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PÉRITONITE AIGUË. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON

La suppression des urines est parfois aussi très-remarquable. Forget (1) a signalé ce symptôme d’une manière particulière.

L 'altération des traits se produit aussi avec une très-grande rapidité. La face est grippée; elle exprime une très -vive anxiété, et en peu de temps les traits sont altérés, comme s’il était survenu un amaigrissement considérable.

Le décubitus est également remarquable. Les malades se ramassent, se pelotonnent sous les couvertures. Us craignent le moindre mouvement, et manifestent une vive répugnance pour toute exploration.

Des frissons de plus ou moins longue durée, revenant à de courts intervalles, une vive sensibilité au froid , le refroidissement rapide des extrémités, la conservation de l’intelligence au milieu de ces affreuses souffrances, complètent le tableau de la maladie, en y ajoutant néanmoins quelques symptômes déjà indiqués à propos des autres péritonites, mais qu’il serait inutile de reproduire ici, car ils n’ont rien de caractéristique.

La violence des principaux symptômes peut notablement diminuer, sans que pour cela l’inflammation ait perdu de son intensité. Ainsi on voit dans quelques cas, et presque exclusivement dans ceux où la maladie a une durée de plus de vingt-quatre heures, la douleur diminuer notablement, et assez, suivant l’expression de Louis, pour que les malades soient bientôt sans crainte sur leur situation.

<■ Mais alors, ajoute cet auteur, d’autres symptômes doivent empêcher le médecin de partager cette sécurité : les traits restent grippés, les nausées et les vomissements continuent, ou bien la face, sans être profondément altérée, est pale et violacée; les malades éprouvent un frisson continuel, s’enveloppent le plus exactement possible dans leurs couvertures, et craignent d’en sortir; ils ont l’attitude d’un homme qui, ayant pris un bain froid, ne pourrait plus se réchauffer. »

On voit que les choses se passent différemment suivant les espèces de péritonites, bien qu’il y ait un très-grand nombre de symptômes communs; mais ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est qu’une douleur subite, inattendue, atroce, promptement étendue à tout l’abdomen, caractérise particulièrement la péritonite suraiguë par perforation, qui, de toutes les péritonites générales, est, avec la péritonite puerpérale, la première, sous le rapport de la fréquence, et aussi la plus grave.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la maladie est très-variable suivant les espèces, du moins quant à sa rapidité, car on peut dire qu’elle est toujours continue. Dans la péritonite partielle, on voit, il est vrai, survenir, à des intervalles variables, des exacerbations marquées, lorsque l’inflammation de la séreuse est sous la dépendance d’une affection organique qui présente dans son cours des alternatives d’activité et de ralentissement; mais, en pareil cas, on doit attribuer la douleur caractéristique de l’inflammation péritonéale à la production de plusieurs péritonites circonscrites qui se sont succédé aux intervalles indiqués. On en acquiert parfois la preuve à l’ouverture des corps, car on trouve, à côté d’adhérences déjà anciennes, des fausses membranes jaunes, molles, évidemment récentes. La rapidité de la marche est remar-

(1) Forget (de Strasbourg), Traité de l’entérite /olliculeuse. Paris, 1841, p. 242.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

quable dans h péritonite puerpérale, mais surtout dans la péritonite par perforation, où, dès les premiers moments, la maladie a acquis toute son intensité.

La durée de la péritonite simple spontanée ne peut être établie sur aucun fait positif; celle de la péritonite puerpérale a été fixée entre le neuvième et le sixième jour dans les cas ordinaires, mais quelquefois on voit succomber les malades en quelques heures. La durée de la péritonite par perforation ou par rupture est la plus courte dans presque tous les cas. Dans ceux qui ont été observés par Louis, 1 espace qui s’est écoulé entre le début de la perforation et la mort a varié entre vingt et cinquante-quatre heures, sauf chez un sujet qui n’a succombé que sept jours après le développement des premiers symptômes. Nous avons vu des faits semblables dans les cas d a rupture de la rate. Dans la rupture de l’estomac, l’impossibilité d’ingérer des boissons sans qu’elles tombent aussitôt dans la cavité enflammée, et le passage dans cette cavité des matières âcres coutenues dans cet organe, rendent la maladie mortelle en très-peu d’heures (1).

[La nature du liquide épanché a une grande influence sur la rapidité et l’intensité avec lesquelles apparaissent les symptômes de péritonite ; les observations des chirurgiens ont établi que le sang est mieux toléré que la bile ou que les liquides intestinaux ; que l’urine est, de tous les liquides de l’économie, le plus offensif poulie péritoine. Les opérations pratiquées sur le péritoine, et plus particulièrement, dans ces derniers temps, les manœuvres laborieuses de l’ovariotomie sont d’un grand enseignement vis-à-vis la mesure et les conditions de la tolérance de celle membrane pour les corps étrangers liquides ou solides.]

La terminaison de la péritonite générale est presque toujours la mort. Les cas dans lesquels on pourrait espérer le plus une terminaison heureuse sont, sans contredit, les cas de péritonite simple spontanée; mais nous avons vu combien de doutes s’élèvent sur la réalité de la plupart d’entre eux.

[On se reportera à ce qui a été dit des péritonites rhumatismales et l’on pourra lire deux observations présentées à la Société de médecine pratique par Duhamel (2) (séance du 7 novembre 1861), et Masson (séance du 3 juillet 1862) (3).]

La péritonite par extension de l’ inflammation a presque toujours une terminaison funeste lorsqu 'elle est générale; mais ce n’est pas, heureusement, le cas le plus fréquent. Tout le monde connaît la terminaison de la péritonite puerpérale; les cas de guérison sont rares; mais, en pareil cas, la terminaison par la mort est due aussi bien à d’autres lésions dépendantes de la fièvre puerpérale qu’à la péritonite elle-même.

[Nous répétons ici ce que nous avons dit plus haut (p. 331), que la péritonite puerpérale, lorsqu’elle est généralisée et qu’elle n’est que l’expression de la fièvre puerpérale, surtout en temps d’épidémie, se termine généralement parla mort; mais qu’il est loin d’en être ainsi de la péritonite pelvienne ou métro -péritonite inflammatoire, laquelle est relativement bénigne et se termine fréquemment par la guérison. ]

(1) Voy. tome III, articles Perforation, Rupture de l’estomac.

(2) Duhamel, Mort très-rapide survenue par suite d'une péritonite suraiguë foudroyante [Gazette des hôpitaux, 1861, p. 608).

(3) Masson, Péritonite aiguë; application de la glace; guérison ( Gazette des hôp., 1862, p. 468).

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