ALBUMINURIE
CAUSES
stances favorisantes, telles que la niasse de la substance à éliminer, sa clifîusibilité à travers les membranes animales, la pression sanguine, l’état des parois vasculaires et l’excitabilité de l’organe sécréteur. La première cause, bien qu’habituellement déterminante, n’agit pas si elle ne rencontre dans le rein une modification de nutrition qui peut aller de l’irritation simple jusqu’à la phlogose chronique: la suractivité fonctionnelle du rein agit d’autres fois seule : il y a un degré plus ou moins avancé de néphrite albumineuse primitive.
Jaccoud (1), partant, du reste, des mêmes principes nécessaires, groupe de la façon suivante les faits que nous étudions, au point de vue palhogénique :
1° Albuminurie par modification dans les conditions mécaniques de la circulation rénale.
2° Albuminurie par altération du sang.
3° Albuminurie par altération du sang avec lésions rénales.
h° Albuminuries par lésions rénales.
Toutefois, la deuxième classe lui paraît ne devoir être considérée que comme un cadre provisoire, et l’altération du sang qui attire son attention est, non point la quantité mais la qualité de l’albumine qu’il renferme, celle-ci pouvant avoir pris un étal moléculaire différent de l’état normal.
Les cinq groupes que nous allons successivement parcourir ne font pas intervenir de considérations différentes de celles à laquelle se sont arrêtés les auteurs que nous citons: le lecteur s’assurera que la pratique n’a rien à perdre à ce que tel ensemble de causes similaires se trouve dédoublé et fasse deux groupes dans les développements qui vont suivre.
A. Présence dans le sang d'une substance étrangère à l'Qrganisme. — Ici, cette substance n’est autre chose que de l’albumine non assimilée ou non assimilable, et qui se trouve, ou dans un état particulier, ou eu excès. Les observations démontrent que des faits de cette nature ne sont pas absolument rares, et qu’ils peuvent être reproduits à volonté dans certains cas. Nous avons dit comment quelques observateurs, s’étant soumis à un régime exclusivement composé d’œufs, avaient trouvé dans leurs urines de l’albumine qui n’était pas de l’albumine normale. On a constaté également que, chez les albuminuriques, on pouvait quelquefois faire varier la quantité de l’albumine, qui se montrait en bien plus grande abondance dans l’urine, sous l’influence d’une alimentation azotée et de l’ingestion de matières albumineuses.
Les diabétiques peuvent devenir albuminuriques, au moins momentanément, sous la même influence, ainsi que le montre une observation de Rayer (2) Obs. xiv. — Abus du régime végétal et lacté; diabète sucré, soif excessive et sucre dans l’urine. Régime animal ; urine albumineuse, sans sucre. Guérison apparente ; œdème). Pour faire ici un rapprochement, nous rappellerons que l’on peut, soit augmenter la quantité du sucre dans l’urine des diabétiques par une alimentation féculente, soit la diminuer par un régime azoté: fait si bien constaté et admis aujourd’hui ; et à coté de ce fait nous placerons celui de l’albuminurie influencée par le régime. Un chimiste habile a voulu réduire l’albuminurie aux
(1) Jaccoud, Nouveau Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques. Paris, 1864, t. I, article Albuminurie.
(2) Rayer, Traité des maladies des reins, t. II, p. 224.
proportions d’un phénomène purement chimique, ou, pour parler plus correctement, endosmotique. Suivant ce chimiste, il existerait, outre l'albumine normale, une autre albumine modifiée, l’albumine amorphe. L’albumine normale, sous I influence de l’eau, des ferments morbides, d’agents chimiques, et de bien d autres causes encore inconnues, éprouverait une altération particulière qui lui ferait perdre les éléments d’organisation qu’elle possédait : c’est alors que l’albumine serait apte à filtrer à travers les membranes, et, conséquemment, h traverser les reins.
Toutes les substances albuminoïdes en circulation dans le sang possèdent la propriété, que n’a pas le blanc d’rcuf, de filtrer à travers les pores organiques : la faculté diosmolique de l’albumine s’exercera toutes les fois que le rein sera assez modifié pour avoir acquis la perméabilité de ses capillaires pour l’albumine. Graham a constaté que l’albumine est un des corps les moins dialysables ; mais cette faculté augmente h mesure que la constitution de l’albumine s’éloigne du type représenté par le blanc d’œuf; ainsi, Funke a constaté qu’il filtre deux fois autant de peptone (albuminose) que d’albumine, dans des conditions identiques. Ajoutez h cela qu'il est bien certain que la plupart des matières albuminoïdes de I économie ou d’ailleurs sont des états isomériques de l’albumine. On comprend alors que sa filtration doive entrer pour beaucoup dans le phénomène de l’albuminurie et que sa filirabilité soit en grande partie subordonnée à son état moléculaire. (Gubler et Jaccoud.)
On peut rapporter à cette cause l’albuminurie dans la dyspepsie, l’atrophie musculaire, les maladies des organes respiratoires (par le fait de l'anoxémie), la pyémie, la septicémie.
B. L 'excitation des reins par les substances diurétiques et irritantes, comme la térébenthine, le copahu, l’alcool, les cantharides, les poisons minéraux, les poisons morbides, et les cas dans lesquels le rein a une suractivité prolongée (polyurie diabétique).
C’est un fait démontré expérimentalement et cliniquement, que l’action de certaines substances fortement diurétiques, lorsqu’elle est prolongée, soit qu’il y ait absorption d’une grande quantité de ces substances en peu de temps, soit qu’on les administre même à petites doses pendant longtemps, suffit pour produire dans quelques cas l’albuminurie. Parmi ces substances, les unes sont simplement diurétiques, comme la térébenthine, le baume de copahu, le poivre cubèbe, le nitrate dépotasse; d’autres ont une action irritante très-manifeste, comine la cantharide; quelques autres, comme l’alcool, sont à la fois diurétiques et irritantes. Parmi les premières, il en est plusieurs qui ont donné lieu à l’albuminurie passagère, et même, lorsque les sujets étaient cachectiques, à l’albuminurie persistante, au dire d’Osborne. Quant à l’albuminurie cantharidienne, c’est une espèce bien établie, et sur la nature de laquelle les travaux contemporains de Rayer, d’Orfila et de Bouillaud ne peuvent laisser subsister aucun doute. C’est ordinairement à la suite de l’application de larges vésicatoires que ce symptôme se montre : les exemples en sont devenus si nombreux, qu’on ne les mentionne plus dans les recueils de médecine; seulement la cantharide est une cause de pyélite, de cystite, encore plus que de néphrite, et ces maladies peuvent être produites sans que le symptôme albuminurie acquière de l’importance. Il ne paraît pas que cette cause