CHAPITRE HL
FIÈVRES INTERMITTENTES
ARTICLE PREMIER
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE
La fièvre intermittente règne endémiquement dans certaines contrées où elle •exerce de grands ravages, et il n’est pas de localité où elle ne se montre parfois avec des caractères très-graves.
Il y a beaucoup de vague dans les passages d’Hippocrate que l’on peut rapporter •aux diverses variétés de cette maladie. Celse et Galien donnent des descriptions meilleures, et ce point de pathologie a fait, après eux, des progrès continuels; mais il faut arriver a Morton (1) et à Torti (2) pour avoir une bonne description de la maladie dans ses Variétés les plus malignes, et aussi du traitement qui lui «convient. Les recherches les plus intéressantes sont dues à Nepple (3), Bailly,
(1) Morton, Opéra medica : Pyrct.. Lugduni, 1727.
(2) Torti, Thcrap. spec. ad. febres periodicas perniciosas, nova edilio, Lcodii, 1821, 2 vol.
(3) Nepple, Essai sur les fièvres intermittentes, etc. Paris, 1828.
FlfeVRES IM'ERMIT PENTE?.
Maillot (1), Alexis Espancl (2), Boudin (3), F. Jacquot (/i), [Dutrouleau (5), Durand (de Lune.l) (6), Valéry Meunier (7), Castan (8), Bérenguier (9), etc.].
Pour bien étudier la fièvre intermittente, il faut passer successivement en revue la fièvre intermittente simple ou régulière , les fièvres pernicieuses , la fièvre pseudo-continue, les fièvres larvées, et la fièvre bilieuse grave, ou rémittente.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
La fièvre intermittente simple est une fièvre essentielle caractérisée par des accès dans lesquels un mouvement fébrile à marche particulière se montre avec une plus ou moins grande violence, et qui sont séparés les uns des autres par des intervalles où l’apyrexie est complète. Cette fièvre intermittente est le type qu’il importe principalement d’étudier, parce que, pour tracer la description des autres espèces, il suffira ensuite de dire en quoi elles diffèrent de celle-là.
On a décrit cette affection sous les noms de fièvre d'accès, fièvre paludéenne, paludique, fièvre des marais, périodique, etc,; et l’on dit d’un malade qui en est atteint, qu’il a les fièvres. Sa grande fréquence, surtout dans certaines localités, est bien connue de tout le monde.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — Cette maladie attaque tous les âges, tous les sexes, toutes les constitutions. Trop de faits parlent contre l’antagonisme entre la fièvre typhoïde, la phthisie et la fièvre intermittente, pour qu’on puisse partager l’opinion de Boudin »ur ce point.
C’est principalement au printemps et à l’automne qu’on voit apparaître les fièvres intermittentes. Les premières ( vcrnoles ) sont en général plus bénignes que les dernières ( autumnales ). Les sujets affectés antérieurement de fièvre intermittente sont beaucoup plus exposés que les autres à contracter cette maladie, et assez, souvent chez eux elle se développe spontanément.
On admet que les excès de tout genre, les chagrins, les émotions morales pénibles, prédisposent à la fièvre intermittente; mais les recherches sur ce point manquent de précision.
2° Causes occasionnelles. — [La première, sans contredit, de toutes ces causes, est la présence dans l’air de matières végétales en décomposition, peu importe la
(1) Maillot, l\ech. sur les fièvres intermitt. du nord de l’Afrique. Paris, 1835. — Traite des fièvres intermitt. d’après des observ. recueillies en France, en Corse et en Afrique. Paris, 1836.
(2) Espanct, Des maladies endémiques de T Algérie ( Jour» . des conn. méd.-chir. , septembre, octobre et novembre 1849).
(3) J. Ch. M. Boudin, Traité des fièvres intermittentes. Paris, 1842. — Traité de géographie médicale, Paris, 1857, t. II, p. 514.
(4) F. Jacquot, Des fièvres endémo-épidèmiques dites intermittentes (Annales d hygiène publique, 2e série, 1854-1855, t. Il; 1857-1858, t. VIII et IX).
(5) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les ptiys chauds. Paris, 1861, p. 132.
(6) Durand (de Lunel), Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittentes. Paris, 1 862 .
(7) Valéry Meunier, Une mission médicale en Espagne, thèse inaugurale. Paris, 1863.
(8) Castan, Traité élémentaire îles fièvres. Paris, 1864, p. 172 à 237.
(9) Bérenguier, Traité des fièvres intermittentes et rémittentes. Paris, 1865.
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source dont elles émanent. T 'influence miasmatique des marais est la [tins puissante et la plus incontestable.
Pour qu’un marécage puisse donner lieu à la fièvre intermittente, certaines conlilitions sont nécessaires. Il faut : 1° un sous-sol imperméable à l’eau, c’est-à-dire argileux, pierreux, servant de réceptacle aux végétaux en décomposition ; 2° des iaux stagnantes, quelle qu’en soit l’origine; 3° une chaleur suffisante pour que la décomposition ait lieu.
Les débordements, quand ils se retirent, les marais salants abandonnés, les pluies torrentielles, surtout dans les pays chauds, le rouissage du chanvre, la présence des rizières, et, en un mot, toutes les circonstances dans lesquelles la putréàction végétale a lieu, occasionnent d’une manière évidente la fièvre intermittente.
La pénétration des eaux douces dans les marais salants (1), l’introduction des eaux •salées dans les eaux douces, comme on l’a vu en Toscane, sont encore des causes occasionnelles.
On observe aussi ces fièvres lors des défrichements de terres v ierges, des grands travaux d’atterrissements, comme on a pu h; voir dans les constructions des •fcheminsde fer. Berenguier, de Rabastens (2), attribue, dans ces cas, la fièvre à des hnanations telluriques qui se dégagent des terrains cultivés dans lesquels des matières végétales sont en putréfaction, et qui sont exposés à être alternativement -•ccs et humides.]
C’est surtout dans les pays chauds , marécageux et humides, que se produisent l e plus facilement les fièvres intermittentes.
On a cité des cas de fièvre intermittente dans des pays secs et arides; mais ces cas sont rares et exceptionnels. D’un autre côté, on a admis la possibilité de l’action •xclusive de V humidité. La fièvre intermittente est assez fréquente dans des localités qui n’ont d’autre particularité, pour expliquer sa production, que d’être traversées par un cours d’eau, sans aucun marécage; mais on peut admettre qu’à ceertaines époques de l’année où les eaux deviennent basses, les bords des rivières' porennent, jusqu’à un certain point, les caractères des marais.
[En résumé, on retrouve invariablement ces conditions : présence de matières . égétales décomposables, chaleur, humidité.
Pour que celle cause agisse puissamment, il faut qu’on soit exposé à l’air marécageux sans aucun intermédiaire, tel que colline, bois, etc.; le séjour ou le passage dans cet air, la nuit, la situation sous le vent des marais, sont des conditions avorisant son action pernicieuse. Dans sa mission médicale en Espagne, Y. Meunier i pu constater que l’exposition au nord avait une action préservatrice évidente (3).
Les e film es miasmatiques ne s’élèvent guère, dans nos climats, au-dessus de 50 a 60 pieds : dans les pays chauds ils montent plus haut. Cependant, V. Meunier a Observé en Espagne la fièvre intermittente sur des plateaux élevés de plus de Î700 mètres : l’exception à la loi générale n’est ici qu’apparente, car il a rencontré dans les lieux infectés les conditions habituelles d’effluves et d’eaux stagnantes.
(1) Métier, Rapport sur les marais salants {Mémoires de l'Académie de médecine ). —
f'Outroulau, ouv. cit., p. 1G3.
(2) Berenguier, Traité des fièvres intermittentes et rémittentes. 18G5, p. 32.
(3) Y. Meunier, Une mission médicale en Espagne, thèse inaug. 1863.
FIÈVRES INTERMITTENTES
Toutes les lois qu’une localité est traversée par un courant d’air qui a passé là où il y a des effluves, il y des chances de production de fièvre paludéenne.]
D’un autre coté, des lièvres intermittentes se développent dans des lieux où l’on ne peut en accuser ni les cours d’eaux, ni les marais. On trouve dans les lieux avoisinants des flaques d’eau stagnante, des matières végétales en putréfaction, du bois humide, etc., et ces circonstances peuvent encore paraître la cause de la maladie ; mais il est des cas aussi où l’on ne trouve rien de semblable.
Les fièvres intermittentes qui se produisent ainsi, en dehors de i’iuflttence marécageuse, sont généralement bénignes; mais il en est quelques-unes d’intenses; pour ma part, j’ai vu une fièvre pernicieuse chez un sujet habitant auprès du jardin du Luxembourg, et qui n’avait jamais eu d’accès de fièvre et n’avait jamais séjourné dans un pays marécageux.
[Les marais du Nord donnent naissance à beaucoup moins d’effluves que les marais du Midi.]
Eluard (1), qui a étudié avec soin la fièvre intermittente citez les enfant s, a cité des faits qui tendent à prouver que cette fièvre peut se transmettre de la nourrice à l'enfant ! [Luc a fait la même remarque en Algérie (2). Bérenguier croit à la nature contagieuse de la fièvre intermittente , et cite douze faits à l’appui de son opinion (3) , ce qui a été constaté également en Espagne par Valéry Meunier (A).
Incubation du miasme . — Dutroulau, basant son opinion sur les observations qu’il a pu faire à la mer, a vu maintes fois la fièvre intermittente se déclarer à bord des navires un certain temps après qu’ils avaient quitté les pays où régnait la fièvre, mais cette période d’incubation est trop variable pour qu’il ait pu en déterminer la durée (5). Le docteur Luc, cite plus haut, a fait la même observation sur luimême.]
11 survient parfois des accès de fièvre intermittente chez des sujets affectés d’une autre maladie, ou qui sont soumis à certaines opérations. C’est là la fièvre intermittente symptomatique que nous indiquons ici, parce que, bien que se produisant sous l’influence d’autres étals morbides, elle conserve ordinairement un remar quable caractère de simplicité. Chez les phthisiques, on constate parfois de véritables accès périodiques, et la même observation a été faite, quoique beaucoup plus rarement, dans d’autres affections chroniques. Mais c’est surtout dans les opérations faites sur les voies urinaires ( cathétérisme , lithotritie ) que l’on voit apparaître des accès intermittents. On a dit que ces fièvres ne peuvent pas être rapprochées des fièvres intermittentes produites par les effluves marécageux, parce qu’elles ne cèdent pas au quinquina ;*mais c’est une erreur; chez les phthisiques, par exemple, nous voyons des accès fébriles périodiques être parfaitement coupés par U* sulfate de quinine.
(1) Ébrard, De la fièvre intermittente chez les enfants, etc. ( Union mèd., 8 et 13 janvier ■1848).
(2) Luc, Note sur la transmission possible de la diathèse paludéenne par F allaitement naturel ( Courrier médical, 1 865, n” 5).
(3) Bérenguier, ouv. cité, p. 65.
(à) V. Meunier, thèse inaug., 1863, p. 21.
(5) Dutroulau, ouv. cité, p. 171.
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE. — CAUSES
E. Cazenavc (1) cite quatre observations de manie aiguë qui se sont terminées nu* des accès de fièvre intermittente.
3° Conditions organiques / causes de V intermittence. — Dès la plus haute antilité, on a remarqué Y intumescence de la rate dans la fièvre intermittente. On
trouve indiquée dans les écrits d’Hippocrate. Ceux qui, dans les siècles deriers, en ont fait spécialement mention, sont Fernel, Bâillon, Lancisi, Hoffmann, lorgagni, Sénac, Iieulaud, etc.; mais c’est seulement il y a cinquante ans qu’on
donné une très-grande importance à cet état de la rate. Audouard (2) attri— tua, le premier, à la congestion sanguine de la rate les accès périodiques de la èvre intermittente, et depuis, en 1812, 1823 et 1847 (3), il a développé cette îéorie. Pour lui, la cause de la fièvre intermittente est dans l’altération du sang roduite par l’influence marécageuse ; mais la cause déterminante des accès est iiintumesccnce de la rate. Aussi a-t-il donné aux fièvres intermittentes le nom de galéniques.
Piorry (4) a repris ces idées et cherché à établir que la congestion de la rate est m lésion essentielle de la fièvre intermittente, et que la maladie se produit sous son influence.
D’un autre côté, Félix Jacquot et Sonner (5) ont cité des faits qui prouvent que ' engorgement de la rate est une conséquence des fièvres paludéennes , et nest pas "a cause des accès , et Lachaise (6), ayant examiné plus de 500 malades atteints de aa fièvre en Sologne, s’est convaincu que le gonflement de la rate n’est pas le point Me départ de la fièvre intermittente.
Enfin Jules Rochard (7), qui a observé à Madagascar, a pu voir chez 22 malades, |ijui succombèrent rapidement sans avoir pris de sulfate de quinine, la rate parfois liminuée, dans quelques casa son volume normal, et dans un cas réduite à la grosseur d’un marron.
[Durand (de Lunel) (8), dans le phénomène de la congestion delà rate, accorde une grande influence à l’électricité qui résulte de la décomposition putride. Selon lui, cette électricité, qui est négative pour les miasmes végétaux, est hyposthénisante; ■lie est positive pour les miasmes animaux, et par conséquent excitante de l’appareil nerveux de la vie organique. Quant au miasme, il peut s’élaborer dans tonte l’économie, mais principalement dans les organes parenchymateux, surtout dans la rate, qui serait le réservoir miasmatique.]
La concentration du sang vers les viscères, pendant l’apyrexie, devenant plus .grande pendant le frisson, puis son expansion dans le stade de chaleur, sont des laits contestables, et qui, d’ailleurs, n’expliquent rien. Le passage de la station horizontale à la station verticale, lorsque les malades se lèvent le matin, n’a pas
I (1) E. Cazenave, Union médicale , 20 janvier 1852.
(2) Audouard, Ann. de la Soc. méd. prat., 1808.
(3) Audouard, De la périod. des fièvres intermitt. et des causes qui la produisent. Paris, 1 1847. — Bulletin de V Acad, de méd., t. XII, p. 278 et suiv.
(A) Piorry, Mcm. sur l’état de la rate dans les fièvres intermitt. ( Gazette méd., 1833). Traité de méd. prat. Paris, 1 845, t. VI.
(5) Félix Jacquot et Sonrier, Bulletin de T Acad, de mècl., 1 1 juillet 1848, t. XIII, p. 1170.
(6) Lachaise, Bulletin de T Acad, de méd., 1850, t. XV, p. 345.
(7) J. Rochard, Union médicale, 10 février 1852.
(8) Durand (de Lunel), ouv. cité, p. 98, 117.
FIÈVRES INTERMITTENTES
plus de valeur; aujourd’hui tout le monde reconnaît que ce retour périodique des | accès est un phénomène inexpliqué et peut-être pour toujours inexplicable.
§ 3H. — Symptômes.
Presque toujours la fièvre intermittente débute brusquement sans symptômes I précurseurs. Dans quelques cas l’invasion de l’accès est précédée d’une céphalalgie ordinairement médiocre, de pandiculations, de malaise, d’un peu de somnolence 1
d’abattement, etc.
Accès. — L’accès, lorsqu’il est complet et régulier,
se dix ise en trois périodes
distinctes auxquelles on a donné le nom de stades. Le premier est le stade de froid A le deuxième, le stade de chaleur; le troisième, le stade de sueur.
1° Stade de froid. — Dans le plus grand nombre des cas, il y a un véritable frisson, qui, commençant ordinairement dans les lombes et parcourant la colonne vertébrale, se porte ensuite vers les membres dont les extrémités éprouvent une
sensation de froid plus ou moins vive. Dans quelques cas, ce frisson est tellement intense, que les dents claquent, et que les membres et le tronc sont agités de secousses rapides qui ébranlent le lit ou le siège sur lequel repose le malade. Dans d’autres cas, au contraire, il n’y a que quelques horripilations.
Pendant le frisson, les extrémités deviennent froides, pâles ou même légèrement bleuâtres. Il en est de même de la face. Le froid est surtout sensible au nez et aux oreilles.
Dans les cas les plus intenses, la face est plombée, les yeux sont caves et cernés, le regard fixe.
La peau du tronc et des membres présente cet état qu’on a nommé chair de poule, et qui résulte de la rigidité des papilles.
Quelquefois le froid qu’éprouve le malade est si grand, qu’il approche les membres du tronc et se pelotonne sous les couvertures pour se réchauffer. Dans quelques cas, une seule partie du corps éprouve cette sensation de froid; ce sont souvent les lombes, parfois les extrémités. Les cas de ce genre sont assez rares.
La sensation defroid éprouvée par le malade est ordinairement vive; mais les expériences de de Ilaen, et récemment celles de Gavarret (1), de Robert de Latour (2), prouvent que cette sensation est due à une perversion de la sensibilité; car le thermomètre placé dans l’aisselle donne pendant la période de froid une augmentation de 2 à h degrés sur la température normale du corps. Cependant il faut dire que la main appliquée sur le corps du malade perçoit aussi celte sensation de froid.
Pendant ce stade, les malades ressentent quelques douleurs. Les plus importantes à noter sont celles qui se font sentir dans l’hypochondre gauche et qui coïncident ordinairement avec l’intumescence de la rate. Louis (3) les a trouvées dans un assez grand nombre de cas. Elles ont lieu ordinairement dès le début de la maladie. Quelquefois la douleur se fait sentir dans les autres points de l’abdomen, et chez un certain nombre de sujets, il y a des douleurs contusives dans les membres, un brisement comme dans la courbature, une constriction marquée à l’épi—
(1) Gavarret, lice h. sur la tempérât, du corps (Journ. l’Expérience, 1839).
(2) Robert de Latour, De la chaleur animale dans les fièvres intermittentes ( Union
médic., 43, 15 février 1802).
(3) Louis, liech. sur la fièvre typhoïde, 2e édit., t. It, p. 161.
SYMPTÔMES
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE
'Stic. Une céphalalgie d’une intensité variable est, parmi les symptômes, un de uti\ qui, après le frisson, arrachent le plus de plaintes aux malades.
(Quelquefois, ainsi que l’a fait remarquer Nepple, les malades éprouvent un '■soin de manger au commencement de ce stade; plus souvent il y a anorexie ; la ngue est humide, parfois bleuâtre. La soif est ordinairement vive. On observe nrfois dans cette période des vomissements alimentaires ou bilieux, mais pas plus ’équemment que la période de chaleur. Les urines sont transparentes, incolores,
■ ■U abondantes.
Quelques malades éprouvent une oppression assez vive; quelques-uns ont une iiix sèche, fréquente, et l’on a cité des cas dans lesquels quelques bulles de râle us-crépitant se font entendre dans la poitrine. Quelques-uns aussi éprouvent de cardialgic et des palpitations , phénomènes qui s’accompagnent ordinairement mine plus ou moins grande anxiété. Le pouls est accéléré, peu développé,* sans rcégularité. La peau présente, outre sa rugosité, une sécheresse plus ou moins vande!
. Ébrard (1) a constaté, contrairement aux assertions de quelques auteurs, que le nde de froid se montre chez les enfants, qui ont la peau froide, les lèvres, les ongles, si paupières bleuâtres, les traits grippés, etc. Pendant ce stade aussi, il survient n rfois des convulsions qui peuvent être promptement funestes.
2" Stade de chaleur. — Après une durée que nous ferons connaître plus loin, i période de froid cesse et la chaleur commence, faible d’abord, puis de plus en ans intense. Elle devient, dans un certain nombre de cas, âcre et brûlante. Les cherche;» de Gavarret ont encore prouvé que cette augmentation de température U beaucoup moins considérable que ne le pensent les malades; elle n’est, en ITel, que d’un degré supérieure à celle que l’on constate dans la période de froid.
Pendant ce stade, la céphalalgie persiste, ou même augmente. Il en est de même i ; la soif. On observe parfois quelques vomissements bilieux; mais les douleurs du "onc et des membres se dissipent ordinairement.
La face devient rouge et animée; les yeux sont brillants, parfois sensibles à la u.mière. La face, ainsi que le reste du corps, paraît un peu tuméfiée.
Le pouls s’élève, devient plus large, tout en conservant sa fréquence. La respiatign paraît moins gênée. Les urines sont rouges; quelquefois leur émission fait orouver un sentiment de cuisson dans l’urèthre.
Pendant tout le stade, V anxiété persiste; les malades cherchent dans le lit des faces fraîches et une position commode qu’ils ne trouvent pas; parfois au contraire, y a un peu de somnolence.
3° . Stade de sueur. — Le stade de sueur commence par une sensation générale i mieux être; la céphalalgie n’est plus ordinairement qu’une lourdeur de tête, bientôt la peau, jusque-là sèche et aride, commence à s’humecter. Généralement la sueur commence par la tête, puis elle se montre au tronc et ensuite aux membres.
Pendant que la sueur s’établit ainsi, tous les symptômes s’amendent; le pouls, 1 1 particulier, perd de sa force et de sa fréquence, et il devient souple et facile à éprimer.
(1) Ébrard, toc. cit.
FI K V R FS I INTERMITTENTES.
Il n’est pas rare de voir des sujets s’endormir alors d’un profond sommeil, et se réveiller au bout d’un certain temps complètement délivrés de leur accès.
L’abondance de la sueur est très-variable. On voit des sujets qu’il faut changer trois ou quatre fois de linge; d’autres qui pénètrent complètement leur lit; et d’autres dont il est à peine nécessaire de changer le linge une seule fois.
Intervalle des accès. — Dans quelques cas, et surtout lorsque l’intervalle des accès est long, comme dans les fièvres tierces ou dans les fièvres quartes, au mouvement fébrile qui vient d’être décrit succède non-seulement une apyrexie complète, mais encore un parfait état de santé, de telle sorte qu’après le premier accès, le malade peut se croire complètement guéri. Mais, le plus souvent, il reste du malaise'! de la langueur, un peu de céphalalgie. L’appétit est diminué, la langue reste blanche et un peu pâteuse, les selles sont difficiles. Lorsqu’il y a eu un certain nombre d’accès, la rate reste gonflée et parfois un peu douloureuse.
Epoques de la journée ou surviennent les accès. — On ne peut rien dire de positif sur l’heure de l’apparition des accès; dans l’immense majorité des cas, les accès commencent dans le courant de la journée.
Fièvre intermittente des enfants. • — Suivant Schmitz-Zer (1), la fièvre intermittente, lorsqu’elle se développe chez des enfants très-jeunes, présente des modifications importantes. Elle ne se rencontre que dans la classe la pluspa uvre, dont les logements humides et insalubres et la mauvaise alimentation semblent être la cause de la maladie. Cette fièvre des enfants affecte constamment le type quotidien, et se montre par paroxysmes réguliers, que séparent des intervalles d’apyrexio plus ou moins complète. Pendant les accès, les enfants s’agitent, se refroidissent, pâlissent; le pouls devient fréquent, petit et concentré; il y a souvent du tremblement, mais pas de frisson intense; après un quart d’heure ou une demi-heure, jamais plus tard, le stade de chaleur s’établit de la même manière que chez les adultes; il dure une heure à une heure et demie, puis les enfants s’endorment et entrent en sueur. Au réveil, ils paraissent être fatigués, mais se sentent assez bien. L’intermission, qui dure jusqu’au lendemain, quoique un peu moins nette que chez les adultes, est cependant évidente.
Si la maladie se prolonge pendant quelque temps, les enfants maigrissent considérablement; leur faciès est pâle et cachectique; la peau du visage devient d’un jaune sale; le ventre se ballonne; le foie se tuméfie, la rate jamais.
Guict (2) a résumé ainsi qu’il suit les caractères de la fièvre intermittents simple chez les enfants à la mamelle :
« Invasion subite; type quotidien; irrégularité des accès; absence presque complète des stades de froid et de sueur; stade de chaleur exagérée; apyrexie bien manifeste. L’enfant, qui était fort gai, devient tout à coup triste et maussade; il s’impressionne facilement, et la moindre cause provoque des larmes; il refuse le sein ou le biberon. Une certaine pâleur se répand sur son visage; ses mains et. ses pieds se refroidissent; il lui vient de fréquents bâillements : quelquefois, au début, ce sont des vomissements de matières glaireuses ou bilieuses. Chez d’autres, c’est un mal de tête violent, et l’on voit alors l’enfant porter fréquemment ses mains a
(1) Schmitz-Zer, Journ. für Kinder kranklieU en, t. XI.
(2) Guiet, Gazette mèd. de Paris, août 1850.
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE. — MARCHE, DURÉE
tète; parfois c’est un poumon qui se congestionne, et une toux sèche et fatigante, ixompagnée quelquefois de vomissements, marque le début de l’accès; d’autres is il survient de la diarrhée. Bientôt la peau devient brûlante et sèche; cette chamr sc répand aux muqueuses; l’enfant est abattu et présente des alternatives de innnolence et d’agitation convulsive. Cet état dure plus ou moins longtemps; puis iilin cette tension disparait, la peau s’assouplit, une légère moiteur y apparaît, -oui reutre dans l’ordre; l’enfant se calme, il sourit, reprend le sein jusqu’à ce u’un nouvel accès vienne reproduire de semblables phénomènes. »
Sémanas (1) a observé à Alger la fièvre intermittente pernicieuse chez les criants à la mamelle , et il a ni cette lièvre revêtir la forme des affections les plus immunes à la première enfance.
I On a vu plus haut les remarques d’Ébrard au sujet de la fièvre intermittente es enfants. Nous en avons (2) vérifié l’exactitude.
Complications — Véret (3) a rapporté trois cas dans lesquels l 'albuminurie i compliqué la fièvre intermittente. Cet auteur attribue la complication à une impie congestion des reins pendant les accès. Si la fièvre est de longue durée, cette ingestion peut se terminer par des lésions plus profondes.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie; types, récidives.
Nous venons de voir que la manche de la maladie consiste dans une alternative i accès fébriles et d’apyrexie; les époques plus ou moins éloignées auxquelles se i oduisent ces accès constituent les types de la fièvre intermittente. Les principaux urmi ces types, et les seuls qui méritent d’être notés avec grand soin, sont : 1° le | ij>pe quotidien , 2° le type tierce , 3° le type quarte.
Dans le type quotidien , les accès .ont lieu tous les jours à la même heure, ou à ès-peu près à la même heure; ils se ressemblent sous le rapport de leur durée et
* leur intensité. Quelquefois, au lieu d’un seul accès, il y a deux accès par jour; m dit alors que la fièvre est double-quotidienne. Enfin il peut arriver qu’il y ait
î plus grand nombre d’accès dans les vingt-quatre heures; il est très-important •î connaître ce fait, qui a été mis hors de doute par Méfier, car ces accès inulj'ples sont fort courts, ne consistent souvent qu’en un sentiment rapide de chaleur livi de sueur, et peuvent facilement être méconnus. Méfier a donné à cette fièvre
I I nom de fièvre intermittente à courtes périodes (à).
Dans le type tierce , l’accès se reproduit tous les deux jours. On observe quelmiefois des accès de fièvre double-tierce. En pareil cas, il y a un accès tous les murs; le troisième ressemble au premier, le quatrième au second, et ainsi de suite.
Dans le type quarte , l’accès a lieu tous les trois jours (5), de sorte qu’il y a mitre deux accès deux jours d’apyrexie. On a cité quelques exemples de fièvre mble-quarte , dans lesquels il y a, le premier et le deuxième jour, un accès; puis,
(1) Scmanas, De la fièvre pernicieuse chez lc° enfants à la mamelle, 1848.
("2) Ébrard, Considér. sur la fièvre interrnitt. chez les enfants (' Union méd., 10 et 12 tobre 1848).
(3) Véret, Quelques observ. de fièvres interrnitt. avec albuminurie (Arch. yen. de méd.,
• cembre 1847).
! (4) Métier, Mém. de l’Acad. de méd. Paris, 1843, t. X, p. 551.
! (5) Pour ne pas se tromper dans le calcul, il ne faut pas compter le jour du premier accès.
FIÈVRES INTERMITTENTES
le troisième jour, apyrexie; le quatrième et le cinquième jour, un accès; le sixième jour, apyrexie, et ainsi de suite.
Voilà les principaux types à étudier, et encore faut-il remarquer (pie les fièvres double-quotidienne, double-tierce et double-quarte sont loin d’être fréquentes. Il nous reste maintenant à indiquer quelques autres types tellement rares qu’on peut les regarder comme de véritables exceptions : ce sont les tierces doublées (tous les deux jours deux accès); les quartes triplées {idem, tous les trois jours); la triplequarte (un accès tous les jours, deux faibles et un fort); la fièvre quintane , septimane , octane (un accès le cinquième, le septième ou le huitième jour).
Dans l’immense majorité des cas, les stades des accès se succèdent de la manière indiquée plus haut; mais quelquefois on voit soit un des stades manquer, soit, ce v qui est beaucoup plus rare, un seul stade se montrer, et, ce qui est bien plus rare encore, Y ordre d'apparition des stades être changé. Le stade de froid peut manquer'; mais il est bien rare que les malades n’aient pas au moins une certaine sen- ; sibilité au froid. Le stade de chaleur manque peut-être plus fréquemment; cependant on ne peut pas l’affirmer, parce que, s’il est très-court, il échappe à l’attention du malade, auquel nous devons nécessairement nous en rapporter. On voit aussi manquer quelquefois la sueur; il est bien rare cpi’il n’y ait pas un peu de moiteur.
Dans quelques cas, on a ni le frisson venir après la chaleur et la sueur; mais J ce sont là de véritables exceptions. C’est moins la forme de la maladie que le retour périodique des accès cpi’il faut noter. Nous aurons à revenir sur celte proposition à l’occasion des fièvres pernicieuses.
La durée des accès est très-variable; il est rare qu’elle soit de moins d’une heure, et qu’elle se prolonge au delà de six ou sept heures. Quant à la durée de la maladie elle-mcme, il est impossible de la déterminer. Dans un certain nombre de cas, et surtout dans les fièvres simples vernalcs, on voit la maladie se dissiper j d’elle-même après le cinquième, le sixième ou le septième accès; mais bien plus souvent la maladie se prolonge indéfiniment, les accès deviennent plus intenses, et la rate s’engorge. Quant à la durée des stades, elle est également variable. On peut dire néanmoins que, dans la majorité des cas, le stade de froid dure d’une à deux heures; le stade de chaleur dure plus longtemps, et le stade de sueur se prolonge pendant plusieurs heures.
Il résulte de là que l’ intervalle des accès a lui-même une durée très-variable.
A ce sujet, on a cité des cas dans lesquels, un accès commençant avant qu’un autre fût fini, la fièvre était subintrante; mais c’est dans les accès de fièvre pernicieuse que les choses se liassent ainsi.
Accidents consécutifs. — La terminaison de la fièvre intermittente simple, quel que soit son type, peut être spontanément favorable; cependant il est nécessaire, dans la majorité des cas, d’opposer à celte maladie un traitement approprié, et, dans ces conditions, elle se termine par la guérison. [Si on la néglige, il est bon» nombre de cas dans lesquels les accès se reproduisent indéfiniment, et alors on peut constater: 1° un état chloro-anémique ; 2° l’engorgement splénique et hépatique; 3” des hvdropisies diverses; h" la mélanémie et la leucocythémio.
L'état chlorotique se manifeste par la coloration paie si connue et qu’il est inutile de rappeler ici. II est le résultat de la diminution des globules, de la fibrine.
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE. — MARCHE, DURÉE. 241
|,le l’albumine du sang par la persistance de la fièvre, qui est essentiellement hyposthéii lisante. Si cet état continue, les malades tombent dans la cachexie, que I on leconmaît à la coloration jaune terne du visage; à la bouffissure de la face qui perd son expression ; à la pâleur profonde des gencives, qui, par suite de la défibrination du •sang, saignent facilement; à l’augmentation du volume du ventre; a 1 amaigiisseinnent des membres pelviens.] Avant qu’on eût trouvé le traitement spécifique de i ces fièvres, cet état se terminait fréquemment par la mort. Nous avons parlé plus i haut de Y intumescence cle la rate ; souvent, après un nombre considérable d’accès, lielle devient telle, qu’on sent Uorgane au-dessous et à droite de l’ombilic, et quelquefois jusqu’à peu de distance de l’épine iliaque antérieure et supérieure. [Le foie une reste pas étranger à l’action de la fièvre intermittente : on l’a trouvé hypertrophié, quelquefois atrophié, dur, ratatiné (1).
Les hydropisies diverses sont assez fréquentes : on observe quelquefois une simpple bouffissure aux malléoles; mais d’autres fois l’hydropisie est générale, il y a de l’I’anasarque, quelquefois de l’ascite; ces hydropisies sont le plus souvent consécutives ai la défibrination du sang.]
[On a encore observé deux accidents particuliers qui sont la mélanémie et la kleucocythémie. Nous ne disons rien de la leucocylhémie qui sera étudiée séparément : quant à la mélanémie, elle est constituée par la présence d’un pigment nuoir dans le sang. Ce pigment n’est autre chose qu’une transformation de l’hématine ddans la rate. Or, la fièvre intermittente donnant lieu à l’hypérémie de la rate, il en résulte que la rate fabrique plus de pigment (2). Toutefois d’autres organes, notamnent le foie, peuvent également produire le pigment. La destruction plus considérable de l’hématine détermine la diminution du nombre des globules, d’où la thlorose; l’accumulation de ce pigment dans le foie détermine l’atrophie hépatique; (dans le rein, il détermine l’albuminurie; dans le cerveau, le ramollissement, l’apopplexie.
Cette question de la mélanémie est encore à l’état naissant et la science n’a pas l lit son dernier mot.]
Rechutes. — Les rechutes sont très-fréquentes : elles ne présentent pas toujours, à beaucoup près, le même type que la première attaque ; elles peuvent avoir lieu même iquand le malade ne s’expose plus aux causes d’infection, et alors elles sont ordinairement occasionnées par le froid, l’humidité, les excès, en un mot par les causes léterminantes indiquées plus haut (3).
Suivant René Vannoye (4), il est un siyne particulier qui annonce l'imminence de la récidive des fièvres intermittentes. Il consiste dans un état particulier de la conjonctive qui tapisse la paupière inférieure. Cette membrane qui, ilans l’état normal, offre une teinte d’un rouge plus ou moins vif, présente souvent, ll’après Vannoye, lorsqu’on l’examine chez un individu depuis quelque temps Affecté de fièvre intermittente, une raie pâle qui circonscrit l’arc inférieur du petit «egment libre du globe oculaire. Lorsqu’on abaisse la paupière renversée, et qu’on
(1) Haspel, Mal.de l’Algérie, 1852, t. Il, p. 234. — Frerichs, Mal. du foie, trad. Dumcnil stPelagot, 18(32, p. 21(3-353.
(2) Frerichs, ouv. cité , p. 273.
(3) Voy. § II, Causes.
(4) Vannoye, Ann. de la Soc. de méd. de la Flandre orientale, 1848.
V alleix, 5« édit.
FIÉ V R ES INTERM ITTENTES
fait tourner au malade l’œil eu haut, cette raie présente assez bien un croissant, dont l’une des cornes correspond à l’angle interne de l’œil, et l’autre à l’angle externe, de manière que son bord concave entoure la partie inférieure de la sclérotique, et que sou bord convexe se dessine par une ligne plus ou moins bien tranchée, sur la muqueuse palpébrale. Le degré de pâleur de cette raie est en rapport direct avec l’atteinte (pie l’organisme a subie. Les observations qu’a faites Vannoye sur ce sujet lui ont permis d’établir :
1° Que là où ce phénomène n’existe pas, la lièvre n’a ordinairement pas duré fort longtemps, ou du moins qu’on parvient aisément à la faire cesser, sans que sa cessation soit suivie de récidive ;
2“ Que là où il existe, l’administra! ion convenable d’un fébrifuge le fait quelquefois disparaître en très-peu de temps, et qu’alors il n’y a pas lieu à craindre le retour des accès ;
3° Que quand la raie persiste après la disparition des accès fébriles, ceux-ci reviennent dans l’immense majorité des cas, et que ce n’est qu 'après que cette raie s’est confondue avec la teinte du reste de la muqueuse palpébrale, qu’il est permis de ne plus redouter leur retour.
Nous avons, comme Vannoye, constaté l’existence de ce signe que nous avons également trouvé chez les chlorotiques, et qui est dû à l’anémie causée par la fièvre intermittente.
§ V. — Formes de la maladie.
On a distingué d’abord une fièvre intermittente inflammatoire, dans laquelle le frisson est court, le stade de chaleur long, la température élevée, la céphalalgie, la somnolence marquées, le pouls plein et dur; puis la fièvre intermittente bilieuse, dans laquelle la bouche est pâteuse, l’appétit perdu, le goût mauvais, amer, la face jaunâtre, le pouls mou et dépressible ; enfin la fièvre muqueuse ou catarrhale, dans laquelle diverses muqueuses sont prises.
On a dit que, dans la première, le quinquina n’agit qu’imparfaitement, si l’on ne détruit d’abord l’état inflammatoire par les émissions sanguines et les délayants; que, dans la seconde, le fébrifuge trouve les mêmes obstacles, si l’on ne commence par administrer les vomitifs. Cette opinion est très-accréditée et principale- -1 ment fondée sur ce que, dans les pays chauds, on arrive à faire disparaître la fièvre bilieuse, dans un assez bon nombre de cas, par les vomitifs; mais y a-t-il là une démonstration évidente? Il faudrait des recherches plus exactes pour mettre
le fait hors de doute.
§ VI. — Lésions anatomiques.
Les malades affectés de la fièvre intermittente simple ne succombent que lorsque la cachexie indiquée plus haut a fait de grands progrès. Alors on trouve l’engorgement chronique de la rate, dont le tissu est devenu plus ferme et plus résistant. On observe aussi les diverses hydropisies dont nous avons parlé ; mais il n’est aucune autre lésion qu’on puisse attribuer a cette maladie. L engorgement de la rate à l’état aigu a pu être étudié chez des sujets qui ont succombé à des accès de fièvre pernicieuse, et alors on a trouvé une simple congestion sanguine.
FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE. • — TRAITEMENT
§ VH. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic ne peut être difficile pour un médecin attentif, alors même que les stades ne se présentent pas avec toute la régularité habituelle.
Pronostic. — Le pronostic de la fièvre intermittente simple est favorable, surl tout parce que le médecin possède un moyen efficace d’en arrêter les accès. Mais « quelque bénigne quelle soit, on ne peut pas annoncer avec certitude qu’elle tendra i naturellement à la guérison. Nous avons observé, àl’Hôtel-Dieu annexe, un malade . qui, ayant eu un premier accès d’une heure et demie environ, vit tous les jours i cette durée augmenter, jusqu’à ce que, après vingt-deux accès pendant lesquels il i n’avait rien fait, l’intervalle apyrétique disparût presque complètement. On l’apporta à l’hôpital au vingt-troisième accès; le sulfate de quinine fut immédiatement administré: il était trop tard; l’accès fut pernicieux et causa la mort. Il ne faut ipas oublier non plus les convulsions qui peuvent être, très-promptement funestes i chez les enfants.
Les fièvres vernales sont moins dangereuses que les automnales. La maladie est 1 plus grave chez les sujets débilités. La cachexie des fièvres intermittentes est d’un 1 fâcheux augure.
§ VIII. — Traitement.
On ne peut plus penser aujourd’hui à laisser marcher la fièvre intermittente pendant un certain temps sans la combattre. Les auteurs qui se sont occupés le plus de ce point de thérapeutique, Torti, Strack, Lind, etc., ont fait voir qu’une I fièvre intermittente, bénigne en apparence, pouvait devenir pernicieuse au cini quième ou sixième accès.
On a avancé que le quinquina n’agissait pas bien, si l’on n’avait auparavant com- I battu l’élément inflammatoire, saburral ou bilieux, et de là une préparation qui (consiste, selon les cas, en saignées, en vomitifs, en purgatifs, en délayants. [Dans ! la fièvre intermittente, il arrive souvent que le changement de pays suffise pour «■arrêter la maladie. Aussi, dans ces circonstances, est-il bon d’attendre deux ou l trois jours avant de couper la fièvre. Mais si, par des circonstances particulières, on est obligé de séjourner au milieu des effluves miasmatiques, on devra se mettre à un régime tonique, à l’usage du café noir peu ou pas sucré, se couvrir de flanelle,
1 et surtout éviter de travailler ou de séjourner pendant la nuit au milieu des miasmes (Y. Meunier). S’il existe un état saburral, il est indispensable d’administrer d’abord i un éméto-cathartique (sulfate de soude, 20 grammes; tartre stibié, 10 centi- . grammes) pour débarrasser le tube digestif. Outre la déplétion qu’il occasionne, l’éméto-calhartique rend plus facile l’absorption du sel de quinine. Le purgatif (donné seul a moins d’inconvénient que le vomitif; mais aussi il a moins de puis- ■ sauce. Toutefois on n’oubliera pas que, donné intempestivement, un purgatif peut I faire reparaître une fièvre intermittente coupée. Le calomel semble jouir du pri- ' vilége de pouvoir être administré même plusieurs jours de suite, sans avoir l’inconvénient des autres purgatifs. ]
Le remède auquel il faut, par conséquent, avoir tout d’abord recours est le ' quinquina et ses préparations. Mais on peut être appelé au moment de l’accès : (doit-on agir immédiatement? Non, quand il s’agit d’une fièvre intermittente simple < et d’accès laissant entre eux des intervalles assez considérables; il faut attendre
FI k Y RES INTERMITTENTES.