‹ Guide du médecin praticienChapitre 178 sur 305 · NÉPHRITE SIMPLE A1GUÎL • — CAUSES · texte numérisé non relu

NÉPHRITE SIMPLE A1GUÎL • — CAUSES

: seconde affection a constamment été la cause de la première: l’ordre de subordii nation des phénomènes doit être changé dans bien des circonstances : il ressort en .effet du bon travail de Raoul Leroy, d’Etiolles (1), que les néphrites peuvent ellesi mêmes être causes de paraplégie : il cite plusieurs observations où il est bien établi i que les maladies inflammatoires des reins ont précédé la paraplégie , laquelle, i du reste, ne résultait pas d’une altération de la moelle, puisque celle-ci était saine à l’autopsie. D’où nous concluons que si la paraplégie peut déterminer la néphrite , en arrêtant le cours des urines, la néphrite elle-même, en changeant la nature, ou plutôt en entravant la sécrétion des urines, peut occasionner la paraplégie urémique. ]

D’autres causes agissent d’une manière directe, quoique moins immédiate. C’est d’abord Y usage de certains diurétiques ; le nitrate de potasse, administré à des doses très-élevées, ou pris à des doses toxiques, peut aussi déterminer 1 inflammation des reins. Huzard a constaté expérimentalement ce fait sur le cheval (2) ; quelques observations faites sur l’homme tendent à le confirmer (Rayer). On voit que l’action du nitrate de potasse, comme cause de la néphrite, n’est appuyée que sur des faits assez peu concluants. Huzard a expérimenté sur un cheval morveux, c’est-à-dire dans les conditions où la suppuration des organes s’établit facilement; ces conditions étaient bien mal choisies. Quant aux expériences sur l’homme, qui ne sont qu’énoncées, on peut leur opposer ce dont nous avons été témoin dans ces derniers temps, où le nitrate de potasse a été donné à des doses très-considérables aux sujets affectés de rhumatisme articulaire aigu ; les auteurs n’ont pas signalé l’inflammation du rein. Ces sujets étaient aussi dans des conditions particulières. Si l’excitation produite par les diurétiques nous permet de supposer qu’à un certain degré elle peut dégénérer en une véritable inflammation, nous n’avons pas une démonstration rigoureuse.

L’action de l’huile de térébenthine n’est pas mieux établie, quoique des observations de F. Home (3), de Chopart (à), de Martinet (5), citées par Rayer, aient fait voir que cette substance produisait une excitation plus ou moins vive des voies urinaires, et un trouble marqué dans l’excrétion de l’urine.

Effets des cantharides. — Rayer en cite trois observations. Dans la première (6), il est cbt simplement que les uretères et les reins étaient enflammés, sans qu’il soit même fait mention de la vessie. Dans la seconde, il s’agit d’une phthisique à laquelle on avait appliqué, depuis un temps indéterminé , un vésicatoire, et qui, dans le cours de son affection, fut prise d’envies fréquentes d’uriner avec urines rares et difficiles, et d’une douleur augmentée par la pression au niveau du muscle carré des lombes du côté droit. Ces symptômes se dissipèrent en très-peu de jours. Y avait-il, dans ce cas, plus qu’une simple excitation de tout l’appareil urinaire ?

(1) Raoul Leroy (d’Étiolles), Des paralysies des membres inférieurs , 1856, première partie,

p. 15 et suiv. ,

(2) Huzard, Expériences et observations sur les effets du nitre chez le cheval ( Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, janvier 1788).

(3) Home, Medical facts and exp. London, 1758.

(4) Chopart, Traité des maladies des voies urinaires. Paris, 1821, t. II.

(5) Martinet, Mémoire sur l’emploi de l’huile de térébenthine dans lu sciatique, etc. Paris,

(6) Rayer, Extrait de la Gazette de santé, mai 1819.

Valleix, 5e édit.

et la douleur, qui avait son siège au niveau du rein droit, suffit-elle pour faire admettre ce diagnostic? Nous verrons plus loin, en étudiant les symptômes et la marche de la maladie, que ces signes ne sont pas suffisants. Enfin, dans la troisième observation, empruntée à Giacomini (1), voici ce qui se rapporte à l’état des voies urinaires : « A peine avait-il fini de prendre les cinq huitièmes de grain de cantharidine,... l’urine était devenue déjà abondante, et il la rendait librement d’abord ; puis il a senti une douleur au rein droit et une légère chaleur à l’urèthre... A midi,. .. les urines se suppriment tout à fait; le malade accuse une douleur intense aux reins, dans le trajet des uretères et à la vessie. » Nous ne croyons pas que ces faits puissent faire admettre rigoureusement l’existence d’une inflammation de la substance rénale elle-même, d’autant plus que, dans ce dernier cas, comme dans le précédent, et d’une manière plus frappante encore, les symptômes se sont dissipés avec une extrême rapidité, ce qu’on n’observe pas lorsqu’une inflammation s’est réellement établie. Rappelons, du reste, que les expériences d’Orfila, citées par Rayer lui-même, n’ont jamais eu pour résultat l’inflammation des reins, quoique l’empoisonnement ait été déterminé avec la poudre, le principe volatil, l’huile verte, l’extrait aqueux et l’extrait alcoolique de cantharides. Enfin, dans un des cas observés parBouillaud (2), et dont nous reparlerons à l’article Pyélite, le sujet ayant succombé, on n’a trouvé de traces d’inflammation que dans les calices, les bassinets et les uretères.

L’action du froid humide , surtout le corps étant en sueur, est rangée parmi les causes de la néphrite simple aiguë, et Rayer a rassemblé quelques observations dont la plupart présentent tous les symptômes d’une inflammation rénale bien caractérisée. Nous citerons celles qui appartiennent à Çellier (3), Bressand (ô) et Boullet (5). Cependant cette cause n’a qu’une influence très-limitée; car la néphrite produite par elle est très-rare, et peut-être une prédisposition particulière est-elle nécessaire pour sa production.

§ III. — Symptômes.

On distinguera la néphrite simple aiguë, non déterminée par des calculs urinaires, de la néphrite calculeuse.

1° Néphrite non calculeuse. — Début. — « Que la néphrite aiguë, dit Rayer, survienne à la suite d’une plaie, d’une contusion du rein, de l’impression du froid et de l’humidité, de l’absorption de substances âcres ou vénéneuses, d’une rétention d’urine, etc., son invasion est presque toujours marquée par un frisson plus ou moins prolongé. Lorsque la maladie est légère, lorsqu’elle ne porte que sur un des reins ou sué quelques points seulement de sa surface, le frisson peut être léger et passer inaperçu. » Il y a beaucoup d’exagération dans celte proposition si l’on s’en rapporte aux faits cités par Rayer lui-même. Le frisson n’est, en effet, mentionné ni dans les néphrites traumatiques, ni dans les néphrites aiguës

■ l) Giacomihi, Faits relatifs à la vertu thérapeutique de la cnntharidine ( Lancette française , 1838)

(?.) Bouillaud, Revue médico-chirurgicale de Paris, janvier et février I8A8.

(3) Sellier, Dissertation sur la néphrite. Paris, 1832.

(A) Bressand, idem , thèse. Paris, 181 A.

(5) Boullet, idem, thèse. Paris, an XII.

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