‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 96 sur 369 · FIÈVRE BILIEUSE OU RÉMITTENTE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

FIÈVRE BILIEUSE OU RÉMITTENTE. — SYMPTÔMES

i de ces accidents, plus fréquemment cependant on les voit persister et s’aggraver enicore, surtout ceux; du cerveau. La langue se sèche et devient noire; les efforts de ■ vomissement peuvent devenir incessants et s’accompagner d’une anxiété extrême ict de hoquet; le pouls devient plus petit et plus fréquent, la peau froide et gluante, et le malade succombe du cinquième au septième jour.

-) Dans la forme continue, plus particulière aux Antilles, et qui a reçu à la Pointe-à-Fître le nom de bilieuse hématurique , j’ai déjà dit la différence que présentent les symptômes dans leur ordre de succession et dans leur physionomie, i C’est par une période de fièvre inflammatoire, s’accompagnant d’ictère, que débute la maladie; puis surviennent les phénomènes de l’état bilieux, complets, mais i moins accentués sous le rapport de la suffusion bilieuse, de la nature et de l’abondance des excrétions. La bile semble concentrer son action sur le sang, et déterminer des accidents plus graves d’hémorrhagie et d’ataxo-adynamie : on dirait d’un empoisonnement qui, au lieu de se terminer par l’élimination du poison, comme dans la forme intermittente, se manifeste par une action concentrique du principe de l’intoxication.

» Dans chacune de ces deux formes, dont les différences symptomatiques tiennent plus, je le répète, au degré de gravité et aux influences de localité qu’au type intermittent, rémittent ou continu, il est facile de reconnaître l’existence de deux éléments combinés, et de faire la part qui revient, d’un côté, à la fièvre proprement dite, et de l’autre à l’état bilieux. C’est dans la forme intermittente, à laquelle correspondent les symptômes les moins graves, mais aussi les mieux accusés, de l’étal bilieux, qu’il faut voir les véritables caractères de la fièvre. Les trois stades, frisson, chaleur, sueur, suffisent déjà à la faire connaître comme fièvre paludéenne ; mais les accès simples qui la précèdent, les rechutes et les récidives qui en sont la conséquence habituelle, ne peuvent laisser aucun doute sur cette nature des symptômes.

» Tous les médecins qui ont exercé à Madagascar sont d’accord sur ce point, que les malades qui ont eu une première attaque de fièvre bilieuse sont immanquablement voués à de nouvelles attaques s’ils ne quittent pas le pays, et que souvent même, assez longtemps après l’avoir quitté, il en sont encore repris. Au Sénégal et à la Guyane les mômes observations ont été faites. A la Guadeloupe, M. Lherminier, pendant une pratique de trente ans, s’est assuré que la fièvre bilieuse hématurique se développe d’ordinaire chez les acclimatés, à la suite de la cachexie fébrile; quelle est sujette à plusieurs retours, et ne se termine par la mort qu’a près trois et cinq attaques, rarement et peut-être jamais, à sa connaissance, après une seule et unique invasion (1). Enfin j’ai eu personnellement occasion d’observer des cas de véritable cachexie bilieuse chez des sujets soumis depuis longtemps à des rechutes de fièvre bilieuse, et conservant, dans l’intervalle des attaques, l’ictère, des mouvements fébriles irréguliers, une douleur sourde dans l’hypochondre droit, avec augmentation de volume du foie, accumulation de sérosité dans le péritoine et chloro-anémie caractéristique de la cachexie paludéenne.

» Quant à l’état bilieux, il est on ne peut mieux caractérisé quand la continuité et

(1) Lherminier, lettre à l’auteur.

FIÈVRES INTERMITTENTES

l'intensité do la fièvre n’en gênent pas l’explosion. Il se manifeste dès le début de l’accès, et sans symptômes de gastricité préalables, par l’ictère et par les excrétions caractéristiques, vomissements, selles et urines : c’est une véritable polycholic, à laquelle se rattachent, bien plus qu’à la fièvre elle-même, qui n’est encore qu’à son début, l’apathie, la fatigue, l’espèce de stupeur avec décubitus dorsal et la gêne de la respiration. Quand plus tard, ou dans les accès plus graves, apparaissent les douleurs, l’agitation, le coma et le délire, c’est encore à l’état bilieux qu’il faut les rapporter. Enfin, daqs la bilieuse hématurique, l’appareil inflammatoire du début, l’élément hémorrhagique plus prononcé et les accidents ataxo-adynamiques plus graves, en même temps qu'ils indiquent une intensité plus grande de la fièvre, dénotent aussi une action altérante directe de la bile sur le sang. Monnerct fait dépendre d’un changement survenu dans la composition chimique du sang, par défaut de dépuration, les hémorrhagies qui accompagnent souvent les troubles de fonction et de contexture du foie.

» Cette analyse des éléments me semble nécessaire pour expliquer tous les phénomènes de la maladie qui nous occupe (1). »

§ IV. — Marche, durée, terminaison, récidives, époques d’apparition.

Les auteurs qui ont écrit sur la fièvre bilieuse ne nous ont donné aucun renseignement sur ces divers points. Tout ce que l’on peut conclure de quelques phrases fort vagues, c’est que la fièvre bilieuse est une maladie assez rare; qu’elle est sujette à récidive, comme les fièvres intermittentes; qu’elle est suivie, comme ces dernières, d’engorgement du foie et de la rate, et de phénomènes de cachexie analogues à ceux des fièvres paludéennes; enfin qu’elle attaque, non les étrangers, mais, les acclimatés [fièvre jaune des acclimatés ), ce qui, en d’autres termes, revient à dire qu’elle ne peut se développer que chez les sujets dont les climats chauds ont éveillé la prédominance hépatique.

§ V. — Anatomie pathologique.

Il peut paraître singulier que l’anatomie pathologique de cette affection soit fort mal connue. Cette absence de documents exacts tient d’abord à ce que les médecins anglais, qui ont plus que tous les autres les occasions de procéder à des recherches minutieuses, n’apportent pas dans leurs investigations toute la rigueur désirable, et ensuite à ce que la fièvre bilieuse présente des formes diverses dans les diverses stations où l’on peut l’étudier. Or, si l’on connaît assez bien ses caractères anatomiques en Égypte, il serait téméraire de conclure qu’ils sont exactement semblables dans l’Inde, aux Antilles, etc.

Le caractère anatomique le mieux accusé du côté des centres nerveux est la coloration jaune de la pulpe cérébrale et de ses enveloppes. Cette altération se montre aussi bien dans la fièvre hématurique des Antilles que dans toutes les autres formes de fièv re bilieuse. Dans le cas où il y a eu des symptômes cérébraux graves, on trouve l’engorgement des sinus, l’opacité de l’arachnoïde, un état de turges-

(1) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861,

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