MALADIES DE LA VESSIE
ARTICLE PREMIER
HÉMORRHAGIE VÉSICALE.
L’hémorrhagie simple spontanée, ayant son siège à la surface de la vessie, est une affection extrêmement rare. P. Frank (2), qui sur cinq mille neuf cent treize sujets n’a observé l’hématurie que treize fois, et qui, sur une autre série de treize cents, n’a pas vu périr un seul malade de cette affection, ne dit nullement que l’hémorrhagie eût la vessie pour siège , et fût essentielle dans un seul de ces cas ; Barlh (3), qui a recherché les divers cas d’hémorrhagie simple spontanée, n’a pas pu rapporter un seul cas où il y ait eu évidemment exhalation de sang dans la cavité vésicale, car les deux faits qu’il cite en détail se rapportent à l’hémorrhagie rénale.
[Lorsque l’on regardait comme essentielles les hématuries endémiques de Maurice, du Caj) on a pu quelquefois penser que le sang venait de la vessie, et croire à une variété d’hémorrhagie vésicale essentielle : nous avons dit ailleurs (voy. Hémorrhagie rénale, p. 522) que ces hématuries étaient en effet plus souvent vésicales que rénales;' mais si elles ont réellement pour cause, la présence d’un entozoaire , elles ne sont rien moins qu’essentielles, et se rapprochent plutôt des hémorrhagies traumatiques.
(1) Aug. Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe, art. Rétrécissement et dilatation 1)ES uretères. Paris, 1860, 5e édit., t. V.
(2) J. Frank, Traité de médecine pratique , traduction de Coudareau. Paris, 1842 t I p. 547.
(3) Barth, Doit-on admettre des hémorrhagies essentielles ? ttièse de concours, 1838.
Ant. Desormeaux (1) rapporte le cas d’un calculeux chez lequel l’introduction de la sonde exploratrice avait amené quelques caillots de sang, et qui , dans la même journée, fut pris d’une hématurie abondante et rapidement mortelle. La vessie était complètement saine; on ne trouva à l’autopsie que trois ou quatre veines de la grosseur d’une plume de corbeau, gorgées de sang, sur un point élevé de cet organe; il n’y avait également rien dans la prostate ni dans l’urèthre; les reins n’ont point été examinés, et en outre, il faut remarquer qu’il y avait dans la vessie un corps étranger qui l’irritait. Il faut donc en conclure que cette affection , quand elle a réellement son siège dans la vessie, est sinon constamment, du moins presque constamment symptomatique. Il est permis de croire que le sang peut s’échapper par exsudation et sans lésion préalable des parois de la vessie, dans les cas d' hémorrhagies constitutionnelles dont nous avons eu maintes fois occasion de parler (2), mais même dans ces cas l’hémorrhagie vésicale n’a qu’une importance secondaire. La maladie, en effet, est alors générale, et ce n’est souvent qu’une circonstance
fortuite qui détermine le sang à s’échapper par tel ou tel point de l’économie. Nous railcrons successivement de l hémorrhagie vésicale simple et de l’ hémorrhagie
vés ica le symptomatique.
1° HÉMORRHAGIE VÉSICALE SIMPLE.
§ I. — Définition.
On regarde comme telle, l’hématurie qui n’est précédée d’aucune violence extérieure ni d’aucun symptôme propre à caractériser une maladie des reins ou de la vessie, surtout si elle a lieu après h suppression des régies ou du flux hémorrjioïdal (Boyer). Il résulte de cette définition que les cas où l’on doit presque exclusivement admettre l’existence de cette espèce d’hématurie sont ceux où l’hémorrhagie peut être regardée comme supplémentaire.
§ II. — Symptômes.
Les principaux symptômes de cette hématurie sont une sensibilité insolite de la vessie à la présence de i urine, quoique ce liquide soit en petite quantité; de fréquentes envies d'uriner ; la clysuric; un sentiment d 'anxiété; de tension, de chaleur, d'ardeur, dans l’hypogastre ; une excrétion de matière visqueuse, puriforme , fétide, qui se précipite au fond des urines; en un mot, presque tous les symptômes d’une cystite légère et chronique. Enfin, au milieu de ces symptômes, l’hématurie se déclare, le sang coule en plus ou moins grande quantité avec les urines, présentant une couleur obscure et noirâtre. Il n’est pas aussi intimement mêlé avec ce liquide que dans l' hématurie rénale , il est fluide.
Par suite de ce flux sanguin, la plupart des symptômes s'apaisent, les urines deviennent plus claires, moins chargées de sang et coulent avec plus de facilité.
L’hématurie vésicale ne présente pas toujours des symptômes aussi graves ; on a vu le sang couler évidemment de la vessie avec les urines sans aucune sensation pénible, sans efforts. Il existe des personnes sujettes à une hématurie périodique
(1) Ant. Desormeaux, Séances de la Société de chirurgie de Paris, 31 juillet 1850, et Union mût heu la ■» & août 1850.
(2) voy. tome II, p. 218, Épistaxis ; tome 111, p. 609, Hématemese, etc.