NÉPHRITE SIMPLE CHRONIQUE. — TRAITEMENT
nu dos exutoires peuvent quelquefois prévenir ou éloigner le retour de nouvelles attaques. Rayer les a employés sans succès chez des individus amaigris, et qui, après avoir eu pendant longtemps les deux régions rénales douloureuses, présentaient pour tout symptôme de néphrite chronique l’émission fréquente d’une urine alcaline et trouble, et un amaigrissement dont aucune autre circonstance ne donnait l’explication.
On a conseillé l’usage des acides minéraux ou végétaux , et en particulier celui de l 'acide muriatique , pour faire cesser l’alcalinité de l’urine et empêcher la précipitation des sels phosphatiques, qui peut donner lieu h la formation des concrétions calculeuses. Par Pusage des acides, on atteint rarement le but que l’on se propose : le plus souvent l’urine reste alcaline et trouble; l’état de la constitution ne s’améliore pas et l’estomac se fatigue; le plus souvent ces remèdes à doses élevées sont plus nuisibles qu’utiles.
Nous avons vu, chez des ouvriers atteints de néphrite chronique, l’urine redevenir acide et transparente, après une quinzaine de jours de repos et d’une bonne alimentation , et après une ou plusieurs applications de ventouses scarifiées ; mais elle se troublait quelquefois de nouveau à la suite d’une moins bonne nourrituro ou après de nouvelles fatigues.
Rayer a essayé comparativement le régime végétal et le régime animal , et il a reconnu que ce dernier était préférable. Sous son influence, non-seulement la sécrétion urinaire a été avantageusement modifiée dans un certain nombre de cas, mais l’étal de la constitution s’est amélioré, lors même que le dérangement de la sécrétion de l’urine a persisté.
Lorsque les malades atteints de néphrite chronique avec urine alcaline et trouble sont fatigués par le besoin fréquent de rendre l’urine, on peut quelquefois calmer cet accident par Yopium, par des lavements opiacés et camphrés , par des onctions narcotiques et par l’usage répété de bains de siège émollients. On emploie quelquefois avec succès la décoction de pareira brava acidulée , Y extrait d’uva ursi , combiné avec Y extrait de houblon et de jusquiame, la décoction d’uva ursi, Yinfusion de graine de carotte ou celle de feuilles de diosvia crenata.
Ces préparations étant toutes plus ou moins excitantes, on doit en suspendre l’usage dans les paroxysmes des néphrites chroniques.
Le repos , les bains narcotiques , les exutoires aux lombes , le régime animal , les boissons toniques et résolutives , les préparations ferrugineuses , tout échoue, rien n’arrête le progrès du mal dans certains cas de néphrite chronique double. Alors la maladie se complique tantôt de diarrhées qui hâtent l’épuisement des forces, tantôt d’un catarrhe pulmonaire ou d’une affection tuberculeuse. L’usage de la thériaque, du diascordium ou de Yopium a doses fractionnées (un grain et demi dans les vingt-quatre heures , par quart de grain), des soins habituels dans le régime, une foule de précautions que la fortune ou l’aisance permet de se procurer, un emploi calculé de certains palliatifs, ont pu quelquefois prolonger la vie pendant plusieurs années; mais chez les individus de la classe ouvrière, que le besoin oblige à de rudes travaux ou expose à de fréquentes variations de température, les rechutes se multiplient, les complications s’aggravent, et la mort ne se fait pas longtemps attendre. (Rayer.)
De tous les moyens qui viennent d’être énumérés, ceux qui doivent être préférés,
d apres les faits ou une amélioration plus ou moins prononcée et prolongée s’es! manifestée, sont le repos , un bon régime , les émissions sanguines locales , les narcotiques et les exutoires (les cautères en particulier) à la région lombaire. ’
ARTICLE IV
NÉPHRITES RHUMATISMALE, GOUTTEUSE, PAR POISONS MORRIDES.
[Personne ne saurait nier que les néphrites ne présentent des caractères variables selon la cause qui les produit, et qu’elles ne réclament, selon les cas, des médications différentes.
1° Néphrite rhumatismale. — Selon Bouillaud, le rhumatisme du rein u’est pas aussi rare qu’on le croit; cependant il est très-peu d’observations concluantes
pour toutes les membranes fibreuses, on ne peut s’empêcher de croire à la possibilité d’une néphrite rhumatismale. Toute néphrite qui se développera sur un terrain envahi par le rhumatisme ne sera point rhumatismale par cela même, car il est loin d’être prouvé, en pathologie générale, qu’une inflammation simple ne puisse être telle qu’à la condition de s’attaquer à une constitution vierge de tout élément diathésique ; il faut encore que la néphrite rhumatismale présente des caractères de cette inflammation spécifique, et ne paraisse pas être une participation banale du rein à l’état morbide général.
Or, il est en général très-difficile de retrouver des attributs spéciaux à la néphrite qui fait quelquefois partie du tableau symptomatologique du rhumatisme généralisé, et dont on reconnaît cependant les signes et les lésions dans des organes autres que le rein. Ce sont, néanmoins, des cas de ce genre qui ont servi à constituer la prétendue variété de néphrite rhumatismale.
De l’aveu même de Rayer, elle n’a aucun symptôme propre; la douleur lombaire n’existe pas toujours et ne se distingue en rien de celles qui ne sont pas rhumatismales; la douleur et la rétraction du testicule, lors même qu’elles ne manqueaient pas souvent, se rapportent tout aussi bien à une autre affection rénale; la sécrétion urinaire n’est pas plus diminuée que quand le rhumatisme n’a pas de manifestations de ce côté; l’urine elle-même ne présente que le sédiment rougebrique d’acide urique et d’urates, commun à tous les cas de rhumatisme aigu.
Un seul fait aurait quelque valeur, c’est la lésion anatomique constatée quelquefois par Rayer, laquelle serait constante, et présenterait une complète similitude avec les produits pathologiques habituels du rhumatisme. Cette lésion consiste en dépôts solides de lymphe coagulable à la surface et dans la substance corticale du rein, lorsque l’altération est récente, et en dépressions à fond jaunâtre à la surface de l’organe avec condensation du parenchyme, en certains endroits, produites, lorsque la maladie est plus ancienne, par la rétraction des dépôts plastiques quand ils subissent l’absorption.
Mais cette lésion qui, d’ailleurs, ne correspond point à des symptômes déterminés, n’est pas exclusive à la néphrite des rhumatisants; elle se retrouve dans la
(I) Monneret, La goutte et le rhumatisme, thèse de concours. Paris, 1851, p. 47.