RUPTURE DE LA RATE. — SYMPTÔMES
3° L’étal de la circulation n’a été noté que dans un petit nombre de cas; dans ceux-ci, le pouls s’est montré fréquent dès l’invasion de l’accident, et l’est devenu de plus eu plus jusqu’au moment de la mort. Il offre d’ailleurs des caractères trèsdifférents, suivant les phases et l’étendue de l’hémorrhagie. Au moment où elle a lieu, si elle est très-abondante, le pouls disparaît, la ligure pâlit, les extrémités se refroidissent, et le corps se couvre d’une sueur froide: c’est dans ces cas-là que la mort survient presque immédiatement ; elle a lieu par syncope. Dans un degré moins fort, le pouls continue à être senti, mais petit, serré, formicant.
Si on le réexamine plusieurs heures après l’accident, et que le malade ait eu le temps et la force de réagir, le pouls se développe, peut devenir même assez large, quoique conservant de la mollesse; quelquefois il a été trouvé bis feriens et même vibrant ; alors aussi la face est rouge et animée, et la peau chaude, halitueuse. Les deux états opposés fournis par les organes de la circulation peuvent se remplacer plusieurs fois ; mais presque constamment, dans la dernière période, le pouls redevient très-petit, très-fréquent, la peau froide, et un état de faiblesse extrême précède de quelque temps la mort.
La respiration , en général, ne reçoit pas d’atteinte directe de la rupture de la rate ; mais la douleur, ordinairement si vive, arrêtant les contractions du diaphragme, la dilatation et le resserrement de la poitrine se font principalement par l’écartement des côtes. Dans quelques cas, il y a une petite toux sèche qu’il faut regarder comme sympathique; mais dans d’autres, on peut l’expliquer par l’existence d’un état morbide des poumons antérieur à l’accident. Dans deux cas, le : siège de la douleur, circonscrite à l’hypochondre gauche, les désordres survenus dans le rhythme des mouvements respiratoires, le trouble de la circulation et la
gravité de la maladie, ont fait soupçonner l’invasion d’une pleurésie diaphragmatique.
5° La mort peut survenir sans que le malade ait présenté le moindre dérangement du côté de 1 intelligence. La mort a lieu dans un délai ordinairement trop court pour que cette fonction ait eu le temps de se troubler. C’est ce qui résulte de trois observations assez détaillées. Un certain degré d 'excitation et d’agitation est inséparable de douleurs aussi vives que celles dont nous avons parlé, et l'abattement, la prostration qui surviennent plus tard, sont en rapport avec la quantité de sang peidu pai le malade, et 1 action débilitante exercée sur le système nerveux pai la violence et la continuité des douleurs. INous ne pouvons attacher d’importance à d 'autres désordres cérébraux plus profonds, tels que le délire, la stupeur, le coma, dont il est question dans trois observations, ces malades étant en même temps sous 1 influence, le dernier d une fièvre tvphoïde, les deux autres dune fièvie intei mittente, dans un pays (Rome) où cette affection prend souvent le caractère pernicieux. (Vigla. )
Janssens (1) a vu la rupture de la rate produire une mort rapide chez un homme atteint de fievi e intermittente. Cet accident arriva au commencement du troisième accès, a la suite d une violente colère. Un des principaux symptômes consista dans des crampes tres-vwes dans les testicules. [Chaumel, dans l’observation qui fait le sujet du rapport de J. Meunier, a constaté X hématurie. ]
(1) Janssens, Annales de la Société de médecine d’Anvers, octobre 1845.
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
Les symptômes qui viennent d’être décrits sont, comme on le voit, les mêmes, a des nuances près, (pie ceux qu’on observe dans des cas de perforation et de rupture des autres organes. [Selon Vigla, il ne se mêlerait à cet ensemble aucun signe de nature inflammatoire, grâce à la tolérance du péritoine pour le sang. Cette tolérance est réelle: toutefois, dans le cas de Chaumclet dans quelques cas d’E. Collin, il y avait péritonite et l’on avait pu en reconnaître les indices. Bien plus, dans un des cas de ce dernier observateur, l’hémorrhagie était absolument nulle. ]
§ III. — Marche, durée, terminaison.
Dans le plus grand nombre des cas, la mort arrive avant vingt-quatre heures; quelquefois elle est subite. Dans les faits observés par Vigla, quatre fois elle a eu lieu plus de vingt-quatre heures après la rupture ; une fois seulement il s’est écoulé un intervalle de six jours entre cette rupture et la terminaison funeste. Cette terminaison a été constante. [Dans le cas de Chaumcl, le malade mourut treize jours après le traumatisme, cause de la rupture, subitement et au moment où il se croyait guéri.]
§ IV.— Lésions anatomiques.
Un volume plus considérable de la rate, des épanchements de sang dans son intérieur, le ramollissement de cet organe, les caillots plus ou moins organisés qu’il contient, des déchirures de formes diverses à ses différentes faces, mais surtout à sa face externe, et enfin un amas de sang dans le péritoine, composé en partie de caillots plus ou moins volumineux et en partie d’un liquide de consistance variable et noir, amas qui peut être assez considérable pour avoir été évalué dans quelques cas à deux litres, telles sont les lésions anatomiques qui résultent de cet accident.
[E. Collin a généralement constaté le ramollissement avec hypertrophie : dans un cas, la rate était brisée et les morceaux détachés se retrouvaient dans l’abdomen: clans sa cinquième observation, il y avait communication d’un foyer de la rate, tenant un quart de litre de pus sanieux, inodore, de couleur chocolat, avec la plèvre gauche ; enfin, une fois, on put constater un commencement de réparation de la rupture. D’ailleurs, il y avait souvent péritonite. ]
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Il n’est pas difficile, dans le plus grand nombre des cas, de reconnaître qu’il s’agit (l’une affection du péritoine due à la rupture d’un organe et à un épanchement dans cette cavité séreuse. Mais comment reconnaître qu’il s’agit de là rupture de la rate plutôt que de celle d’un autre organe ? Vigla convient qu’on doit être très-réservé sur ce point; que cependant si, par les commémoratifs, on arrive à s’assurer (1e l’existence antécédente d’une affection de la rate, et surtout d’une des maladies qui donnent ordinairement lieu à son engorgement, comme la fièvre intermittente ; si l’on peut constater que la douleur a eu son point de départ à l’hyochondre gauche, et s’il existe des symptômes qui appartiennent à l’ hémorrhagie interne, on peut admettre l’existence d’une rupture de la rate, que vient ensuite confirmer la marche extrêmement rapide de la maladie.
Le pronostic est excessivement grave ; cependant, dans deux des observations qu’il a rassemblées, Vigla a trouvé dans la marche de l’affection, et dans certaines