ALBUMINURIE. — CAUSES
puisse amener une albuminurie persistante. Dans la pluralité des cas, ce phénomène ne s’est montré que pendant deux ou trois jours; dans un cas il a persisté pendant quatre semaines (Bouillaud).
V alcoolisme comprend parmi les maladies qu’il engendre la cirrhose et la néphrite albumineuse chronique. L’action de l’alcool, qui a été reconnue par tous les auteurs, paraît être lente et ne s’exercer qu’à la suite d’une longue habitude d’intempérance. Il existe plusieurs observations d’albuminurie aiguë transitoire sous l’influence d’un excès accidentel de boisson. Il faut aussi reconnaître que ce ne sont pas tant les buveurs d’alcool ou de liqueurs très-alcooliques qui deviennent albuminuriques, que les buveurs de bière, de cidre et autres liqueurs fermentées qui peuvent être absorbées en grande quantité, d’où résulte une hypersécrétion d’urine et une congestion ou irritation habituelle des reins.
Christison rapporte à l’abus des liqueurs alcooliques les trois quarts ou les quatre cinquièmes des cas de maladie de Bright en b cosse. Cette propoition est à coup sûr moindre dans notre pays. Becquerel a trouvé 9 malades sur 69, chez lesquels cette cause pourrait être invoquée; Malmsten, à Stockholm, en compte 19 cas sur 69. Dans le nord de l’Allemagne, cette cause paraît être fréquente : Frerichs la signale 1 6 fois sur û2 malades.
Ce groupe et le suivant sont réunis dans le troisième de Jaccoud : albuminurie par altération du sang avec lésions rénales; en effet, les substances irritantes mêlées au sang, dans les cas qui nous occupent, agissent plus sur le rein par l’intermédiaire du sang et en modifiant U état de l'albumine, que par le fait de l’acte passager de leur élimination. Ceci s’appliquerait en particulier à l’albuminurie par intoxication saturnine aiguë ou chronique, signalée par Ollivier. Quant aux intoxications morbides et aux cachexies, aussi bien qu’aux intoxications par rétention de produits excrémentitiels (troubles des fonctions de la peau), on s’accorde à croire qu'elles déterminent l’albuminurie primitivement par altération du sang, et que le rein s’associe au trouble général en raison de la solidarité qui régit tous les organes de sécrétion, en tant qu’appareils dépurateurs du sang (Jaccoud). A ce groupe appartiendraient donc les albuminuries, surtout temporaires, que l’on peut voir apparaître dans les pyrexies dont il va être question : scarlatine, rougeole, variole, dipluhérite, typhus, fièvre typhoïde, érysipèle, fièvre bilieuse, fièvre jaune (poisons morbides), et les cachexies par poisons inorganiques ou produits organiniques, mercurielle, saturnine, palustre, syphilitique, tuberculeuse, scrofuleuse, etc.
C. L’albuminurie peut résulter d’un état de congestion hypérémique active ou passive, dans le cours des maladies aiguës fébriles, et dans ces cas il peut y avoir altération dans les qualités du sang. On peut rapprocher de ces cas ceux dans lesquels il y a suppression brusque des fonctions de la peau, dont l’antagonisme avec les reins est bien démontré par les physiologistes; il y a alors congestion et hypersécrétion des reins, soit qu’on admette une action supplémentaire, soit qu’on voie dans ce phénomène un simple trouble fonctionnel auquel participe tout l’organisme, soit qu’on admette une altération du sang. Ces cas sont complexes et variés. Une simple suppression des fonctions de la peau suffit. Cela est prouvé par les expériences sur l’arrêt des fonctions de la peau, suivi d’albuminurie, cjiez des
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animaux dont on avait recouvert la peau d’un vernis imperméable (1). Un exemple pathologique simple, et qui peut servir de type, est l’arrêt subit de la transpiration par un refroidissement, après lequel l’albuminurie survient.
Osborne, sur trente-six cas d’albuminurie, a trouvé cette cause vingt-deux fois, et Malmsten l’a rencontrée vingt-neuf fois sur soixante- neuf. On a quelquefois appelé cette cause rhumatisme ; en effet, il existe souvent en même temps des douleurs, surtout dans la région des reins; d’ailleurs la même cause peut produire le lumbago et différentes variétés de rhumatisme. L’albuminurie, dans ces cas, s’accompagne le plus souvent d’œdème et tend à passer à l’état chronique. Il faut rapprocher de ces faits bien connus un autre exemple de l’action du froid sur la peau, moins bien connu jusqu’ici : c’est le sclérème des nouveau-nés, qui s’accompagne souvent d’albuminurie, ainsi que cela a été établi par Charcellay (2).
On voit l’albuminurie se montrer avec certaines lésions peu étendues de la peau : dans les brûlures, dans les cas d’érysipèle. La plupart des maladies exanthématiques fébriles peuvent s’accompagner d’albuminurie. La variole, la rougeole et surtout la scarlatine , qui est en réalité de toutes les fièvres éruptives celle qui agit le plus complètement sur la surface cutanée, comptent l’albuminurie parmi leurs complications.
La scarlatine a été désignée d’une façon toute spéciale à l’attention des médecins par la gravité des symptômes qui se montrent dans le cours de l’éruption ou à sa suite : albuminurie, anasarque, éclampsie. Les auteurs du xvnc et du Win15 siècle ont décrit de terribles épidémies de scarlatine avec anasarque et troubles des fonctions nerveuses; plus près de nous, Wells, Blackall, Reil, Fischer, Bright, Gregory, Christison, Begbie, Tripe, ont étudié et fait connaître parfaitement X albuminurie scarlatineuse ; c’est même à l’occasion de cette maladie que s’est fait le rapprochement entre le fait de la desquamation de la peau et l’idée d’une desquamation épithéliale du rein. Est-ce à dire qu’il n’y ait pas autre chose ici que la suppression des fonctions delà peau et la répercussion sur le rein? Non; nous pensons, avec un grand nombre d’auteurs contemporains, qu'il peut y avoir altération, viciation du sang dans le cours des fièvres. La simple hypersécrétion du rein et l’hypérémie ne sont pas les seules causes.
Congestion dans les fièvres. — Il n’est pas douteux que dans le typhus, la fièvre typhoïde, il y ait des congestions vers les viscères : c’est alors qu’on voit l’engouement, l’hypostase, les pneumonies latentes, bâtardes, et bien d’autres congestions. Ce n’est pas de l’inflammation nécessairement, mais de là à l’inflammation il n’y a pas loin. Le premier degré de l’inflammation, il ne faut pas l’oublier, est la congestion avec filtration, œdème, abandon par le sang de quelques-uns de ses éléments. Le rein subit cette influence et l’albuminurie a lieu : le plus souvent elle n’est, en pareil cas, que temporaire, mais elle persiste quelquefois.
Quant aux diverses altérations du sang, personne ne doute qu’elles existent. Que ces altérations du sang soient l’une des causes de l’albuminurie dans les fièvres, cela est plus que probable, mais peu démontrable pour le présent, autrement que
(t) Balbiani, thèse. Paris, 1857.
(2) Charcellay, De la néphrite albumineuse chez les enfants nouveau-nés, considérée comme l’une des principales causes de l’œdème si fréquent après la naissance (Travaux de la Société médicale de Tours, 1841, 1er trimestre).