COLIQUE HÉPATIQUE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
c'est, pour ainsi dire, la terminaison normale de I attaque de colicjue hépatique , mais il n’en est pas toujours ainsi : des calculs ont été rencontrés dans l’intestin ou dans les selles, qui étaient évidemment trop volumineux pour avoir pu franchir l’orifice duodénal du cholédoque ; ils avaient dû passer de ce canal dans l’intestin en perforant des adhérences établies de l’un à l’autre. C’est ce qui a été admis par Cruveilhier pour le calcul de 2 centimètres de long sur 1 centimètre et demi de diamètre observé par Hérard (1) et rejeté par l’anus; du reste, Bourdon (2) a rapporté un fait positif d’un calcul volumineux tombé dans le tube digestif à travers les parois de la vésicule adhérentes et perforées. Une fois dans le tube digestif, les calculs peuvent être repoussés dans l’estomac cl rejetés par le vomissement; c’est le cas le plus rare : Fauconneau-Dufresne en a recueilli huit exemples empruntés à Morgagni, Fr. Hoffmann, Portai, Bouisson, Petit (de Vichy), laiton (3) en a vu un au musée de l’École de Reims qui est donné comme ayant été rendu par la bouche ; il est du volume d’une grosse noisette. Plus ordinairement, les calculs cheminent vers le rectum, mais il s’en faut qu’ils arrivent toujours à être rendus par les garderobes. Ils peuvent, étant plusieurs, s agglomérer et former une masse considérable, comme dans le cas de Bennond (4), ou bien s’accroître dans l’intestin en se recouvrant de couches nouvelles, ou bien être tout d’abord très- volumineux, comme Saunders et Frank en ont vu; ou enfin s’engager dans l’appendice vermiculaire du cæcum : ils déterminent alors les accidents des obstructions intestinales ou de la pérityphlite. Neill a cité un cas d’obstruction par un calcul biliaire arrêté à la valvule iléo-cæcale (5) ; Peeble, un cas d’iléus par la même cause (6) ; Gros, celui d’un calcul volumineux arrêté dans l’S iliaque (7). Frerichs a observé deux fois ces accidents d’iléus que d’autres avaient déjà signalés (8).]
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est chronique, et l'on n’observe de symptômes évidents, du moins dans les cas ordinaires, qu’à des intervalles plus ou moins éloignés. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est une intermittence irrégulière déterminée par rengagement plus ou moins fréquent des calculs dans les canaux par la distension de la vésicule, ou par les diverses lésions auxquelles la seule présence de ces calculs peut donner lieu.
La durée est illimitée. La durée des accès de colique hépatique varie de quelques minutes à plusieurs heures, rarement au delà ; et la durée des attaques, qui
(1) Hérard, Observation de foie ayant le lobe gauche volumineux et induré et produisant des battements aortiques à lu paroi abdominale et. un bruit de souffle (Bull, de lu Soc. anat., 1850, p. Dt8).
(2) H. Bourdon, Calcul biliaire d'un volume considérable tombé dans le tube digestif à travers les parois de la vésicule et du côlon transverse adhérentes et perforées ( Union médic.,
U juin 1859, t. II, p. 439).
(3) Luton, Nouv. Dictionn. de médecine et de chirurgie prat. Paris, 1866, art. Biliaires (Voies).
(4) Bermond, Lancette française, 27 février 1834.
(5) Neill, Liverpool mecl. chirurg. Journal, janvier 1858.
(6) Peeble, Edinburgh med. Journal, 1858.
(7) Gros, Calcul biliaire volumineux arrêté par l’S iliaque (Bulletins de la. Soc. anat., •1859, p. 359).
(8) Frerichs, /oc. cit.} et Fauconneau-Dufresne, in Union médic. , juin 1859.
MALADIES DLS ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
clans quelques cas peut ne pas dépasser celle d’un simple accès, peut aussi se prolonger pendant plusieurs jours.
La terminaison est très-variable. Chez un assez bon nombre de sujets, les calculs ne produisent aucun phénomène particulier; la maladie dure jusqu’à la mort t es malades, causée par une autre affection. Dans les cas où la présence des calculs détermine l’inflammation de la vésicule, ou bien il y a sortie de ces corps étrangers a travers les parois abdominales, et alors l’affection se termine comme nous avons vu a l’article Inflammation des voies biliaires, page 335, ou bien il va ouverture de l’abcès dans l’intestin, dans l’estomac, et nous avons encore fait connaître ce qui se passait dans ces différents cas. Une pierre du volume d’une noix, ayant déterminé la perforation de I intestin, laissa une communication directe entre la vésicule et cet organe, ce qui fut constaté par la résonnance gazeuse produite au niveau du réservoir de la bile, où se trouvait une tumeur du même volume que le calcul.
Nous a\ons vu qu on avait attribué la mort à l’inflammation du canal cholédoque, causée par le passage d’une concrétion biliaire à travers ce conduit. La suppuration du foie, produite par la présence d’un calcul dans les racines du conduit hépatique, est également une cause de terminaison funeste, et nous en trouvons une autre dans la rupture des divers conduits et dans la chute des calculs dans le péritoine, faits que nous avons suffisamment indiqués.
SV. — Lésions anatomiques.
[La présence de concrétions, même en grand nombre, dans la vésicule ou les conduits biliaires, n entraîne pas nécessairement des lésions anatomiques dans cet appareil. Lorsqu’elles existent, ces lésions sont d’abord celles de l’angiocholéitc aiguë ou chronique , le ramollissement, les ulcérations de la muqueuse ou son épaississement, l'épaississement de toute la paroi vésiculaire et son induration, il
est assez ordinaire que, par suite du contact avec les calculs, la muqueuse perde son velouté et devienne lisse comme une séreuse ; dans quelques cas, la surface devient chagrinée, réticulée, et possède de petites poches dans lesquelles s’enchatonnent les calculs ; la tunique musculaire s’hypertrophie notablement par le développement des libres musculaires; ces deux dernières modifications se retrouvent sur la vessie dans des cas analogues. Quand la vésicule ne renferme qu’un gros calcul, les fibres musculaires sont ordinairement atrophiées; dans tous les cas, il est fréquent de trouver le col de la vésicule oblitéré, et cette cavité ne renfermant que des concrétions et un liquide visqueux, ou une matière grasse grisâtre. L’oblitération du col tend à a mener l’atrophie de la vésicule. Les conduits se dilatent en général au-dessus de l’obstacle et s’oblitèrent au-dessous; les mêmes résultats sont obtenus et d’une façon durable par les ulcérations et les cicatrices des parois des conduits, consécutives à l’irritation calculeuse. Les parois des divers canaux sont susceptibles, comme celles de la vésicule, d’enchatonncr des calculs dans des anfractuosités accidentelles. Dolbeau (1) a présenté à la Société anatomique un calcul enchâssé dans les parois du canal cystique.
En dehors de l’appareil biliaire, on retrouve toutes les lésions qui ont produit
(1) Dolbeau, Observation d’un cacul biliaire engagé dans le canal rustique (Bull, de la Soc. anat . , 185/t, j>. 336).