FIÈVRE BILIEUSE OU RÉMITTENTE. — SYMPTÔMES
§ EU. — Symptômes et formes.
Nous empruntons à Dutroulau sa description succincte et très-intéressante de la fièvre bilieuse :
« Quand on examine attentivement les particularités de phérioménisation symptomatique que présente la fièvre bilieuse grave suivant le climat où on l’observe, on est conduit à lui reconnaître deux formes assez tranchées : l’une où les caractères de la pyrexie et ceux de la maladie bilieuse sont le mieux accusés et semblent le moins s’influencer les uns les autres; l’autre où l’intensité et la concentration des i phénomènes masquent jusqu’à un certain point la nature de la fièvre, et gênent plus ou moins l’explosion extérieure des symptômes bilieux. C’est à Madagascar i qu’on rencontre le type le plus pur de la maladie, aux Antilles qu’elle s’éloigne le : plus de ce type par la gravité et la complexité des symptômes. Nous aurons soin, tout en indiquant les particularités, d’insister sur les caractères communs qu’elle présente, à un degré différent seulement, dans tous les climats partiels.
» Un premier fait à constater, c’est que toujours il y a eu une ou plusieurs attaques, un ou plusieurs accès de fièvre paludéenne simple, avant l’invasion de la fièvre bilieuse; puis, quand celle-ci se caractérise, c’est tantôt avec le type intermittent ou rémittent qu’elle apparaît, tantôt avec le type continu, et dans ces deux cas la succession et la physionomie de ces symptômes diffèrent.
» Dans le premier cas, qui indique toujours une moindre gravité, au début du moins, et qui s’observe plus souvent à Madagascar, mais se rencontre aussi dans les autres climats, elle est quelquefois précédée de prodromes pendant lesquels l’ictère commence déjà à se manifester; puis vient le stade de frisson, qui ne diffère en rien du frisson ordinaire de la fièvre, et pendant lequel se montrent, avec leur caractère propre, les symptômes dont l’ensemble constitue l’état bilieux.
» L’ictère, qui est le premier de ces symptômes, ne tarde pas à se généraliser, et prend promptement une teinte foncée, qualifiée, suivant les observateurs, de jaune d’ocre, de jaune orange, de jaune safrané, de jaune à reflets rouges; il persiste pendant les trois stades et continue après l’accès; plus son explosion est franche et prononcée, plus le pronostic est favorable, d’après Lebeau.
» Le vomissement est aussi un des premiers symptômes de l’accès, et ne manque pas plus que l’ictère; il se fait ordinairement sans effort et se répète à des intervalles rapprochés quelquefois de trois minutes seulement. Il est composé d’un liquide jaune au début quand il est peu abondant, mais le plus souvent vert dès le premier abord, semblable à une solution d’arséniate de cuivre, et alors d’une abondance qui peut s’élever à 2 litres pour un vomissement.
» Les selles, moins précoces et moins constantes que le vomissement, sont pourtant la règle dès ce premier stade, et présentent les mêmes caractères de couleur et de quantité que lui.
» Les urines enfin sont signalées par les divers observateurs comme ayant une couleur caractéristique, qui diffère pour tous de celle des urines ictériques ordinaires, qu on observe assez souvent dans d’autres maladies des mêmes climats. On les compare au vin de Madère, au vin de Malaga, à l’encre ou à l’infusion de café; on y signale enfin des proportions variables, quelquefois très-considérables, de sang. Les expériences chimiques et microscopiques de Daullé prouvent que ce n’est
FIÈVRES INTERMITTENTES
pas habituellement au sang, mais seulement a la bile, qu’elles doivent leur coloration; mais les observations faites par moi et par beaucoup de médecins aux Antilles, à Mayotte et ailleurs, ne permettent pas de douter que le sang ne s’y rencontre, dans des proportions qui peuvent être très-grandes. II faut donc admettre les urines sanglantes comme un caractère de la fièvre bilieuse grave, et je ferai remarquer que c’est dans les climats où s’observe la lièvre jaune épidémique, c’està-dire la fièvre hémorrhagique par excellence, que ce caractère est le plus prononcé; c’est là aussi qu’il a valu à la maladie le nom de bilieuse hématurique. Des sudamina, quelquefois de véritables bulles, apparaissent à la peau pendant le cours de quelques fièvres bilieuses. Les démangeaisons, communes dans l’ictère ordinaire, ne sont pas observées.
» A ces symptômes s’en ajoutent d’autres, qui se rattachent plus ou moins directement à l’état bilieux. Le malade est inquiet, agité, gardant de préférence le décubitus dorsal, les jambes écartées, mais changeant fréquemment de position et n’en trouvant pas une qui lui convienne. Les traits n’expriment pas la souffrance; mais le faciès est presque cadavéreux, malgré la date récente et souvent le peu de gravité des symptômes. La respiration est saccadée, entrecoupée, profonde et suspicieuse. A part des lassitudes dans les membres, les douleurs sont peu prononcées, et les symptômes de gastricité sont à peine marqués dans ce premier stade, qui ne se prolonge pas au delà de trois ou quatre heures.
» Le stade de chaleur apparaît bientôt, et des symptômes de fièvre ordinairement intense viennent s’ajouter aux précédents. La tête est douloureuse quelquefois à un degré extrême; des douleurs aux lombes et aux membres se prononcent; la peau acquiert une grande chaleur et reste sèche; le pouls est dur, fréquent, battant de 90 à 120 pulsations. Tous les symptômes de l’état bilieux s’exaspèrent, bien que les excrétions, au lieu d’augmenter, diminuent, au contraire, de quantité; mais elles deviennent plus douloureuses, et les matières se colorent davantage. La soif se fait sentir plus vivement; la langue, d’abord blanche, se colore par la hile et devient plus sèche; l’anxiété épigastrique augmente, et les hypochondres, qui ne donnaient qu’une sensation de tension, deviennent plus sensibles; des douleursvives peuvent s’v manifester au niveau du foie ou de la rate.
» Ce stade est ordinairement assez long; il peut durer douze, quinze et vingt heures; puis la peau s’humecte et se couvre bientôt d’une transpiration abondante qui colore les draps en jaune, d’après quelques observateurs. Tous les symptômes de la fièvre tombent; les vomissements et les selles s’arrêtent; les urines deviennent limpides, et l’ictère seul persiste.
» C’est là l’accès jaune le plus ordinaire qui présente rarement des troubles de l'intelligence, et qui est suivi habituellement d’un second accès semblable, mais rarement d’un troisième, après une apyrexie complète et courte, et plus souvent après la rémittence seulement, quand le premier accès a été intense.
» La guérison est la terminaison très-fréquente de cette forme, mais il va des cas plus graves, où l’upyrexie, après le premier accès, n’est jamais complète. La peau redevient promptement sèche et brûlante; la prostration et l’agitation sont très-grandes; les excrétions sont moins abondantes et changent de nature; elles sont bientôt remplacées par le coma, qui alterne avec le délire, et, bien que la guérison puisse encore avoir lieu après une durée de trente à quarante-huit heures