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HYDATIDES DES REINS. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON

qui peut faire reconnaître qu’on n’a plus à craindre d’accidents graves. Cependant il peut arriver que tout phénomène morbide disparaisse, quoiqu’il se prépare, pour un temps plus ou moins éloigné, une nouvelle expulsion d’acéphalocystes par les voies urinaires.

Quelquefois on a vu la tumeur s'enflammer sans s'ouvrir ni dans le bassinet, ni à la surface externe du rein ; des symptômes plus ou moins intenses (douleur, fièvre, etc.) se produire, puis diminuer, disparaître au bout d’un temps plus ou moins long, et tout rentrer dans l’ordre. En pareil cas, le kyste se rétrécit peu à peu, et finit par s'oblitérer. On a vu aussi des sujets présenter pendant un temps variable des douleurs rénales peu intenses et mal caractérisées, qui ont fini par se dissiper ; il est probable que, dans un certain nombre de ces cas, il a existé des kystes hydatiques qui se sont terminés par ces incrustations calcaires que nous indiquerons plus loin.

Enfin, on a cité des cas où le foyer hydatique s’est ouvert dans d’autres voies pour se porter à l’extérieur (dans l’intestin, l’estomac, et mêmes les voies respiratoires. [Roberts, d’après Flekles, cite le cas d’une femme qui, après avoir rendu des hydatides par l’urèthre, en rendit ensuite un grand nombre par le vomissement. Deux cas d’ouverture du kyste dans la poitrine déterminèrent une issue fatale.] Il se passe, dans ces cas exceptionnels, ce que nous avons déjà plusieurs fois signalé dans les abcès de la rate, etc.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la maladie est ordinairement très-lente. Dans les premiers temps, il est impossible de la suivre, puisque la lésion ne donne lieu à aucun symptôme. Lorsque les sujets succombent, les hydatides étant restées intactes dans la substance rénale, la marche de la maladie devient plus rapide vers la fin, à l’époque où l’on a pu parvenir à diagnostiquer le mal, ou du moins à le soupçonner. Dans les cas où les hydatides sont rejetées au dehors par les urines, la marche de l’affection est remarquable par les espèces d’attaques maintes fois signalées. Dans ceux où le foyer s’ouvre au dehors par les parois lombaires, la marche devient aiguë pendant la période de suppuration: puis, lorsque l’ouverture est faite, il y a une suppuration prolongée. Dans les cas de perforation faisant communiquer le foyer avec une autre cavité que celle du rein, on peut observer des phénomènes intermittents analogues à ceux que nous avons décrits à propos de l’ouverture dans les conduits urinaires.

La maladie peut durer des années entières. Les faits que nous connaissons prouvent que cette durée est toujours très-longue. [On a vu des malades rendre des vésicules ou des débris d’échinocoques pendant trente ans. La guérison devient d’autant plus probable qu’il s’est écoulé un temps plus long depuis la dernière attaque.]

Nous avons vu que la terminaison était fatale dans quelques cas où les hydatides ne trouvant pas d’issue au dehors, et envahissant tout l’organe, la sécrétion urinaire devait être extrêmement gênée. Dans les cas, au contraire, où ces vers sont rejetés, soit par les voies urinaires, soit par une ouverture des lombes, la guérison est très-fréquente. [ Dans les fit cas rassemblés par Roberts, la guérison confirmée fut obtenue 20 fois: 16 malades continuaient à rendre des hydatides; 19 avaient

succombé; dans six cas la terminaison était inconnue. Des cas malheureux, neuf pouvaient elre mis sur le compte d'une autre maladie (phthisie, cancer, etc.). Des mx restant quelques-uns avaient été compliqués de migration des vésicules dans le thorax ou l’abdomen. Dans une observation appartenant à Blackburn, le rein gauche étant atteint de kyste bydatique, et son bassinet renfermant un gros calcul, il se rencontra une absence congénitale du rein droit : ce qui détermina la suppression des urines et la mort.] La terminaison par guérison, dans les cas particuliers dont il s agit, n’est donc pas aussi rare que le dit Boyer (1 ).

§ V. — Lésions anatomiques.

On ue trouve ordinairement de kystes acéphalocystiques que dans un seul des deux reins. [Sur 41 cas, le rein gauche était atteint 22 fois, le droit 19 fois et dans deux cas, seulement, les deux organes étaient envahis simultanément (Roberts).] Comme le fait remarquer Rayer, « dans la cavité du kyste, les acéphalocystes sont presque toujours multiples ». Voici comment le même auteur décrit d’une manière générale la poche rénale qui constitue le kyste. « Elle est formée : 1° par les substances rénales atrophiées et anémiques, visibles et distinctes encore dans quelques points, et, en quelques autres, réduites à une simple trame celluleuse, infiltrée çà et là d’une matière jaunâtre accidentelle, et formant une sorte de membrane grisâtre a l’extérieur et jaunâtre à la coupe ; 2° par un véritable kyste, à parois fermes et fibreuses, dont la surface interne, un peu inégale et jaunâtre, offre, par places, des brides celluleuses plus denses que les parois, avec des enfoncements, les uns larges et profonds, les autres plus petits et digitiformcs.

» En contact avec cette surface, mais sans aucune adhérence avec elle, on trouve (lorsqu’il ne s’est opéré aucun travail de désorganisation dans l’intérieur du kyste) une grande poche molle et membraneuse, dont les parois sont formées d’une substance particulière, diaphane, semblable à du blanc d’œuf médiocrement cuit, ou mieux à du blanc d’œuf coagulé parla potasse caustique. Cette substance très-élastique peut s’allonger jusqu’à un certain point sans se rompre, et alors, abandonnée à elle-même, elle offre un tremblotement remarquable.

» Quelquefois légèrement jaunâtre, cette substance est ordinairement blanchâtre, avec une teinte bleue légère ; mais quelle qu’en soit la couleur à la lumière réfléchie, cette matière est constamment d’une belle couleur jaune-citron à la lumière réfractée. Cette poche membraneuse ( acéphalocyste mbrc de quelques uteurs) peut être séparée en plusieurs lames, comme si elle était composée de ouches superposées. »

On voit par cette description que les kystes acéphalocystiques des reins ne diffèrent pas de ceux que nous avons trouvés dans d’autres organes. Il en est de même des hydatides qu’ils renferment. On y trouve ces vers en nombre souvent fort grand et de diverses grosseurs. Saines, les hydatides sont arrondies, très-élastiques ; altérées par l’inflammation, elles sont vides, flétries, nageant dans le pus. On voit, en outre, les adhérences avec le bassinet qui précèdent la perforation;1 parfois un retrait du kyste, qui le rend irrégulier. Parfois aussi ce kyste s’encroû d’une matière crétacée, qui s’empare également de la place qu’occupaient les acé-

(1) Boyer, Traité fies maladies chirurgicales , 4e édition, t. VIII, p. 541.

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