DÉGÉNÉRESCENCES DU TESTICULE
Curling regarde le corps d’Highmore comme le point de départ de la maladie kystique et en général de tous les sarcocèles ; Charles Robin (1) pense, au contraire,. d’après ses recherches et celles de Lebcrt, que l’épididyme est le siège primitif de ces altérations (kystes et cancer). La tumeur kystique est à l’intérieur de la tunique albuginée et forme un ensemble cle kystes multiples, de grandeur inégale, enchâtonnés dans un tissu cellulaire plus ou moins dense ; leur paroi est quelquefois granuleuse. La substance tuberculeuse du testicule est refoulée à la périphérie, sous forme de lame mince; l’épididyme s’atrophie également. La tumeur acquiert parfois un grand volume; on en voit de 15 centimètres de Ion" sur 9 de large.
Cette altération est généralement bénigne; cependant quelques faits démontrent qu’elle peut avoisiner de très-près à l’enchondrome et à l’encéphaloïde : on trouve, en effet, dans certains de ces kystes, des noyaux de cartilage ou de la matière encéphaloide, reconnaissable, sous le microscope, à ses grandes cellules à noyaux. Il y a donc une forme bénigne et une forme maligne. Cette dernière, après l’ablation du testicule, manifeste sa nature par l’apparition de cancers en d’autres points de l’économie.
Le seul moyen de traitement est la castration.
3° tCuciioiidroinc. Cette altération est pure ou jointe à la maladie kystique -ou bien encore associée à l’encéphaloïde. La thèse de Gyoux (2) a rassemblé onze cas d’enchondrome du testicule appartenant à divers observateurs. Le caractère anatomique de la maladie est la présence du tissu cartilagineux, reconnaissable à I œil et au microscope (cellules de cartilage). Quand il n’y a que de l’enchondrome on le trouve dans la glande sous forme de noyaux blancs ou jaunâtres, ressemblant quelquefois a des perles. L’analyse chimique y a démontré l’ex istence de la chondrine (Millier). Par lui-même, l’enchondrome est bénin, selon Paget (3) et Nélaton ; d après Lebert, il peut se généraliser.
Zi ’ Cancer du tcsiicuie. — La forme la plus commune est Yencéphaloïde. 11 débute par une augmentation de volume progressive, d’abord lente, peu douloureuse et laissant à l’organe sa forme ovale. Le moindre accident détermine brusquement une augmentation rapide delà tumeur: celle-ci devient bosselée , présente des points ramollis et cause de la douleur locale et de la pesanteur vers les rems. Le cordon s engage et les épinglions lombaires se prennent. La santé généi aie se détérioré, les apparences de cachexie se prononcent. Un peu plus tard le scrotum s altéré, sa peau rougit, adhère à la tumeur et finit par offrir un point ulcéré a travers lequel s’échappe un fongus saignant et sanieux. Celui-ci est le
! f 6ge dG g.anf U1C raP,de’ d’hémorrhagies dangereuses. La mort peut survenir par les progrès du mal et surtout par le fait de l’infection de l’économie
Lencéphaloide du testicule ne saurait être confondu avec Y hydrocèle, malgré le fausses apparences de fluctuation qu’il présente quelquefois. La ponction exploratrice fournira toujours le moyen de faire cette différence, aussi bien que celle Kl avec le sarcome kystique et I’hématocèle. La surface de l’encéphaloïde est, en
siëal ^SeS/-!î°bin/ Rec,ZCheS frouvant rluc diverses tumeurs dites sarcocèles du testicule lScÎT p*Pîd'dy™e {Mém. delà Soc. de biologie, 2* série, t. III. 1850).
”you*> Dclenchondromedu testicule, thèse de Paris, -1801, n° 79.
{•i) i aget, Médico-chirurgical Transactions, vol. XXXVIII, p. 2'i7.
général, moins lisse, sa consistance moins uniforme, sa marche plus rapide que celle du testicule kystique. Le diagnostic ne peut être douteux qu’aux premières périodes et n’est- jamais bien important, puisque dans les deux cas, il y a lieu d’opérer l’ablation. Les antécédents mettront en état de reconnaître l’hématocèle.
Quant au siège anatomique, nous ne pourrions que répéter à peu près ce que nous avons dit de la dégénérescence kystique. Pour Curling, le point de départ est dans le rete iestis ; pour Robin, dans l’épididyrne: la substance séminifère est refoulée et atrophiée de la même façon que dans celte maladie. Nous renvoyons aux traités spéciaux pour les détails d’histologie pathologique (1).
Le traitement est purement chirurgical.
Le squirrhe est assez rare sur le testicule; il marche plus lentement que l’encéphaloïde, est plus dur, plus bosselé, moins volumineux et se généralise moins souvent. Quand le scrotum s’est ulcéré, la tumeur se ride, se rétracte par points. La santé générale se conserve assez longtemps ; toutefois, la cachexie peut se prononcer avant même que la tumeur s’ulcère. Les ganglions abdominaux participent à la dégénérescence.
Le traitement est évidemment le même que dans le cas précédent.
5» Tubercules. — Le testicule tuberculeux n’est pas une affection rare; on le
trouve quelquefois chez les enfants, mais il appartient surtout a 1 âge adulte.
Le tubercule du testicule, très-rarement limité à cet organe, débute insidieusement et se manifeste d’abord, en général, sur l'épididyme, contrairement aux altérations dont il vient d’être traité. Un point de l’organe devient douloureux , se tuméfie, durcit; plus tard, l’organe se prend tout entier, est spontanément douloureux sans être très-sensible il la pression, et forme une tumeur à surface rugueuse, bosselée, avec laquelle la peau contracte des adhérences en quelques points. A ce niveau, le tégument ne tarde pas à prendre une teinte livide, à s’amincir et enfin à s’ulcérer ; la solution de continuité livre passage à de la matière molle, caséeuse. Puis, Y orifice devient fistuleux et il s’en échappe incessamment un pus séreux mélangé de quelques grumeaux tuberculeux et quelquefois de matière spermatique. Ces orifices peuvent être multiples et persister très-longtemps; d’autres fois ils se ferment par défaut de matériaux à évacuer, laissant une dépression cicatricielle pour marquer leur ancien emplacement. Mais alors le testicule est en partie détruit et atrophié.
Coïncidcmment, on peut constater les signes de la tuberculose d autres organes, et en particulier de la prostate et des vésicules séminales, ainsi que l’a fait ressortir Ch Dufour (2); d’où résultent des phénomènes de dysurie dont on peut soupçonner la cause en connaissant la nature de la dégénérescence du testicule (Gosselin). Les ganglions lymphatiques, la colonne vertébrale, les poumons, manifestent
souvent aussi la généralisation de la diathèse. A
Les tubercules affectent plutôt l’êpididyme que le testicule et plutôt la tete que la queue de cet organe, contrairement à l’orchite dans laquelle la queue est ailectee la première. Selon Curling, la maladie se développe primitivement dans 1 intérieur des -vaisseaux séminifères : « les petits corps gris jaunâtre qu’on trouve isoles dans
(1) Yuv. Leberl, Traité d’anat. pathol. fjên. et spéciale. Paris, 1857! L • •
(2) Charles Dufour, Etudes sur la tuberculisation des organes gèmto-unnan es.
Paris,
PERTES SÉMINALES INVOLONTAIRES. — DÉFINITION
Je testicule à la première période de la maladie sont formés par le pelotonnement de tubes séminifères remplis d’un produit morbide, ainsi que par un peu de tissu fibroïde et des branches vasculaires altérées. » Le développement du produit tuberculeux est ici, comme dans d’autres organes, précédé de congestion, mais il n’y a rien de semblable à l’exsudation de la lymphe plastique, et la matière déposée ressemble au tubercule reconnu pour tel dans d’autres appareils. Pour A. Villemin (1), le vrai tubercule du testicule siège de préférence dans le tissu conjonctif des cloisons interlobulaires du testicule, dans celui qui relie les canalicules et surtout l’épididyme, enfin dans la couche sous-jacente à la tunique albuginée ; dans les cloisons, il constitue souvent des nodosités assez considérables, dues à l’agglomération de granulations multiples, mais sa présence occasionne à l’épithélium des canalicules des altérations secondaires et qui sont des modifications de nutrition du mode inflammatoire ; produits tuberculeux et produits inflammatoires se confondent, d’ailleurs, dans leur évolution successive et arrivent simultanément au grumeau caséeux qui est, par conséquent, de nature complexe.
Le tubercule du testicule subit aussi la transformation calcaire ou crétacée, comme celui des poumons.
Enfin, dans les autopsies, on retrouve les preuves de la généralisation de la maladie et, en particulier, les lésions de la phthisie pulmonaire.
Le diagnostic de l’orchite tuberculeuse n’est difficile qu’autant que la tumeur n’est point ulcérée. On peut la confondre avec l’orchite chronique et les diverses dégénérescences. L’orchite chronique est rare ; elle commence par la queue de Iepididyme, est moins indolente, marché plus rapidement que le tubercule du testicule: ce diagnostic est cependant assez difficile. Quant aux dégénérescences, nous en avons donné les signes : les tumeurs qu’elles déterminent sont plus volumineuses, plus molles, plus douloureuses ou plus gênantes que le testicule tuberculeux.
Le traitement est général ou local. Le premier point n’est autre chose que l’ensemble des moyens ordinaires usités contre la tuberculose et dont le détail a été donné ailleurs. Le traitement local admet rarement les antiphlogistiques ; on a plutôt recours aux applications résolutives, et en particulier à celles de teinture d’iode et de pommade iodurée. Quand l’abcès est formé et aussi lorsqu’il s’est ouvert, les cataplasmes émollients sont nécessaires. La permanence des fistules, la désorganisation du scrotum , indiquent quelquefois la castration : Curling fait la remarque, sans doute superflue, que la présence des signes d’une affection pulmonaire avancée contre-indique l’opération.
On trouvera ailleurs (tome I, p. A60) l’histoire du sarcocèle syphilitique , qui manque dans la série de dégénérescences que nous venons de développer. La NÉVRALGIE du TESTICULE a été étudiée tome I, page 733.]
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