SPLÊN1TE CHRONIQUE, ENGORGEMENT CHRONIQUE DE LA RATE
[Nous nous restreindrons, le plus possible, dans cet article, «à la seule inflammation chronique de la rate, pure d’influence palustre, ou tout au moins envisagée d’une façon indépendante et en dehors de ses rapports avec les fièvres de marais. ]
§ I. — Causes.
Les causes de Y inflammation chronique bien caractérisée ne peuvent guère être cheichées que dans les violences extérieures. On a vu, à la suite de coups, de chutes sut la région splénique, la rate se tuméfier, devenir douloureuse, et présenter api ès la mort, survenue plus ou moins longtemps après la violence extérieure, des traces de suppuration. En pareil cas, l’existence de l’inflammation chronique n’est pas douteuse. Quelquefois on a trouvé une infiltration purulente , des collections de pus disséminées , sur des sujets chez lesquels on ne pouvait découvrir aucune cause semblable, et dont on ne pouvait rapporter la maladie à aucun
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DK i EST I V ES.
étal pathologique antérieur. Ces cas d’inflammation chronique de la rate sont extrêmement rares. [Monneret (1) a cité un cas remarquable de splénite chronique sans qu il y ait eu ni fièvre, ni violence extérieure; L. Colin (2), un autre dans lequel la contusion originelle était assez douteuse.
Les cas les plus nombreux d’engorgement chronique de la rate sont, incontestablement, secondaires aux fièvres intermittentes, ainsi que cela est établi par les recherches de INivel (3) et de médecins militaires, parmi lesquels nous avons cité l’intéressant travail d’Ji. Collin. Le scorbut , le rachitisme, la scrofule , comportent aussi le développement de la rate (h) : mais, dans ces dernières, ainsi que dans certains cas A' hémophilie, comme Laveran (5) l’a observé au Yal-de-Gràce, il s’ajoute quelquefois à l’ensemble morbide, un élément important, la leukémie ou leucocythémie. Nous n’avons pas à apprécier ici le rôle de l’augmentation des globules blancs, primitif ou secondaire, dans les états morbides de la rate : cette question a été discutée à l’article Leucocythémie (tome I, page 548). Dans les observations de Monneret et de L. Colin, la leukémie manquait positivement; il en était de même dans un cas cité par "Woillcz (6). ]
Nous ne parlerons par ici de V hérédité, déjà signalée par Hippocrate, des professions,.Ae Y hygiène en général, Aes saisons, etc.; ce sont là des questions secondaires qui ne peuvent être résolues qu’après les précédentes.
§ II. — Symptômes.
On a cité un certain nombre d’exemples (7) qui prouvent que l’hypertrophie très-considérable de la rate peut exister sans que la sauté en paraisse notablement altérée. Mais cette observation ne peut s’appliquer aux cas où il existe une inflammation chronique bien caractérisée . Dans ces cas, en effet, on trouve, outre les signes physiques que nous indiquerons plus loin, une douleur plus ou moins vive dans l’hypochondrc gauche, augmentée par la pression, par les grands mouvements, par la marche; et, de plus, on observe les symptômes de la fièvre hectique, qui entraîne plus ou moins rapidement le malade au tombeau, après l’avoir jeté dans le marasme. C’est, au reste, ce qui arrive dans tous les cas où un organe est envahi par une suppuration lente.
Chez quelques sujets, le petit accès fébrile que l’on remarque le soir dans toutes les suppurations chroniques est marqué; il cède même à l’emploi du sulfate de quinine, et l’on s’est empressé de citer ces cas comme venant à l’appui de l’opinion qui place le siège de la fièvre intermittente dans la rate. Mais on a oublié que pareille chose peut arriver dans certaines affections chroniques dont la conséquence est la consomption, dans la phthisie par exemple.
[Il existe assez souvent une teinte terreuse, ou même ictérique, due à la solicla-
(1) Monneret, Splénite chronique ( Archives généra 'es de médecine , novembre 1859).
(2) L. Colin, Etudes cliniques de médecine militaire. Paris, 1864.
(3) Nivet, Archives générales de médecine, 1838, 3° série, t. I, p. 310, t. Il, p. 25.
(4) Preussi, cité par Nivet.
(5) Laveran, Note sur un cas d'hémophilie avec 'leucocythémie et altération de la rate [Gazette hebdomadaire, 1857).
(6) Woillcz, Obs. d! hypertrophie de la rate, etc. [Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1857).
(7) Mivat, Recherches sur l'engorgement et F hypertrophie de lu rate. — Voyez ceux que Nivet a empruntés à Vésale, Forreslus, Mappus, etc.