‹ Guide du médecin praticienChapitre 276 sur 305 · ANOMALIES DES TESTICULES · texte numérisé non relu

ANOMALIES DES TESTICULES

depuis les observations de Follin et Goubaux sur les chevaux, communiquées 'a la : Société de biologie dans sa séance du 8 mars 1856, et surtout depuis le mémoire < d’Ernest Godard (1), on a de la tendance à rejeter la possibilité de la fécondation I par les animaux ou les hommes cryptorchides. Les individus, dit Godard, dont les i testicules, quoique développés, sont incomplètement descendus, sont puissants , i éjaculent du sperme privé d’animalcules, mais ne peuvent féconder ; c’est une loi,

, que les cryptorchides ne sont pas aptes à reproduire. Gosselin dit seulement que la fécondation peut être considérée comme rare et exceptionnelle.

11 paraît aussi que, contrairement à l’opinion des anciens, les cryptorchides ne sont point plus salaces que les individus dont les testicules sont descendus, mais i qu’ils portent dans l’habitude extérieure, dans le timbre de la voix, dans le déve- I loppement chétif de la barbe, et jusque dans leur caractère et leurs goûts, les ini dices de leur virilité incomplète; qu’ils ont peu d’appétit pour le rapprochement : sexuel, et l’accomplissent sans plaisir.

A l’autopsie des individus monorchides ou cryptorchides, on trouve le testicule dans l’abdomen, avec son volume normal ou une atrophie plus ou moins considérable, mais la texture glandulaire de l’organe n’est pas altérée. Seulement, les canalicules ne renferment que de l’épithélium, et jamais d’animalcules. Les vésicules séminales n’en renferment pas davantage, et sont généralement plus petites que dans les conditions normales.

Cette grave infirmité ne se guérit pas, et ne comporte pas de traitement quand le testicule reste complètement dans l’abdomen. Mais il n’est pas rare que la glande s’engage dans l’anneau inguinal, et y reste enclavée, avec ou sans hernie de l’intestin. Il est important de reconnaître le testicule dans cette tumeur, afin de ne point le comprimer sous une pelote, et de ne pas en faire l’objet d’applications locales intempestives. Le testicule se reconnaît à sa forme, à sa sensibilité spéciale à la pression, chez l’adulte, et au vide du côté correspondant du scrotum. Chez les enfants, cette situation anormale du testicule n’enlraînc généralement pas d’inconvénients quand on l’abandonne à elle-même ; il vaut mieux cependant, selon Gosselin, chercher à faire rentrer l’organe et l’intestin avec lui s’il est hernié, et maintenir le tout par un bandage. A l’établissement de la puberté, le testicule augmentant de volume, manifeste la compression dont il est l’objet, surtout s’il y a hernie en même temps, par des douleurs quelquefois très-vives, qui ne cessent que quand on a pu réduire la tumeur, ce que l’on doit tenter, en pareil cas, en appliquant ensuite un bandage. Quelquefois les souffrances sont assez vives pour mettre en danger les jours du sujet; il survient de l’inflammation, et l’on est obligé de recourir aux émissions sanguines, aux topiques émollients ou narcotiques, et dans des cas extrêmes, de ponctionner la tumeur testiculaire, ou même d’en faire l’ablation,

L’épididymite blennorrhagique peut atteindre le testicule arrêté dans l’anneau : cette affection a été particulièrement étudiée par O. Lecomte et plus tard par A. Paris (’2); elle s’accompagne de phénomènes généraux et locaux analogues à ceux de la péritonite, et peut se terminer par la mort.

(1) Ernest Godard, Études sur la monorchidie et la cryptorchidie chez l’homme ( Comptes rendus des séances et Mém. de la Soc. de biologie , 2° série, t. III, 1856).

(2) A. Paris, De l’orchite inguinale, thèse de Strasbourg, 1857.

L'inflammation, les diverses dégénérescences, peuvent encore avoir pour siège le testicule dans n’importe quelle forme d’inclusion, et celle-ci est toujours une circonstance aggravante pour le pronostic.

Mentionnons encore, en terminant, l'atrophie des testicules et leur absence complète , le canal déférent seul étant dans le scrotum. Si l’atrophie est avancée et qu’elle soit double, les fonctions de la génération sont gravement compromises; s’il y a anorchidie absolue, les sujets n’entrent en érection que par accident et n’éjaculent jamais. (Godard. )

2° ORCHITE AIGUE.

Les connaissances exactes sur les inflammations du testicule sont de date récente, La forme d’orchite de beaucoup la plus commune, l’orchite blennorrhagique, portait encore les noms, sentant l’ancien humorisme, de ckaudepisse tombée dans les bourses , de hernia humoralis (chez les Anglais), lorsque Ricord lut à l’Académie de médecine (1838) son mémoire qui fixait les idées sur le siège habituel de la phlegmasie testiculaire et apporta la désignation plus vraie d' épididy mite. ydpeau, A. Vidal, Gaussail (1), Aubry (2), d’Espine (3), élucidèrent, à différents points de vue, l’histoire de cette affection ; Gosselin [h) appela l’attention sur l’orchite varioleuse (1852) dont Béraud (1859) fit plus tard l’objet de nouvelles études. On doit encore à Gosselin des recherches précieuses sur l’oblitération consécutive des conduits excréteurs du testicule. Le traité de Curling renferme, sur l’orchite, un chapitre qui est la synthèse de nos connaissances sur la matière. Citons encore une bonne thèse de Charles Hardy (5) sur ce sujet.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

L’orchite est l’inflammation du testicule. La portion de l’organe le plus communément affectée étant l’épididvme, on lui donne , dans le cas d’inflammation blennorrhagique, le nom d 'épididymite ; on l’a encore désignée, dans la même occasion, sous les noms de testicule blennorrhagique , de tumeur vénérienne, de ckaudepisse tombée dans les bourses cl de hernia humoralis , et quelle que soit son origine, par le terme de didymite.

C’est assurément une maladie fréquente, en raison des circonstances nombreuses et d’observation vulgaire qui peuvent la déterminer.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes. — La plus commune de toutes, c est la blennoirhagie. Comment agit-elle ? Vidal et quelques auteurs anciens voyaient , dans l’inflammation du testicule, une métastase de celle de l’urèthre : d’autres y ont vu

(1) Gaussail, Mém. sur l’orchite blennorrhagique (Archives générales de médecine,

(2) Aubry, liecl. sur l’épididymite blennorrh. ( Archives générales de médecine, , 1841) .

(3) D’Espine, Mémoire analytique sur l’orchite blennorrhagique (Mém. de la boc. mea.

d'observ., t. I, p. 494). . AQ!kc\

(h) Gosselin, Orchite varioleuse ( Mémoires de la Société de biologie ,

(5) Charles Hardy, Études sur les inflammations du testicule, et principalement sia U p didymite et l’orchite blennorrhagiques, thèse de Paris, 18G0, n° 207.

ORCHITE AIGUE. — SYMPTÔMES.

t conséquence d’une sympathie physio-pathologique; Velpeau et Ricord pensent nie le fait général est la propagation par continuité de tissu de l’état inflammatoire ee l’urèthre vers l’épididyme par l'intermédiaire des canaux éjaculateurs et déférents. Nous nous rangeons à cette dernière opinion, tout en admettant qui1 2 la symaatliie morbide puisse jouer en ceci un certain rôle.

Ce n’est pas, en général, au commencement de la blennorrhagie que l’orchite >> déclare, mais vers le vingtième jour et plus tard encore.

L’inflammation non blennorrhagique de l’urèthre, du col de la vessie ou de la rrostate, établit encore la même prédisposition.

Une cause fort remarquable, c’est l’influence que créent certaines épidémies , et un particulier les épidémies d'oreillons .■ au déclin de ces affections, il n est pas mre de voir survenir une orchite généralement bénigne ; Rilliet (1) en a observé à Itenève, en 1848 et 1849, une série de cas. On voit encore le même accident se rcésenter au déclin de quelques varioles et des fièvres typhoïdes. Trousseau (2 tualifie de métastase ce transport brusque du gonflement de la parotide au ssticule.

2° Causes occasionnelles. — Tout traumatisme qui intéresse directement le resticulc, la compression brusque ou prolongée de cet organe, comme il arrive aux Cavaliers, sont des causes qui agissent d’une façon indépendante. On a dit aussi |iiue de vifs désirs vénériens non satisfaits pouvaient par eux-mêmes déteiminei foorebite.

Ces causes occasionnelles sont bien plus puissantes lorsqu’il existe une blennorrhagie. Mais, étant donnée celle-ci, les circonstances qui déterminent le plus oouvent l’épididymite sont l 'absence de suspensoir , l’ abstinence de coït , les écarts Ire régime, la marche, l’équitation, et très-souvent le traitement même de la ildennorrhagie. S’il est douteux que les injections astringentes ou même caustiques Paient quelquefois coupables de ce résultat, nous pensons, avec Hardy, qu il n en isst pas de même des bougies emplastiques, par exemple des bougies faites avec de ni glycérine et du tannin, laissées à demeure dans le canal de l’urèthre.

L’épididymite est donc presque toujours secondaire ; cependant on l’a vue encore ippparaître sans cause appréciable.

§ ni. — Symptômes.

Le testicule atteint d’inflammation se tuméfie en quelques heures, devient dur itt sensible, et semble pesant et douloureux. Il acquiert un volume double ou triple sans que sa forme soit changée. La douleur est sourde et s’étend jusqu’aux veins, ou s’irradie vers la hanche et la cuisse ; plus tard, elle est si vive que l’ort une ne supporte pas le moindre contact. Le scrotum devient rouge, luisant, chaud, eedémateux.

Ace moment, l’écoulement blennorrhagique est d’ordinaire supprimé; cependant celte règle n’est pas absolue.

Les symptômes généraux se manifestent et peuvent atteindre à un haut degré de ravité. Il y a de la fièvre, de la chaleur à la peau; la langue est saburralc, quel-

(1) Rilliet, Gazette médicale de Paris, t. I, p. 42.

(2) Trousseau, C/in. mèd. de l’Hôtel-Dieu. Paris, 1865, t. I. p. 132 et 183.

qucfois le malade est tourmenté par des nausées et des vomissements. Cet état aigu dure de quarante-huit heures à huit jours et plus ; mais il ne se présente pas chez tous les individus, et quelques-uns n’éprouvent que des symptômes subaigus. De môme, le testicule peut n’arriver qu’à une sensibilité modérée et n’augmenter qu’assez peu de volume.

L orchite blennorrhagique atteint presque toujours l’épididyme, avons-nous dit. On distingue assez bien cette particularité à la forme exagérée de l’épididvme qui se dessine dans la masse de la tumeur, et, au toucher, on le reconnaît mieux encore a sa disposition en cupule allongée, épaisse, dure, recevant, dans sa concavité, le testicule resté mou, à la façon dont la cupule du gland de chêne loge ce fruit. L’affection est simple ou double. Ricord pensait qu’elle siège plus fréquemment à gauche, à cause du frottement du pantalon : cette fréquence a paru varier selon les séries morbides.

La tunique vaginale, les éléments du cordon, isolément ou dans leur ensemble, participent plus ou moins à l’état inflammatoire. Hardy a cru devoir baser sur ces circonstances une division en hydro-épididymite , épididymite funiculaire, déférentielle, vasculo déférentielle.

L’épididymite blennorrhagique est très-rarement chronique d’emblée.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de ces accidents est essentiellement continue ; une particularité remarquable se présente cependant quelquefois, et a été signalée par Ricord : c’est le passage brusque de l’inflammation d’un testicule à l’autre, le premier devenant libre (épididymite à bascule).

La durée varie de onze à quatre-vingt-dix jours (Hardy); la moyenne serait, d’après d’Espine, de trente-trois jours et demi, et, selon Gaussai! (73 cas), de trente à trente-cinq jours.

L’orchite aiguë se termine, le plus souvent, par résolution; dans des cas rares, elle suppure et même peut se terminer par gangrène, comme A. Bérard en rapporte une observation, et comme Hardy l’a vu une fois dans le service de Voillemier, à Lariboisière.

Après la résolution de l’orchite, il reste souvent une induration assez reconnaissable de la queue de l’épididyme : cette induration se lie à l’oblitération du canal déférent qui, elle-même, apporte aux fonctions de l’organe un trouble des plus graves, encore qu’heureusement il ne soit pas définitif. Gosselin, en effet, a constaté que, pendant assez longtemps après la guérison d’une orchite double, le spermedes malades ne contenait pas d’animalcules, quoique, d’ailleurs, il fût éjaculé en quantité aussi considérable que d’habitude, et dans les mêmes conditions de vigueur génitale. Rollet a fait des observations identiques.

§ V. — Lésions anatomiques.

Curling et Gaussail ont eu, chacun deux fois, l’occasion de disséquer des testicules atteints d’inflammation aiguë. Marcé (1) a donné le résultat d’une semblable investigation chez un sujet mort du choléra dans le cours d’une orchite. D après Curling, la tunique vaginale est plus ou moins distendue par de la lymphe ou de la

(1) Marcé, Gazette des hôpitaur, I85Û, p. 597.

ORCHITE A [GUE.

Page 1