PROSTATITE CHRONIQUE. — LÉSIONS ANATOMIQUES
dans les organes delà génération : elle établit d’abord une sorte d’imminence morbide permanente, vis-à-vis de l’inflammation du testicule (épididymite), et la rend plus difficile à guérir lorsque cette complication survient. Quel que soit le rôle de la sécrétion prostatique dans le mécanisme de l’évacuation physiologique du sperme, le trouble survenu dans la nutrition de la glande et dans les qualités de son produit rend les sujets moins portés au rapprochement sexuel et moins aptes à l’accomplir : cet acte est fréquemment douloureux et ravive l’inflammation prostatique. On a vu des cas dans lesquels le sperme refluait dans la vessie; d’autres fois, il y a des pollutions nocturnes.
Les fonctions digestives sont souvent atteintes : on voit survenir des dyspepsies avec alternatives de constipation et de diarrhée, l’amaigrissement, l’anémie.
§ III. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est continue, mais avec des alternatives de rémissions et d’exacerbations qui font, pour ainsi dire, un de ses caractères essentiels; la moindre cause d’excitation réveille les accidents lorsqu’ils paraissent assoupis. La durée en est longue, pour ne pas dire indéfinie.
Les troubles consécutifs des fonctions de la génération peuvent devenir permanents, s’aggraver et s’établir chez le malade à l’état de pertes séminales, accident dont il sera question bientôt.
Les désordres de l’appareil génito-urinaire ont toujours la plus fâcheuse influence sur le moral des malades : c’est ici qu’ils se manifestent surtout ; ils affectent, nécessairement, une nuance plus ou moins voisine de la lypémanie. En pareil cas, le marasme survient, et il peut se faire que la mort termine les accidents, bien que, par elle-même, la prostatite chronique ne paraisse pas devoir entraîner cette issue. Dans des cas plus heureux, elle reste stationnaire , sans complications autres que ses conséquences directes, ou même cède à un traitement bien dirigé.
Les récidives sont faciles.
Chez les vieillards, l’engorgement ou l’hypertrophie de la prostate ne rétrocède jamais; malgré les ressources de l’art pour obvier aux troubles de la miction que cette hypertrophie détermine chez eux , il est ordinaire qu’elle abrège leur existence.
§ IV. — Lésions anatomiques.
Il est rare que l'on ait occasion de vérifier par l’autopsie l’état de la prostate au début de l’inflammation chronique ou même dans scs premiers degrés. Les lésions ordinaires sont une augmentation de volume qui serait toujours moindre dans la prostatite des adultes que dans l’hypertrophie de la prostate des vieillards, avec des adhérences périphériques de la glande, un épaississement de sa muqueuse et des altérations plus ou moins graves du col vésical et de l’origine de l’urèthre (fig. 1 23).
A la coupe, la texture paraît spongieuse, la surface de section est rouge ou brunâtre; le tissu glandulaire renferme plus de liquide qu’à l’état normal ; ce liquide s’exprime facilement à la pression et paraît gris ou jaunâtre. Quelquefois, d’après Hodgson, on trouve de petits abcès de la grosseur d’un grain de millet jusqu’à celle d’un pois et plus ou moins nombreux. Caudmont, cité par Civiale, a vu des granulations hypertrophiées faisant disparaître le tissu normal, molles et reliées à des Valleix, 5e édit. IV 42
filaments qui lui ont paru être les canaux excréteurs. Chez quelques sujets, les canaux sont épais, résistants, le tissu cellulaire de la glande plus abondant et l’organe lui-même plus ferme, plus dur qu’à l’ordinaire. La région prostatique de l’urèthre est boursouflée et présente souvent des ulcérations. La vessie, les vésicules séminales participent plus ou moins à ces désordres : Cruveilhier a vu ces dernières remplies de pus chez des individus qui avaient succombé à des affections de la prostate, compliquées d’abcès urineux.
Hypertrophie de la 'prostate. — Ce
qui distingue, selon Ilodgson, l’inflammation chronique de l’hvpertrophie de la prostate, c’est que dans le premier cas, il y a production de lymphe plastique et de pus, tandis que dans le second, il y a simplement un développement exagéré des
Fig. 123. - Hyperirophi'e de il presse à un faible éléments normaux de la glande. A la coupe degré et portant sur les trois lobes. Saillie du lobe prostate ainsi livpertl’ophiée, 011
voit faite saillie une grande quantité de
l’élat normal. Parois vésicales rouges, byp.ertro- portions de tissu plus OU moins COllSldé-
phiées. (Civiuie, t. il, p. iT8.) râbles, et souvent de forme ronde; la cou-
leur est pâle ou jaunâtre, avec des taches rouges sur des espaces clairs, et entre les follicules ou les conduits, se voient de petits espaces noirs dus à la présence de concrétions opaques. Les petits corps arrondis ne sont autre chose que des lobules de la glande énormément hypertrophiés. Au microscope, on ne reconnaît aucun tissu nouveau, mais les éléments propres de la glande multipliés d une façon uniforme ou suivant un mode irrégulier qui a changé les rapports des diverses parties de l’organe; par exemple, les éléments glandulaires peuvent s’être hypertrophiés en même temps que le stroma fibreux (fibres musculaires, élastiques et de tissu connectif), ou bien l’accroissement de l’un de ces deux éléments 1 emporte sur ce ui de l’autre; le plus ordinairement, c’est le tissu fibreux qui s est seul dé\ eloppe. n comprend les conséquences qui en résultent pour la consistance de la glande.
La prostate hypertrophiée peut atteindre des proportions extraordinaires ; lorsqu’elle pèse 7 grammes, il y a déjà hypertrophie. On en voit beaucoup peser 1 0 a 1 grammes; le poids le plus élevé que l’on connaisse est celui de 260 grammes. ISous reproduisons ici des exemples de prostates de vastes dimensions (fig. 12^ et -n).
Il résulte toujours de semblables hypertrophies des modifications sérieuses t ans la disposition et l’état du col de la vessie et de l’urèthre. Tantôt il y a une t eua tion considérable du col vésical (fig. 124), ou bien le lobe moyen se réunit par un prolongement en relief avec la crête uréthrale; quelquefois meme celle-ci foi me, pour son propre compte, une véritable tumeur (fig. 125).
P On peut encore trouver plus ou moins enchâssés dans la prostate des calculs venus de la vessie, et qui ont été la cause de l'inflammation prostatique , de plus.