ICTÈRE. — DIAGNOSTIC
[L’urine est rare, souvent nulle, dans la fièvre jaune ; elle est rouge et ne contitient pas la matière colorante de la bile. Dans les cas légers que l’on pourrait croire (plus faciles à confondre, il n’y a pas même trace d’ictère.
Il y aurait lieu de faire le diagnostic de l’ictère grave d’avec la fièvre bilieuse de linos pays, d’avec la fièvre bilieuse des pays intertropicaux. Ce qui distingue ces dlernières, c’est l’intermittence et surtout la rémittence des principaux accidents, et, cen général, l’intensité de l’appareil fébrile. D’ailleurs, d’un côté et de l’autre, mêmes pphénomènes gastro-intestinaux, mêmes hémorrhagies, même coloration du tégunment. Au fond, la nature des deux affections est la même, et ce qui, seul, peut-être les distingue, c’est que l’ictère grave est sporadique en Europe, rarement épidémique, tandis que la fièvre bilieuse est endémique dans certains parages éloignés (1).
Il est à peine besoin d’indiquer le diagnostic d’avec les teintes de cachexie qui œe rapprochent plus ou moins delà coloration jaune, comme celles de la chlorose, [Un cancer, des cachexies palustre, saturnine ou autres.
Ici, la coloration est persistante; dans l’ictère essentiel, elle est nécessairement éphémère : d’ailleurs, la sémiologie de la peau a donné directement les caractères [propres de chacune de ces teintes : jaune verdâtre dans la chlorose, jaune-paille dians le cancer, jaune terreux dans la cachexie palustre, jaune grisâtre dans l’empooisonnement saturnin. Sans parler des signes plus importants et caractéristiques q:jue l’on retrouvera à l’histoire de chacune de ces affections, toutefois il faut dire i]]ue le saturnisme s’accompagne assez souvent d’ictère ; Tanquerel des Planches (2) ’a vu cinquante et une fois; on reconnaît alors cet ictère aux signes que nous aavons tracés.
L’ictère symptomatique d’affections chroniques du foie est peut-être moins facile .A distinguer de la teinte cancéreuse ; ajoutons qu’en pareil cas, il est toujours nécessaire de se demander si la lésion chronique n’est pas elle-même un cancer, attendu qque le cancer du foie est un de ceux qui se révèlent le moins par la douleur et par lie dépérissement général. On reconnaîtra, cependant, le cancer du foie à l’aide ddes signes généraux du cancer et des troubles fonctionnels spéciaux qui ont été iiindiqués à l’art. Cancer du foie. Nous renverrons également aux articles qui précèdent pour les moyens de diagnostic des autres lésions du foie et de celles des voies biliaires , quand l’ictère est une de leurs manifestations. Répétons, seulemnent, que la limite est peu précise entre l’ictère simple et certains catarrhes des woies biliaires.
Pronostic. — Le pronostic de Y ictère spasmodique bénin n’est pas grave. Nous aavons vu, en effet, que la terminaison était toujours heureuse. Il est bien loin d’en être de même dans V ictère essentiel à forme grave. [Le pronostic paraît en être ild’autant plus fâcheux que les cas sont isolés. Les épidémies observées par Ozanam, (Carville, Worms, Laveran, prouvent que beaucoup de malades peuvent guérir, et ■même que certains ensembles de cas, malgré l’intensité de l’appareil morbide, 'Sont très-peu meurtriers. Les faits qui se sont présentés avec l’atrophie aiguë du •foie ont été tous et rapidement mortels : on s’en convaincra par les observations de IFrerichs, et celles de Jules "Worms (3) et Léon Colin (A). ] Quant à Y ictère sym-
(1) Voy. Monneret, De l’ictère hémorrhag. essent. (Journal le Progrès, 1858, p. 171).
(2) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb, t. I, p. 227.
(3) Jules Worms, Clinique de Trousseau, t. 111, art. Ictère grave, p. 271.
(4) Léon Colin, Éludes cliniques de médecine militaire. Paris, 1804, p. 180.
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
ptomatique , c'est en ayant égard à la gravité de chacune des affections qui lui donnent lieu que l’on peut en porter le pronostic.
Dans les divers articles précédents, nous avons indiqué le traitement à opposer aux diverses affections de la glande hépatique qui donnent lieu h l 'ictère symptomatique. Ici nous devons nous occuper uniquement de Y ictère simple , spasmodique, essentiel. Cette affection est une de celles contre lesquelles on a dirigé le plus grand nombre de remèdes.
1° Ictère essentiel bénin. — Emissions sanguines. — Plusieurs auteurs, et en particulier Rostan (1), ont recommandé la saignée générale. C’est d’après les idées qu’il s’est faites sur la maladie, que Rostan emploie ce moyen qu’il associe aux autres antiphlogistiques. 11 en est de même des sangsues, dont Villeneuve (2) vante les bons effets, et des ventouses scarifiées appliquées sur la région du foie.
Sels alcalins et neutres. — Les sels alcalins, comme le carbonate de potasse h la dose de k à 15 grammes dans un kilogramme de liquide, ont été préconisés par Lombard (3), dans le but de faire rejeter par les urines les éléments de la bile qui se trouvent en surabondance dans le. sang. ?.Iace ih) indique la formule suivante:
% Carbonate de potasse... . . 20 gram. Gomme arabique 15 gram.
Savon de Venise 15 gram. Alcool t. . . . q. s.
Dose : deux tiers de verre mêlés avec un tiers d’eau, deux ou trois fois par jour.
Des sels neutres, comme Yhydrochloratc d'ammoniaque, ont été également prescrits. Baglivi (5) recommandait la solution de ce sel. L'acétate d' ammoniaque a été recommandé par Sachs, qui l’associait à de petites doses de rhubarbe. D’autres auteurs ont employé le sulfate de potasse, de soude, les nitrates, etc.
Alcalis. — Portai veut que l’on donne quelques gouttes d’ammoniaque lorsque la jaunisse est survenue après la morsure de la vipère; on sait que l’alcali volatil a la réputation d’être utile dans l'empoisonnement causé par cette morsure.
Acides. — On a eu recours h Yacide hyclrochlorique, à Yacide sulfurique et à Y acide nitrique ; ce dernier surtout a été principalement prescrit. On le donne sous forme de limonade, à la dose de l\ à 8 grammes dans un litre ou un litre et demi d’eau fortement édulcorée. Quelques médecins, tels que Hall, le font prendre à des doses plus élevées. D’autres auteurs se sont contentés de prescrire les acides végétaux, tels que le suc de citron (Mellin) et le vinaigre (Sachs). En Angleterre et en Allemagne on donne l’eau régale en bains de pieds et à l’intérieur (6).
Vomitifs. — L'émétique, déjà recommandé par Frédéric Hoffmann, a été donné à une dose élevée par Fontaneilles (7). Un gramme vingt centigrammes de
(1) Rostan, Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1835.
(2) Villeneuve, Dictionnaire des sciences médicales.
(3) Lombard, Ictère spasmodique ; emploi du sous-carbonate de soude; guérison en dix-huit jours ( Gazette médicale, 1-836, p. 395).
(4) Mace, Themedic. Heposit. New-York, 1812.
(5) Baglivi, Prax. med., lib. I : De ictero flavo.
(6) Scott, On the internai and external use of the nitro-munatic acid in the cure ofdiseases {Médico-chirurgical Transactions , London, 1817, vol. VIII, p. 1 13).
(7) Fontaneilles, Hevue médicale, t. X.