont toujours croissant jusqu’à la seconde période; parfois néanmoins ils diminuent la veille ou le jour de l’apparition des premières taches, pour reprendre ensuite leur première violence ; ils continuent avec cette intensité pendant les premiers jours de l’éruption, et diminuent lorsque l’éruption commence à pâlir. Telle est la marche de l’affection, considérée d’une manière générale ; quant aux particularités, il faut les chercher dans les détails présentés plus haut.

(1) Yoy. Maladie de Biught, t. IV.

(2) W. Gosse, London med. Gazette, 1848.

(3) Marson, Observe lions sur la coexistence de la variole et de la scarlatine, avec des. remarques sur la coe i istence des autres fièvres éruptives ( l.ond . med.-chir. Transactions, 2e série, t. XIX, 1847, et Archives clc médecine , janvier 1848, p. 57).

(4) Arch. gén. r r méd., janvier 1848 ( Analyse de la thèse du docteur 11 i/lennn sur les amplications des fièvres éruptives entre elles. Paris, 1847).

(5) Graves, Le ans de clinique médicale, traduit par Jaccoud, 2c édit. Paris, 18G3, t. I.

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