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SUETTE MILIAIRE

LÉSIONS ANATOMIQUES

la pâleur de l’éruption. Robert a constaté , dans un certain nombre de cas, que les urines étaient claires au commencement du redoublement et troubles a la fin. Il a trouvé aussi (pie, dans la forme rémittente, l’éruption n’est souvent que partielle.

La durée de la maladie varie beaucoup, suivant qu’elle est légère, intense ou maligne. Dans le premier cas, elle ne dépasse guère deux septénaires ; dans le second, le rétablissement étant ordinairement lent et difficile, il n’est pas rare de voir des cas durer trois semaines, un mois et plus; dans le troisième, la mort survient dans le premier ou au commencement du second septénaire ; si les malades échappent, la durée de la maladie est généralement plus longue encore que dans le second cas.

La terminaison par la mort a été fréquente ; elle a varié dans les diverses épidémies. La mortalité a été, dans une, de 1 sur 19; dans une autre, de 1 sur 13; dans d'autres, plus grande encore. Les soubresauts des tendons, le désespoir, l’abatement, le coma, sont les symptômes qui se sont produits dans les derniers moments, et c’est aussi alors qu’on a vu le plus souvent survenir le llux dysentérique signalé par Rayer.

C’est là ce qu’on avait observé avant la dernière épidémie; mais il est résulté des diverses relations queles auteurs nous ont données de cette épidémie, que peutêtre la grande mortalité observée dans plusieurs des précédentes était due à la manière vicieuse dont la maladie était traitée. Si l’on a le soin de ne pas trop couvrir les malades, contrairement à ce que l’on faisait autrefois pour aider une transpiration qui n’est déjà que trop abondante, et si l’on n’emploie qu’une médication très-simple, la mortalité est très-peu considérable ou nulle. Ce qu’on a attribué à la médication pourrait bien n’être dû qu’à la bénignité particulière de l’épidémie, et recevoir un démenti dans une épidémie nouvelle.

g V. — Lésions anatomiques.

Parrot a remarqué que les cadavres des sujets morts de la suettc miliaire tombent très-rapidement en putréfaction, ce qui avait déjà été signalé par Charles Allioni, de Turin (1); (pie de larges ecchymoses se produisent dans les parties les plus déclives, et que le sang est accumulé vers la tête, de manière à la gonfler.

Dans l’estomac et dans l’intestin, on n’a pas trouvé de lésions constantes. De la rougeur, quelques plaques violacées, telles sont les lésions bien légères qui sont le plus généralement observées dans ces organes.

II. Parrot n’a rencontré que dans quelques cas une légère tuméfaction des follicules de Peyer et de Brunner. Bourgeois (cité par Barthez, Gueneau et Landouzy) a vu une fois une éruption vésiculeuse dans l’iléon et le gros intestin, et Robert a signalé comme une lésion fréquente un développement considérable des follicules de Brunner, sans entrer dans de plus grands détails.

Un état fréquent de congestion du foie et de la rate, les poumons gorgés de sang, surtout vers les parties déclives; les veines et même les artères remplies d’un sang noir et iluide : telles sont les autres lésions signalées.

Aucune de ces lésions n est constante, il n en est également aucune qui puisse caractériser une des autres maladies fébriles que nous connaissons. Dans un certain

(1) Charles Allioni, Tractatus de mitiariœ origine, etc. Turin, 1758,

FIÈVRES ÉRUPTIVES

nombre de cas, on trouve les traces d’une angine, d’un rhumatisme articulaire, etc. : mais ces cas, qui ne sont pas les plus fréquents dans les épidémies, doivent être regardés comme des cas compliqués qui n’infirment nullement la règle.

§ VI. — Go jnplic vtions.

Sous le nom de fié or e miliaire compliquée, les auteurs ont réuni deux; ordres de. faits fort différents. Dans le premier il s’agit, en effet, de maladies fébriles bien connues, comme la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire, la pneumonie, dans le cours desquelles survient une éruption miliaire plus ou moins abondante. Ce sont ces cas qui ont été regardés comme exprimant la règle, ce (pii a engagé à nier l’existence d’une affection particulière bien déterminée à laquelle on puisse donner le nom de fie or e ou s nette miliaire. Ce 11e sont pas là les cas qu’on observe ordinairement dans les épidémies, et non-seulement ils 11e doivent pas être regardés comme des lièvres miliaires compliquées, mais encore on doit n’accorder à l’éruption miliaire qu’une faible importance, et ne la regarder elle- même que comme une complication généralement insignifiante.

Dans d’autres cas, il survient dans le cours de la suette miliaire une angine intense, une bronchite, des aphthes, une entérite. Ce sont là véritablement les cas qu’on peut regarder comme compliqués. Ces angines simples ou couenneuses, ces bronchites, ces entérites, au lieu d’être des complications, 11e seraient-elles pas plutôt des lésions secondaires plus ou moins fréquentes, appartenant à la fièvre miliaire elle-même?

§ VII. — Diagnostic, pronostic.

Pendant la vie, les sueurs abondantes, la forme de l’éruption, la marche d'e la maladie, servent à distinguer la fièvre miliaire du rhumatisme, de la rougeole, de la scarlatine; et, après la mort, l’absence de lésions dans les follicules de Lever vient se joindre aux signes symptomatiques pour éloigner toute idée de fièvre typhoïde.

Pronostic. — Quelquefois l’affection, commençant sous les apparences les plus bénignes, s’aggrave tout à coup et devient en peu de jours, parfois en peu d’heures, mortelle. La grande intensité de la fièvre au début, l’excessive abondance des sueurs, la très-grande anxiété, la terreur des malades, sont des signes qui doivent faire redouter une terminaison funeste. L’affection a un degré de gravité très-variable, suivant les épidémies, bien que ce degré soit toujours assez élevé. O11 a vu souvent des épidémies d’une violence extrême.

Quelle est la part du traitement dans la mortalité? C’est ce que nous avons tâché de déterminer plus haut, en parlant de la terminaison. J. Bourgeois n’a jamais vu la maladie causer la mort, ce qui prouve la grande influence d’un traitement simple comme celui qu’il a employé.

§ VIII. — Traitement.

Émissions sanguines. — Les opinions sont très-partagées sur l’utilité des émissions sanguines et sur le degré de cette utilité. Rayer a constaté que la saignee générale, pratiquée avec modération, était utile pour calmer le mouvement fébrile; que les sangsues aux pieds apaisaient la céphalalgie, et qu’en las appliquant à

SUÉTTE MILIAIRE. — TRAITEMENT.

i l’épigastre on calmait la constriction épigastrique. Ce dernier résultat a été pleinement confirmé par les observations de Barthez, Noël Gueneau de Mussy et lLandouzy (1).

Robert affirme que jamais la saignée générale n’a été utile; qu’elle est, au contraire, presque toujours nuisible, et que l’application d’un petit nombre de sangsues , à l’anus, ou de quelques ventouses scarifiées à la nuque, a eu seule quelques avantages. Il se peut que, dans les localités où il a observé, il en ait été ainsi ; mais les faits qu’il a recueillis ne peuvent infirmer ceux qui ont été vus par les médecins que je viens de citer.

Les saignées trop abondantes et trop multipliées ont des effets funestes ; elles produisent des troubles nerveux très-intenses, et jettent les malades dans une prostration des plus fâcheuses. Gastelier seul vantait les bons effets des émissions -sanguines un peu abondantes ; mais il reconnaissait qu’elles n’étaient indiquées que klaus un petit nombre de cas.

Vomitifs, purgatifs. — Suivant Rayer, les vomitifs et les purgatifs doivent être proscrits du traitement de la suette miliaire; cependant Gastelier préconisait les bons effets du tartre stibié donné au début de la maladie, et Barthez, Noël Gueneau ilde Mussy et Landouzy n’ont pas trouvé que les purgatifs eussent des inconvénients rcéels. On administre ces derniers pour combattre la constipation. 11 est impossible de se prononcer sur la valeur de ces moyens.

Foucarl, dans la dernière épidémie, a administré V ipécacuanha avec succès dans Ides cas où la langue était saburrale, et où il y avait des signes d’embarras des preimières voies.

Antispasmodiques. — Dans une affection où l’on observe des phénomènes nerveux si intenses, on a dû naturellement avoir recours aux antispasmodiques.

\ L'éther, le sirop d'éther, le musc, le castoréum, ont été employés. Ils paraissent, dans certains cas, avoir calmé la constriction épigastrique, mais on ne connaît pas ■e degré de leur efficacité.

Narcotiques. — Parmi les narcotiques, Y opium a été principalement mis en usage. On l’a réuni aux antispasmodiques pour calmer la constriction épigastrique, -et celle médication a constamment réussi dans l’épidémie observée par Barthez, xNoël Gueneau de Mussy et Landouzy. Des lavements laudanisés sont utiles dans les cas de diarrhée.

Révulsifs. — Des vésicatoires, des sinapismes, sont généralement appliqués à I épigastre pour faire cesser la douleur et la constriction. Robert a employé les frictions sur la poitrine, l’épigastre, l’abdomen et la partie interne des cuisses, avec la pommade suivante :

'if Axonge 6 gram.

Tartre stibié h gram.

Huile de croton tiglium. ....... 2 gram.

Mêlez, l aites des frictions toutes les trois heures jusqu’à ce que les parties soient couvertes le pustules.

Nous ne sommes pas sûr de la grande efficacité de ce moyen, il est tièsliouloureux, surtout appliqué sur une aussi grande étendue.

M ) Gazette médicale de Paris, 1839, p. 675.

FIÈVRES ÉRUPTIVES

Dans la dernière épidémie, les vésicatoires, ou seulement les sinapismes, ont suiTi pour triompher de la suffocation.

On a proposé d’administrer les excitants diffusibles et les sudorifiques ; mais cette médication n’éiant appuyée sur aucune preuve convaincante, et étant contraire à la manière de voir de presque tous les auteurs, nous n’y insisterons pas.

Parrot a donné le nitrate de potasse à haute dose , dans le but de modérer les sueurs en excitant la sécrétion urinaire. Itien ne prouve qu’il ait réussi.

Les toniques, et en particulier le quinquina, sont administrés dans les cas de grande faiblesse, lorsque des sueurs très-abondantes ont jeté le malade dans le collapsus. On vante les bons effets de ces moyens.

Les docteurs Sclial et Ressert (1) rapportent cjue dans l’épidémie du Bas-Rhin, en 1812, on eut recours avec succès aux lotions froides sur la surface du corps, dans les cas où, après la saignée, la peau devenait sèche et brûlante. Ce moyen n’a pas été mis en usage depuis.

Sulfate de quinine. — Lorsque la forme rémittente existe, ou lorsqu’on a lieu de la soupçonner, car, ainsi qu’on l’a vu plus haut, il est parfois dillicile de s’assurer de son existence, on ne doit pas hésiter à donner le sulfate de quinine à dose élevée : un gramme au moins par jour, dans une potion ou en pilules. A. Robert a réussi à enrayer la maladie en administrant ce sel à la dose de 1 à 2 grammes dans une potion, et de 2 à h grammes dans un lavement. Parrot (2) a cité des faits semblables; cependant il n’a obtenu ce résultat que dans un nombre limité de cas de lièvre rémittente miliaire. Dans les autres, les accès devenaient plus ou moins promptement moins forts et moins longs ; mais la maladie ne se terminait pas brusquement, comme une fièvre intermittente coupée. Taufflieb, ayant observé la suette miliaire épidémique dans les Vosges, a vu fréquemment des accès ayant de l'analogie avec ceux de la fièvre intermittente se produire dans cette maladie. Les cas dans lesquels il en est ainsi sont les plus graves; il conseille de les traiter par le sulfate de quinine à la dose de (50 centigrammes à 1 gramme (3). Ce médicament a paru également fort utile dans la dernière épidémie observée dans le département de l’Hérault (A).

Traitement hygiénique ou soins généraux. — On voit que, sauf ce dernier moyen, cpii n’est applicable qu’à un certain nombre de cas, les diverses médications dirigées contre la suette miliaire n’ont qu’une efficacité limitée et ne s’adressent qu’à des symptômes isolés ; aussi tous les médecins ont-ils recommande très-vivement les soins hygiéniques donnés aux malades, et leur ont-ils accordé une importance très-grande, comme dans d’autres maladies dont nous parlerons plus loin et contre lesquelles les agents thérapeutiques ont très-peu d’action.

On doit chercher à modérer la sueur tout en évitant une suppression brusque. La chambre du malade sera donc, autant que possible, vaste, facile à aérer, et maintenue à une température modérée, plutôt fraîche que chaude. Les malades seront fréquemment changés de linge; on entretiendra autour d’eux la plus grande

(1) Sclial et Ilessert, Précis histur. et prat. sur la fièvre miliaire, etc. Strasbourg, 1813.

(2) Parrot, Histoire de l’épidémie de suette miliaire qui a régné en 1841 dans le département cle la Dordogue (Mém. de l’ Acad, de méd ., Paris, 1843, t. X, p. 363).

(3) Taufflieb, Bulletin gén. de thérap., 1849.

(4) Revue thérap. du Midi, et Gazette méd. de Toulouse, juin 1851.

FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE

I propreté,; on Unir donnera dos boissons fraîches et acidulés, au lieu de boissons «excitantes et chaudes. On lâchera de leur inspirer de la confiance. On évitera avec -soin tout refroidissement subit. Ces moyens bien simples ont une influence incontestable sur l’heureuse issue de la maladie.

Résumé. — Le traitement de la suette miliaire se compose, d’une part, de moyens propres à combattre isolément chaque symptôme, et, de l’autre, de soins hygiéniques donnés aux malades. Ainsi la céphalalgie est combattue par les émissions sanguines, locales ou générales; l’épigastralgie, par les sangsues, les antispasmodiques, l’opium ; la constipation, par de légers laxatifs ou des lavements émollients; le délire, l’agitation, par les calmants et les antispasmodiques; la chaleur -sèche et âcre de la peau, qui se montre dans quelques cas, par les lotions froides, i La seule forme rémittente a été traitée par un médicament s’adressant à la maladie elle-même : le sulfate de quinine.

Pour suivre la médication la plus généralement recommandée et qui doit être r regardée comme la plus utile, jusqu’il ce que l’on ait trouvé des remèdes agissant plus directement sur cette affection, il suffit d’associer ces moyens partiels aux I précautions hygiéniques dont les malades doivent être entourés et mentionnées I plus haut. Les faits observés dans la dernière épidémie ont prouvé qu’une méditation très-simple, consistant principalement dans des boissons délayantes et ra- I fraîchissantes, des soins de propreté, et l’attention de ne pas accabler les malades de couvertures, mais au contraire de les rafraîchir avec prudence, produit les plus 1 heureux résultats. C’est ce qui résulte en particulier des faits observés par Bourgeois (d'Étampcs).

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