NÉPHRITE SIMPLE AIGUË. — LÉSIONS ANATOMIQUES. U
des voies urinaires où le cathétérisme suffit pour produire une fièvre intermittente très-marquée.
Durée. — Elle est variable suivant les cas. Dans les observations rapportées par Rayer, on voit que, lorsque la guérison a eu lieu, elle a pu être en général constatée du septième au neuvième jour, si la néphrite était simple, non calculeuse, et si l’affection ne se terminait pas par suppuration. Nous avons vu combien était courte la durée de l’affection dans les cas observés par Louis, et nous avons noté que la suppression de l’urine n’avait jamais duré plus de quarante-huit heures. Dans la néphrite calculeuse, il est impossible de dire quelle est la durée du mal, puisqu’on ne peut d’aucune manière connaître le moment où l’inflammation s’empare de la substance du rein. Une fois la cause déterminante (c’est-à-dire le calcul) enlevée, la guérison est extrêmement rapide. Lorsqu’il se forme un ou plusieurs abcès, la maladie a toujours une assez longue durée, car l’évacuation du pus, quelle que soit la voie par laquelle elle se fait, et la cicatrisation de l’organe
demandent toujours un temps considérable.
La néphrite simple aiguë qui n’a pas pour résultat la suppuration est une maladie qui se termine ordinairement par une guérison solide (Rayer). L’ingestion de certains poisons produit-elle une inflammation véritable? Et lorsque les accidents du côté des voies urinaires se sont calmés aussi bien que les accidents généraux, peut-on dire qu’il y a guérison d’une néphrite? C’est ce qui n’est nullement démontré. Mais dans des cas de néphrite simple aussi bien caractérisés que possible, produite par des causes toutes différentes, la guérison a été obtenue, en sorte qu’il ne s’agit ici que d’une question de nombre. Des accidents notables, et qu’on peut très-bien rapporter à une néphrite simple, se sont promptement dissipés.
Lorsque la suppuration s’empare de l’organe, l’affection est presque toujours mortelle, et cette terminaison a lieu soit avant l’évacuation du pus, et pour ainsi dire parla seule force du mal, soit après l’évacuation du pus par diverses voies, et par suite de l’affaiblissement graduel du malade ou des accidents divers qui peuvent survenir. Lorsque nous avons eu à traiter de la péritonite par rupture d'un abcès (pag. 325), nous y avons compris le cas d’ouverture des abcès des reins dans le péritoine, cas rare et toujours mortel.
§ V. — Lésions anatomiques.
L’augmentation, parfois très-considérable, de volume, la rougeur et le ramollissement de l’organe, lorsque la suppuration ne s’en est pas encore emparée, sont les lésions caractéristiques de l’inflammation à l’état aigu. [Cette augmentation de volume est principalement due à l’accumulation de matières plastiques dans les capillaires et les tubes excréteurs. (Voy. fig. 55, 56 et 57, pag. Ù07 et ù08).] C’est la substance corticale qui est le siège de ces altérations. Les diverses formes d’injections d’où résulte la rougeur sont assez nombreuses. Rayer a vu un pointillé rouge vif, l’injection marquée des vaisseaux corticaux, d’où il résultait que les polygones veineux étaient plus visibles, etc. Quelquefois les glandules de Malpighi se sont montrées, à la coupe et souvent à l’extérieur du rein, sous la forme de petits points noirs isolés ou rapprochés, en groupes ou en stries.
Rayera trouvé quelquefois un endurcissement du rein, au lieu d’un ramollissement, à la suite d’une inflammation aiguë. Est-ce là un mode de terminaison
de l’inflammation? C’est ce que l’analogie doit nous porter h penser; loulefois on ne doit admettre cette manière de voir qu’avec une certaine réserve, car l’auteur ne nous dit pas combien de temps après le début de l’inflammation est survenue la mort. Rayer a vu aussi des points anémiques au milieu de parties rouges endurcies, etc.
Le dépôt de pus dans les substances rénales a lieu sous diverses formes qu’on rencontre surtout dans la substance corticale, plus fréquemment enflammée que la substance tubuleuse. Pour être reconnus, plusieurs de ces dépôts exigent une assez grande attention. Ainsi de petits dépôts de pus du volume de la tète d’une grosse épingle situés au centre des polygones du réseau vasculaire du rein, apparaissent à l’œil nu comme des grains de sable blanchâtre, entourés d’un liséré d’un rouge brunâtre ; presque toujours aussi ils sont entremêlés de petits points rouges, dans lesquels le pus n’est pas encore déposé. (Rayer.)
Mais, en général, ces petits dépôts sont plus apparents ; ils égalent, suivant Rayer, le volume d’une grosse pustule d’impétigo, et peuvent se présenter avec la grosseur d’une noisette et une plus grande encore. Ils sont disséminés ou rassemblés en groupes semblables aux abcès multiples que nous avons décrits dans le foie. Parfois on trouve une infiltration purulente de la substance corticale et tubuleuse. 11 est très-rare de voir le pus rassemblé en un foyer unique.
Rayer a vu quelquefois un véritable ramollissement gangréneux, et la gangrène du rein a été indiquée par beaucoup d’auteurs.
Dans la néphrite traumatique, et particulièrement à la suite d’une déchirure des reins, il se dépose le plus ordinairement, non du pus, mais de la lymphe plastique, principalement constituée par de la fibrine décolorée.
La dissémination des foyers purulents est la seule lésion remarquable ; mais est-il bien certain que, dans un bon nombre des cas observés, il n’v eût pas une phlébite suppurative dont les abcès multiples sont la conséquence, et, dans les cas de ce genre, devrait-on admettre l’existence d'une inflammation simple?
§VI. — Diagnostic, pronostic.
Les maladies avec lesquelles on pourrait confondre l’inflammation simple aiguë du rein ont leur siège dans le même organe, ou lui sont étrangères ; ce sont les premières qui présentent surtout les difficultés dont nous venons de parler.
L’ inflammation des calices et du bassinet donne lieu aux principaux symptômes de la néphrite; mais nous avons vu que la présence du pus dans 1 urine est un caractère de la pyélite et n’appartient pas à la suppuration du rein lui-même, quoique longtemps on ait pensé le contraire. Il n’v aurait donc rien de difficile dans ce diagnostic, si l’on pouvait s’assurer que le pus ne vient pas de la vessie; mais il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, dans la plupart des cas, de s assurei que
la vessie est complètement saine. (Rayer.)
Des symptômes généraux très-graves existant, s’il survient des symptômes locaux du côté des reins, on devra admettre que ces organes sont enflammés. U i estera à savoir s’il s’agit d’une lésion primitive ou secondaire ; si la néphrite n est pas simplement la conséquence d’un violent mouvement fébrile appartenant à une autre maladie, par exemple, h l’infection purulente, à la fièvre typhoïde, etc., auquel cas ce serait une erreur de diagnostic (pie de voir toute l’affection dans la néphrite.