MALADIE DE BRIGHT. — DIAGNOSTIC
le médecin attentif, la maladie n’a pas cessé d’exister. Nous dirons plus loin un mot des récidives.
La durée de la néphrite albumineuse chronique peut varier de plusieurs mois à plusieurs années (Rayer). Pour bien établir la durée d’une maladie, il faut pouvoir li\ci le début d une manieie piécise, ce qu il est tres-souvent impossible de faire dans la maladie de Bright. [On aurait vu cette affection durer jusqu’à dix ans (Roberts). ]
La te? minaison n est pas toujours fatale dans la maladie de Bright, mais les cas de guérison sont bien rares. Dans les observations de néphrite albumineuse chronique non compliquée, rapportées par Rayer, on ne trouve que trois guérisons sur huit cas ; or les cas de ce genre sont de beaucoup les plus favorables, et si l’on examine les autres, on voit que la mort y est presque constante.
Il est arrivé maintes fois qu après avoir observé une guérison complète, l’altération de l’urine et l’hydropisie ayant disparu, on a vu se reproduire la maladie avec une intensité nouvelle; ce sont là de véritables récidives. Les sujets atteints une fois de cette affection, à moins que ce ne soit après la scarlatine, paraissent prédisposés à la contracter encore : aussi les voit-on retomber , dès qu’ils se soumettent de nouveau à 1 action des causes qui ont déterminé la première atteinte de leur mal.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
[ Diagnostic. — Le diagnostic direct repose sur l’examen des urines et la considération des circonstances relatives aux diverses hydropisies, détails suffisamment développés dans l’article précédent.
On distinguera la maladie de Bright de l’albuminurie temporaire, en général, à ce que celle-ci est consécutive à une maladie fébrile ou inflammatoire ^s’accompagne rarement d’hydropisie, ne manifeste que de faibles proportions de l’albumine dans l’urine, et que l’urée y persiste en quantité normale ou très-peu affaiblie.
La véritable difficulté du diagnostic consiste à reconnaître les cas curables de ceux qui sont sans remède, à préciser le degré d’altération anatomique, à reconnaître la maladie quand elle est cachée sous des manifestations inflammatoires ou des accidents cérébraux (urémie).
La limite de la néphrite albumineuse simple, temporaire, d’avec celle qui doit persister, est très-difficile à tracer. On aura rarement affaire à la première, quand 1 albuminurie se montre dans le cours d’une maladie chronique ou débute insidieusement. Quand l’invasion a été aiguë, le temps qui s’écoule après la disparition des symptômes febnles, sans qu’il y ait de notable diminution dans les proportions cl albumine rendue, est un élément des plus importants. Tant que l’on ne trouve dans \ urine que des moules hyalins ou épithéliaux, sans altération graisseuse surtout si ces débris sont: peu nombreux, on ne doit pas prononcer que la maladie est confirmée. Lorsqu ils diminuent visiblement, on a affaire à une rétrocession heureuse de la néphrite. Dans le cas contraire, si la quantité d’albumine ne diminue pas, s, les moules graisseux apparaissent, on doit penser à une maladie de Bright définitivement établie. On ne confondra pas les exacerbations qui peuvent se présenter dans le cours de toute maladie de Bright avec les signes aigus du débul d’une néphrite albumineuse; les débris rénaux dans l’urine éclaireront suffisamment à ce Vallf.ix, 5e édit. IV- 31
sujet : ils peuvent renfermer des moules hyalins et du sang, mais on y verra aussi des cylindres graisseux.
Iæs mêmes produits rénaux dans les dépôts urinaires et la considération des causes renseigneront sur le degré d’altération du rein que porte le patient.
Lorsqu’une complication grave, inflammatoire, masque la maladie de Brighl, on la retrouvera dans l’histoire des antécédents du malade, dans les vestiges d’hydropisie, dans l’examen de l’urine. Si ces renseignements sont insuffisants, on ne pourra prononcer qu’en assistant au décours ultérieur de l’affection. C’est encore ce qui aura lieu quand les accidents dits urémiques paraîtront dès le début, ou bien quand, à une époque plus avancée, ils occuperont par leur développement toute la scène morbide.
L’absence de moules dans l’urine ne doit jamais autoriser à nier l’existence de la maladie de Briglit.
Pronostic. — Il est toujours grave. Cependant nous avons vu (pie le parenchyme rénal ne se prend (pie partiellement, même dans les degrés avancés de la maladie. Du reste, les désordres du premier degré ne sont pas, par eux-mêmes, irrémédiables. Les lubuli et les glomérules restés sains, si la maladie s’arrêtait aux premiers atteints, pourraient suffire à l’excrétion de l’urine; par conséquent, la terminaison mortelle n’est pas absolument fatale. On compte d’ailleurs des guérisons.
Malheureusement, le pronostic est aggravé par la fréquence des complications qui surgissent dans le cours de la maladie de Briglit, et qui sont, à elles seules, aussi souvent causes de mort que le désordre rénal. Il en résulte encore que le pronostic est presque toujours fâcheux quand l’affection brightique est entée sur une cachexie ou même sur un vice constitutionnel. ]
§ VII. — Traitement.
1° État aigu. —Émissions sanguines. —Les émissions sanguinessont conseillées par les auteurs dans les cas où il y a un certain mouvement fébrile. Christison recommande expressément de les employer, et, en général, dans cette période de la maladie, en pratiquant la saignée, il faut plutôt s’exposer à aller au delà que de rester en deçà des limites qu’il semble nécessaire d’atteindre (Rayer). C’est ordinairement à la saignée générale que l’on a principalement recours. Des ventouses scarifiées , en plus ou moins grand nombre sur les lombes, ou des sangsues, peuvent être appliquées concurremment avec la saignée , ou bien exclusivement chez les sujets affaiblis et chez les jeunes enfants. Il faut être sobre de ces moyens.
Après la saignée, on met en usage des boissons adoucissantes, auxquelles on ajoute une certaine quantité de nitre pour les rendre diurétiques, la suivante, par
exemple :
^ Infusion de mauve 1000 gram. | Nitrate de potasse l*r,50
On ne doit pas empêcher les malades de boire, comme on 1 a fait a une ceitaine
époque, dans les hydropisies. ,
Les diurétiques très-actifs, cl à haute dose, n’ont pas été recommandes dans
celle forme de maladie.