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NÉVRALGIE DU FOIE

Brera (1), P. Frank (2), Partridge, en ont rencontré soit dans la vésicule, soit dans les canaux biliaires, et le plus souvent sans les chercher.

Ces animaux pénètrent probablement dans l'économie à l’état de cercaires.

Il est à croire qu’ils ne révèlent pas toujours leur présence dans les voies biliaires. Lorsque cela arrive, ils déterminent les mêmes symptômes que les autres i corps étrangers dans ces mêmes voies, mais le diagnostic en j-este à peu près imi possible, à moins qu’on ne retrouve les parasites dans les selles ou la matière du ■ vomissement.

Chabert, au dire de Rudolplii (3), aurait réussi à expulser des dystomes à l’aide t de son huile empyreumatique (authelminthique).

iiydatides. — Davaine a rassemblé 8 cas dechinocoques ayant passé du foie i dans les voies biliaires ; c’est toujours de cette source que viennent les corps étran- ! gers lorsqu’ils se trouvent dans les canaux excréteurs. Ils donnent lieu aux manifestations inflammatoires, douloureuses, etc., que nous avons décrites pour les autres corps étrangers, et dont nous avons donné un exemple rapporté aux hydaitides elle-mêmes, d’après Trousseau. (Voy. page 211.)

ARTICLE VIL

NÉVRALGIE Dü FOIE (HÉPATALGIE).

[ Voici une espèce morbide qui a grand’peine à se faire accepter dans le cadre nosologique. Pour la plupart des auteurs, elle est presque toujours remplai cée par la colique hépatique calculeuse ou symptomatique de quelque autre obstruction des voies biliaires ; pour d’autres, elle est fréquemment idiopathique, i et ne dépend que des causes occasionnelles qui ont l’habitude de susciter les i manifestations des névralgies ordinaires. Tandis que Valleix et Trousseau (U) la relèguent, pour ainsi dire, au nombre des à priori pathologiques , J. Frank lui rapporte toute la pathologie du foie, en admettant les six variétés : Hépatalgie traumatique , H. inflammatoire , H. rhumatique , H. bilieuse , H. nerveuse , H. vermineuse ; ce qui nuit un peu à l’entité hépatalgie idiopathique. Andral affirme son existence quand il parle, « des douleurs extrêmement vives dans la région hépatique, qui ne peuvent être expliquées après la mort par aucune lésiop du foie ou de ses canaux excréteurs » (5). Beau la déclare catégoriquement beaucoup plus commune que la colique hépatique calculeuse (6). Elle naîtrait sous l’influence d’excitants variables, le froid, le chaud, les émanations, la fatigue, mais surtout sous celle de l’irritation transmise au foie par le sang de la veine porte, lorsque celle-ci a reçu les matériaux d’ingesta âcres, tels que l’alcool, les fruits verts, les condiments forts, les purgatifs, l’eau de Vichy, le remède de Durande. Ce qui prouve qu’on a beaucoup trop souvent diagnostiqué des coliques calculeuses, c’est d’abord que les autopsies des vieillards révèlent à chaque instant des calculs,

(1) Brera, toc. cit.

(2) Frank, De curandis hominum morbis Epi tome. Viennæ, 1810, t. V.

(3) Rudolphi, Histor. natur. Entozoorum . Amstelodami, 1808, t. I, p. 327, et t. II, p. 356.

(4) Trousseau, Clinique médicale, t. III.

(5) Andral, Clinique médicale, t. II.

(6) Beau, Etude analytique de physiologie et de pathologie sur l'appareil spléno-hépatique ( Archives générales de médecine, 1851, avril).

MAIAD1ES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

et que, cependant, la colique est très-rare ; c’est ensuite la fréquence de vomissements bilieux pendant l’accès de colique ; enfin la rareté des cas dans lesquels des calculs sont évacués après l’attaque de colique, ce qui n’arriverait, selon Chomel, qu’une fois sur trente ou quarante.

Cette opinion, exposée avec la vigueur et les ressources ordinaires de l’ingénieux esprit qui l’a produite, n’a cependant pas prévalu, et l’on s’accorde à regarder la névralgie du plexus hépatique comme exceptionnelle. Les gastralgies, les douleurs cancéreuses, les calculs gui rétrogradent après s’être engagés, la névralgie dorso-intercostale, dans laquelle la douleur va quelquefois de la colonne vertébrale à l’épigastre, sont autant d’ensembles symptomatiques qui ont pu procurer l’illusion de l’hépatalgie. Andral a même cité un fait d 'anévrgsme du tronc cœliaque, dont la douleur a été prise pendant quelque temps pour celle d’une névralgie hépatique. ]

Nous nous bornerons donc à une très-courte description.

Fauconneau-Dufresne (1), après avoir cité deux observations de névralgie hépatique, résume ainsi les principaux symptômes : Douleur vive, inconstante, revenant par accès ; quelquefois périodique, ayant pour siège la région épigastrique et celle de l’hypochondre droit ; s’étendant parfois à l’hypochondre gauche, s’irradiant souvent à l’épaule et à la clavicule du côté correspondant, et dans quelques cas rares, il est. vrai, à la plupart des organes thoraciques ou abdominaux, et même à tontes les parties du corps; quittant facilement la région du foie pour s’emparer d’une autre région, y revenant avec la même facilité; offrant pour caractère principal un sentiment de constriction, des élancements, parfois des battements, s’exaspérant dans quelques circonstances à un point extraordinaire; ne s’accompagnant d’aucun appareil fébrile, se calmant en général par la pression, plutôt que d’en être augmentée, comme dans toutes les autres affections du foie ; mais cependant, dans quelques cas rares, se renouvelant avec intensité par le moindre attouchement, s’accompagnant assez fréquemment d’ictère; en lin, de même que toutes les affections de ce genre, offrant l’existence antérieure d’autres névralgies ou une disposition particulière aux affections nerveuses.

[Frerichs, qui admet d’ailleurs, par analogie, la possibilité des douleurs nerveuses du foie, leur reconnaît une marche entrecoupée d’intermissions, pendant un ou plusieurs mois, l’alternance avec d’autres affections nerveuses et une évolution différente, dans son ensemble, de la colique calculeuse, distinctions que Budd a déjà indiquées. Il rapporte, à l’appui, une observation d’hépatalgie chez une comtesse âgée de vingt-trois ans, épileptique. ]

Le docteur F. Guibout (2) cite également une observation d’hépatalgie, qui survint chez une femme après un accès de colère. Ce médecin, après avoir passé en revue tous les symptômes qui accompagnaient cette affection, et avoir établi un parallèle entre ceux que révèlent les différentes maladies donnant lieu à des phénomènes morbides à peu près identiques, termine en disant que, pour lui, tous les doutes sont levés, et qu’il y avait dans ce cas une véritable hépatalgie.

Le traitement se réglera d’après les causes probables des manifestations nerveuses.

(1) Fauconneau- Dufresne, Union médicale, 6 mai 1851.

(2) Guibout, Union médicale . 1er et 3 avril 1851.

ICTÎîRK. — CAlJSIîS.

YRTICLE VIII.

IfiTKKl..

£ I. — Définition, synonymie, fréquence.

[En faisant l’histoire de l’ictère après celle d’un nombre considérable d’affections , dans lesquelles il a déjà été indiqué comme élément symptomatique, on ne saurait se dissimuler que l’on va, sous certain rapport, traiter une question de pathologie : générale. Cependant, il existe, à priori, et d’après l’étude de quelques faits, un ictère purement fonctionnel, qui ne paraît dépendre d aucun accident organique du côté du foie, des canaux excréteurs ou du tube digestif, non plus que d’un état général morbide que l’on puisse déterminer. C’est de cet ictère essentiel que nous avons l’intention de parler; mais nous avouons qu’il confine par des limites impossibles à définir au symptôme que nous avons rencontré tant de fois, aussi bien i i qu’à l’ictère des maladies générales, et nous serons forcé pour ne rien négliger, de faire intervenir assez souvent ces derniers là même où nous voudrions n envisager qu’une maladie particulière.]

Le nom d'ictère est donné à une coloration jaune des divers tissus du corps,

, apparente pendant la vie principalement sur la peau et les conjonctives, et due a I la présence des éléments de la bile dans le sang.

Cette affection a recules noms de regius morbus , fellis suffusto , luribus morbus,

; morbus acuatus , ictericia, ictère, ictéricie, jaunisse. Les Espagnols lui donnent le i nom d'amarillez; les Italiens, celui de citrinezza; les Anglais, celui de jaundice,

> et les Allemands, celui de Gelbsucht.

La fréquence de l’ictère est grande. Nous avons vu plus haut combien de maladies organiques peuvent le produire, et nous allons voir que l’ictère qu’on a désigné sous le nom de spasmodique, c’est-à-dire celui qui ne laisse aucune lésion après la mort, se montre dans d’assez nombreuses circonstances.

S H. — Causes.

[C’est surtout dans l’élude des causes que va se faire sentir l’obligation de traiter l’ictère au point de vue de la pathologie générale. A vrai dire, ce mode de faire ne peut que donner une vue d’ensemble qu’il est bon de tenter et dans laquelle, seulement, on peut trouver le moyen de faire la part approximative de l’ictère-symptôme et de l'ictère -maladie. Nous aurons soin de marquer cette distinction toutes les fois qu’elle sera possible.

1° Causes prédisposantes. — Nous n’avons que des recherches peu exactes relativement à Y âge qui prédispose les sujets à l’ictère. L'ictère symptomatique, celui, en particulier, qui est dû aux affections chroniques du fuie, est surtout fréquent dans un âge avancé. Suivant quelques auteurs, et en particulier J. Frank, il n’en serait pas de même quant à Yictère spasmodique, auquel les enfants seraient particulièrement sujets. Cette appréciation serait vicieuse, même en accep-

280 MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

tant sans réserve l’ictère des nouveau-nés auquel Frank faisait, sans doule, allusion.

ictère de* nouveau-né*. — C’est une affection controversée. Rosen (1) la nie et accuse Sylvius (2) d’avoir pris pour la jaunisse la couleur rouge, habituelle, de la peau des enfants. Sylvius, ainsi que Chambon (3), a pu, en effet, donner le nom d’ictère à la dégradation de la couleur rouge des nouveau-nés, signalée par Undervood (â),et que nous avons décrite ailleurs (5) en ces ternies :

« Peu de temps après l’accouchement, la face du nouveau-né est d’un rouge foncé légèrement violacé. Cet état dure ordinairement quatre ou cinq jours. Du troisième au cinquième, cette coloration commence h diminuer; et alors, dans tous les cas, une légère teinte jaune vient nuancer la rougeur générale. Nous n’avons jamais vu, dans l’état de santé parfaite, la coloration jaune être générale et uniforme; toujours on voit persister une rougeur plus ou moins foncée et plus ou moins étendue des pommettes. Celte coloration jaune était d’autant plus intense, que la coloration rouge primitive avait été plus foncée, ce qui vient à l’appui de l’opinion que cette espèce d’ictère des nouveau-nés a pour cause la disparition de la stase sanguine; de môme que, dans les ecchymoses, la couleur jaune qui se montre sous les téguments est due à une résorption lente du sang infiltré...

» C’est dans l’œdème des nouveau-nés que nous avons vu persister le plus longtemps la couleur rouge. C’est aussi chez eux que nous avons vu la couleur jaune consécutive se montrer avec le plus d’intensité, et c’est lîi sans doute ce qui a fait regarder à tort l’ictère comme une maladie inséparable de l’induration du tissu cellulaire.

» Dans d’autres maladies, au contraire, la couleur jaune, au lieu de se produire graduellement, apparaît d’un jour à l’autre; elle a une légère nuance verte, et elle est générale. C’est surtout dans quelques cas de diarrhée très-abondante et survenue très-rapidement, que nous avons vu se montrer cette coloration : alors il y a véritablement teinte ictérique; c’est un état qu’il ne faut pas confondre avec celui dont nous venons de parler. Ce qui servira surtout à les distinguer, c’est que, dans le premier cas, les sclérotiques sont d’un blanc bleuâtre ou à peine jaunâtre, tandis que dans le second elles participent à la couleur jaune générale. »

Les auteurs ont cherché la cause de cet ictère dans la rétention du méconium , dans la difficulté de l'excrétion biliaire , dans le lait donné à l’enfant par une femme accouchée depuis longtemps (Baumes), dans la tympanite , d’où peut résulter la compression des canaux biliaires ; nous avons vu l’ictère chez les nouveau-nés, semblable à celui de l’adulte, coïncider principalement avec des affections intestinales intenses, et surtout avec l’entérite. [Hervieux (6), sefondantsurquarantecinq observations, croit pouvoir repousser de l’étiologie de l’ictère des nouveau-nés,

(1) Rosen, Traité des maladies des enfants , trad. de Lefèvre de Villebrune. Montpellier, 1792, chap. xx : De la jaunisse.

(2) Sylvius, Prax. med., lib. I, cap. xlvii.

(3) Chambon, Maladies des enfants, t. I, p. 264, etc.

{U) l'nderwood, Traité des maladies des enfants , trad. d’Eusèbe de Salles. Paris, 18 3.

(5) Valleix, Clinique des enfants nouveau-nés. Paris, 1838 {Exp/or. clinique , p. G).

(G) Hervieux. thèse de Paris, décembre 1847.

ICTtRE. — CAUSES.

i tout à la fois, lesclérème défendu par Léger (1), l’entérite, l’engorgement du foie .qu’ont allégué Baumes, Billard, Denys (de Gommercy), et l’hypothèse de l’ecchymose. Dans les autopsies qu’il a faites, il n’a jamais rencontré de lésions inflammatoires susceptibles d’être rattachées à l’ictère; la phlébite ombilicale, en particulier, a constamment fait défaut. L’ictère serait dû, selon lui, au trouble passager, à l’espèce de surprise, qu’éprouvent les fonctions du foie qui, d’organe d’hématose devient organe de la sécrétion biliaire. Tous les tissus sont susceptibles d être colorés et le sont d’autant plus qu’ils sont plus vasculaires: chose remarquable, l’urine n’est point teinte en jaune ou en brun elles selles ne sont pas décolorées. L’affection dure de six à quinze jours. Eu égard à son mode d’apparition, elle ne comporte pas de traitement. Monneret (2) et Frerichs (3) émettent des vues pathogéniques analogues sur ce sujet ; Bouchut (4) fait de cet ictère une hépatite (5). ]

C’est à partir de l 'âge adulte que l’ictère se manifeste le plus fréquemment.

Sexe. — Nous ne reviendrons pas sur l’influence du sexe dans la production de l 'ictère symptomatique. Relativement à Y ictère simple, c’est une opinion généralement reçue, que les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Dans seize cas observés à l’hôpital Beaujon, dans le service de Louis, nous trouvons huit hommes et huit femmes; mais il faut remarquer que, dans ce service, les femmes sont en nombre à peu près double.

On a dû naturellement dire que la maladie était plus fréquente chez les sujets d’un tempérament bilieux et nerveux.

Si l’on s’en rapporte au petit nombre de cas que nous venons de mentionner, la constitution n’a pas d’influence marquée sur la production de Y ictère spasmodique. Quant à Y ictère symptomatique, c’est dans les articles précédents qu’il faut chercher ce que nous savons sur ce sujet. [ L’état de santé habituel et le régime des malades ont une valeur étiologique incontestable. Les faits physiologiques indiqués dans le mémoire de Beau, cité à l’article Hépatalgie, sont à prendre ici en grande considération : la nature et l’état des matériaux qui de l’intestin sont amenés au foie par la veine porte, ont assurément une influence de premier ordre sur les conditions dans lesquelles s’accomplit la sécrétion biliaire ; le défaut d’élaboration, l’àcreté des ingesta, sont des circonstances capables de troubler l’innervation et les phénomènes circulatoires dans la glande hépatique.

Le surcroît d’activité du foie et l’habitude qu’ont les habitants d’exciter l’estomac par des condiments incendiaires, dans les pays et les climats chauds, agissent dans le même sens. Il est vrai que, sous ces deux chefs du régime et du climat, on peut élever la question subsidiaire de savoir s’il n’y a pas un certain degré d’hypérémie du foie et d’inflammation des canaux excréteurs, conditions qui ramèneraient l’ictère à être plutôt symptomatique que tout à fait simple.

La même réserve doit être faite à l’égard de certains ictères à forme épidémique et d’apparences phénoménales graves , que l’on a vus se développer dans des contl) Léger, thèse de Paris, 1823.

(2) Monneret, Traité de pathologie générale, t. III. Paris, 1860.

(3) Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, trad. Duménilet Pellagot. Paris, 1866, p. 172.

(h) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés. Paris, 1862.

(5> Vov. encore Porehat, Dr Tiefére ehez les nouveau-nés, thèse. Paris, 1855.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

ditions étiologiques complexes, parmi lesquelles la chaleur joue toujours un rôle important : telles sont les épidémies de jaunisse résumées par Frerichs (1) et observées dans les pays tempérés, l’épidémie de Gaillon, décrite par Candie (2); celle (pie Worins (3) a vue au Gros-Caillou, sur des soldats d’une caserme de Saint-Cloud, suivie immédiatement d’une autre sur le hiV régiment de ligne, caserne dans Paris, et relatée par Laveran (A) ; auxquelles il faut joindre les faits décrits par Littré (5), d’après AVade Sliields qui les observa abord du Centurion, à Bombay. Presque toujours, dans ces formes d’ictère, le foie parut n’avoir participé à l’état morbide que par des troubles fonctionnnels, et par conséquent la jaunisse était indépendante de lésions organiques ; mais d’autre part, on est porté à regarder le trouble de la sécrétion biliaire comme résultant d’une impression générale produite primitivement sur tout le système nerveux, et constituant, par là, une maladie tôt i us substantiœ, de la nature des fièvres graves et des empoisonnements miasmatiques. Aussi la distinction est-elle difficile à faire entre ces ictères graves épidémiques et les fièvres bilieuses, si toutefois ce n’est pas une même maladie. Ajoutons que les manifestations de ce genre sont d’observation familière aux auteurs qui ont pratiqué dans les pays chauds, et que c’est surtout à eux qu’on doit le type descriptif des unes et des autres. ]

2 0 Causes occasionnelles. — ictère symptomatique. — Nous avons vu que les causes organiques qui donnaient lieu à la production de l’ictère étaient Y inflammation et les abcès qui en sont la suite, le cancer , la cirrhose (ces dernières affections ne produisant que rarement l’ictère), et les hydatides , qui ont une influence plus limitée encore. Viennent ensuite les affections des voies biliaires, en tête desquelles il faut mettre celles qui déterminent la rétention de la bile dans le foie, c’est-à-dire qui ont pour cause principale l’oblitération du canal hépatique ou cholédoque.

Ictère essentiel. — Le type et la forme la plus acceptable de Y ictère essentiel ou simple, est celui que les auteurs désignent sous le nom d 'ictère spasmodique. Des théories déjà anciennes en ont placé le mécanisme dans un spasme des voies biliaires, se manifestant particulièrement à l’embouchure du canal cholédoque dans l’intestin. Il est certain que la contractilité musculaire n’existe qu’à la vésicule et autour des conduits hépatique et cystiquc. Les causes le plus en rapport avec le développement de cet ictère sont les affections de l’âme, la colère, la frayeur, les contrariétés vives. Depuis (pie Cl. Bernard (b) a prouvé que la lésion du quatrième ventricule peut déterminer le passage dans l’urine du sucre formé dans le foie, l’idée de la possibilité de l’ictère par troubles de l’innervation n’a rien de surprenant, quoique la difficulté d’expliquer ce phénomène n en reste pas moins la môme. Villeneuve (7), Morgagni (8), ont rapporté des exemples remarquables

(1) Frerichs, toc. cit., 2e édition, p. 187.

(2) Carville, De l’ictère grave épidémique (. Archives générales de médecine, août 1864). pi) Worms, Relation de la maladie qui a régné, pendant le mois de mai 1 865, sur les

troupes casernées à Saint-Cloud {Galette hebdomadaire, 1865, n°* 33 cl 34).

(h) Laveran, Gazette hebdomadaire, 1865.

(5) Littré, Dictionnaire de médecine en 30 vol., art. Bilieuse (lièvre), t. V, p. 275.

(6) Claude Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris,

1858, t. II, p. 544.

(7) Villeneuve, Dictionnaire des sciences médicales, art. Ictère.

(8) Morgagni, Rpistoln anatomica. Lugd. Batav. 1728, lettre XXXVII.

ICTERE. — CAUSES.

d’ictère de celte origine. Dans les seize cas de Louis cités plus haut, deux fois les malades ont accusé un accès de colère. Cette cause aurait plus d’influence encore, chez les femmes, au moment des règles.

Quelques cas, peu nombreux, d’ictère par l’éther et le chloroforme ont été cités.

On peut en rapprocher l’ictère par morsure de serpents, déjà connu des anciens : Galien (1), Mead (2), Lanzoni (3), Portai (U), en ont rapporté d’autres. Il est difiicile de dire s’il y a eu ici quelque modification du sang ou un simple trouble de l’innervation retentissant sur la circulation et la respiration. A cet égard, il faut tenir compte des expériences de Cl. Bernard sur le curare, dont l’absorption fut suivie d’hypérémie du foie et de passage du sucre dans l’urine.

Les grandes hémorrhagies , les indigestions , ont été quelquefois suivies d’ictère: la frayeur a pu ici jouer un rôle.

La jaunisse suit assez souvent un excès de table récent , des fatigues corporelles subies dans un court espace de temps. En pareille occasion, il peut y avoir eu un degré réel d’irritation des organes digestifs, transmis aux voies biliaires; mais il est impossible aussi de ne pas reconnaître que l’atteinte portée à l’innervation domine tout d’abord la scène morbide.]

3° Causes prochaines de l'ictère en général. — On n’admet plus aujourd’hui comme cause de l’ictère, soit une simple congestion sanguine des divers tissus, soit un spasme des téguments, et personne ne doute que cette affection ne soit due à la présence de la bile ou des principaux éléments de ce liquide dans le sang. Mais comment la bile se trouve-t-elle dans le sang? Lorsqu’il s’agit de Y ictère symptomatique, on peut penser que la bile retenue dans les conduits et dans le foie, ou bien n’étant pas facilement sécrétée dans cet organe, reste dans le liquide dont elle devrait se séparer. Mais cette théorie implique la présence du liquide biliaire dans le sang à l’état normal, ou du moins de ses principaux éléments existant avec leurs qualités propres; or c’est sur ce point que nous trouvons la divergence des opinions.

Ou bien la bile ne se trouve dans le sang qu’après avoir été sécrétée, c’est-àdire fabriquée par le foie, et elle y passe, parce qu’il y a excès de sécrétion ou difficulté d’excrétion ; ou bien, les éléments de la bile sont tout formés dans le sang, et l’ictère apparaît quand ces éléments s’y accumulent, soit par le fait de troubles circulatoires, soit par celui d’une diminution dans l’activité sécrétoire de la glande hépatique : telles sont aujourd’hui les deux théories en présence. Frerichs (5) est partisan déclaré de la première : dans cette manière de voir, les cas d’ictère symptomatique de tout accident qui entrave l’excrétion biliaire sont faciles à expliquer ; il y a résorption de la bile dans les canaux et dans le foie par les vaisseaux lymphatiques et par les veines, phénomène que Saunders (6), Tiedemann (7),

(1) Galien, Œuvres, trad. Daremberg : Des lieux affectés. Paris, 1856, 1. 1, lib. V, cap. vu.

(2) Mead, Teniamen de vipera, p. 36.

(3) Lanzoni, Tractatus deveneno, cap. v.

(4) Portai, Observations sur la nature et le traitement des maladies du foie, Paris, 1813, p. 140.

(5) Frerichs, loc. cit., 2e édition, p. 77 et suiv.

(6) Saunders, A treotiseon the structure of the Liver. London, 1795.

(7) Tiedemann, Recherches expérimentales chimiques et physiologiques sur la digestion, trad. A. J. L. Jourdan. Paris, 1827.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

Gmelin, Lima» (de Metz) et beaucoup d’autres, en liant le canal cholédoque, ont mis en évidence. Quant à l’ictère sans trouble de l’excrétion, il s’explique : 1° par l’accumulation de la bile dans le sang que déterminerait le passage du foie dans le sang d’une quantité de bile plus considérable qu’à l’ordinaire; 2° par une diminution dans l’emploi, dans la transformation de la bile passée dans le sang.

La seconde théorie, que l’on peut retrouver dans les écrits de Galien, a été soutenue par Sénac (1), Breschet (2), et s’est appuyée sur les recherches modernes de la chimie animale. Virchow lui a donné le poids de son autorité en montrant que, dans certaines circonstances, il se forme aux dépens de l’hématine une matière colorante jaune qui offre avec la cholépyrrhine une grande similitude (3). Zenker et Funke (4) démontrèrent, en outre, qu’un dérivé de la matière colorante biliaire, la bilifulvine, se convertissait facilement en un dérivé de l’hématine, 1 hématoïdine. il est certain que, selon les faits, chacune de ces deux théories trouve plus ou moins avantageusement son application. L’ictère des fièvres, par exemple celui des cachexies, de la pyohémie, s’explique mieux par la théorie de Virchow; tandis que l’ictère par obstruction des conduits ne peut guère s’interpréter que d’après les idées de Frerichs.

La théorie de la bile préexistante reçoit, à vrai dire, un échec notable de la part des affections dans lesquelles il y a atrophie ou destruction de l’organe sécréteur sans qu’il y ait ictère, comme c’est le cas pour la plupart des cirrhoses. L’extirpation du foie sur des animaux, sans que l’on ait ensuite retrouvé la bile dans leurs tissus ou leurs liquides, est encore une objection plus grave (5).

§ III. — Symptômes.

Dans les cas d'ictère symptomatique, il est évident que la jaunisse n étant qu un symptôme, n’a pu se produire que par suite de l’affection primitive.

Début de l'ictère simple ou spasmodique . — Sur douze cas, chez trois individus, il n’y a eu, avant l’apparition de l’ictère, que des symptômes qui pouvaient être entièrement étrangers au tube digestif : c’étaient des frissons, du malaise et une courbature que l’on ne pouvait attribuer à la lésion d’aucun organe en particulier. Dans trois autres cas, outre les phénomènes qui viennent d être indiqués, on nota soit une anorexie marquée, soit quelques douleurs du ventre. Chez cinq autres sujets, les symptômes qui précédèrent l’apparition de 1 ictère eurent 1cm siège exclusif dans le tube digestif : c’étaient des nausées, des vomissements ordinaitement bilieux, du dévoiement.; dans un cas, l’ictère survenant au milieu d une colique de plomb, il y eut les symptômes intestinaux propres à cette maladie.

Tandis qu’après la ligature du canal cholédoque, 1 ictère est deux ou ti ois jours avant d’apparaître , il se développe en quelques heures dans l’ictère par émotion morale : témoin le cas du jeune homme qui, allant se battre eu duel, devint

(2) Brncli P< 'organique appelée dégénération noire (Journ.

de(3)avîrchow, Arclxiv fur pathol. Anatom., t. I, P- 391 ; La Pathologie cellulaire, trad. Paul Picard. Paris, 1860, p. 120.

(h) Zenker et Funke, in Lehmann : Lehrhuch der phys. (5) Voy. Frerichs, lot. cif., 2e Mit., p. 79.

Chemie , t. I, p. 292.

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