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MALADIES DE LA RATE

Les affections de la rate sont beaucoup moins bien connues que celles du foie. C. B. Heinrich (3) a réuni le plus grand nombre des faits relatifs aux affections de la rate pour en faire une histoire complète. [ Vigla (4), E. Collin (5), J. Meunier (6), ont étudié le même sujet à divers points de vue.

Suivant certaines théories, encore peu acceptées, de la généralité des médecins (celles de Piorry pour les fièvres intermittentes; de Virchow, pour la leukémie; de f rerichs, pour la mélanémie), les lésions de la rate seraient la raison organique de maladies graves du sang ou du système nerveux; en dehors de ces idées doctrinales, les affections primitives de la rate sont excessivement rares, et, presque toujours, a 1 origine des manifestations morbides venant de cet appareil, il est possible

(1) Baudon, thèse citée, p. 99.

(2) Ozanam, Recherches sur les formes de l’ictère essentiel ( Gazette médicale, 1 84G,

p. 382 et 403). v ’ ’

(3) C. B. Heinrich, Die Krankheitcn der MHz, etc. Leipzig, 1847.

(4) \igla, Recherches sur la rupture spontanée de la rate (Arch. qén. de méd., 1843, 4e série, t. III, p. 377 et 1844, 4‘; série, t. IV, p. 17).

(5) E. Collin, Recherches sur les affections de la rate dans les fièvres paludéennes de l' Algérie [Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires, t. IV, p. 83, 2e série.— Des ruptures spontanées de la rate dans les affect, palud. ( id ., t. XV).

(6) J. Meunier, Rapport sur un cas de rhpture de la rate présenté par Chaume 1 (Bull, de la Soe. anal., avril 1 803).

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

de retrouver une cause qui a agi d’une façon très-étendue sur l’économie, et en particulier sur l’état du sang; la plus importante des causes de cet ordre est, sans contredit, la lièvre intermittente ou rémittente marématique. Souvent encore, c’est un traumatisme qui atteint la rate déjà altérée, et fait surgir les manifestations que nous allons étudier. ]

Il n’est que trois affections de la rate qui méritent de nous arrêter : ce sont la splénite et Y engorgement chronique de la rate, considérés indépendamment des lièvres intermittentes, et la rupture de la rate, qui produit des accidents promptement mortels. Vigla a publié sur cette dernière lésion un mémoire; mais la rupture de la rate n’est pas un accident dû à une affection primitive; dans le cours ou à la suite de maladies générales ou de cachexies, dont l’état particulier de l’organe qui donne lieu à la rupture est une simple conséquence, on la voit presque exclusivement se produire.

ARTICLE PREMIER

SPLÉNITE.

Plusieurs ouvertures de corps ont montré des abcès ayant leur siège dans le tissu splénique. Mais, alors même que l’inflammation est parvenue à un degré assez haut pour produire la suppuration, les symptômes sont obscurs, et, d’après les quelques observations que l’on possède, ont peu de caractères propres et bien tranchés.

§ I. — Causes.

On ne sait rien de positif sur les causes prédisposantes : on a dit que les hommes étaient plus sujets à celte affection que les femmes, mais les preuves manquent. Ce que nous savons d’une manière certaine, c’est que la splénite est une maladie presque toujours secondaire; elle survient principalement dans les cachexies palustre, hémorrhagique et alcoolique.

Parmi les causes occasionnelles, nous citerons les violences extérieures, le refroidissement et les courses longues et rapides. Quant aux émotions morales, aux suppressions du flux, à l’extension de l’inflammation des organes voisins à la rate, on en a plutôt supposé que démontré l’existence.

Début. — Les principaux symptômes du début qui ont été signalés, sont les frissons, la chaleur et les sueurs abondantes (1); mais dans les cas où les choses se passent ainsi, n’y a-t-il pas de véritables accès de fièvre intermittente?

§ II. — Symptômes.

Parmi les symptômes de la maladie confirmée, on a indiqué principalement la perte de l'appétit, la soif, les nausées, les vomissements, une tension, une gène, une douleur plus ou moins vive dans l’hypochondre gauche et dans 1 épigastre, douleur qui s’irradie vers l’abdomen et l’épaule gauche.

L’aspect de la région splénique ne présente rien de remarquable, tant qu un abcès superficiel ne s’est pas formé; mais si l’on pratique la percussion, on peut s’assurer qu’il y a un gonflement plus ou moins notable de l’organe. On constate

(1) DnlmaSj Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. XXVII, art. Rate.

SPLENITE.

SYMPTÔMES

en même temps un certain degré de sensibilité à la pression; et si le gonflement est très-considérable, la palpation exercée sous le rebord des fausses côtes gauches fait reconnaître une résistance avec sensibilité, due au développement de la rate du côté de l’abdomen.

La douleur à la palpation a manqué dans une des deux observations rapportées par Mallet (1).

Abcès. — Dans les cas où un abcès considérable se produit, on observe des phénomènes analogues à ceux que nous avons décrits dans les cas d'abcès du foie, c’est-à-dire qu’il y a du gonflement, de l’empâtement, une rougeur diffuse, et qu 'enfin une fluctuation plus ou moins manifeste finit par se produire.

Les signes de l’abcès se montrent, soit vers les lombes, soit dans l’espace compris entre les fausses côtes gauches et la ligne blanche ou l’ombilic. Dans la deuxième observation de Mallet, la saillie de la tumeur et la fluctuation furent trèssensibles à ce niveau.

Dans les cas d’inflammation intense, la fièvre est considérable, et, suivant* quelques auteurs, revient par accès irréguliers. Chiappini (2) a cité un cas d’abcès de la rate remarquable en ce qu’il y eut des accès de fièvre intermittente, mais qui ne se manifestèrent que le huitième jour de la maladie. Jusqu’alors la fièvre avait été continue. Charltou (3) a observé un cas semblable chez un homme de quarantedeux ans, habituellement bien portant. Les symptômes furent la soif, l’anorexie, une douleur vive dans le trajet du côlon et à l’épigastre, une sensation de plénitude et de résistance dans l’espace compris entre les fausses côtes et l’ombilic, et un mouvement fébrile intense. Le malade succomba dans le marasme avec des symptômes cérébraux et fébriles violents. Il ny avait pas d’intermittence réelle ; seulement les jours étaient plus calmes que les nuits. A l’autopsie, on trouva dans la rate une cavité de cinq à sept pouces de diamètre, pleine de pus mêlé de sang.

Enfin on a noté la constipation, X abattement, et, plus tard, la diarrhée avec un affaiblissement extrême, l 'agitation, le délire, phénomènes qui précèdent la mort de peu de temps, et qui peuvent être considérés comme des symptômes d’agonie.

Dans des cas observés par Gruveilhier (4), les symptômes les plus remarquables furent des nausées, des vomissements, de la suffocation, de X angoisse, un pouls médiocrement fort et fréquent, et quelques signes de rémittence. Grisolle (5), qui rappelle ces faits, ajoute qu’il a vu un appareil de symptômes semblables, et de plus, des phénomènes cérébraux , dans un cas de splénite circonscrite ; mais il pense qu’en pareil cas la lésion était probablement une lésion secondaire d’une maladie indéterminée.

[Gomme signes bons à noter, Mallet a remarqué qu’à l’époque de la formation des abcès dans la splénite consécutive aux fièvres palustres, la teinte cachectique particulière des malades faisait place à la fraîcheur de la peau, comme si le miasme se détruisait dans 1 organe qui paraît le collectionner. Dans un de ces deux cas, le

(1) Mallet, Abf'ès de la rate, etc. ( Recueil de mémoires de médecine et de chirurqie militaires, 3* série, t. II, 1859).

(2) Chiappini, The Lancet, juillet 1845.

(3; Charlton, London medical Gazette, février 4849.

(4) J. Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, 11° livraison.

(5) Grisolle, Traité de pathologie interne, 9U édition. Paris, 18G5, t. I, p. 345.

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MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIOESTIVES

sujet a montre, dès qu il a eu son abcès, une boulimie analogue à la voracité que quelques expérimentateurs (1) ont notée (liez les animaux privés de leur rate.] Jtoscli a noté, dans le cas soumis à son observation, la couleur brun clair de la langue, des épistaxis, et une grande acidité de l'urine.

§ III. — Marche, durée, terminaison.

Quelques auteurs ont assigné à la splénite une intermittence d’abord irrégulière, elqui tend ensuite à se régulariser; mais c’est un fait encore à étudier. Dans le cas rapporte par Rosch (2), 1’alTection se termina par résolution : on a cité quelques autres faits du même genre. [Alors les symptômes généraux et locaux disparaissent peu à peu; la tuméfaction locale, toutefois, est très-lente à se dissiper.] On a vu aussi des abcès de la rate se vider, comme ceux du foie, dans l’intestin , dans l’estomac, dans les j tournons , et même dans le vagin (3). Dans quelques cas, on a vu 1 abcès s ouvrir a l’extérieur, et plus souvent encore on a donné issue au pus à 1 aide de J instrument tranchant. Dans ces divers cas, la terminaison peut être heureuse.

[hile est fatalement mortelle quand l’abcès splénique s’ouvre dans le péritoine, ainsi que cela s’est présenté citez un des malades de Mallet et chez celui dont Védrenne (A) rapporte l’observation. Dans ces cas, la maladie dura de vingt à trente jours.]

§ IV. — Lésions anatomiques.

A l’ouverture des cadavres, on trouve la rate volumineuse, d’une couleur foncée, molle, lriable, présentant parfois des traces d’infiltration purulente, quelquefois des collections de pus disséminées, et enfin des abcès volumineux, [dans lesquels on constate souvent des caillots ou de la houe splénique avec le pus. Dans les cas compliqués, on retrouve, naturellement, les traces de l’ouverture de l’abcès dans différentes cavités, et particulièrement les lésions de la péritonite quand elle a fermé la scène morbide].

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la splénite est difficile. La douleur dans l’hypochondre gauche, la tuméfaction de la rate, reconnue à l’aide de la palpation et de la percussion, le mouvement fébrile et l’absence de toute affection de l’estomac et des poumons, doivent porter à admettre l’existence d’une splénite, surtout si ces conditions se rencontrent chez un sujet qui a souffert de fièvre intermittente, eu qui a fait des excès alcooliques.

Lorsqu’il se forme un abcès et qu’il se présente aux lombes, on peut se demander s’il s’agit d’une suppuration du rein gauche ou du tissu cellulaire qui envi-

(1) Schiff, Archiv fur Heilkundc , t. III, 3e livraison, 1862.

(2) Rosch, Algem. medic. Zeit., juillet 1835. ,

(3) Schlichting, cité par Dalmas, toc. cit., t. XXVII, p. 261.

(4) Védrenne, Abcès hématique de la rate ouvert dans le péritoine, observé chez un homme atteint de purpura (Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires, 2e série, t. XIV, 1854).

SPLÊNITE CHRONIQUE. — CAUSES. 3 Ü 1

ronne cel organe. Le cas est très-difficile à diagnostiquer ; nous renvoyons son étude à l’article où il sera question des maladies rénales.

Pronostic. — Le pronostic est grave; cependant nous avons vu que la guérison avait lieu dans des circonstances assez nombreuses.

§ VI. — Traitement.

Il suffit d’indiquer rapidement les divers moyens mis en usage. Les faits nous manquent pour les apprécier convenablement; c’est à l’observation ultérieure à nous en faire connaître l’efficacité.

Emissions sanguines, émollients. — [Si la spléuite était primitive et que l’on eût affaire à un sujet dans des conditions de santé générale moyennes, on pourrait recourir aux émissions sanguines, à la saignée générale, et mieux à des applications de sangsues ou de ventouses scarifiées, loco dolenti ; mais le plus souvent, les malades sont déjà affaiblis et l’on préfère recourir aux vésicatoires, aux frictions irritantes, ou simplement aux bains, aux topiques émollients, en maintenant le malade à la diète ou aux aliments légers. ]

Purgatifs. — Quelques médecins recommandent de légers purgatifs ; mais il est douteux que ce moyen ait d’autres avantages que de tenir le ventre libre.

Antipériodiques. — La plupart de ceux qui se sont occupés de cette affection ont recommandé l’administration du sulfate de quinine à la dose de 50 centigr. à 1 gramme et plus, selon les cas, et plusieurs ont insisté sur l’avantage d’unir l’administration de ce médicament à l’emploi du traitement antiphlogistique. [ Cette prescription a souvent été une concession à des idées théoriques relatives au rôle de la rate dans l’intermittence ; mais, précisément, l’expérience a donné tort en ceci à ces idées, car le sulfate de quinine a toujours échoué et même dans les cas où la spléuite venait de la cachexie palustre, il ne l’a ni prévenue ni dissipée.]

Traitement chirurgical. — Il est indiqué dans les mêmes conditions que pour les abcès du foie et comporte les mêmes procédés.

ARTICLE IL

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