ALBUMINURIE. — LÉSIONS ANATOMIQUES. U
Albuminurie cantharidienne à la suite de V application des vésicatoires. — Sur trois malades qui out succombé, Bouillaud n’a rencontré aucune trace de fausses membranes dans la vessie; la seule lésion notable était une rougeur marquée de la membrane muqueuse du calice et du bassinet. Dans un cas, la muqueuse des calices et des bassinets était fortement injectée, violacée et comme ecchymosée ; sa surface était inégale, grenue, parsemée de points blancs saillants, formés par de petites fausses membranes. La surface interne des uretères était également injectée et tapissée de fausses membranes. La vessie était injectée au niveau du col, et dans le bas-fond on trouva des fausses membranes. Des faits nombreux de cette nature ont été observés depuis, et nous-même avons eu plus d’une fois, à la Maternité, l’occasion de trouver de semblables altérations à l’autopsie de femmes mortes des suites de la fièvre puerpérale, chez lesquelles on avait appliqué de larges vésicatoires sur l’abdomen. (Lorain. )
Abcès du rein. — Les abcès du rein ne sont pas très-communs, cependant on en trouve quelques exemples cités dans les auteurs, llayer rapporte un fait de pneumonie double dans lequel on découvrit, à l’autopsie, un petit foyer purulent et sanguinolent au sommet du rein droit ; les deux reins étaient alfectés de néphrite granuleuse. Gendrin, dans son histoire de l’inflammation, rapporte quatre cas d’abcès du rein chez des varioleux. On a trouvé des abcès du rein dans la variole, la rougeole, la scarlatine, la fièvre typhoïde. Un cas rapporté par le docteur J. Comack (1) montre un abcès du rein dans un cas d’albuminurie scarlatineuse. Les reins, dans ce cas, étaient petits, décolorés, atrophiés; à l’extrémité inférieure de l’un de ces reins existait une cavité circonscrite, remplie de pus fluide, dont les caractères furent reconnus au microscope.
Lésions des vaisseaux sanguins. — Les lésions des vaisseaux sanguins des reins dans le cas d albuminurie appartiennent à deux ordres très-distincts. Il y a extension de 1 inflammation du rein aux vaisseaux, engouement, dilatation ou atrophie, ou oblitération par des caillots, des veines du rein. Rayer a constaté, après Bright, que les petites divisions de l’artère rénale, dans la néphrite albumineuse, se laissaient moins facilement pénétrer par une injection que l’artère d’un rein sain. Becquerel constata que des injections poussées dans les artères rénales ne pénétraient que très-incomplétement les glomérules ; les vaisseaux veineux restaient en partie imperméables.
« Les vaisseaux sanguins des corpuscules de Malpighi, dit le docteur Simon (2), finissent pat s oblitérer. » — Suivant Johnson (3), les artérioles éprouvent des altéi alions identiques avec celles que subit le rein dans tous ses autres éléments. Leurs pai ois s épaississent, sans que leur calibre s’efface, quelque avancée que soit la désoiganisation rénale; et lorsque les cellules sécrétantes des tubes urinifères sont détiuites et il exercent plus leur action attractive sur la circulation du sang, la circulation est arrêtée, et des globules graisseux remplissent çà et là le calibre de ces ai lei ioles. Les veinules s atrophient et semblent en partie disparaître.
Il y a un autre ordre de lésions vasculaires qui ne participent pas de l’affection commune a tous les éléments du rein, et qui sont causes et non pas effet. Nous
(1) J. Comack, Archives de médecine, 1859.
(2) Simon, Médico-chirurgical Truns., 1847.
(3) Johnson, ibid. , 1850.
voulons parler d oblitérations du tronc de la veine rénale par suite d’une phlébite locale ou venue par extension des veines voisines, produisant l’albuminurie par un mécanisme semblable à celui que nous indiquons dans la physiologie pathologique
<T ( ans la pathogenie : augmentation de la pression du sang dans les reins par arrêt de la circulation veineuse. f
Phlébite renais. — Rayer (1) donne une observation de néphrite albumineuse a\ec phlébite de la veine rénale. La veine rénale droite était remplie par un caillot formé de plusieurs couches concentriques, qui pénétrait dans quelques-unes de SÜS l),anc!ies et paraissait d'ancienne date; l’intérieur de ce caillot était canaliculé. Au chapitre intitulé inflammation des veines rénales (2), on trouve l’observation d’une jeune femme de vingt-huit ans, morte avec une anasarque, chez laquelle les deux veines rénales présentaient une altération très-remarquable; lem tronc, leur première et leur seconde division en arcade étaient remplis de concrétions fibrineuses, d’un blanc jaunâtre, très-solides.
Chez une femme morte quarante-sept jours après être accouchée , dans un état comateux avec subdelirium et une anasarque extrêmement marquée, Cossy ( 3 ) troma à l’autopsie les veines fémorales, iliaques externes et la veine cave inférieure elle-même, jusqu’à 2 centimètres au-dessous de l’embouclmre des veines rénales, complètement oblitérées par des caillots assez fermes, élastiques, friables, d un blanc rougeâtre et moulés exactement sur les parois veineuses. Des caillots tant n fait semblables se prolongeaient de la veine cave dans les veines rénales des deux cotés; on les suivait dans leurs principales divisions jusque dans les intervalles des cônes tubuleux : ces caillots étaient partout exactement moulés sur les parois veineuses, auxquelles ils n’adhéraient cependant qu’en quelques points.
Lu fait identique a été décrit par Delaruelle (4).
Albuminurie syphilitique. — Existe-t-il une albuminurie syphilitique et une lésion rénale propre a cette maladie? Cette question a été posée dès l’origine par Rlackall et Wells. Rright pensait aussi que la syphilis ou le mercure produisait l’affection granuleuse des reins. Rayer montra que le mercure ne produisait pas cette maladio, mais il admit la cachexie syphilitique comme complication ou cause assez fréquente de néphrite albumineuse, et publia plusieurs observations de néphrite albumineuse chronique avec syphilis. Rayer signalait tout particulièrement, dans ces cas, la fréquence d'une affection du foie caractérisée par des lésions spéciales ; observations qui ont servi de point de départ à quelques recherches contemporaines. Cependant les lésions rénales n 'offrirent rien de particulier en pareil cas. Ferréol (;ï) attribue à des lésions syphilitiques du rein des symptômes cérébraux cl une paraplégie observés chez une femme morte dans le coma: la tunique du rein était densifiée, I organe présentait des taches jaunâtres, fibrino-purulentes, à sa surface : la substance corticale offrait des amas de matière semi-pulpeuse.
(1) Rayer, Traité des maladies des reins, t. II, p. 2G9, obs. XXXIII.
(2) Ibid., t. III, p. 592.
(3) Cossy , Gazelle médicale, 1846.
(4) Delaruelle, Observation de pleurésie avec albuminurie ; caillots dans les veines rénales (Bulletins de la Société anatomique, 1846, [. XXI, p. 4^0).
(5) Ferreol, Usions probablement syphilitiques des reins (Bulletins de la Société anatomique, 1856, p. 409).