‹ Guide du médecin praticienChapitre 131 sur 305 · ICTÈRE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ICTÈRE. — SYMPTÔMES

j jaune sur le terrain et lit fuir son adversaire effrayé de cette métamorphose. (Villeneuve. )

[Quant aux ictères à forme grave dans lesquels la jaunisse et les troubles de la . sécrétion biliaire semblent être un élément important, une carastéristique, si 1 on ’ veut d’un état général grave, plutôt que des manifestations dépendant d’un seul ; appareil , on les voit débuter, le plus souvent, à la façon des fièvres et des signes , d’intoxication miasmatique. C’est ce que l’on retrouve dans la description des épii démies que nous avons citées, et aussi dans les auteurs qui ont observé les fièvres bilieuses des pays chauds (1).] Selon Ozanam(2), qui se rencontre en ceci avec les , écrivains auxquels nous faisons allusion, cet ictère peut débuter de deux manières différentes : dans l’une, le début est bénin et insidieux ; dans l’autre, la maladie se présente avec des symptômes graves dès le début. Les symptômes du début, dans le premier cas, sont : faiblesse, douleurs dans les membres et les lombes, cardialgie et coliques, frissons alternant avec la chaleur, bouche amère, langue chargée!’appétit diminué ou perdu, pouls mou; dans le second, ce sont des syncopes répétées, du délire, des hémorrhagies, des douleurs universelles, des crampes, une vive cardialgie, un frisson violent et répété, une grande prostration, des étourdissements, l’insomnie.

1° Ictère simple.— Forme légère.— Le phénomène qui nécessairement trappe le plus, est la coloration de la peau et des muqueuses. Cette coloration se montre d’abord sur les sclérotiques, et c’est là un point très-important à noter, puisqu’il sert à faire distinguer l’ictère de quelques autres affections. On a dit que la coloration jaune occupait le grand angle de l’œil avant les autres points.

La couleur jaune gagne ensuite la face ; c’est sur les parties peu colorées ordinairement, comme les ailes du nez, le pourtour des lèvres, qu’on la voit d’abord apparaître, puis elle envahit le front et les autres parties ; les joues, surtout lorsqu’elles sont très-colorées, conservent encore, à une époque assez avancée, un reste de leur couleur naturelle. Villeneuve (2) a avancé, comme un fait à peu près général, que les lèvres deviennent d’abord pîiles, puis d’uu jaune intense. Mais cet auteur a pris l’exception pour la règle, car la coloration jaune des lèvres ne survient que dans des cas où l’ictère est extrêmement intense et souvent chronique.

Les parties du corps qui sont ensuite colorées les premières sont la poitrine et les bras ; puis viennent le cou et le ventre, et enfin les avant-bras, les mains et les membres inférieurs. Aux extrémités, on voit les ongles présenter une coloration jaunâtre avant que la peau environnante soit colorée. De Lonjon (3) a signalé la teinte jaune uniforme qui occupe le voile du palais et qui s’arrête brusquement à la voûte palatine. Cette apparition de la jaunisse, plus hâtive dans les parties habituellement le moins colorées, dépend plutôt de la facilité plus grande qu’on a à la découvrir, que de la plus grande perméabilité des tissus.

(1) Vov. Annesley, Diseuses of Judia. — Dutroulau, Maladies des Européens dans les mus chauds. Paris, 1861. — Griesingcr, Dos biliose Typhoid ( Archiv für phys. Heilk., y on Yierordt, 1853). — Haspel, Maladies de U Algérie. Paris, 1850. — Barthelemy-Benoit, De la fièvre bilieuse hématurique observée au Sénégal ( Archives de médecine navale , Paris, 1865).

(2) Villeneuve, Dictionnaire des sciences médicales, 1818, t. XXIII.

(3) De Lonjon, Gazette médicale, 1845.

MALADIES DLS ANNEXES DLS VOIES DIGESTIVES.

J-a coloration commence toujours par être beaucoup moins intense qu’elle ne doit le devenir dans la suite. Ce n’est souvent, en effet, qu’une légère teinte jaune clair répandue sur une plus ou moins grande partie du corps; mais, à mesure que la maladie marche, cette teinte devient d’un jaune foncé, verdâtre, verte, et parfois d’un vert si foncé, qu’on a rangé ces cas parmi les faits de colorations dues à des causes diverses, auxquelles on a donné le nom A' ictères noirs.

Dans certains cas, au lieu de se répandre uniformément sur tout le corps, la coloration ictérique n’occupe qu’une senle partie. Dans d’autres, les diverses teintes qui viennent d’être indiquées se trouvent combinées de manières diverses.

En même temps que se manifeste cette coloration, on voit survenir chez quelques malades des démangeaisons souvent fort vives, et qui empêchent même parfois le sommeil. On ne les rencontre pas dans plus du cinquième des cas. Ces démangeaisons sont générales, et la peau ne présente souvent ni rougeur, ni éruption, qui puisse expliquer leur apparition. Quelquefois, au contraire, on trouve une urticaire qui en rend parfaitement compte.

On a cité encore, comme appartenant à l’ictère, une desquamation furfuracée, et la chaleur brûlante de la peau. On observe encore plus rarement des anomalies, des perceptions sensoriales, des sensations subjectives du goût et de la vue. L’accumulation de la bile dans le sang peut donner à la bouche une saveur amère. La xanthopsie , proverbiale pour le vulgaire qui ne la voit jamais, est mentionnée par Fréd. Hoffmann; P. Frank la constata cinq fois sur 1000 ictériques. C’est un trouble possible, mais très-exceptionnellement observé.

Du coté du foie , on trouve quelques symptômes qu’il importe de noter. Parmi les observations que nous avons rassemblées, il en est onze dans lesquelles une douleur plus ou moins vive a été constatée, et une seule où il est dit que la douleur était nulle. Dans les autres cas, il n’est pas fait mention de ce symptôme.

Le siège de la douleur est presque toujours Vhgpochondre droit: mais rarement elle reste limitée à cette région. La douleur gagne ordinairement l’épigastre, parfois le liane droit, la région lombaire, et même la région dorsale. Rarement celte douleur est vive; parfois elle se manifeste spontanément , et est en même temps exaspérée par la pression ; d’autres fois elle est simplement spontanée, ce qui est le cas le plus ordinaire ; ou bien encore, elle ne se manifeste que sous la pression.

La palpation et la percussion doivent être employées avec soin pour reconnaître l’état du foie et de la vésicule biliaire. Dans ces derniers temps, on a beaucoup insisté sur l’état de cette dernière dans l’ictère spasmodique. Suivant Piorry, la vésicule se trouve distendue par la bile, sinon dans la totalité des cas, du moins dans un bon nombre, et il résulte de cette distension une matité parliculière ayant son siège au-dessous du rebord des fausses côtes, derrière le muscle droit, et présentant la forme du fond de la vésicule.

[La pratique n’a pas confirmé la valeur de ce signe, et si quelques cliniciens de valeur l’ont parfois retrouvé, ils ont constaté aussi que cette délimitation si parfaite de la circonférence de la vésicule est le plus souvent impossible.]

Il est rare également que l’on sente, soit par la palpation, soit par la percussion, une augmentation du volume du foie.

L'état de l'urine se rattache directement aux symptômes qui viennent d’être

ÎCTÈIUE. — SYMPTÔMES.

indiqués. Ce liquide est généralement peu abondant, variant du jaune foncé au rouge brun, et ordinairement présentant cette dernière teinte. Il paraît épais, et cependant, dans les cas d’ictère spasmodique, il conserve sa transparence, et ne donne pas'lieu à des dépôts plus abondants que dans l’état de santé. Parfois, on voit tpie sa surface est brillante et irisée comme si elle était recouverte d’une légère couche de matière grasse. Mais cet aspect huileux est loin d etie constant.

[ L’état de l’urine est dû à la présence, dans cette excrétion, de la matière colorante de la bile, la cholépyrrhine, car les acides biliaires ne s’y retrouvent jamais. L’urine tache souvent le linge en jaune, à l’aide du pigment biliaire. Quand la teinte est douteuse, on verse sur l’urine, recueillie dans un tube de verre, de l’acide azotique : le liquide prend une couleur verte qui passe successivement au rouge et ;,u rouge brunâtre. Ou bien on étale sur une assiette blanche une mince couche d’urine sur laquelle on laisse tomber quelques gouttes du même acide; les teintes indiquées deviennent sensibles. Le réactif de Haller est une solution albumineuse que l’on ajoute à l’urine avant d’y verser l’acide azotique ; quand on ajoute ensuite de. l’acide, il se précipite des ilocous d’un bleu verdâtre (1)-]

Du côté des voies digestives , on trouve des symptômes importants. L'appétit est généralement perdu, ordinairement avant même l’apparition de l’ictère. Au bout de quelques jours, il peut se rétablir.

On a indiqué comme un symptôme appartenant a 1 icleie une soif assez vive; mais les cas dans lesquels on observe ce symptôme sont exceptionnels.

La langue n’offre, quoi qu’on en ait dit, rien de remarquable : naturelle chez six sujets, jaunâtre seulement chez trois autres, elle ne présentait d’amertume que dans deux cas [chez les malades dont il a été déjà question].

Les vomissements, sans être un symptôme essentiel de la maladie, ont cependant de l’importance. Sur six [des seize sujets observés], il y a eu des vomissements qui, cinq fois, étaient formés de matières vertes ou jaunes, et très-amères, c’està-dire de bile. Ce symptôme se montre ordinairement dans le cas d’ictère intense. Nous avons vu, à l’occasion du début, qu’il fallait l’attribuer plutôt à la perversion de la sécrétion biliaire qu’à un état pathologique de l’estomac. Les nausées accompagnent toujours ces vomissements, et par moments existent seules.

L'état des selles doit toujours être examiné concurremment avec l’état des urines. Dans la majorité des cas, on observe une constipation plus ou moins opiniâtre, et les matières rendues sont sèches, dures, décolorées. Cette dernière circonstance, jointe à la présence de la bile dans les urines, prouve que ce liquide, en même temps qu’il a passé dans le sang, a cessé de couler dans l’intestin. Il est quelques cas où, tout en présentant la décoloration que nous venons d’indiquer, les selles restent normales sous tous les autres rapports. On voit aussi chez quelques sujets se montrer, dans le cours de la maladie et pendant un temps plus ou moins long, un dévoiement sans gravité et qui n’empêche pas toujours les selles d’être grises comme de l’argile.

La céphalalgie est un symptôme qui est regardé comme très-fréquent dans l’ictère ; cependant nous ne le trouvons mentionné que dans deux des cas que nous avons déjà cités plus haut.

(1) Lionel Bcale, De l'urine, des dépôts urinaires cl des calculs, traduction Ollivier et Bergeron. Paris, 1865.

MALADIES 1)LS ANNEXES DES VOIES DIGES'J l\ ES.

Rarement il existe de la fièvre dans le cours de l’ictère. Ainsi, chez les sujets déjà cités, le pouls n’est monté à 92 que dans un seul cas où il existait des symptômes de bronchite. Dans les autres, il ne s’est pas élevé au-dessus de 88, où il n’est resté que très-peu de temps, retombant parfois au-dessous du type normal. Un sujet n’offrit que cinquante-deux pulsations pendant toute la maladie.

[Frerichs a constaté le ralentissement du pouls dans l’ictère assez souvent et dans des circonstances assez remarquables pour être porté à admettre une influence de la bile sur le nerf pneumogastrique ou sur le cerveau, analogue à celle de la digitale. Toutefois, contrairement à la digitale, la bile diminue aussi la fréquence des mouvements respiratoires. Marey (1) a représenté dans le tracé suivant l’état du pouls dans l’ictère simple (fig. 50). ]

Elu. ôü. — Pouls U'iclcrique. (Marey.)

Les sueurs ne sont pas un symptôme qui appartienne en propre à l’affection. Chez quelques malades, on trouve soit une simple moiteur, soit une sueur médiocrement abondante, et quelquefois, lorsque l’ictère est très-intense, on remarque que le liquide de la transpiration tache en jaune le linge du malade.

Pendant que tous ces symptômes se produisent, il est rare que les forces subissent quelque altération. Au commencement de l’affection, il peut arriver que l’on observe un certain degré de courbature , et alors les forces sont plus ou moins opprimées ; mais cet état ne dure pas

2° Ictère à forme grave. — Les symptômes ont une intensité bien plus grande, et il s’en est montré quelques-uns que nous n’avons pas signalés.

La cardialgie est ordinairement très -violente, et la douleur est exaspérée par la pression.

Dans quelques épidémies, il s’est manifesté des douleurs musculaires intolérables, principalement aux membres inférieurs. (Worms, Laveran.)

On observe des étouffements et une grande anxiété précordiale.

II survient des vomissements répétés, d’abord aqueux, puis bilieux.

L’ appétit est en général complètement perdu. Quelquefois il y a une sensation de faim anormale. Le ventre est quelquefois ballonné et douloureux. Tantôt on observe des selles diarrhéiques et bilieuses; tantôt une constipation opiniâtre. Les urines ont le caractère ictérique habituel.

Il survient des hémorrhagies diverses. Ce sont principalement des épistaxis abondantes, parfois difficiles à arrêter; Y hématémèse, l’hémorrhagie intestinale ; [l’hématurie, parfois assez frappante pour servir à caractériser la maladie (fièvre bilieuse liématurique) (2)] ; des hémorrhagies interstitielles; des ecchymoses souscutanées et sous-séreuses ; des hémoptysies. Dans un cas observé à la Pitié, nous avons vu une péricardite hémorrhagique.

(1) Marey, Phgsiologie médicale de la circulation du sang. Paris, 1863.

(2) Barthélémy- Benoit, De la fièvre bilieuse liématurique observée au Sénégal {Archives de "médecine navale, 1865).

ICTÈRE. — SÏ.UPTÔMES.

[Les hémorrhagies ont paru à Monneret (1) un clément de la maladie, d’un i degré égal à celui de l’ictère : aussi a-t-il proposé de réunir ces deux éléments ii dans l’appellation de l’ictère grave qui serait, selon lui, l’ictère hémorrhagique (essentiel. Le foie serait intéressé, autant et plus comme organe d’hémopoèse ique comme organe sécréteur de la hile. A la percussion, on constate plutôt l’augi mentation de volume de cette glande que sa diminution.]

On observe ensuite un délire variable, parfois violent, des convulsions, des frissons , des tremblements nerveux , [quelquefois, une véritable éclampsie. Ce sont ces accidents nerveux qui ont donné lieu aux idées théoriques sur l’empoiisonnement du sang par labile (cholémie), analogue à l'intoxication urémique; i idées dont Frerichs a fait justice en démontrant l’innocuité des injections de bile. A. Flint (2), récemment, a mis ces manifestations sur le compte de la rétention de ! la cholestérine].

Au délire succèdent la somnolence et le coma.

La respiration est souvent anxieuse ; il y a de la dyspnée.

Le pouls, d’abord fréquent, devient ensuite lent, et ordinairement irrégulier.

I Par moments il y a un retour de la fréquence à laquelle succède la lenteur.

Dans quelques cas, le coma se manifeste presque dès le commencement. Au i reste, il est à remarquer que les symptômes sont souvent très-variables.

A une époque plus avancée, les sens paraissent anéantis. Il y a une prostration ; générale et complète, au milieu de laquelle se manifeste par moments une agitation ' vive et passagère.

Les selles sont rendues involontairement, ou bien la constipation persiste plus i opiniâtre que jamais, et à ce symptôme se joint la rétention d'urine.

On observe, en outre, le refroidissement de la peau, qui devient visqueuse, la dilatation de la pupille et son immobilité dans les derniers moments.

Puis le coma devient plus profond; il survient des paralysies diverses (paralysie I faciale, résolution des membres); quelquefois les convulsions persistent.

Le pouls reprend sa régularité, devient très-fréquent, petit, misérable.

Enfin le malade succombe dans une insensibilité complète.

IDans les cas où la maladie doit se terminer par la guérison, on voit d’abord disparaître les paralysies. Puis la cardialgie cesse et les autres symptômes s’améliorent. Mais tout cela n’a pas lieu sans des alternatives de mieux et de pire. La faiblesse persiste souvent longtemps. L’estomac conserve une plus ou moins grande susceptibilité. 11 y a encore quelques épistaxis. Quelquefois la vue reste troublée pendant un certain temps. La teinte ictérique ne se dissipe souvent qu’avec lenteur. Dans un cas observé à l’hôpital Sainte-Marguerite, il y a eu un œdème considérable des membres inférieurs qui a mis un temps fort long à se dissiper. On a signalé quelques phénomènes critiques ; mais les faits ne sont ni assez nombreux ni assez concluants pour fixer notre opinion sur ce point.

[Nous renvoyons, pour plus de details, aux travaux que nous avons cités sur ce

(1) Monneret, De V ictère hémorrhagique essentiel (journal le Progrès, 1859, n° 3 et suiv. , et Archives générales de médecine, 1862).

(2) A. Flint, Du foie considéré comme organe excréteur de la cholestérine [American Journal o f medical science, octobre 1862).

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MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

sujet intéressant. On consultera aussi avec fruit les recherches de Genou ville (1), de Blachez (2), et l’article Ictëre grave de la Clinique de Trousseau (3).] (Vov. l’article Atrophie aiguë du foie. )

3° Ictère symptomatique. — l'ictère symptomatique , d’une manière générale, est de plus longue durée et se produit moins rapidement [que tout autre. En soi, il se reconnaît aux mêmes signes que les précédents, et quant aux symptômes concomitants, ils sont ceux de la maladie dont l’ictère est une des conséquences. Il est des cas, cependant, où les réactifs n’agissent pas comme il a été dit plus haut sur l’urine des ictériques et la colorent en rouge vif, ou même ne transforment pas sa couleur. Frerichs attribue ce fait h l’oxydation insuffisante du pigment biliaire. Gubler a supposé, en pareil cas, que la coloration jaune de l’urine est due, non pas au pigment biliaire ( biliphéine ), mais à une matière colorante analogue à celle de l’urine et du sérum sanguin ( hémapliéine ), et il propose ici la dénomination d 'ictère hèmaphéique (A)].

§ IV. — Marche, durée et terminaison.

11 est bien évident qu’il ne doit s’agir ici que de Y ictère simple , spasmodique , essentiel.

Dans un certain nombre de cas, l’ictère a une marche extrêmement rapide au début. Il faut un temps très-court, quelques minutes (ce qui est fort rare) ou quelques heures, pour que le corps devienne entièrement jaune chez certains individus. Mais dans la grande majorité des cas, on voit la maladie marcher bien plus lentement, et envahir, dans l’espace de trois ou quatre jours, les diverses parties du corps dans l’ordre indiqué plus haut; puis l’affection semble rester stationnaire pendant quelques jours encore, et enfin on la voit disparaître en sens inverse de son apparition, c’est-à-dire que les extrémités, puis les membres, puis le tronc, et enfin la face, reprennent progressivement leur couleur naturelle. Les sclérotiques, qui étaient devenues jaunes les premières, conservent encore la couleur morbide lorsqu’elle a disparu partout ailleurs.

Dans Y ictère grave, Ch. Ozanam a décrit deux périodes : l’une d 'excitation, ayant pour principaux symptômes l’agitation, le délire, les convulsions, les douleurs, les vomissements; l’autre de collapsus, dont les principaux symptômes sont les paralysies, le coma, les diverses hémorrhagies autres que les épistaxis. Mais il nJest pas toujours facile de séparer ces deux périodes, ni même de pouvoir les établir au lit des malades.

La durée de l’ictère est assez variable; on peut dire que, dans les cas les plus ordinaires, elle a pour limites dix-huit et trente jours.

Dans l 'ictère grave , la maladie se termine parfois par la mort en un temps trèscourt (deux ou trois jours).

La terminaison de l'ictère simple ou spasmodique est toujours heureuse. [Les cas de mort cités par Morgagni et d’autres auteurs anciens doivent évidemment

(1) Genouville, thèse de Paris, 1859.

(2) Blachez, thèse d’agrégation, 1860. '

3) Trousseau, Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu. Paris, 1 805, t. III.

(&) Gubler, De l'ictère hémaphéique ( Bulletin de la Société médicale des hôpitaux , 3 î?ci ic,

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rÈtre mis sur le compte d’un ictère grave, ayant eu aussi, pour origine, une émotiion morale.

L’ictère essentiel à forme grave se termine par la mort ou par la guérison : dans e dernier cas, il laisse fréquemment, quand il y a des hémorrhagies abondantes, un état d’anémie consécutive difficile à faire disparaître.]

§ V. — Lésions anatomiques.

Ictère bénin. — [L’anatomie pathologique se réduit ici à ce que l’on sait de la mrésence de la bile dans les liquides et les solides de l’économie : ce n’est guère Hue par induction que l’on peut admettre l’hypérémie du foie et la réplétion des voies biliaires.]

Quant à l’état des divers tissus par suite de suffusion biliaire, il suffit de dire que nous, jusqu’à la substance spongieuse des os, jusqu’au tissu du cœur et même à la nubstance cérébrale, ont été, dans quelques circonstances, trouvés d’une couleur aaune plus ou moins foncée. Mais c'est le tissu adipeux qui, d’après les recherches oc Yalsalva et de Vedemeyer (1), est le plus fortement coloré. Quant au tissu cellulaire et aux membranes séreuses, souvent la coloration y est moins marquée, ce lui n’empêche pas les liquides contenus dans ce tissu et dans les cavités séreuses l’avoir une coloration très-foncée.

Ictère grave. — [En admettant un ictère grave essentiel , nous avons signalé déjà -s allures de maladie totius substantiæ plutôt que celles de trouble organique ou 'onctionnel isolé. Les auteurs qui acceptent nettement ces vues s’embarrassent peu e l’existence ou du défaut de lésions du foie et élargissent d’autant le champ de ictère grave ; d’autres, sans repousser l’idée de maladie générale, ont pensé, cepenant, qu’au moins un certain nombre des cas d’ictère grave devait être rattaché à un nrdrc déterminé d’altérations hépatiques qu’ils appellent atrophie aigue. Monneret ^présente la première doctrine dans sa plus haute expression ; Frerichs, la seconde.

On conçoit qu’un pareil état de choses nous gêne fort pour indiquer l’anatomie -lathologique de cette forme. Pour Monneret, le foie est normal, ou plus ou moins yypérémié ; les cellules sont normales ou graisseuses, la vésicule distendue ou on ; ces lésions sont indifférentes. Les traces d’hémorrhagie se retrouvent dans naintes cavités et quelquefois, en particulier, dans les méninges, ce qui explique s symptômes nerveux. Pour Frerichs , il peut bien en être ainsi assez sounnit ; mais il est un ictère grave qui repose sur les lésions suivantes du foie : dimimtion de volume, coloration jaune d’ocre, hypérémie capillaire, destruction vanulo-graisseuse des cellules ; vésicule vide.

Si l’on étudie sous un autre aspect ce point délicat, on arrive à un résultat qui lifirraerait plutôt l’entité morbide de l’ictère grave essentiel que la distinction en eux formes dont l’une serait l’atrophie aiguë. En effet, les épidémies d’ictère ave ont donné ce résultat curieux, que, dans quelques-unes d’entre elles, celles ; "NVorms et de Laveran, il y avait peu ou point de morts, par conséquent point «atrophie aiguë de Frerichs; que, dans d’autres, les autopsies n’ont pas révélé de usions propres (celle d’Ozanarn) ; que, dans la série des fièvres bilieuses (au moins irt voisine de l’ictère grave), le foie est plutôt augmenté de volume que diminué ; i l’en lin, dans un quatrième ordre de faits, comme ceux de Caillou, observés par

; (1) Vedemeyer, Juui nuldes proyrèts des sciences médicales.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIG EST INES

Carville, il y oui sur quarante-sepl malades, onze décès, donl trois seulement avec les lésions de l’atrophie jaune, et les huit autres avec l’état normal du foie, y Trousseau a fait remarquer que les cas sporadiques, plus graves, étaient aussi ceux dans lesquels on observe plus volontiers la destruction graisseuse des cellules, comme l’ont fait Budd, Charles Robin (1), Lebert, Frerichs et d’autres. ,,

Nous nous bornons à présenter de celte façon les éléments de la question au point de vue anatomique, le lecteur appréciera.] • >|

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — Il est facile, dans la majorité des cas, de s’assurer qu’il existe un ictère, mais d’abord lorsque la coloration jaune, due à la suffusion de la bile, est encore commençante et très-peu intense, on peut la confondre avec des colorations morbides dues à quelques autres maladies ; en second lieu, il importe de donner quelques signes qui fassent reconnaître que l’ictère est réellement simple et n’appartient pas h une affection organique du foie; enfin, nous avons vu qu’il peut se présenter des cas dans lesquels les symptômes sont très-intenses et où l’on peut croire à l’existence d’une autre maladie : ce sont ceux dans lesquels l’ictère sc présente sous la forme grave. Sous ces points de vue, le diagnostic de l’ictère mérite de nous arrêter un instant.

[U ne peut Cire utile de différencier Y ictère simple , bénin, d’avec la fièvre jaune : la confusion n’est pas possible, même dans les lieux où règne cette dernière. Mais l’ictère grave a de nombreux points de contact avec elle, tout autant par ses caractères de maladie générale que par la communauté de coloration du tégument. On l’a même appelé fièvre jaune nostrcis, typhus d’Amérique ; et il y a quelques raisons de croire que la fièvre jaune d’Edimbourg, la fièvre jaune d’Irlande observée par Graves (2), n’ont pas été autre chose qu’une manifestation épidémique de cet ictère malin. Cependant, paraît-il, il ne peut y avoir hésitation pour quiconque a vu la lièvre jaune (3).]

Celle-ci arrive, en général, avec plus de rapidité à un haut degré de gravite. Elle présente, dans les premiers jours, une injection générale des téguments, avec rougeur des yeux et larmoiement. Dans l’ictère grave, au contraire, le début est souvent très-bénin, et les yeux n’offrent une injection veineuse prononcée qu’après quelques jours de maladie. Dans la fièvre jaune, les hémorrhagies autres que l’épistaxis arrivent plus promptement, sont plus nombreuses et plus variées. Il y a, en particulier, des vomissements noirs, qui ont valu à la maladie le nom de vomito negro, et que l’on ne retrouve plus dans l’ictère grave. Dans la fièvre jaune, il y a, en général, plutôt une ictéricie qu’un véritable ictère; et dans la seconde période, elhfprésente une intégrité des fonctions intellectuelles souvent très-remarquable. Nous avons vu, au contraire, que, dans l’ictère, le coma remplaçait un délire plus ou moins violent. On a noté dans l’ictère grave des éruptions rosôoliques ou autres, qui ne sont pas mentionnées dans la fièvre jaune (a).

(1) Charles Robin, Note sur l'état anatomo-pathologique des éléments du foie dans l’ictère grave ( Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie. Paris, 1857, in-8, p. 9) .

(21 Graves, Clinique médicale, trad. Jaccoud. Paris, 1863, 1. 1.

(3) Trousseau, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu, 2” édition. Paris, 18G5, t. 111, p. -89.

(4) Voy. Ch. Ozanani, thèse citée, p. 75 et suiv.

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