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CHAPITRE II

Nous allons dans ce chapitre faire l’histoire des maladies suivantes : hémorrhagie rénale, pyélite aiguë et chronique, gravelle, calculs rénaux, rétention de l’urine dans le rein. Cette division est semblable à celle des affections des voies biliaires (2), avec lesquelles celles que nous allons décrire ont une si grande analogie.

Dans l’histoire de la pyélite, on trouvera ce qui est relatif à l’inflammation du bassinet causée par la présence des calculs, c’est-'a-dire à la pyélite calcvleuse de Rayer et à la néphrite calculeuse des auteurs. Après la description des calculs rénaux, nous présenterons tout ce qui est relatif aux accidents de la colique néphrétique, qui n’est une conséquence ni de la pyélite ni de la néphrite, mais qui, comme ces inflammations, est le résultat de l’irritation, de la déchirure, de l’ob-

(1) Voy. Eéron, thèse citée, et Parmentier, Mém. cité.

(2) Voy. liv. IV, Affections des annexes des voies digestives, chap. n, t. III de cet ouvrage.

520 maladies des voies génito-urinaires.

struction opérées par des corps étrangers, et principalement par les calculs arrêtés dans la partie supérieure des voies urinaires.

ARTICLE PREMIER

hémorrhagie rénale.

On a, jusqu’à ces derniers temps, décrit sous le nom générique d 'hématurie toutes les affections dans lesquelles du sang est rendu avec les urines.

Hippocrate (1) et Rufus en avaient cherché le siège.

La division de Sauvages ne contient pas moins de onze espèces, fondées sur les circonstances les plus légères, comme le vomissement provoquant le pissement de sang, ou bien la couleur du liquide. Pinel avait proposé la division suivante: Hématurie constitutionnelle, U. accidentelle, H. succédanée, II. critique , U. symptomatique. Cette division, a quelques modifications près, a été suivie par Rayer (2), qui admet trois espèces: 1° Hémorrhagies rénales symptomatiques des lésions des reins; 2° Hémorrhagies rénales symptomatiques d' affections générales ; 3° Hémorrhagies rénales essentielles. L’hématurie critique [est un phénomène trop peu certain et trop sujet à des objections pour qu’on la fasse entrer dans une division. Citons seulement, pour ne plus y revenir, le cas de Latour (3), relatif a un malade chez qui une hématurie soudaine coïncida avec la disparition d un asthme spasmodique qui durait depuis dix- huit mois. ]

Les auteurs du Compendium de médecine ont proposé de diviser les néphrorrhagies ainsi qu il suit : 1° Néphrorrhagie par altération des solides ; 2° N. par alteration du sang ; 3° N. par simple lésion dynamique ; l\° N. traumatique. Nous ne nous arrêterons pas à ces divisions instituées surtout dans un but didactique. Nous les utiliserons, chemin faisant, quand la pratique pourra en tirer quelque avantage.

§ !• — Définition, synonymie, fréquence.

Nous donnons le nom d 'hémorrhagie rénale à celle qui, ayant le rein pour siège, a pour principal symptôme l’écoulement du sang avec l’urine. Rayer et les auteurs du Compendium de médecine veulent qu’on entende également par ce mol I infiltration du sang dans le tissu du rein lui- même ou sous ses membranes, mais nous avons exposé les raisons qui nous ont porté à décrire séparément cette infiltration sous le nom d 'apoplexie rénale, et les auteurs que nous venons de citer ont été forcés eux-mêmes d’en faire autant dans le cours de leur article.

Cette maladie a été décrite sous les noms de mictus cruentus , mictio cruentu, sanguin i s mictio hématurie , pissement de sang. Borsicri (A) donne le noni à'hématurie proprement dite à celle qui a sa source dans le rein. On doit préférer les dénominations d’hémorrhagie rénale ou néphrorrhagie.

L’hémorrhagie rénale, sans pouvoir être rangée parmi les maladies les plus fré-

(1) Hippocrate, Œuvres complètes, traduites par Littré. Paris, 1844, t. IV, sect. iv, aphorismes 78 et 80.

(2) Rayer, Traité des maladies des reins, t. III, p. 326 et suiv.

(3) Latour, Traité philosophique et médical des hémorrhagies, t. II, p. 25.

(4) Borsieri, Instit. med. pract. : De mictu cruento.

HÉMORRHAGIE RÉNALE. — CAUSES. 521

queutes, sc présente assez souvent à l’observation. Dans nos climats l’hémorrhagie essentielle est rare. Pendant longtemps on l’a regardée comme fréquente dans certains climats exotiques, celui de 111e de France, en particulier ; nous allons voir tout à l’heure qu’il a été porté une atteinte sérieuse à cette croyance.

[Rechercher les causes d’une affection qui n’est peut-être jamais idiopathique ni primitive, telle que l’hémorrhagie rénale, c’est s’astreindre à parcourir nécessairement une foule de circonstances étiologiques qui n’ont avec cet accident que des rapports indirects et qui se relient plutôt à des affections primitives, locales ou générales, dont l’hématurie est la manifestation ou dont elle est un accident secondaire. ]

§ II — Causes.

1 Causes prédisposantes. — -Aqe. — Suivant Boyer (1), « tous les âges sont sujets à X hématurie-, cependant on l’observe plus souvent chez les adultes et les vieillards, que chez les jeunes gens. » Cette proposition n’est pas applicable à une des hémorrhagies rénales les plus curieuses, c’est-à-dire à l’hémorrhagie qui existe d’une manière endémique à l’île de France et dans quelques autres pays. Chapotin (2) et Salesse (3) ont, en effet, constaté que, dès l’àge le plus tendre, un très-grand nombre de sujets étaient attaqués de celte hématurie.

Sexe. Il en est de même du sexe. Dans nos climats, les hommes sont plus sujets que les femmes à cette affection, parce que les lésions des reins, principale cause de 1 hématurie rénale, sont plus communes chez les premiers ; il n’en est pas ainsi à l’île Maurice, où l’hématurie est commune aux deux sexes.

Constitution, tempérament. — On a dit que les sujets affectés d’hématurie îcualc sont, en général, faibles et d une constitution détériorée; mais ces sujets ne sont observés qu’à une époque où la maladie des reins et la perte plus ou moins répétée de sang ont débilité l’organisme. Quant au tempérament, on a dit que le i tempérament sanguin et pléthorique prédispose à l’hématurie.

Causes diverses. Viennent ensuite une vie et une profession sédentaires, i une giande irritabilité des orqanes urinaires, les excès de boissons alcooliques,

I X abus des plaisirs vénériens, les affections morales vives (Boyer). Ce ne sont là que de pures assertions, fondées tout au plus sur des impressions générales. On a encore indiqué, comme ayant une influence marquée sur la production de l’héimatuiie, 1 âge critique chez les femmes et une tendance au flux hémorrhoïdaire i chez les deux sexes. [ Chopart (4) a rapporté un cas dans lequel une hématurie : suppléait un flux hémorrhoïdaire; le même et P. Frank ont vu ce phénomène i remplacer le flux menstruel chez des femmes et s’établir avec la même périodicité. lOn a même observé, chez des hommes, des hématuries mensuelles régulières, (comme chez le boucher de Sedan cité par Rayer. ]

raison, climats. Rien de positif relativement à l’influence des saisons. Quant aux climats, nous avons signalé la disposition toute particulière des habitants de I l’île Maurice (île de France) à être atteints de l’hémorrhagie essentielle des reins.

(1) Royer, Traité des maladies chirurgicales, 4e édition t. IX, n. 92.

(2) Chapotin, Topographie médicale de T lie de France 18*12 ’

(3) Salesse, Dissertation sur l’hématurie ou pissement' de sang, thèse. Paris, 1834

(4) Chopart, Traité des maladies des voies urinaires, édit. Ségalas. p. 283.

A Pavie, P. Frank a observé un cas d'urine laiteuse (I); [ce qui constitue un fait voisin des précédents, car les urines chyleuses affectent les mêmes contrées lointaines que l’hématurie endémique. ]

Les faits cités par Sobrini, Simoni, Vallados, Roza, Meirelhes, dont Rayera rapporté les opinions extraites d’un journal brésilien (lievista fluminense) , doivent peut-être, comme le fait remarquer ce dernier auteur, être regardés comme analogues aux faits signalés par les médecins de l’île Maurice, ainsi que ceux dont a parlé Chalmers (2), et qui ont été observés dans la Caroline du Sud.

Rayer rapproche encore de ces hémorrhagies celles qui ont été étudiées dans la haute Égypte et dans la Nubie par Renoult (3), et que cet auteur attribue aux transpirations excessives, inévitables dans ce climat brûlant.

[Une hématurie endémique semblable règne au cap de Bonne-Espérance; il est assez probable, bien qu’on n’en ait pas la preuve certaine, que toutes ces hématuries endémiques sont une seule et même maladie. Pour l’Egypte et le Cap, par exemple, on sait que la gravelle y est également commune, h côté de l’hématurie endémique. Si ces hémorrhagies sont de même nature, il faudrait peut-être cesser de les qualifier d'essentielles, comme on l’a fait jusqu’à présent. Nous avonsvu, en effet (page 508), que Griesinger avait reconnu que la présence du Bilharzia hœ~ matobia dans les voies urinaires, est une cause habituelle d’hématurie chez les Égyptiens; John Ilarley (ô), chez trois malades revenus en Angleterre après un séjour de plusieurs années au Cap, découvrit également la présence, dans les urines, d’œufs et d’embryons d’un parasite semblable à celui de Griesinger, et qu’il nomma Bilharzia Capensis. Ces mêmes œufs seraient une cause de gravelle, car l’auteur remarqua que quelques-uns de ces petits corps étaient devenus le centre d’une cristallisation d’oxalate de chaux et d’autres sels. Les sujets observés avaient tous trois souffert d’hématurie. Ces faits ont une très-grande valeur; toutefois, il semble permis d’en exiger encore une confirmation par des recherches plus nombreuses et plus complètes. Remarquons que s’ils sont réels, l’hématurie endémique cessera, non -seulement d’être essentielle, mais encore d’être une hémorrhagie rénale ; les vers en question se trouvant bien plutôt sous la muqueuse de la vessie et des voies urinaires que dans le rein lui-même. ]

2° Causes occasionnelles. — Les contusions , les plaies des reins, donnent ordinairement lieu à un écoulement de sang assez abondant par les voies urinaires. C’est là Y hématurie rénale traumatique.

Il faut rapprocher de ces causes les efforts violents , Y équitation prolongée , un voyage dans une voiture rude. Aran (5) a cité des cas ou la cause de 1 hématurie n’a paru être autre (pie l’équitation. En pareil cas, il y a dans la cause quelque chose de traumatique. On a vu l’hématurie se produire dans les efforts de l'accouchement et du vomissement ; mais il n’est pas certain que l'hémorrhagie ait eu réellement sa source dans les reins.

(1) p. Frank, Traité (le médecine pratique, trad. Goudareau. Paris, 1842, t. I, p. 394.

(2) Chalmers, An account uf the weatlier and diseuses of Sordh Corolina. London, 1/76.

(3) Renoult, Tsotice sur l’hématurie qu'éprouvent les Européens dans ta haute Egypte et

la Nubie (Journal gén. de mécl., t. XVII). ,

(4) John Harley, Endémie H œmaturia of the Capeo/ Good-IIope ( Med. -chir , Transact., vol. XVII, p. 55, et Archives générales de médecine, mai 1865).

(5) Aran, Essai sur l'hématurie des militaires à cheval. Paris, 18 juillet 1811.

HÉMORRHAGIE RÉNALE. — CAUSES

C’est encore par un effet qui peut être considéré comme traumatique, que des calculs , irritant la surface des bassinets, la déchirant même, donnent lieu à une hématurie quelquefois assez abondante.

Rayer mentionne encore des causes qui, après avoir agi sur l’organisme, et en particulier sur le sang, déterminent des hématuries presque toujours fort légères. Ainsi on a vu des individus frappés de la foudre rendre de l’urine par l’urèthre (1). Certains médicaments âcres, donnés à grande dose, produisent quelquefois des hématuries. Les cantharides (2) occasionnent des pissements de sang, soit lorsqu’elles sont administrées à l’intérieur d’une manière immodérée, soit dans quelques cas rares, après l’application de larges vésicatoires. Le baume du Pérou paraît être dans le même cas. Par une mauvaise plaisanterie, dit P. Frank (3), on fit prendre à une personne du baume du Pérou pour du chocolat ; au bout de quelques heures, il survint une hématurie.

On a attribué des hématuries à l’usage immodéré de Y ail (Forestus), des oignons, des asperges et des poireaux.

Rayer n’a jamais observé de véritables hématuries comme effet d’un empoisonnement saturnin. Dans un seul cas de colique saturnine, compliqué d’une hématurie, le pissement de sang a diminué graduellement pendant le traitement de la colique; mais plusieurs fois, dans l’empoisonnement saturnin, l’urine était chargée d’une certaine quantité d’albumine.

En général, il n’est pas démontré que les hématuries causées par ces agents eussent leur source dans les reins, et pour la plupart des cas on peut présumer que le sang provenait de la vessie.

Dans les cas où l’on a vu l’hématurie succéder à l’usage immodéré de diurétiques autres que les cantharides, on peut néanmoins admettre que c’est par les reins que leur action s’est fait principalement sentir.

L’usage des drastiques a été classé parmi les causes de l’hématurie, ainsi que la rétrocession cle la goutte, du rhumatisme, des dartres et même de la gale.

Nous retrouvons ici Y oubli d'une saignée habituelle, la suppression des hémorrhoïdes et des menstrues, ou de tout autre flux sanguin habituel. L’hématurie déterminée par ces causes est celle que Pinel a nommé succédanée (voy. plus haut page 520).

3° Conditions organiques. — Nous avons vu l’hématurie rénale se produire dans les plaies, les contusions, les déchirures des reins. Dans ces cas, l’écoulement de sang par les urines s’explique de lui-même.

Suivant Rayer, les inflammations des reins, même la néphrite simple , et celles qui sont déterminées par la présence des calculs rénaux, peuvent donner lieu par elles-mêmes a 1 hématurie. C est dans ces dernières néphrites que l’on observe 1 hématurie, et 1 irritation, la déchirure de la membrane des bassinets et des urctèies rendent compte du pissement de sang aussi bien que les causes précédentes.

Le cancer des reins donne fréquemment lieu à l’hématurie rénale ; on a cité encore les abcès et les ulcères suite des abcès ou de véritables cancers.

(I) Gazette des hôpitaux, 1831.

(-4 Paré, Œuvres complétés, Paris, 1840, t. III p. 326. — Forestus, Obs. et cm. mort., t. II, p. 326. ; ’

(3) P. Frank, Traité de médecine pratique, trad. Goudareau,t. I, p. 553.

Rayer (1) a décrit une espèce particulière de pyélite sous le nom de pyélite hémorrhagique. (Voy. Pyélite.)

Les hémorrhagies rénales que nous venons d’indiquer sont celles que Rayer a rangées dans son second groupe, sous le nom d 'hémorrhagies rénales symptomatiques de lésions des reins, et que les auteurs du Compendium de médecine ont nommées nèphrorrhagies par altération des solides.

Dans un second groupe, Rayer range les hémorrhagies rénales symptomatiques d'a/fections générales. Il est des cas où l’hémorrhagie rénale acquiert une telle violence, qu’elle est l’accident le plus important de la maladie. Ainsi, dans le purpura hœmorrhagica , on a vu des pertes de sang, effrayantes par leur abondance, se faire par les voies urinaires en même temps que par d’autres voies. A côté du purpura se place naturellement le scorbut.

On voit aussi parfois des hémorrhagies plus ou moins graves survenir dans le cours de certaines varioles , ou d’autres exanthèmes fébriles de même nature ; dans le cours de la fièvre jaune, etc. [Plus rare dans la variole confluente que dans la scarlatine, l’hématurie, quand elle se produit, selon Trousseau (2), survient non pas dans la période de déclin, mais au commencement de la maladie. Dans la scarlatine, elle précède et annonce assez habituellement l’albuminurie. Dans la fièvre typhoïde, les hémorrhagies urinaires sont un des caractères de la forme putride : Chédevergne (3) en fait mention et fait connaître l’état congestif du rein qui y correspond.

Nous avons déjà signalé (tome IV, p. 288 et 289,) l’hématurie qui caractérise, avec d’autres hémorrhagies, Y ictère grave hémorrhagique de IWonneret (A), et une variété grave de fièvre bilieuse , observée par les médecins de la marine, à qui cet accident a paru assez important pour devoir entrer dans la désignation de la maladie, d’après Dutroulau (5).] En pareil cas, l’hématurie n’est qu’un phénomène secondaire qui n’a de véritable importance que dans l’histoire de la maladie dans laquelle elle se produit. La condition organique de celle espèce d’hématurie est, suivant les auteurs du Compendium de médecine , une altération du sang constituée par la diminution de la fibrine.

Hémorrhagies rénales. — Se manifestent dans certains climats. On les a crues essentielles et on les a désignées sous le nom A' hémorrhagies par cause dynamique. [Nous avons dit ce que l’on sait de leur étiologie.]

Nous aurons surtout en vue, dans la description qui va suivre, l’hémorrhagie rénale de nos climats, et nous renverrons pour l’histoire de l’hématurie endémique à ce qui a été dit à l’article Entozoaires ( Distome hématobie, page 508), ainsi qu’aux détails donnés plus haut, au sujet des causes, dans l’article actuel.

(1) Rayer, Maladies des reins. Paris, 1 8 A 1 , t. III, § 668, p. 65.

(2) Trousseau, Clinique médicale de T Hôtel-Dieu, 1865, t. I, p. 22.

(3) Chédevergne, De la fièvre typhoïde et de ses manifestations congestives, inflammatoires et hémorrhagiques, thèse de Paris, 1864, n° 173.

(4) Monneret, l)c l’ictère hémorrhagique essentiel ( Journal le Progrès, 1858, n° 3, p .115).

(5) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861,

HÉMORRHAGIE RÉNALE. — SYMPTÔMES

§ ni. — Symptômes.

flébut. Dans les hémorrhagies rénales qui ont pour cause une altération des

i reins , l’apparition du sang dans l’urine est souvent précédée de douleurs plus ou i moins vives dans ces organes. Dans celles, au contraire, qu’on a nommées essentielles, il n’est pas rare de voir la présence du sang dans le liquide urinaire annoncer l’existence de la maladie sans que rien ait pu faire prévoir son début. Quelquefois cependant une pesanteur et un sentiment de chaleur dans la région lombaire,

• symptômes communs aux diverses hémorrhagies dites actives , précèdent de queli ques jours le pissement de sang. Chez certains sujets affectés de cancer des reins, l'hématurie est le premier symptôme qui ait fait soupçonner la maladie.

Symptômes. — L’écoulement du sang est très-variable sous le rapport de la quantité, non-seulement suivant les cas, mais encore ordinairement aux diverses , époques de la maladie. Quelquefois, en effet, le sang est en si petite quantité, qu’on i ne le découvre pas dans l’urine au premier aspect, et qu’il faut, pour en démoni trer la présence, recourir à des moyens d’exploration qui seront exposés plus loin, i Quelquefois, au contraire, la quantité de sang est si énorme, que les malades en i rendent une ou plusieurs livres dans la journée. On l’observe principalement i chez les sujets affectés d 'hémorrhagie essentielle ou dépendant d’une maladie généi raie, car lorsqu’il existe des lésions organiques évidentes, il est rare que l’hématurie i ne soit pas ou faible ou modérée, et lorsqu’il en est ainsi, c’est la maladie organique i qui doit fixer l’attention.

Il résulte de cette différence dans la quantité du sang rejeté, une différence i extrême dans l 'aspect des urines sanylantes. Parfois le sang est en si grande proportion, qu’on pourrait croire qu’il est rendu pur; mais cet aspect n’existe qu’au i moment même de l’émission, car si on laisse reposer le liquide, on voit se déposer un sédiment formé par le sang, au-dessus duquel se trouve l’urine teinte en rouge plus ou moins foncé. On trouve ordinairement des caillots d’un volume variable dans le liquide. Ces caillots sont noirs, d’une fermeté différente suivant les cas. Ils sont parfois très-considérables. « Dans les hématuries rénales abondantes, dit Rayer, le sang se coagule le plus souvent dans son trajet, soit dans la cavité des uretères, soit dans la vessie. Celte coagulation s’opère de manière qu’un grand nombre de globules sanguins restent enchevêtrés dans les caillots fibrineux, qui, lorsqu’ils sont expulsés au dehors, sont plus souvent noirâtres que décolorés. » Cette dernière proposition nous montre que parfois des caillots fibrineux, yélatiniformes, sont rendus par les urines. Lorsque l’hémorrhagie lire b sa fin, et que les urines commencent à devenir limpides, on aperçoit quelquefois encore à l’œil nu, dans le liquide, des concrétions fibrineuses filiformes , qui parfois demandent l’emploi du microscope pour être reconnues.

Forme des caillots sanyuins. — Il en est qui, arrêtés dans l’uretère ou dans l’urèthre, se moulent sur ces conduits et sortent avec une forme allongée qui les fait ressembler à des vers. Il faut en être prévenu pour n’être pas exposé b l’erreur, et croire à la sortie d’un ascaride lombricoïde ou d’un strongle. On a vu, dit-on, l’urine creuser dans leur partie moyenne ces concrétions qui, devenues tubuleuses, ont permis le passage de l’urine.

Il peut arriver qu’a la simple vue l’urine ne paraisse contenir ni globules sau-

gains ni caillots fibrineux; en d autres termes, qu’elle paraisse naturelle. Ce fait ne se montre que dans des cas où la présence du sang dans l’urine n’est qu’un symptôme d’une affection plus grave qui absorbe l’attention. Mais dans les hématinies séiieuses, il y a certains moments où l’urine redevient limpide ou presque limpide, et il n’est pas indifférent de savoir si toute trace de sang a disparu, ce qui peut faire craindre un retour de l’hémorrhagie.

A la véiité, dit Rayer, de telles urines ne sont jamais parfaitement transparentes comme 1 urine saine, mais quelquefois elles offrent une teinte rosée si douteuse, qu’on ne pourrait affirmer qu’elles contiennent une certaine quantité de sang, ou au moins I un de ses principaux éléments, si Y inspection microscopique ne montrait dans ces urines un certain nombre de globules sanguins. Si l’on remplit un tube long de 1.) ccntimetics et de 1 centimètre et demi de diamètre avec ces mines, le petit nombre de globules quelles contiennent se précipite au fond du tube, où ils foi ment un dépôt rougeâtre qui surmonte les autres éléments du sédiment, cl notamment le pus, lorsqu il en existe. Dans ces urines, toujours plus ou moins chargées d'albumine , quelquefois il n’y a pas de trace de fibrine coagulée ; d auties fois on y apeiçoit h 1 œil nu, et mieux à l’inspection microscopique, des filaments d’apparence fibrineuse.

k urine sanguinolente se coagule par la chaleur et précipite par l’acide

nitrique , et elle offre au microscope des globules d’un 120e de millimètre environ, lenticulaires, jaunâtres, paraissant avoir un noyau central, se dissolvant immédiatement dans l’acide acétique, insolubles dans l’eau et dans l’acide nitrique. Au bout d’un certain temps, ces globules deviennent irréguliers dans l’urine et quelquefois s’y décolorant (Rayer) (fig. 71). [L’hémorrhagie de la substance du rein fig. 7t. — Corpuscules sanguins. — a, b,c. Nor- se reconnaît à la présence de moules de

maux. - de, f Corpuscules trouves dans Curine. mbes dans |e dépôt urinaire. 0.1 peut s’cil

e , f. Alleralion des globules; ils sont retractes, # 1 *

leurs parois sont cronoiées. (Bcaïc, pi. xxi.) convaincre à l’occasion de l’hématurie qui signale la congestion rénale dans certaines formes de maladie de Bright. Dans les cas de contusion du rein, par coup ou par chute sur la région lombaire, la présence de moules dans l’urine est le meilleur moyen de diagnostic. Ces moules sont opaques ou transparents, quelques-uns retiennent de l’épithélium rénal ou des globules sanguins (fig. 61 et fig. 62, p. ô66).]

Dans Y hématurie essentielle endémique de l’île Maurice , le sédiment est presque entièrement composé de sang, ou au moins de globules sanguins et d 'acide urique cristallisé. (Rayer.)

[L’urine examinée par Harley dans les cas que nous avons cités, était pâle, légèrement albumineuse, et fournissait un dépôt blanchâtre contenant des cristaux d’acide urique, d’urate et d’oxalate de chaux, du mucus, du pus, du sang et des filaments d’une nature particulière. Ces filaments étaient composés en grande partie de mucus et de globules muqueux plus ou moins entremêlés de sang. Dans cette gangue étaient englobés trois, quatre et jusqu’à quarante petits corps ova-

HÉMORRHAGIE RÉNALE. — SYMPTÔMES

la ires , fortement réfringents, longs de 1/70 de pouce sur 1/400 de large. C’étaient les œufs du Billharzia. Quelques-uns, plus avancés, éclataient sous la pression et laissaient voir l’embryon. Quelquefois Harley a rencontré des embryons libres, longs de 1/200 de pouce sur 1/350 de large.]

Dans les hémorrhagies rénales dues aux calculs rénaux et au cancer , l’urine rendue trois heures après le repas était plus chargée de sang qu’à aucune autre heure de la journée.

[Dans une intéressante monographie, Barthélemy-Benoît (1) a décrit avec un soin particulier ce qui se rapporte à l’hématurie de la fièvre bilieuse qu’il a observée au Sénégal, la même, d’ailleurs, que celle dont parle Dutroulau, et qui règne à Madagascar, à Mayotte, aux Antilles. L’hématurie apparaît au début de l’accès et disparaît avec lui : les urines ont la coloration du vin de Porto ou de Malaga, ou celle d’une décoction de café ; jamais le sang n’est assez abondant pour constituer une hémorrhagie compromettante pour la vie du sujet. Les urines diminuent de quantité et sont d’autant plus rares que le sang y est en plus grande proportion. Dans des cas graves, le sang est presque pur. Elles augmentent de densité et coagulent par l’acide azotique et la chaleur. On y retrouve, au microscope, quand on les examine aussitôt après leur émission, des globules sanguins déformés : cette épreuve est délicate, ainsi que l’a fait remarquer Pellarin (2), et ne réussit pas toujours ; mais il est facile de s’assurer que la coloration rouge ou brune du dépôt urinaire est duc à l’hématine provenant de la destruction des globules.]

Il n’est pas rare de voir l’hématurie avoir lieu sans aucune espèce de douleur qui lui soit propre. Dans certains cas les douleurs rénales signalées au début de la maladie persistent sans qu’on en trouve d’autre cause que l’hémorrhagie rénale elle-même; dans d’autres, des caillots peuvent s’amasser dans le bassinet, ou, étant trop volumineux pour traverser l’uretère, obstruer ce conduit : la douleur est alors vive et prend les caractères de la colique néphrétique. C’est surtout dans les cas de ce genre qu’on voit sortir, avec les urines, des caillots remarquables par leur décoloration plus ou moins complète, indice de leur séjour prolongé dans les voies urinaires.

Chez quelques sujets, l'écoulement de sang par les voies urinaires est précédé d’un sentiment général de plénitude, de somnolence après les repas, de difficulté des digestions, d’une tendance aux palpitations, d’une plénitude du pouls plus ou moins marquée, et l’on a vu ces symptômes se dissiper après une perte de sang un peu abondante. C’est là l’hémorrhagie rénale par pléthore , ou active. Les cas de ce genre sont extrêmement rares dans l’hématurie.

L’apparition du sang peut causer une vive émotion aux malades, et de là les phénomènes nerveux décrits, tome II, art. Hémoptysie. Mais dans la majorité des cas, l’appréhension est infiniment moins grande que dans le crachement de sang.

Lorsque les pertes de sang ont été très-abondantes, ou, ce qui est plus ordinaire, lorsqu’elles se sont reproduites fréquemment, on voit survenir les symptômes de Y anémie (3). Dans Y hématurie endémique , on voit, si les hémorrhagies sont abon-

(1) Barthélemy-Benoît, De la fièvre bilieuse hématunque observée au Sénégal (Archives de ‘médecine navale. Paris, 1805, t. IV).

(2) Pellarin, Un mot sur la fièvre bilieuse hémuturique ; de l’apoplexie des reins dans cette maladie ( Archives de médecine navale , 1. 111, n° 2, février 1805).

(3) Voy. article Anémie, t. I, p. 541.

danles et lejxitéos, les sujels pâlir, devenir languissants, cl parfois même, chez les enfants, le développement se ralentir. Vœdème peut se présenter chez les suiets rendus anémique* par les hématuries rénales; mais Rayer a remarqué qu’il n’était

pas comparable à celui qu'on observe quelquefois dans les hématuries dues au cancer de la vessie.

Hématurie rénale interne. — Il peut arriver, comme dans les autres hémorrhagies qui oui pour siège des organes creux, que ce liquide éprouve un obstacle a sa sortie, soit dans l’uretère, soit dans la vessie, et qu’il s’accumule alors dans les parties situées au-dessus de l’obstacle en causant divers accidents.

Nous ne connaissons pas un seul cas dans lequel il soit démontré que l’hémorniagie rénale interne a eu lieu sans que préalablement il y ait eu écoulement de sang avec les urines. Ordinairement, à une hémorrhagie externe, durant un temps plus ou moins long, succède l’hémorrhagie interne, qui cesse momentanément par l’expulsion d’une assez grande quantité de sang, et se reproduit ensuite. One observation recueillie par Danyau, et citée par Rayer, est un exemple de reproduction répétée de l’accident.

Lorsque l’hémorrhagie devient interne, c’est-à-dire lorsque le sang cessant de s écoulei avec les mines, s accumule dans le bassinet, l’uretère ou la vessie, on n’observe pas ces phénomènes terribles de certaines hémorrhagies internes trèsabondantes, comme celles qui ont lieu dans les intestins ou l’utérus. Cela tient à ce que les hémorrhagies rénales n’ont presque jamais cette abondance extrême qui rend promptement si funestes celles que nous venons de mentionner. Le sang s’accumule avec lenteur dans les voies urinaires, et cause d’abord si peu de dérangegement, que 1 ur inc devenant limpide, des sujets ont pu se croire guéris et reprendre leurs occupations.

(liais lorsque ce liquide a distendu la cavité où il se trouve retenu, si l'obstacle est à la partie supérieure de l'uretère, le sang s’accumule dans le bassinet et distend considéi ablemcnt le rein. Il existe alors une douleur persistante dans la région îénalc du côté malade; parfois cette douleur s’étend à toute la région lombaire et à la paroi antérieure de l’abdomen. Il s’y joint un sentiment de pesanteur , et l’affection faisant des progrès, on peut, par la palpation , reconnaître l’existence d’une tumeur souvent très-volumineuse. Martineau (1) a pu, en effet, prendre cette tumeur pour une hydropisie, et ayant pratiqué la paracentèse, il a vu s’écouler une énorme quantité de sang qui provenait du rein distendu, comme le prouva l’autopsie.

Si l obstacle est dans un point de l'uretère plus ou moins voisin de la vessie , les choses se passent de la même manière, sauf que la partie de ce conduit située audessus se laisse distendre énormément, et peut, par là, donner une forme et une situation particulières à la tumeur.

Le sang peut s accumuler aussi dans la vessie , et cela sans qu’il y ait même d’autre obstacle que la présence de caillots volumineux qui ne peuvent pas franchir 1 urèthre. En pareil cas, il y a tantôt rétention d’urine, tantôt issue d’une petite quantité d’urine colorée en rouge par le sang, tantôt même émission d’une urine qui a toutes les apparences de l’état normal. Mais, quels que soient les caractères

(i) Martineau, Med. Comment., vol. IX.

HEMORRHAGIE RtNAJLE. — SYMPTÔMES.

de ce liquide, on observe toujours une tension, une pesanteur, souvent même une douleur marquée vers l’hypogastre, le périnée, le rectum. Il y a de fréquentes envies d’uriner, le malade est en proie à une anxiété plus ou moins vive, l.a palpation et la percussion de l’abdomen sont alors d’un grand secours; elles permettent, en effet, de reconnaître, lorsque la quantité du sang et de l’urine accumulés est considérable, la présence, à l’hypogastre, d’une tumeur globuleuse, rénitente, qui s’élève vers l’ombilic, comme dans la rétention d’urine.

Lui écoulement considérable de sang avec l'urine fait souvent cesser tous ces accidents ; mais si l’accumulation continue à se faire dans les voies urinaires, le sujet s 'affaiblit de plus en plus, son pouls est faible et accéléré; la puleur, le dépérissement, augmentent avec une rapidité ordinairement assez grande, et la mort est sinon causée par celte perte interne, du moins notablement accélérée.

Urine chyleuse. — [Il couvienl de rapprocher de ce que nous avons dit sur les hématuries endémiques les données que possède aujourd’hui la science sur le phénomène singulier des urines chyleuses.

L’accident pathologique auquel Prout (I) a donné le nom d’urine chyleuse est, à proprement parler, une maladie des pays tropicaux. Elle règne endémiquement à Maurice, Bourbon, aux Indes occidentales, au Brésil et dans les grandes Indes. Les cas qui en ont été observés sur des Européens ont trait à des marins, des marchands, des colons ou d’autres qui avaient séjourné dans ces contrées. Roberts a I fait l’analyse de vingt-six cas de cette affection.

Causes. — Elle atteint tous les âges. Prout l’a mentionnée chez un enfant mâle ' de dix-huit mois ; Quévenne chez un vieillard de soixante-dix-huit ans. En Europe,

' 011 l’a observée plus souvent chez les hommes parce qu’ils voyagent plus, que chez les femmes; dans les pays où elle règne, les femmes y sont plus sujettes que les hommes.

La plupart des malades ont séjourné dans les colonies : on cite quelques cas authentiques observés chez des individus qui n’avaient pas quitté l’Europe. (Prout ' Gossett (2), Cubilt (3). )

Létal du sang examiné par Bencc Jones et par Guibourt a révélé au premier i un état laiteux du sérum, au second une quantité de graisse double de celle qui t existe en santé.

Symptômes. — L’urine est blanche et opaque comme du lait ; quelquefois avec i une teinte rosée due au mélange d’un peu de sang ou même de caillots sanguins.

Par le repos, elle conyule spontanément en une niasse tremblotante qui se redis- • sou t ensuite el laisse des flocons. La coagulation a quelquefois lieu dans la vessie et (détermine de sérieuses difficultés dans la miction.

j L’apparence laiteuse de l’urine est due à la présence d’une matière grasse ou i huileuse dans un état de division extrême, laquelle forme, au bout de quelques heures, une couche crémeuse à la surface du liquide.]

Rayer (4) avait déjà constaté que si l’on traite par l'éther une certaine quantité

(1) Prout, Stomaeh and retint Diseuses, 5e édit., p. 112.

(2) V. Bird, Urinary Deposits, 5° édit., p. 416.

(3) Voy. Beule, De l’urine , des dépôts urinaires et des calculs, traduit de l’ançlais sur la seconde édition et annoté par Auguste Ollivier et Georges Bergeron. Paris, 1865 p 316

(4) Rayer, Recherches sur les urines chyleuses, laiteuses et huileuses observées en Eurooe

I [Journal l’Expérience, l. 1, p. 657). r. ai ope

Valleix, 5e édit.

de cette urine chyleuse contenant ou non des globules sanguins, elle devient, au bout de quelques heures, complètement transparente, et l’éther employé, soumis à l’évaporation spontanée sur des verres de montre, y laisse déposer une quantité considérable de matière grasse.

L’urine ainsi débarrassée de la matière grasse, traitée par l'acide nitrique et la chaleur , donne des grumeaux ou un coagulum d’albumine.

Cette même urine, après la coagulation de l’albumine par la chaleur, filtrée et évaporée à consistance sirupeuse, traitée à froid par l’acide nitrique, donne un magma ou des cristaux de nitrate d'urée.

En examinant cette urine chyleuse comparativement avec un mélange d’urine saine et du chyle rosé recueilli dans le réservoir de Pecquet, chez un cheval, l’analogie de ces deux liqueurs, de l’urine chyleuse artificielle et de l’urine chyleuse de l’homme, a paru des plus frappantes. Dans l’un et l’autre de ces liquides, on distinguait des globules qui offraient le caractère des globules sanguins ; dans l’un et l’autre, il y avait de l’albumine et une petite quantité de fibrine ; enfin tous deux contenaient une quantité considérable de matière grasse. (Rayer.)

[Examinée au microscope, l’urine chyleuse contient un nombre variable de corpuscules granulés et à noyaux, semblables à ceux du mucus ou du chyle et quel-

Fio. 72. — Corpuscules du Les substances anormales de ces urines varient , d’ailleurs,

ment, quelquefois sous l’influence apparente d’une contusion, d’un effort, d’une émotion morale. Elle continue par attaques irrégulièrement intermittentes et dont chacune dure plusieurs jours, plusieurs mois ou même des années, pour cesser brusquement et reparaître après un laps de temps variable. Pendant les rémissions, l’urine est tout à fait normale. Les maladies intercurrentes suspendent d’ordinaire la marche de cette bizarre affection.

Pendant les attaques, on a vu l’urine rester chyleuse pendant les vingt-quatre heures, comme dans le cas de Waters (1), ou bien être normale le matin et chyleuse le reste du jour, principalement après le dîner ; ou n’être chyleuse qu’au lever du soleil et rester normale tout le jour (cas de Cubitt, cité par Reale). Dans l’observation d’Ackermann (2), l’urine était normale quand le malade restait cou-

quefois des globules sanguins rougeâtres (fig. 72). La ma-

arriver à l’apparence de globules; dans des cas rares, ce-

pendant, on a vu des globules graisseux. Jamais on n’a trouvé de moules des tubes urinifères.

Quelquefois, l’urine, au lieu de chyle, contient de la lymphe: elle est albumineuse, coagule spontanément, mais

ne renferme pas de matière grasse et n’a point l’aspect laiteux.

La marche de cette affection est très-irrégulière. L’invasion en est rarement progressive : d’ordinaire, elle débute brusque-

(1) Waters, Med.-chir. Transactions , vol. XLV, p. 211.

(2) Ackermann, Deutsche Ktinilc, 1863, n08 23 et 24.

HÉMORRHAGIE RÉNALE. — SYMPTÔMES

clic sur le côté droit, et devenait chyleuse dès qu’il se levait. Dans une de Dutt(l), il n’y avait pas de chyle dans l’urine pendant le jour et elle en était surchargée pendant la nuit.

La santé générale des individus atteints est plus ou moins compromise : quelquesuns conservent leur embonpoint; le plus grand nombre maigrit; ils sont faibles, languissants, incapables d’aucun effort et se plaignent des reins et de l’épigastre. Quelquefois il y a un appétit excessif; plus souvent il est ordinaire. On peut vivre très-longtemps avec cette infirmité: le malade de Quévenne en souffrit depuis l’âge de vingt-cinq ans jusqu’à celui de soixante-treize et dépassa soixante-dix-huit ; ans; celui d’Elliotson (3) l’éprouva pendant vingt-huit ans sans en être sérieusement incommodé.

Lorsqu’on a pu faire l’autopsie, la mort était duc à une maladie différente, elles reins ne présentaient aucune lésion qu’on pût rapporter à cet ordre d’accidents. Dans le cas de Priesley (à), ils avaient subi la dégénérescence graisseuse de la ma-* ladie de Bright qui avait déterminé la mort.

Nature. — Il n’existe guère que des théories pour expliquer la pathogénic des urines chyleuses ; nous pensons devoir faire connaître les principales.

Selon Prout, la cause prochaine de cet accident résiderait en partie dans les organes d’assimilation et en partie dans le rein ; le chyle, par suite de quelque trouble de l’assimilation, ne passerait point dans le sang et serait éliminé par le rein, lequel lui-même, au lieu de le convertir dans les matériaux ordinaires de l’urine, le laisserait passer sans altérations.

L’intégrité ordinaire des reins est une objection capitale à cette vue théorique. Le professeur Carter, de Bombay (5), a fondé une autre théorie sur des cas fort intéressants qu’il a observés et dans lesquels il existait une communication directe entre quelque partie du système des vaisseaux chylifères ou Ivmpathiques et les voies urinaires. La rupture de la paroi serait due à une distension des rameaux lymphatiques : il se formerait un trajet fisluleux et quelquefois même un réservoir accidentel sur le trajet des vaisseaux chylifères, dont le contenu serait versé dans les voies urinaires d’une façon intermittente. Gubler (6), à l’occasion d’une urine chyleuse présentée par Rayer à la Société de biologie, a proposé une théorie conforme à celle-ci. Remarquant que cette urine renferme, Comme la lymphe normale, des globules sanguins de forme spéciale (sphéroïdes, d’un diamètre inférieur à celui des globules ordinaires, à contour net) et des globules blancs, il a pensé ■ que l’on avait affaire à une lymphorrhagie dite à la dilatation variqueuse des lymi phatiques des reins, dilatation semblable à celle que Camille Desjardins observa sur la cuisse d’une femme. Les pays à urine chyleuse sont, d’ailleurs, ceux où les lymphatiques extérieurs sont le plus souvent variqueux.

Si l’on se reporte aux communications de Gridsinger et de Jolm tlarley, on com-

(1) butt, Lancet , 1362, vol. II, p. 87.

(2) Elliotson, Med. Times and Gazette, 19 septembre 1857.

(3) Priestley, Edinburgh mcd. Journal, 1856, p. 945.

• (1) Carter, Medico-ihirurg . Transuct., t. XLV, p. 209.

(5) Gubler, Hématurie de T lie de France envisagée comme une lymphorrhagie de l'appareil •iro-poïé tique ( Compte rendu des séances ët Mémoires de la Société de biologie, 2e série it, v, arnlée 1858. Paris, 1859, p. 98). *

MALADIES DES \UJES ÜÉN1T0-UHINA1HES.

prendra mieux encore la possibilité des trajets faisant communiquer les voies urinaires et les vaisseaux lymphatiques et chylifères. L’instrument de la perforation ne serait autre que le parasite décrit, le Bilharzia hœmatobia. (Voy. p. 508.)

Le traitement de cette affection sera indiqué avec celui de l’hémorrhagie rénale à laquelle nous revenons maintenant.]

§ IV. — Marche, durée, terminaison'.

La marcha est très-variable d’une manière générale, le caractère de l’hématurie rénale est de se produire à des intervalles plus ou moins longs. Les alternatives d’apparition el de cessation de l’hémorrhagie se renouvellent ordinairement un grand nombre de fois, surtout dans les affections organiques chroniques, comme le cancer du rein.

Quand l’hémorrhagie rénale est succédanée d’autres (lux sanguins dont le caractère est de se produire périodiquement, ou presque périodiquement, comme les menstrues et certaines hémorrhoïdes , l’hématurie rénale est périodique , comme le llux qu’elle remplace.

L’hématurie essentielle , et l’hématurie rénale endémique de l’ile de France, se montrent bien plus fréquemment que toute autre d’une manière continue cl chronique. Il y a dans l’abondance du sang trouvé dans les urines des variations qui se produisent non-seulement à divers intervalles, mais encore journellement, cl qui le sont parfois très-considérables.

La durée de l’hémorrhagie est indéterminée dans la plupart des cas. Dans les affections organiques des reins, elle peut se prolonger jusqu’aux derniers jours de l’existence qu’elle contribue à abréger. Lorsqu’elle est causée par des calculs, elle cesse si ces corps étrangers cessent eux-mêmes d’irriter les parties qui les renferment.

Dans Y hématurie endémique , la durée peut être de plusieurs années, et parfois l’hémorrhagie est suivie d’une excrétion d’urine chyleuse, ce qui peut être considéré comme la continuation de l’hémorrhagie sous une autre forme.

Le caractère de l’hématurie rénale critique est de ne durer qu’un très-court espace de temps, quelques jours et même quelques heures.

Quant à la terminaison de la maladie, l’hématurie rénale symptomatique d’une affection organique peut donner la mort par elle-même; mais ordinairement elle ne fait que hâter la terminaison fatale due à la maladie principale. On a vu quelques hématuries disparaître pour ne plus revenir : ce sont surtout celles qu’on a attribuées à la pléthore, el qu’on a désignées principalement sous le nom d’hématuries actives ; mais, dans les cas cités, le sang provenait-il réellement des reins?

Il est rare que Y hématurie endémique se termine par la mort. Ou bien la maladie, qui s’est développée dans l’enfance, cesse après une ou plusieurs années de durée, ou bien elle se transforme en flux chyleux qui peut persister jusqu’à un âge avancé.

§ V. — Lésions anatomiques.

Lorsque le sang a trouvé une libre issue, on ne voit dans les reins qu’une simple congestion dans quelques cas; dans d’autres, ce sont des ecchymoses à la surface

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