PÉRITONITE AIGUË. — LÉSIONS ANATOMIQUES
Il est bien peu de cas où la péritonite par perforation n’ait pas occasionné la mort. Cependant Graves et Stokes en ont cité des exemples que nous rappellerons 'a l’occasion du traitement, et de Castelnau a publié un fait très-intéressant de fièvre typhoïde grave dans lequel les signes de la perforation s’étant montrés, la guérison a cependant eu lieu; mais n’oublions pas que ce fait est exceptionnel
[Dans tous les cas, d’ailleurs, on a pu avoir affaire h une péritonite sans perforation, telle que celles dont il a été question précédemment (p. 323), et il est assez probable qu’il en était ainsi.
Des péritonites consécutives, autres que la péritonite par perforation, peuvent se terminer par lYssue du liquide purulent au dehors. Aldis (i) a cité l’observation d’une petite fille de sept ans, chez qui une tumeur formée à côté de l’ombilic s’ouvrit spontanément et amena la guérison au bout d’un mois d’écoulement purulent. De la Plagne (2) a vu le même fait se produire, après une ponction évacuatrice, cbez une femme atteinte d’une péritonite puerpérale : la guérison suivit la fermeture de la fistule ombilicale spontanée. Sottas (3) a observé deux cas analogues sous ce rapport, dans le service de Marotte : il s’agissait de pelvi-péritonites.]
Quant au \ péritonites partielles, on peut dire qu’elles ne sont pas dangereuses par elles-mêmes, et de là vient qu’on trouve, dans les cas d’affections organiques chroniques, ou un temps plus ou moins long après des inflammations aiguës des viscères, des adhérences plus ou moins fortes qui unissent les organes abdominaux aux parois de la cavité.
Ces adhérences, qui peuvent gêner le jeu des organes, donnent parfois lieu à des accidents qu’il importe de signaler ici. Le ventre reste sensible dans le point où elles existent, et cette sensibilité se manifeste surtout dans les grands mouvements du tronc, parce qu’alors il y a un tiraillement de ces adhérences qui se fait sentir et à l’organe et aux parois abdominales. Les viscères, comme le foie et l’estomac, peuvent être maintenus dans une position différente de l’étal normal, et de là une gêne plus ou moins grande de leurs fonctions. Mais nulle part ces accidents, suites des adhérences, ne se font sentir avec autant de force que dans certains cas d’adhésion anormale des intestins. Nous avons déjà vu des brides résultant de péritonites partielles étrangler complètement le canal intestinal. Quelquefois plusieurs anses adhèrent ensemble, et le mouvement péristaltique étant gêné, les matières s’accumulent; d’autres fois cet eiujouement intestinal est causé par l’adhérence d’une anse à un autre organe, comme à l’utérus, à l’ovaire tuméfié et malade; il en résulte que le milieu de cette anse devient déclive, et que l’engouement intestinal se produit avec tous ses accidents. Cossy a communiqué à la Société d’observation un fait de ce genre.
§ V. — Lésions anatomiques.
1° Lésions communes à toutes les péritonites. — D’après les recherches et les
(1) Aldis, London medical Gazette, novembre 1846.
(2) De la Plagne, Péritonite puerpérale ; épanchement purulent considérable dans la cavité péritonéale ; paracentèse ; guérison {Gaz. des hôpitaux, 1861, p. 255).
(3) Sottas, Pelvi-pèritonite suppurée ; ouverture spontanée par V ombilic, etc. ( Union méd .,
juin 1864, p. 418).
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
cxpiM iences do Scoutetten (1), Gendrin (2), Amiral (3), de petites rougeurs en sti >cs ou on jilaques sont les premières traces de l’inflammation du péritoine; le siège do ces lougeurs se trouve dans le tissu cellulaire sous-péritonéal. [Elles sont ducs a I hypérémie capillaire et à l’extravasation sanguine dans l’épaisseur du tissu. Ea sui face de la membrane se ternit de bonne heure par la chute de l’épithélium, elle prend un aspect velouté et devient un peu visqueuse au toucher (ô).] G ne certaine quantité de liquide de nature variable se trouve réunie dans les parties les plus déclives: on peut admettre que, dans les cas de péritonite spontanée, s’il en existe, ce liquide a des propriétés analogues à celui de la pleurésie et variant depuis l’état de sérosité limpide jusqu’à la purulence complète. Lorsqu’il y a eu perforation on rupture d’une cavité, il est clair que le mélange du contenu de celle-ci avec le liquide fourni par le péritoine en modifie la composition, par suite, à la fois, du mode particulier d’irritation et do la nature des éléments étrangers versés dans I abdomen. Bientôt après, le péritoine se couvre d’une exsudation plus ou moins épaisse, qui ne tarde pas à s’organiser en fausses membranes. Celles-ci, quand elles sont toutes récentes, sont d’un blanc jaunâtre, molles, et se détachent facilement de la séreuse sous-jacente qui a perdu son poli, sa transparence, et est devenue cassante. La quantité des fausses membranes qui se forment ainsi peut être extrêmement considérable. Elles remplissent les anfractuosités, collent ensemble les intestins, forment des traclus qui se portent des viscères aux parois abdominales, et ont souvent une épaisseur considérable.
Tantôt on ne trouve, dans la profoudeurdu petit bassin, vers les flancs, et assez rarement ailleurs, qu’une quantité médiocre de sérosité trouble, blanchâtre, contenant des flocons fibrineux; tantôt c’est une véritable collection purulente mêlée ou non d’une petite quantité de matières fécales liquides, de bile, etc., suivant l’organe perforé ou rompu. Parfois le liquide purulent est assez abondant, mais ordinairement alors il y a eu ouverture d’un abcès considérable dans le péritoine; c’est ce qu’on voit dans certains cas de phlegmon des fosses iliaques. Enfin le liquide est parfois sanieux et très-fétide, c’est ce que l’on observe principalement dans les cas de gangrène des organes abdominaux.
Quelquefois on trouve dans le liquide contenu dans le péritoine une certaine quantité de sang, ce qui a paru à quelques auteurs assez important pour faire une espèce particulière de péritonite, qu’ils ont désignée sous le nom de péritonite hémorrhagique. Dans la cinquième observation d’Andral (5), il est dit d’abord qu’un flot de liquide rouge, semblable au sang qu’on tire de la veine, s’écoula à l’ouverture de l’abdomen. Puis, dans scs réflexions, l’auteur se borne à dire que le liquide était formé d’une sérosité fortement colorée en rouge par du sang. Ce n’est pas la première expression qui paraît la plus juste, à moins qu’il n’y ait eu rupture ou perforation d’un vaisseau. On comprendrait difficilement que le liquide pût ressembler à celui qu’on lire de la veine, si une quantité notable de sang n’avait
(1) Scoutetten, Mémoire sur l’anatomie pathologique du péritoine ( Archives générâtes de médecine , lrc série, t. III, p. 497, 1824 ; t. IV, p. 386, et t. V, p. 537).
(2) Gendrin, Histoire anatomique des inflammations.
(3) Andral, Clinique médicale et Anatomie pathologique.
(4) J. Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, t. II, p. 275, et t. IV, p. 416.
(5) Andral, Clinique médicale , t. II.