‹ Guide du médecin praticienChapitre 235 sur 305 · GRAVELLE · texte numérisé non relu

GRAVELLE

CAUSES

Une vie sédentaire , la fortune , qui permet de se procurer sans fatigue toutes les jouissances, sont regardées comme des conditions dans lesquelles la gravellese développe bien plus fréquemment que dans des conditions opposées. Quelques , observations faites sur les soldats et les marins semblent venir à l’appui de cette assertion; mais ces derniers ne sont observés qu’à une certaine époque de leur existence, tandis que les observations faites sur les autres sujets portent sur toutes les périodes de la vie.

V hérédité delà gravelle est assez généralement admise, et un bon nombre d’au- ’ tcurs ont cité des faits en faveur de cette manière devoir ; Civiale reste dans le doute ; à cet égard.

[ La gravelle de cystine manifeste très-nettement sa transmissibilité par voie d’hérédité. Les calculs de cette substance sont rares : cependant Lenoir les a i trouvés chez deux frères, Civiale chez deux autres, Marcet chez trois.]

Il faut ajouter à cette énumération certaines maladies des parties supérieures des - voies urinaires, comme le rétrécissement , l 'obstruction des uretères , qui, en rendant difficile l’écoulement de l’urine, favorisent le dépôt des concrétions.

On a encore rangé vaguement parmi les causes prédisposantes, la dentition , un , état habituel de tristesse, une contention d'esprit prolongée, etc.

2° Causes occasionnelles. — Certains individus ont rendu des graviers après un exercice violent ou après avoir été secoués par le cheval ou cahotés dans unevoii ture. Leslsecousses n’étaient pas des causes occasionnelles delà gravelle: elles ont • simplement provoqué la sortie des graviers, et déterminé la manifestation, mais non la production de la maladie.

Aliments. — Nous n’avons qu’indiqué le régime à propos des causes prédisposantes ; pour les auteurs qui lui accordent une certaine influence, il n’agit pas seulement en prédisposant l’organisme, mais en produisant la matière des concrétions, et par conséquent la maladie elle-même.

Magendie était un des principaux défenseurs de cette opinion , qu’un régime azoté , substantiel, composé principalement de viandes noires, est la principale cause de la gravelle rouge {gravelle urique, Mag.). Cette opinion s'est appuyée sur des faits de physiologie comparée et de pathologie. Civiale, réunissant un bien plus grand nombre de faits, a démontré : 1° que la proportion de l’urée, augmentant notablement par le régime azoté, n’est nullement en rapport avec la proportion de l’acide urique; 2° que, dans un grand nombre de localités où la nourriture est presque exclusivement animale, la gravelle est fort rare.

[ Ces conclusions ne prouvent rien dans ce point d’étiologie. Il est parfaitement certain que l’acide urique et même l’acide oxalique, son dérivé, ne peuvent provenir que de matières azotées incomplètement transformées dans l’organisme: c’est, toujours de Vazoturie, suivant l’expression de G. Bird. Or, le moyen le plus sûr d’introduire de l’azote dans l’économie, c’est, sans contredit, l’alimentation animale. Il est vrai que tout est relatif, et l’on pourra ne pas être graveleux, malgré un régime azoté, si l’exercice, le travail, permet à l’individu de tenir la dépense au niveau de l’apport de matériaux de cette nature. A ce compte, encore, le régime animal le plus modéré peut produire de l’acide urique, des urates ou de l’acide oxalique, s’il y a incapacité d’assimilation de la part des fonctions digestives ou sollicitation insuffisante.]

L’usage d’aliments contenant de Y acide oxalique , et de Yoseille en particulier, paraît h quelques auteurs nécessaire pour la production des graviers d'oxalate de chaux (gr av elle jaune , Magendie). Plusieurs faits bien connus ont prouvé le rapport de cause h effet de cette alimentation et de la gravelle dont il s’agit, et d’un autre côté, il suffît d’avoir pris une certaine quantité de ces aliments pour que, le soir même ou le lendemain, on trouve dans l’urine des cristaux d’oxalate de chaux.

[Mais cette circonstance n’est pas rigoureusement nécessaire puisque l’acide Oxalique provient aussi des matières azotées ingérées.]

/J ornons. — Les boissons spiritueuses ont été rangées parmi les causes les p us efficaces de la gravelle, et principalement de la gravelle urique; mais cette opinion n’a pu soutenir l’épreuve des faits.

On a été naturellement porté à penser que les eaux contenant certains sels, et principalement des sels de chaux que l’on retrouve dans les graviers, devaient produire facilement la gravelle. Mais encore ici l’expérience a démenti la théorie. C’est ainsi qu’à Arcueil, dont les eaux contiennent une si grande quantité de carbonate de chaux, les habitants ne sont nullement sujets à la gravelle.

L’usage de la bière a-t-il plus d’action? C’est ce dont il est permis de douter.

L’urine rendue après qu’on a pris du the ou du café contient, d’après les recherches de Donné, une grande quantité d'acide urique cristallisant par le refroidissement. Faut-il en conclure que ces boissons peuvent par elles-mêmes produire la gravelle urique ? Nous ne le croyons pas. Ce qu’il faut inférer de ces expériences, c’est que, chez un individu prédisposé, l’usage de ces substances pourrait déterminer la production de la maladie.

On a dit que la trop petite quantité des boissons pouvait être une cause déterminante de la gravelle ; mais c’est là une assertion uniquement fondée sur des idées théoriques; il en est de même du défaut de chaleur animale permettant la cristallisation des sels chez le vieillard, etc. On a vu quelquefois le défaut d’exercice, le séjour au lit , l’ immobilité , être suivis de gravelle. Ces données ne sont pas à rejeter, en tant qu’elles expriment l’influence de l’assimilation incomplète; niais ces circonstances peuvent n’êtrc que l’un des éléments d’une étiologie complexe.

Dans la production de la gravelle il y a une inlluence cachée sans laquelle les causes en apparence les plus efficaces ne peuvent rien. La chimie et la physiologie nous ont plutôt fait connaître le comment que le pourquoi.

§ III. — Symptômes.

Les symptômes ne diffèrent réellement que suivant le volume plus ou moins considérable des concrétions urinaires.

r Sable dans l'urine. — Suivant Civiale, lorsque l’urine sort sans présenter a l’instant même des grains de sable tout formés, et (pie le refroidissement est nécessaire pour leur apparition, il n’y a pas gravelle. C’est là assurément un bon moven de distinguer la gravelle du simple sédiment cristallisé ou non. Cependan i est ouelnues cas où la formation des cristaux d’acide urique est si rapide, que, bien qu’on ait eu le temps de voir 1’urinc transparente, la cristallisation a etc presque

Page 1