FIÈVRES PERNICIEUSES. — FORMES
Si un examen attentif de tous les organes ne fait pas reconnaître une lésion proii nde de l’un d’entre eux, la présomption devient plus forte.
Si l’on se trouve à une époque où sévissent les lièvres intermittentes, quel que ât le lieu où l’on est, on a une raison de plus de croire à une fièvre pernicieuse; cette raison devient beaucoup plus forte lorqu’on se trouve dans un pays maréjgeux où sévit la fièvre intermittente, ou si le pays est devenu accidentellement, nr le curage des canaux, la mise à sec des étangs, etc., dans les conditions des inys marécageux.
Si l’on apprenait que le malade a été, à une époque antérieure, atteint de fièvre intermittente, l’hésitation serait moins grande encore; et enfin si l’on savait que ss accidents graves dont on est témoin ont été précédés d’accès à intervalles plus m moins bien tranchés, on ne pourrait plus douter, dès le premier examen, qu’il aagit d’une fièvre pernicieuse.
§ ni. — Formes de la maladie.
L’exagération des symptômes propres aux divers stades de la fièvre intermittente tDime lieu à deux fièvres principales. La première est la fièvre algide , dans laquelle f frisson est excessif et le malade peut succomber avec tous les signes d’un refroisssement mortel. L’intervalle apyrétique, dans cette forme, laisse les malades plus u moins abattus et souffrants, et le stade de sueur est peu marqué. La mort sur- ■ eut du premier au troisième accès ordinairement.
I La seconde forme est la fièvre diaphonique, qui n’est autre chose que l’exagétition du stade de sueur. La transpiration est excessive, et les malades peuvent occomber avec tous les signes de l’épuisement le plus complet, dès le premier ou üuxième accès.
I Parmi les fièvres pernicieuses qui ont pour symptômes des phénomènes graves u côté des organes importants, il n’en est pas qui se montrent plus fréquemment me celles qui présentent des troubles nerveux , et principalement le délire et le ma. Celte forme si fréquente de la maladie qui nous occupe a fourni surtout des .igumcnls à ceux qui voient dans la fièvre intermittente une gastro-céphalite ou une feclion céphalo-rachidienne. Quant à la théorie qui veut faire de la fièvre interittente une gastro-céphalite, elle ne peut plus se soutenir aujourd’hui; car l’anamie pathologique a prouvé que le cerveau et l’estomac ne présentent aucun signe inflammation; et d’ailleurs comment admettre qu’une inflammation assez grave >ur donner lieu à d’aussi terribles symptômes cède au sulfate de quinine? Si nous ons mentionné cette théorie, c’est parce (juc, conduisant à un traitement antiildogistiquc, elle a été extrêmement funeste.
: S’il y a coma, on dit que la fièvre est comateuse, léthargique, apoplectique, etc. ; il délire plus ou moins marqué constitue la fièvre délirante. Quant à la fièvre nvulsive, on lui adonné divers noms ( épileptique , tétanique, cataleptique, etc.), liiivant que les convulsions affectent telle ou telle forme.
Cavaré (1) a cité un cas dans lequel les accès étaient accompagnés d’une parapsie générale du sentiment et du mouvement; ils avaient le type quotidien; les ocidents se dissipaient pendant l’apyrexie.
(1) Cavaré, Gazette médicale de Toulouse, juillet 1853.
FlfcVRES INTERMITTENTES.
On observe plus rarement des symptômes graves du côté du cœur. Cependant on voit, chez certains sujets, une douleur des plus violentes se manifester du côté de l’épigastre et de la région précordiale: c’est la fièvre cardialgique ; chez d’autres, il survient des syncopes plus ou moins fréquentes : c’est la fièvre syncopale.
Les autres formes que nous avons encore à mentionner sont moins fréquentes et, en général, moins dangereuses. Ce sont, du côté des voies digestives et de leurs annexes , la fièvre cholérique , la fièvre dysentérique , la fièvre gastralgique , néphrétique , hépatique.
Liégey (1) a observé, à l’époque où le choléra commençait à sévir dans le nord de la France, des fièvres intermittentes à forme cholérique. Le sulfate de quinine était encore ce qui réussissait le mieux dans ces cas particuliers.
Enfin, du côté des voies respiratoires , on a signalé la fièvre asthmatique , apho- î nique , pleurétique ou pneumonique ; les deux premières ne méritent guère d’être rangées parmi les fièvres pernicieuses.
Toutes ces formes, comme on le voit, empruntent leurs symptômes à des mala- » (lies parfaitement connues; toute description détaillée devient par conséquent inutile.
§ IV. — Durée des accès.
Nous n’avons pas encore parlé de la durée croissante des accès, et cependant c’est là une circonstance qu’il ne faut pas perdre de vue, car elle doit faire craindre que la fièvre, qui peut avoir commencé comme une fièvre intermittente simple et bénigne, ne devienne pernicieuse. A mesure, en effet, que l’accès devient plus long, il peut devenir plus intense; le quatrième et le cinquième peuvent s’accompagner d’accidents mortels, ou ne laisser entre eux aucun intervalle apyrétique pour l’administration la plus convenable du sulfate de quinine.
§ V. — Lésions anatomiques.
Dans les fièvres pernicieuses, la rate présente, au moins dans le plus grand nombre des cas, des lésions graves. Elle est tuméfiée, souvent d’une manière très-' considérable; elle est ramollie, quelquefois transformée en bouillie noirâtre, parfois même rompue. Quant aux lésions des autres organes, elles se réduisent presque constamment à de simples congestions. La perniciosité des fièvres intermittentes ne dépend nullement de ce que la fièvre est compliquée d’affections diverses, car ces congestions sont sous la dépendance de la cause délétère qui a produit la fièvre elle-même.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Dans les considérations précédentes, nous avons posé les bases du diagnostic et du pronostic , nous n’avons rien à ajouter ici.
§ VII. — Traitement.
Les symptômes qu’on observe du côté des organes importants ayant surtout attiré l’attention, on a pensé qu’avant tout il fallait les combattre, et c’est surtout dans les cas de fièvre pernicieuse qu’on a posé en principe que le quinquina n’agit pas
(1) Liégey, Union médicale, 10 février 1849.