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MALADIES DES INTESTINS

ARTICLE PREMIER

ENTÉRORRHAGIE.

Excepté les cas où 1 hémorrhagie qui a lieu à la surface de l’intestin est occasionnée par l’ulcération de l’intestin, et principalement dans la fièvre typhoïde, on n’a que des idées imparfaites sur la cause organique qui donne lieu à l’écoulement du sang par les selles; il est vrai que les cas d’ulcères soit typhoïdes, soit cancéreux, sont de beaucoup les plus fréquents, mais alors on n’a affaire qu’à un simple accident d’une maladie déjà grave par elle-même.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Ventérorrhagie , telle qu’on la comprend aujourd’hui, est un écoulement de sang dans l’intérieur de l’intestin. Peu connue des anciens, cette affection a été décrite sous le nom de morbus niger Hippocratis, de melœna , melœnorrhagia , fluxus hepaticm , etc. ; mais ces diverses dénominations ont été appliquées souvent à plusieurs maladies différentes. L’entérorrhagie n’est pas une maladie fréquente : nous ne faisons pas entrer sous cette dénomination les selles sanguinolentes de la dysenterie, et cela par les raisons que nous avons données à l’article IIémoptisie (t. II, p. ù93), où les crachats sanglants de la pneumonie n’ont pas été regardés comme une hémorrhagie.

§ II. — Causes.

On ne peut guère assigner des causes prédisposantes à l'hémorrhagie intestinale. Cependant, s’il faut en croire quelques auteurs (Camerarius, Vogel, etc.), à l’opinion desquels se sont rangés Billard, Bouchot (2), les enfants nouveau-nés y seraient plus exposés que les sujets avancés en âge. Les mêmes médecins ont prétendu aussi que les vieillards y étaient particulièrement exposés ; mais n’a-t-on pas eu affaire en pareil cas à de simples hémorrfioïdes ?

Quelques altérations de sang, comme Y augmentation des globules et la diminution de la fibrine, peuvent être regardées aussi comme des causes prédisposantes. L’hémorrhagie intestinale survient assez fréquemment dans le scorbut.

Les causes déterminantes sont moins connues. Nous avons un assez grand nombre d’observations dans lesquelles l’introduction de corps étrangers a déterminé des hémorrhagies intestinales. Quelquefois c’est un polype dont le siège

(1) On ne trouvera dans ce chapitre ni l 'entérite folliculeuse qui a été décrite dans le tome Ier, au chapitre consacré aux lièvres, et sous le nom de fièvre typhoïde ; ni la colique saturnine, qui aura sa place parmi les empoisonnements par le plomb. Quant à la colique sèche, à laquelle nous consacrons quelques lignes pour obéir à l’usage, nous la rattachons à

intoxication saturnine.

(2) llouchut, Maladies des nouveau-nés . 1862, p. 581.

de prédilection est dans le rectum; on en trouve un exemple rapporté par Freteau (1). L 'invagination intestinale détermine ordinairement une inflammation violente qui peut, en produisant des érosions, donner lieu à l’entérorrhagie. Les nlc'eres intestinaux , et principalement ceux de la fièvre typhoïde, occasionnent parfois le même accident; aussi un grand nombre des auteurs des siècles passés ont-ils rangé parmi les causes de l’entérorrhagie les diverses espèces de fièvres alors admises. Le cancer de l'intestin peut, comme celui de l’estomac, produire une hémorrhagie interne. Quant aux écoulements de sang par 1 anus, dont la source se trouve dans d’autres organes, comme le foie, la rate, les vaisseaux communiquant avec l’intestin par une perforation , il ne doit pas en être question ici, cet accident devant trouver place dans les affections de ces oiganes.

Il est parfois impossible de découvrir aucune de ces causes. Nous en avons eu sous les yeux un exemple à l’hôpital de la Pitié. Le sujet de l’observation avait, tous les jours ou tous les deux jours, une ou plusieurs selles contenant environ 200 à 300 grammes de sang pur, noir en partie, et en partie rouge et spumeux. Son ventre était bien conformé, on ne sentait aucune tumeur. Le doigt, intioduit dans le rectum, le trouvait dans l’état naturel. Il n’y avait pas de fièvre, d n’existait aucun signe de scorbut, et les signes d anémie que présentait ce malade étaient évidemment consécutifs à l’hémorrhagie; car on les vit apparaîtie seulement après un assez grand nombre de déjections sanglantes. Peut-être existait-il une cause organique, mais nos moyens d’investigation ne pouvaient pas la découvrir. Les anciens, et en particulier F. Hoffmann (2), ont eu recours à des hypothèses pour expliquer l’irruption du sang dans 1 intestin; il sciait inutile de les pic sente r ici.

§ III. — Symptômes.

Pour nous, l’écoulement de sang n’est autre chose qu’un accident survenant dans le cours’ d’une maladie qui n’a d’autres rapports avec lui que ceux de cause

à effet. , . , , . .

Dans le plus grand nombre des cas, le sang, après avoir été verse dans I intestin, est rejeté au dehors par l’anus. Les malades éprouvent alors d'abord des colitiuès plus ou moins vives, avec un sentiment de faiblesse porté souvent jusqu’à la défaillance Puis un besoin pressant d’aller à la garderobe se fait sentir, et le sang s’échappe en plus ou moins grande abondance. Quelquefois il n’y a qu’une petite ouantilé mêlée à des matières qui ont conservé une certaine consistance ; mais ces cas sont de beaucoup les plus rares, et il n’est pas douteux que souvent on n ait «gardé comme du sang provenant de l’intestin lui-même une petite quantité de ce” liquide qui avait sa source dans les environs de l’anus, chez des sujets plus ou moins constipés. D’autres fois, comme chez le malade dont nous avons parlé plus haut, le sang est abondant. Il est peut-être alors liquide, spumeux, rutilant, ce qui a lieu surtout lorsqu’une artériole a été ouverte par une ulcera-

""parfofe te déjections alvines, au lieu de suivre les premières coliques détermi-

% SÆ (Opéra o„un«, s.ppl, H.

Genève, 17G0).

ENTÉRORRHAGIE. — LÉSIONS ANATOMIQUES.

niées par 1 écoulement de sang dans l’intestin, ont lieu ou moins longtemps après. En pareil cas, le sang est noirâtre, quelquefois pris en caillots mous et plus ou moins volumineux. Il n’est pas rare de voir le sang liquide, mêlé à des i matières fécales également liquides, se présenter sous la forme d’une matière noirâtre parfois très-fétide. C’est ce que l’on observe principalement dans la fièvre i typhoïde.

Tl est rare que l’hémorrhagie intestinale soit assez abondante pour menacer la \ vie du malade ; cependant on a cité des cas de ce genre. Alors surviennent les phénomènes communs à toutes les grandes hémorrhagies : la faiblesse, le refroidissement des extrémités, les sueurs froides, etc. L 'évanouissement qui accom- I pagne ces grandes pertes de sang peut également se montrer dans les hémorrhagies très-peu abondantes.

Parfois le sang qui s’accumule dans l’intestin ne peut se faire jour au dehors. ILes cas de ce genre sont fort rares dans cette affection, et presque toujours avant qqu’il y eût hémorrhagie , il y a eu quelques déjections alvines sanglantes qui mcll'tent promptement sur la voie. On voit alors survenir les symptômes de l’hémorrrhagie interne (vov. t. III, art. Hématémèse) : ce sont les coliques, la faiblesse, la syncope, le refroidissement, les sueurs froides, la petitesse du pouls, les horri- I pila lions, etc. On peut s’assurer que le sang s’est accumulé et continue à s’accunmuler encore dans l’intestin, par la percussion , qui donne un son mat plus ou moins étendu.

Pour les diverses espèces d’hémorrhagies en particulier, voyez t. IV, Cancer de l’intestin ; t. 1, Fièvre typhoïde, etc.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

L’entérorrhagie se reproduit plus ou moins souvent avant de donner lieu à une [(terminaison funeste. Quelquefois c’est à des intervalles très-éloignés que se renouvelle l’hémorrhagie intestinale; c’est ce que l’on voit notamment dans certains cas d’affections cancéreuses. Il en résulte que la durée de l’affection est indéterminée.

Quant à la terminaison fatale , c’est rarement à l’hémorrhagie elle-même qu’on idoit l’attribuer. Cependant on a cité un certain nombre de cas où cette terminaison a été déterminée, soit par une perte de sang rapidement abondante, soit par des hémorrhagies successives qui ont détérioré complètement la constitution, dans tous les autres cas, cest aux progrès de l’affection principale qu’est due la imort, et alors l’hémorrhagie peut être un signe plus ou moins fâcheux, mais n’a vas de grands dangers par elle-même.

§ V. — Lésions anatomiques.

Dans les cas rares où il n’y a qu’une exhalation sanguine, on ne trouve pas plus le lésions dans l’intestin que dans les autres organes, où nous avons vu se proluire des hémorrhagies. Dans les cas de cancer, d’affection typhoïde, d’invaginaion, etc. , on observe les altérations propres à ces ma’adies, et principalement des ulcérations. Mais si l’on cherche le vaisseau dont l’érosion a donné lieu à l’hémorrhagie, souvent on ne parvient îi en découvrir aucun. Il se fait alors une Valleix, 5e édit. IV — 1’

exhalation à la surface de l’ulcère, comme dans les cas du même genre cités h propos de la gastrorrhagie.

Lorsque la mort est survenue dans le cours de l’entérorrhagie, on trouve du sang liquide, des caillots mêlés en plus ou moins grande abondance avec les matières fécales, et quelquefois occupant toute l’étendue de l’intestin.

Lorsque, sans vomissements de sang antérieurs, sans troubles du coté de l’estomac, à la suite de simples coliques, on voit survenir des détections alvines sanglantes, on ne peut guère douter que le sang ne vienne de la surface intestinale. jjCS signes que nous venons d’indiquer distinguent suffisamment cette hémorrhagie de la gastrorrhagie , avec laquelle on pourrait la confondre.

L’inspection de l’anus, le toucher rectal, suffisent pour faire reconnaître la présence des tumeurs hémorrhoïdales , et pour lever tous les doutes sur ce point

Consécutivement à une perforation, le sang peut être versé par des organes voisins. Les symptômes antérieurs, l’apparition subite d’une hémorrhagie intestinale abondante, mettront sur la voie dans les cas de ce genre, qui présentent le plus de difficultés.

Les symptômes bien connus de la fièvre typhoïde , dans le cours de laquelle se produit quelquefois l’entérorrhagie, feront promptement reconnaître au praticien quelle est la cause réelle de cet accident. Quant au cancer , la présence d’une tumeur reconnaissable, par la percussion et par la palpation, à travers les parois abdominales, ou par le toucher rectal, si elle occupe un point du rectum peu éloigné de l’anus, une diarrhée de plus ou moins longue durée, les signes de la cachexie

cancéreuse, serviront à faire établir le diagnostic.

Nous dirons plus loin à quels signes on distingue l’hémorrhagie due à une invagination intestinale.

Quelquefois il est difficile de s’assurer que du sang est réellement contenu dans la matière des déjections alvines; il faut alors avoir recours à un procédé déjà indiqué par Fr. Hoffmann. On verse le liquide contenu dans le vase jusqu’à ce qu il ne reste que les parties situées au fond, sur lesquelles on jette ensuite une petite quantité d’eau. Par cette opération, on rend au sang sa couleur rouge, et tous les doutes sont levés. [On peut également prendre le liquide qui est au fond du vase l’introduire dans un tube de verre et le faire chauffer; l’albumine du sang se coagulera par la chaleur. A l’aiefc du microscope on pourra aussi reconnaître les globules caractéristiques du sang.]

Pronostic. — Le pronostic de l’entérorrhagré, considérée en elle-même, n est grave que lorsque la perte de sang est extrêmement abondante; mais cette hémorrhagie peut servir à son tonr de signe pronostique; en général, dans la fièvre typhoïde, elle annonce une grande gravité de l’affection. Elle n est guère moins a redouter dans le cancer, puisqu’elle indique une érosion qui peut se teiminei par une hémorrhagie foudroyante.

Le traitement de l’entérorrhagie ne présente rien qui lui soit propre, aussi n en

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