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PERTES SÉMINALES INVOLONTAIRES, OU SPERMATORRHÉE

Lorsque Lallemand a entrepris ses recherches, la science ne possédait sur ce sujet que quelques mots d’IIippocrate (2) sur la consomption dorsale ; des incli—

(1) A. Villemin, Du tubercule. Paris, 18G2.

(2) Hippocrate, Œuvres complètes , trad. par Littré, t. VI : Des maladies.

cations plus ou moins étendues dans quelques auteurs ; un mémoire de Wiclimann (1) , et de courtes descriptions de quelques syphilographes.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On donne le nom de pertes séminales involontair es /ou spermatorrhée, à l’évacuation de sperme qui a lieu pendant le sommeil avec ou sans érection et plaisir (pollutions nocturnes), et pendant la veille, soit avec un certain orgasme et un commencement d’érection, mais sans aucune des manœuvres ordinaires, soit d’une façon en quelque sorte mécanique, pendant les actes de la défécation et de la miction.

Les pollutions nocturnes qui ont lieu avec érection et plaisir sont très-compatibles avec une santé parfaite, lorsqu’elles se produisent chez un sujet très-continent, et qu’elles ne sont pas très-fréquentes; en pareil cas, il n’v a pas spermatorrhée. Ce nom ne convient parfaitement qu’aux cas où le sperme est évacué sans érection, sans plaisir, et dans l’acte de la défécation ou de la miction. Les pertes séminales involontaires doivent être distinguées en trois espèces. La première consiste dans des pollutions nocturnes , et touche par un point à la santé parfaite, et par l’autre à la maladie. Dans la seconde, nous trouvons les pollutions diurnes, qui, sans être soumises à la volonté, puisqu’elles ont lieu sans manœuvres d’aucune espèce, présentent néanmoins un certain orgasme et une apparence d’acte de la génération. La troisième est la spermatorrhée proprement dite.

Outre les noms de pertes séminales involontaires et de. spermatorrhée , on a donné encore à cette affection les noms de pollutions nocturnes ou diurnes, de blennorrhée de la prostate (Svvediaur), consomption dorsale (Hippocrate), écoulement de semence, flux de semence.

D’après Lallemand, la maladie est assez fréquente, car il l’a reconnue dans un nombre considérable de cas où l’on n’avait vu avant lui qu’une simple impuissance, qu’une inflammation chronique de l’urèthre et de la vessie, ou bien qu’une maladie purement nerveuse, Y hypochondrie.

D’après B. Phiflips (2), elle serait bien plus fréquente encore, car cet auteur a pu en rassembler 623 cas ; mais Phillips a observé un grand nombre de cas de simples pollutions nocturnes chez des sujets jeunes et continents.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes. — Elles sont fort obscures.

A/je. — b. Phillips a constaté que, sur 623 sujets dont il a consulté l’histoire, 581 avaient moins de vingt-cinq ans; mais l’auteur n’a eu principalement en vue que les pollutions nocturnes en quelque sorte supplémentaires du coït.

Dispositions congénitales : Longueur du prépuce ; étroitesse de son ouverture.

Cette longueur du prépuce, avec étroitesse de son ouverture, détermine entre

lui et le gland une accumulation de matière sébacée qui entretient une irritation continuelle, provoque les désirs vénériens, et détermine la masturbation, suivie, a une époque plus ou moins éloignée, de la spermatorrhée. Lallemand cite plusieurs

(1) Wichmann, De pollut. diurn. frequentiori, sed rarius observ., fabesc. causa (Gœttingue, 1782), trad. avec des notes par Sainte-Marie (Lyon, 1817).

(2) B. Phillips, Lond. med. Gaz., 1868.

PERTES SÉMINALES INVOLONTAIRES. — CAUSES

faits (1) dans lesquels la maladie s’est produite de cette manière, et dans lesquels aussi l’excision du prépuce a été suivie d’une prompte guérison.

Une affection dartreuse fixée sur le prépuce, une inflammation chronique de cette partie, une affection dartreuse de l’anus et du scrotum, peuvent produire les mêmes désirs vénériens et les mêmes résultats.

La faiblesse congénitale des organes génitaux, leur relâchement , le varicocèle , sont placés par Lallemand, et après lui par Kaula (2), à peu près sur la même ligne que les causes qui viennent d’être mentionnées ; de même que Yépispadias, Yhypospadias, Y atrophie d'un testicule et Y atonie congénitale des conduits éjaculateurs.

La largeur exagérée du méat urinaire, la flaccidité des corps caverneux, la disproportion du gland avec le corps caverneux, la petitesse des testicules, leur descente tardive, une hernie congénitale , et d’une manière générale , tout état anormal annonçant la faiblesse ou le défaut de développement, sont rangés par Lallemand dans les causes de la spermatorrhée. Mais il est permis de le dire ici, rien ne prouve que, dans tous les cas du moins, on doive regarder ces circonstances comme des causes prédisposantes, plutôt que comme des effets.

Une susceptibilité nerveuse assez marquée est, suivant l’auteur que nous citons, un des principaux caractères du tempérament des sujets affectés de pertes séminales involontaires: ils sont d’une constitution grêle, d’un tempérament nerveux plus ou moins prononcé ; ils ont été délicats pendant leur enfance et sujets à divers symptômes spasmodiques. Quelques-uns ont conservé des contractions involontaires dans les muscles de la face et des paupières, de l’hésitation en parlant, des tics variés; leur imagination est ardente, mobile, leur sensibilité morale et physique très-vive. Ils ont de la peine à rester en place, et ne peuvent supporter n1 2 3 4 contrariété ni contention d’esprit prolongée.

Lallemand rapporte quelques faits à l’appui de l’influence de l 'hérédité. Dans l’ uni d’eux, entre autres, il s’agit de pollutions nocturnes et diurnes chez trois frères.

[Trousseau (3) admet la prédisposition héréditaire, mais dans un sens plus large: la spermatorrhée dépendant, pour lui, d’un état maladif de l’encéphale et surtout de la moelle épinière, il n’hésite pas à la rattacher, comme transmission morbide, aux maladies mentales et aux diverses névroses qui ont pu exister chez les ascendants des malades, et dont l’influence a déjà pu se faire sentir dans le jeune âge de ceux-ci sous la forme d’une incontinence d'urine nocturne. ]

Enfin il est un certain nombre de cas où l’affection se produit sans cause appréciable.

2° Causes occasionnelles. — Nous trouvons en première ligne la blennorrhagie plus ou moins répétée, surtout quand elle a été mal guérie. L’inflammation de la prostate et des canaux éjaculateurs étant la principale condition de l’émission involontaire du sperme, aux yeux de Lallemand, et l’inflammation chronique ou aiguë" du col de la vessie étant le plus souvent liée à cette affection, on devait s’attendre à ce résultat.

[J. Rollet, de Lyon (à), est bien loin d’admettre la puissance de la blennorrha-

(1) Lallemand, Des pertes séminales, t. II, obs. 91 et suiv.

(2) Kaula, De la spermatorrhée , Paris, 1846.

(3) Trousseau, Cliniq. méd. de l' Hôtel-Dieu, t. II, p. 636.

(4) J. Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1865, p. 369 et suiv.

gie comme cause des pertes séminales au même degré que Lallemand; il admet seulement qu’une irritation établie à l’orifice d’un canal excréteur stimule habituellement la sécrétion de la glande, et que quand l’inflammation blennorrhagique se propage de la muqueuse uréthrale aux organes spermatiques, il en résulte des altérations qui sont de nature à provoquer ou à faciliter l’émission involontaire du sperme. J Viennent ensuite des affections cutanées , telles que la gale, la teigne, diverses dartres, surtout lorsqu’elles ont leur siège vers l’anus ; puis les diverses affections du rectum, les hémorrhoïdes, les obstacles mécaniques à la défécation, les vers intestinaux, la constipation, quelle qu’en soit la cause. En effet, les efforts considérables pour aller à la garderobe, et la pression exercée par les matières fécales sur la prostate et les vésicules séminales, déterminent presque constamment chez les malades l’expulsion du liquide regardé comme du sperme. Parmi les vers intestinaux, ce sont les oxyures qui occasionnent particulièrement la spermatorrhée. Cependant cette maladie peut se produire sous l’influence des ascarides lombricoïdes. Ossieur (1)cn a cité un exemple remarquable. Il s’agissait seulement de pertes séminales nocturnes. Un traitement vermifuge ayant été prescrit après que le malade eut rendu deux lombrics, plus de vingt autres de ces entozoaires furent rejetés, et la guérison fut complète.

La masturbation et les excès vénériens de tout genre ont été aussi généralement indiqués. [Ces causes agissent soit en provoquant l’éréthisme nerveux des organes génitaux et, en particulier, des vésicules séminales, soit au contraire en les mettant dans un état d’atonie qui rend les canaux éjaculateurs incapables de résister à la faible contraction des vésicules et de retenir le sperme qui les traverse (Trousseau). ] Une continence exagérée, la station assise trop longtemps prolongée, Y équitation, le décubitus sur le dos, sont encore des causes occasionnelles de cette maladie, qui, à une époque avancée, se continue parfois par cela seul qu’elle a déjà existé et sous l’empire de l 'habitude (Lallemand).

L’abus de quelques substances usuelles ou médicamenteuses paraît ensuite à Lallemand avoir une influence sur la production des pertes séminales involontaires. Ces substances sont les astringents, les toniques, les purgatifs, les cantharides, le camphre, le nitrate de potasse, le seigle ergoté, le café, le thé et le tabac à, fumer. On reconnaît ici, comme en bien d’autres points de l’étiologie que nous venons de tracer, la complaisance de Lallemand pour une œuvre qui lui a été si personnelle, mais dans laquelle il a certainement dépassé souvent la vérité et mis l’hypothèse à la place de l’observation raisonnée.

§ III. — Symptômes.

1° Symptômes locaux. — Pollutions nocturnes avec ou sans érection et plaisir. — Chez un sujet jeune et continent, les pollutions nocturnes, résultat ordinaire de rêves lascifs, sont, lorsqu’elles ne reviennent qu’à d’assez longs intervalles, et lorsqu’elles ne laissent pas après elles un trop grand sentiment de faiblesse ou d’autres symptômes nerveux inquiétants, un signe de santé et de puissance, et non de faiblesse et de maladie. Mais si elles se succèdent à de courts intervalles, plusieurs fois par semaine par exemple, si le sujet reste dans un état marqué de

(1) Ossieur, Annales de la Société d’émulation, et Journal des connaissances médico-chirurgicales, octobre 1849.

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langueur, s’il a moins d’aptilucle au travail, s’il présente les symptômes généraux . qui seront décrits plus tard, la maladie commence, c’est son premier degré.

A une époque plus avancée, les sujets ont des évacuations spermatiques sans rêves lascifs, ils ne se réveillent pas immédiatement, et lorsque le réveil arrive, ils se •senlent brisés ; alors on doit s’attendre à voir survenir bientôt les pollutions diurnes, et enfin la spermatorrhée proprement dite, si même déjà les malades ne rendent , pas, en urinant et en allant à la selle, une certaine quantité de semence sans s’en , apercevoir.

Quelle que soit la manière dont se produisent les pollutions nocturnes, la matière de l’évacuation se trouve en nature, soit sur le corps des malades, soit sur Ileurs vêtements. Dans les cas où la pollution a lieu avec érection et orgasme, les i malades sont ordinairement réveillés après l'éjaculation, et ils trouvent Je sperme 1 liquide , avec sa couleur, sa consistance, son odeur caractéristique. Examiné au i microscope, ce liquide présente un grand nombre d 'animalcules bien conformés et wivaces (fig. 130). Les spermalozoaires forment souvent des flocons blanchâtres avec le mucus des tubes séminaux. Ces llocons sont tenus en suspension dans l’urine; mais ils peuvent cependant tomber au fond et former un dépôt invisible à l’œil nu, qui présente au microscope l’apparence de la figure 131. (L. Beale.)

Lorsque la maladie en est venue au point que l’éjaculation, qui existe encore, se fait sans érection et sans plaisir, le réveil n’a pas lieu immédiatement, le plus souvent du moins. A leur réveil, les malades trouvent, vers la racine de la verge, sur i leurs cuisses, sur leur chemise, des taches qui, dans les premiers lieux, se présentent sous la forme de croûtes très-minces, brillantes et semblables, suivant la comparaison de Lallemand, aux traces que laisse le colimaçon. La matière de ces taches , délayée dans un peu d’eau, offre encore des animalcules au microscope ; mais, suivant que la maladie est plus ou moins avancée, ces animalcules sont plus ou moins vivaces, et, dans quelques cas où elle a pris un assez haut degré de gravité, ils n’ont plus complètement leur forme naturelle, ils n’ont plus de queue, ils sont notablement plus petits, en nombre moins considérable, et nagent dans un liquide plus aqueux et plus abondant qu’à l’état normal.

Pollutions diurnes avec un certain degré d'orgasme. — C’est presque toujours, si ce n’est toujours, après avoir présenté pendant un temps plus ou moins long des pollutions nocturnes répétées, que les sujets ont des pollutions diurnes. A

Fig. 130. — Spermalozoaires.

(Beale, pi. XVI.)

Fig. 131. — Moules des tubes séminaux, dont un contient un grand nombre <lc sj eimalozoaiies. (Beale, pl. XVI.)

un premier degré, ces pollutions ont lieu avec érection presque complète, mais par le plus léger frottement, et quelquefois sons que ce frottement soit nécessaire. Plus tard, non-seulement V érection est fort incomplète, ou même nulle d’après quelques faits, mais encore le contact, le frottement de la verge avec un corps quelconque, devient inutile; il suffit d’un simple désir, de la vue d’un objet qui réveille des idées lascives, pour provoquer l’éjaculation. Lorsque cette érection se produit encore à un certain degré, il y a éjaculation; mais cette éjaculation est faible, et en général le sperme sort en bavant du méat urinaire; si l’érection n’a pas lieu, tout porte à croire qu’il n’y a, pour ainsi dire, qu’un simple écoulement de semence.

Les caractères que présente la matière de l'émission sont les mêmes que ceux que nous venons d’indiquer à propos des pollutions nocturnes.

Écoulement «lu sperme pendant la défécation et la miction, ou spermatorrhée proprement dite. — Les phénomènes précédents ont ordinairement duré pendant un temps assez long, lorsque survient celte forme de pertes séminales involontaires; alors, soit que ces symptômes aient cessé complètement, soit qu’ils persistent encore à un certain degré, les malades commencent à rendre sans plaisir et souvent sans aucune sensation particulière, plus ou moins fréquemment, en allant à la selle ou seulement en urinant, ce qui est le cas le plus grave, une certaine quantité de matière en quantité très-variable, semblable, parfois, à une décoction d’orge épaisse, à une masse grumeleuse demi-transparente, à des flocons glaireux et, ^quelquefois, à un dépôt bourbeux et fétide, ou même puriforme. Quant à l 'odeur, on ne voit pas, dans les observations; que ce soit l’odeur sui generis du sperme normal. C’est une fétidité qui se produit plus ou moins promptement, ou une odeur de chair pourrie.

Dans les cas les moins graves de cette espèce, les malades rendent la matière que nous venons d’indiquer à la fin de l’acte de la défécation ; dans les cas les plus graves, ils la rendent aussi bien en urinant simplement qu’en allant à la garderobe, et c’est surtout avec les dernières gouttes d’urine que s’écoule le liquide particulier dont il est question ; cependant, l’examen microscopique a montré que parfois il s’en échappe avec les premiers jets d’urine. Ce n’est pas constamment; et Chaque fois que les malades urinent et vont à la selle, c’est à des intervalles plus ou moins rapproches, suivant la plus ou moins grande gravité des cas, et ces émissions coïncident principalement avec la constipation, avec une irritation exagérée de l’anus et du rectum, avec une congestion hémorrhoïdaire, etc. Dans ces cas, il est assez rare que l’on puisse retrouver des vestiges du caractère du sperme, consistance ou odeur, dans la matière rendue ; le mode démission n a plus, d ailleurs, aucune analogie avec le phénomène de 1 éjaculation. Ce qui le prouve, c est qu un certain nombre de malades ne se rendent pas compte de ce qui se passe.

Urines. — Les dernières gouttes sont épaisses, gluantes, visqueuses et s’arrêtent quelquefois à l’ouverture du gland comme des grumeaux caillebottés; ce sont elles seulement qui laissent sur la chemise des empreintes semblables h celles de 1 empois. Les malades reconnaissent eux-mêmes, à la consistance particulière de ces dernières gouttes, à leur onctuosité entre les doigts, qu'ils viennent d’avoir une pollution diurne.

Dans les cas récents, on voit rouler au fond du vase de petites granulations de

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SYMPTÔMES

volume variable, demi-transparentes, irrégulièrement sphériques, assez semblables à des grains de semoule. On ne peut confondre ces granulations avec aucun sel urinaire, parce qu’elles se montrent avant le refroidissement, qu’elles sont molles et n’adhèrent jamais aux parois du vase.

Les malades seraient avertis du passage de ce sperme encore consistant par un frôlement particulier qui provient de la densité inaccoutumée de l’urine. Ils distingueraient également les contractions des vésicules séminales qui produisent si souvent ces pollutions diurnes : aussi ne s’y trompent-ils guère, même pendant la nuit.

[Il est bon de remarquer que des urines purulentes ou muco-purulentes, dues à la cystite ou h la prostate, peuvent déterminer une sensation semblable. ]

C’est surtout après une excitation vénérienne qu’ils éprouvent des pollutions: par exemple, c’est après un rêve érotique, des rapports avec une femme, une lecture lascive, la vue d’images ou de scènes lubriques, qu’elles surviennent (1) ; ou bien c’est à la suite d'une excitation mécanique des organes génitaux ; souvent même les tissus érectiles sont encore dans une espèce de turgescence quand le besoin d’uriner se fait sentir. Ces pollutions sont les moins passives de celles qui ont lieu pendant l’émission des urines; aussi sont-elles les moins graves et les plus rares.

Chez d’autres malades, la verge se rapetisse et se retire vers le pubis, par suite d’une douleur qui s’étend du col de la vessie jusqu au gland. C’est l’arrivée des urines sur un point très-irrité du canal qui provoque ces contractions spasmodiques, auxquelles les sphincters et les vésicules séminales ne tardent pas à prendre part.

D’autres sensations annoncent quelquefois l’arrivée d’une pollution inévitable : c’est tantôt un battement , une douleur au périnée ou à la marge de l’anus ; tantôt un frisson, un malaise général, un élancement dans les mamelons des seins , etc.

Quand la maladie a fail des progrès, le passage du sperme n’est plus guère apprécié par les malades, les urines ne laissent plus déposer de granulations assez volumineuses pour se rassembler au fond du vase; mais elles contiennent un nuage épais, homogène, blanchâtre, parsemé de petits points brillants, qui gagne les couches inférieures, et que l’on a comparé, avec raison, au dépôt qui se forme dans une décoction d’orge, de riz, un peu concentrée.

Pour l’examen des urines, chaque émission doit être recueillie dans un vase séparé, car les urines rendues à différentes époques de la journée ne présentent pas toujours la même apparence. Ce sont ordinairement celles du matin qui sont plus chargées, surtout quand la nuita été mauvaise; d’autres fois, ce sont celles qui succèdent à des excitations physiques ou morales des organes génitaux, à, un refroidissement, subit, à une digestion laborieuse, à une émotion violente, de quelque nature qu’elle soit.

Les recherches microscopiques viennent ensuite compléter l’exploration.

Devergie verse le dépôt dans un tube de verre effilé par un bout à la lampe et coupe, pour l’expérience, l’extrémité de la pointe, de manière à ne laisser tomber

(t) Voy. Deslandes, De l'onanisme et des autres abus vénériens. Paris, 1835, in-8.

tisa .MALADIES DES VOIES GÉNITO-URINAIRES.

que quelques gouttes d’urine sur le porte-objet ; d’autres puisent dans le dépôt avec une pipette, filtrent le liquide et examinent les animalcules restés sur le filtre. Lallemand recommande au malade de recevoir sur un petit morceau de verre une goutte de la matière exprimée du canal de l’urèthre, après l’émission de l’urine, ce qui peut se faire en quelque endroit qu’il soit, et de laisser dessécher cette matière, ce qui n’exige que deux ou trois minutes. Après quoi il ne reste plus à l’observateur qu’à laisser tomber une goutte d’eau sur la tache laissée par l’évaporation, pour rendre à la matière sa première fluidité et tous les caractères qu’elle avait avant son dessèchement, quand bien môme il aurait duré plusieurs années. Il suffit ensuite de placer le verre sur le porte-objet pour pouvoir procéder immédiatement à l’examen microscopique. Lallemand a constaté la rareté de plus en plus grande des animalcules chez les sujets affectés de pertes séminales, et a observé la diminution de leur volume et leur état sphérique, dans les cas les plus graves.

[Ce dernier signe est une des nombreuses illusions de Lallemand : Mandl (1) fait remarquer que tous les malades cités par cet observateur avaient été affectés d’orchites. On sait aujourd’hui, parles recherches de Gosselin (voy. p. 670) , quelles sont les conséquences de cette affection sur la perméabilité des conduits d’évacuation spermatique. Le liquide est sécrété, mais s’arrête dans l’épididyme. Les globules signalés par Lallemand ne sont pas, par conséquent, des spermatozoaires atrophiés , mais bien des éléments propres au liquide sécrété , soit par les vésicules, soit par la prostate , et ce liquide, rendu dans le coït ou par une pollution, peut parfaitement présenter l’odeur et la couleur du sperme, quoique, en général, il soit moins épais.

11 est hors de cloute aujourd’hui (pic la plus grande partie du liquide, dans le sperme normal, est fournie par les vésicules séminales.

Dans la spermatorrhée pathologique, suivant Mandl, les animalcules sont atrophiés, îLont que 3 à h millièmes de millimètre de long au lieu de 5 à 6 qu’ils ont à l’état normal; la tête est devenue moins large; les caillots blancs amorphes manquent dans la dernière goutte d’urine transparente expulsée après la défécation. ]

Une complication très-fréquente se trouve dans là cystite, soit aiguë, soit chronique; et de plus la prostate, les canaux éjaculateurs, les glandes de Méry, et même les vésicules séminales présentent très-souvent un haut degré d’inflammation, ainsi que nous le montrera la description des lésions anatomiques.

Il en résulte les signes habituels, gêne, douleur, pesanteur, et les qualités de l’urine déterminées habituellement par ces affections.

Lorsque la maladie est parvenue à une époque avancée, on voit que cet état de flaccidité, de mollesse des organes génitaux, signalé plus haut comme une disposition congénitale à la spermatorrhée, est porté à un degré beaucoup plus haut, et que. ces organes ont perdu toute leur énergie.

2° Symptômes généraux. — infécondité. — C’est une conséquence nécessaire de l’impuissance qui survient au bout d’un temps plus ou moins long, mais qui peut aussi exister sans impuissance proprement dite.

L’infécondité résulte de ce que l 'éjaculation est trop faible ou trop précipitée.

(1) Mandl, Des nécroses génito-spinales liées à la spermatorrhée ( Bull . de la Soc. mèd. d’émulation, 7 novembre 1863).

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SYMPTÔMES

Dans le premier cas, la liqueur séminale n’est pas suffisamment projetée ; clans le second, elle l’est avant qu’il y ait intromission complète de la verge ; et dans l’un et l’autre, il n’y a pas, suivant Lallemand, excitation suffisante de l’utérus.

Une autre cause d’infécondité est l 'altération de la liqueur spermatique. Tant que les animalcules sont encore bien conformés, cette cause est faible, bien que leur nombre soit considérablement diminué; mais lorsqu’ils sont réduits à l’état de corps sphéroïdes ou de granules, la fécondation 11e peut avoir lieu, ce qui est prouvé par ce fait, que des sujets étant revenus à un très-bon état de santé, et puissants, sont restés inféconds, parce que les animalcules n’ont pas repris leur conformation normale. Ce que Lallemand attribue à un reste d’inflammation des glandes et des conduits spermatiques, ou aux altérations qui en sont la suite naturelle.

[Il est à craindre que la vraie raison de la conservation de la puissance avec la persistance de L’infécondité 11e soit le retour difficile à la perméabilité de la part des canaux, chez les malades qui ont été atteints d’orchite double : des observations ont, en effet, constaté que ces malades tout en possédant des érections vigoureuses et des éjaculations abondantes, peuvent rester plusieurs années sans que leur sperme contienne de nouveau des animalcules.]

V impuissance est un symptôme fréquent, et qui souvent n’attend pas, pour se produire , que la maladie soit portée au plus haut degré. D’abord cette impuissance peut 11e se montrer que de loin en loin et dans certaines circonstances, et alors on observe déjà les érections incomplètes et l’éjaculation précipitée ; mais plus tard l’impuissance est complète et permanente , et devient une des principales causes de cette hypochondrie dans laquelle nous verrons que sont plongés la plupart des malades.

Du côté des organes de la digestion, on observe les symptômes suivants. Dans les premiers temps l’appétit est conservé ou même augmenté. « La sensation de la faim 11’est pas, dit Lallemand, celle de la faim ordinaire : c’est une espèce de rangement, de chaleur rapportée à l’épigastre ; c’est un malaise, une angoisse qui va presque jusqu’à la défaillance. L’ingestion d’une petite quantité d’aliments fait cesser cette pénible sensation, et bientôt après le dégoût arrive. Mais ils s’efforcent de manger par raison, comme ils disent, ou bien ils multiplient les repas à mesure que ces tiraillements d’estomac se rapprochent. Les mets fortement épicés sont recherchés comme stimulants de l’appétit, et ont pour résultat d’irriter l’estomac, de rendre les digestions plus pénibles, et même de provoquer de nouvelles pertes séminales.

Une certaine pesanteur se manifeste bientôt à l’épigastre, s’étend aux parties voisines, et produit un malaise, une inquiétude, qui obligent à changer de place, à se mouvoir. Le pouls s’accélère, il devient même quelquefois tumultueux ; la face s'injecte et se colore rapidement ; il survient du vague, du trouble dans les idées, des éblouissements, des tintements d’oreilles, des vertiges, enfin des symptômes de congestion qui peuvent être portés au point de faire craindre une hémorrhagie cérébrale.

Une espèce de torpeur croissante succède à cette excitation à mesure que le travail de l’estomac devient plus fatigant ; de là une tendance à l’inaction et à l’ussoupissement. D’un autre côté, des rapports acides ou nidoreux, une chaleur âcre

et mordicante lixée vers la fin de l’œsophage, une espèce de pyrosis, elc. , indiquent assez combien est vicieuse l’élaboration des aliments. [A. Dicenta, de Hall (1), a constaté que les troubles digestifs se présentent dans la proportion de 100 fois sur 500 cas observés. 1

Du côté de 1 intestin on observe des coliques sèches, des pincements d’entrailles, un développement considérable de gaz, avec sentiment de distension fixé principalement aux hypochondres, des flatuosités, et de ces symptômes, joints à ceux qui ont pour siège 1 estomac, résultent par moments des espèces de crises, des attaques douloureuses que les malades redoutent beaucoup.

I ne constipât ion souvent très-opiniàtre est un des symptômes les plus constants de la maladie. [Cette accumulation des fèces dans le gros intestin agit en retour sut les pei tes séminales elles-mêmes et aggrave, la maladie.] On observe néanmoins, à des intervalles plus ou moins éloignés, des coliques, des tranchées, des selles liquides, infectes : diarrhée momentanée qui se reproduit à chaque écart de régime. Chez quelques sujets, cette diarrhée devient rebelle, même sans complication, lorsqu’ils persistent à prendre des aliments en trop grande quantité.

Ces troubles digestifs pourraient être désignés par le seul mot de gastro-entéralgie. Ils sont une conséquence de la débilitation extrême de l’organisme, et leur existence n’a rien qui doive étonner.

Les voies respiratoires offrent aussi quelques symptômes qui tiennent, comme les précédents, à la faiblesse générale : ce sont Y essoufflement, un certain degré d 'oppression, parfois l’irrégularité des inspirations, des soupirs fréquents, en un mot, des signes qui annoncent que l’acte respiratoire a peine à s’accomplir. Il y a souvent une petite toux sèche, nerveuse, des douleurs vives vers la région du cœur et dans d’autres parties de la poitrine, douleurs qui affectent très-probablement les nerfs intercostaux. D’après Lallemand, il n’est pas rare d’observer une disposition extraordinaire à contracter des catarrhes pulmonaires, des enrouements, des extinctions de voix.

Quant à la phthisie pulmonaire, cet auteur n’a pas trouvé de rapport évident entre sa manifestation et la maladie dont il s’agit ici. La voix, chez les sujets affectés de spermatorrhée, est d’autant plus faible, sourde et voilée, que la maladie a fait de grands progrès; mais cette altération dépend uniquement de la débilitation générale.

L’ appareil circulatoire participe à cet état d’épuisement général, et il en résulte des palpitations nerveuses, souvent très-violentes, et excitées par la moindre émotion. Lallemand n’a jamais vu que ces palpitations fussent dépendantes d’une maladie organique du cœur. Elles reviennent à des intervalles très-variables. Les battements sont précipités, irréguliers, désordonnés, mais ils n’ont jamais plus d’étendue, plus de force qu’à l’ordinaire. Lorsque les palpitations ont acquis leur plus haut degré de fréquence, elles s’accompagnent parfois d’un léger bruit de souffle, dû sans doute à un certain degré d 'anémie. Le pouls, habituellement petit et faible, un peu accéléré, participe nécessairement à cette variabilité des battements du cœur; mais il n’est pas exact de dire qu’il existe une fièvre lente. Il ne se

(I) A. Dicenta, Études et expériences sur les pertes séminales ( Deutsche Klinik, 1.862, n° 45).

pertes séminales involontaires. — SYMPTÔMES. 687

i.léclare pas (le mouvement fébrile, à quelque époque que ce soit, à moins de complication.

Les symptômes généraux qui doivent spécialement attirer l’attention du médecin, -liont ceux qui dépendent des troubles cle l innervation.

Au moment de l’émission du sperme, surtout dans les cas où les pertes ont lieu liliors du moment de la 'miction ou de la défécation, les malades éprouvent un , (rouble particulier, une commotion générale, en un mot, un véritable orgasme, muais cet orgasme est suivi d’un abattement plus profond que dans les émissions (volontaires, d’une sensation de vide dans la tète, d’une grande tristesse, etc. Lorsque la maladie dure depuis un certain temps, et surtout lorsqu’il existe des pertes ppendant les excrétions urinaire et fécale, le malade éprouve uu affaiblissement génnéral; ses forces musculaires sont très-abattues, parfois presque anéanties. La sensibilité devient souvent obtuse dans certaines parties limitées, par exemple les umains, un côté de la poitrine , l’abdomen , et celte diminution de la sensibilité a .pour caractère de changer facilement et fréquemment de place. Quelques malades réprouvent des sensations particulières , comme un sentiment de chaleur locale et unième de brûlure; la sensation d’un courant d’air froid, d’un courant d’eau , du liquide électrique dans certaines parties, ou encore un sentiment de froid général i plus marqué aux extrémités, de contusion, de compression, de torpeur, de formication, etc., vers le dos et les lombes.

D'après Lallemand, on ne saurait attribuer à une altération anatomique de la nmoelle épinière ces troubles nerveux si divers. Les auteurs qui, comme Deslandes, ont voulu trouver, dans une affection aiguë ou chronique de la moelle, la cause «organique de la maladie dont il s’agit ici , ont été trompés par de simples coïncicdences.

[Dicenta rapporte à un état morbide de la portion prostatique de l’urèthre ou ides vésicules séminales, les sensations perçues au périnée, à l’anus, à l’appareil Lgénital. La tendance du travail cité de Mandl est de rattacher à une lésion spinale (certaines spermatorrhées et les névroses qui les accompagnent. Budge a démontré , qu’il existe dans la moelle épinière un centre génito-spinal situé, chez le lapin, à la 1 hauteur de la quatrième vertèbre lombaire. Les expériences ont prouvé que I l’excitation du quatrième nerf lombaire et celles du centre génito-spinal amènent ides contractions de la vessie, du rectum, ou des conduits déférents. On est donc autorisé, à rapporter les accidents nerveux qui ont lieu sur ces organes à l’affection idu système nerveux qui les régit. Mandl ne dit pas en quoi consisle la lésion ; spinale : est-elle purement dynamique? Les résultats d’autopsies indiqués par R. Leroy, d’Étiolles (1), tendraient à le faire croire : même avec l’accident grave que constitue la paraplégie, suite de maladies des voies urinaires, on a trouvé la moelle parfaitement saine, ou tout au plus légèrement vascularisée.

Nous venons (le prononcer le mol de paraplégie : c’est ici le lieu de s’arrêter un moment à ce symptôme qui est consécutif à certains cas de pertes séminales, ainsi que Raoul Leroy (d’Étiolles) en rapporte Mes observations, et qui se rattache légitimement à la spermatorrhée, en tant que cet accident lui-même repose à peu

(1) Raoul Leroy (d’Étiolles), Des paralysies des mon b. inf.,ou paraplégies. Paris, 1856, lre partie, p. 131.

près constamment sur un état morbide, organique ou dynamique, de quelque portion du système génito-urinaire, à savoir de l’urèthre, de la prostate, de la vessie, des reins et des vésicules séminales. La paralysie survient brusquement ou pi ogi essivement, ayant débuté par de l’engourdissement et de la faiblesse ; elle jxn'te sur le mouvement et le sentiment des membres inférieurs, et généralement davantage sur le mouvement quand la paralysie n’est point complète, et il est assez rare qu’elle le soit. Quelquefois même elle s’arrête à la faiblesse. Il y a plutôt rétention de 1 urine et des matières fécales qu’incontinence, lorsque la maladie succède à la néphrite aiguë. Ces viscères sont à peine atteints quand la paralysie survient à la suite d’une néphrite chronique. Dans le premier cas encore, il y a une extrême sensibilité a la pression de la région lombaire, cpii n’existe pas dans le second. La nutrition des membres paralysés continue à se faire presque complètement comme dans 1 état normal. La paralysie est déterminée, physiologiquement, par la transmission de 1 inflammation ou de l’irritation du point primitivement affecté, prostate, urèthre, etc., au rein, d’où l’irradiation morbide a lieu sur la moelle par un mécanisme resté inexpliqué. On ne retrouve pas de lésions spinales dans les autopsies qui peuvent être faites dans de telles circonstances, à moins que la myélite ne soit survenue, comme cela se présente quelquefois, pour les pertes séminales, a la suite de l’ébranlement fréquent du système nerveux causé par l’excitation excessive des organes sexuels.]

Quelques sujets ont présenté certaines dépravations du goût ; d’autres se sont plaints d’avoir parfois la bouche pâteuse, amère, etc.; mais ces symptômes peu importants, et liés à la gastro-entéralgie, peuvent même être regardés quelquefois comme une illusion, ou du moins une expression exagérée de sensations insignifiantes de la part de sujets tombés dans l’hypochondrie. Il en est de même de la perte ou delà diminution de l 'odorat dont quelques-uns se plaignent; cependant quelques substances, et en particulier le tabac, ont assez fréquemment pour effet d’affecter péniblement l’odorat et le goût, en même temps qu’elles produisent des effets généraux. C’est ainsi que le tabac détermine bien plus fréquemment chez ces malades, que chez loul autre, les signes d’intoxication qui lui sont propres.

L 'ouïe et la vision finissent par participer à l’affaiblissement général, et, de plus, la première est rendue obtuse par des bruits particuliers entendus dans les oreilles (bourdonnements, sifflements, tintements), et la seconde par des éblouissements, des contractions involontaires des muscles des yeux, etc.

Vamaurose est un fait rare, et l’un des yeux est ordinairement affecté avant que l’autre éprouve aucune altération.

La céphalalgie est un symptôme fréquent; il est rare qu’elle soit continue ; seulement on peut dire que les malades y sont très-sujets, surtout quand ils ont des pertes abondantes. Elle est surtout occasionnée par l’insomnie, les digestions laborieuses, une contention d’esprit.

Le sommeil est léger, peu réparateur, et, lorsque la maladie a fait de grands progrès, les malades se lèvent plus fatigués qu’au moment où ils se sont couchés, surtout lorsqu’ils ont eu des évacuations séminales. Dans les premiers temps, ils ont des rêves érotiques, pendant lesquels ont lieu ces évacuations; plus tard , ce sont des rêves effrayants, de véritables cauchemars; enfin, dans la période la plus avancée, il peut y avoir une insomnie complète. Tantôt ils se promènent avec agi-

PERTES SÉMINALES INVOLONTAIRES. — SYMPTÔMES

nation, ou ils se roulent sur leur lit comme des furieux, comme des aliénés; tantôt il ils tombent dans le morne affaissement du désespoir; ils ont par instants tout le c:orps brûlant et la tète en feu ; ils sentent leurs artères battre sur leurs oreillers, puis ils se trouvent glacés et couverts d’une sueur froide.

Ces angoisses, cette agitation extrême, durent jusqu’au jour, alors quclquesiijiis tombent dans un sommeil lourd et pénible.

Dans le jour, au contraire, les malades sont plongés dans une torpeur fatigante, iu laquelle ils cherchent à échapper par tous les moyens.

On remarque un ensemble de symptômes qui se reproduit à des intervalles varriables, et qui ne peut être rapporté qu’a des congestions vers la tête, congestions (]jui sont quelquefois assez fortes pour faire craindre une attaque d’apoplexie. Elles «ont caractérisées par l’injection de la face, l’accélération du pouls, sa précipitation, «on irrégularité, quoique l’artère présente un défaut de résistance marqué, la céphalalgie, l’embarras de la parole, un bégayement momentané, des étourdissements, aa faiblesse des jambes, des chutes. Ces congestions vont sans cesse en se rapprochant et alarment beaucoup les malades.

Le caractère ne tarde pas à être profondément altéré. Les malades sont faibles pusillanimes; ils n’ont aucune décision, aucune volonté. Us deviennent froids, indilifférents, égoïstes, occupés uniquement de leurs souffrances, comme le sont tous Ices hypocondriaques. Us sont irritables, irascibles, tristes, découragés, faisant souffrir tout ce qui les entoure, et cependant se disant persécutés.

Le dégoût de la vie et les idées de suicide viennent compléter ce tableau de l'I’hypochondric propre aux individus affectés de pertes séminales.

Cet état n’est pas continu dans les premiers temps de la maladie ; parfois on voit (vos sujets sortir de leur torpeur et de leur tristesse, et alors ils sont souvent remarquables par l’excès de leur gaieté, par leur confiance, par leur expansion. Ces cfchangements sont presque toujours le résultat d’une amélioration passagère de IV état local, et ne durent pas plus quelle, A une époque avancée de la maladie, on nue les observe plus.

La mémoire se perd peu à peu; la langue s’embarrasse souvent vers la fin. Enfin 111,11 voit survenir un affaiblissement des facultés intellectuelles, leur obtusion presque complète, et même la folie. C’est du reste un point très-important sous k rapport du traitement, et dont nous avons parlé tome 1er, à l’article Folie.

A mesure que les symptômes précédents se succèdent, un dépérissement général -e manifeste. Le corps maigrit de plus en plus, jusqu’à ce que l’on observe un vériitable marasme ; ce qui n’a lieu qu’au bout d’un temps fort long, lorsqu’on n’a iricn fait pour arrêter la marche de la maladie. La face pâlit ; les yeux sont excavés, l anguissants, ternes; les traits sont effilés; les cheveux tombent; en un mot, on 1 oit apparaître tous les signes d’une nutrition languissante, absolument incapable I le réparer les pertes fréquentes de liqueur séminale.

[Les symptômes énumérés sont ceux des névroses, et personne ne méconnaît la nnulliplicité et la variabilité de leurs expressions. Seulement chaque cas particulier me présente qu’un certain groupe de symptômes, sans jamais offrir l’ensemble de ous ceux qui viennent d’être énumérés. Si l’on a pu dire que Lallemand avait fait • e roman des pertes séminales, on ne doit pas contester la réalité de la maladie, lont aucun médecin ne peut douter aujourd’hui ; mais faire attention que cette Valleix, 5e édit. IV /,/j

multitude de symptômes n’est jamais réunie, autrement chaque cas particulier serait plus complexe qu’une nomenclature nosologique.]

Suivant B. Phillips (1), ces symptômes ne se produiraient que dans les cas où les malades entretiendraient leur spermatorrhée par la masturbation.

La maladie offre une grande irrégularité au début : tantôt, en effet, les symptômes se montrent très-intenses, et tantôt ils s’améliorent notablement suivant des circonstances très-diverses. Plus tard ces améliorations deviennent de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’enfin elles ne se montrent plus, et l’affection fait des progrès continuels.

La durée de la maladie est toujours très-considérable et ordinairement d’un grand nombre d’années. Celle des diverses périodes est variable suivant les sujets, et suitout suivant la fréquence des pertes séminales. Quelquefois, en effet, aux pollutions nocturnes succèdent promptement les pollutions diurnes avec orgasme, suivies promptement elles-mêmes de pertes pendant l’émission des urines et la défécation ; tandis que, chez certains sujets, on n’observe pendant très-longtemps que des pollutions nocturnes, et que, chez d’autres, les pollutions diurnes avec orgasme ne sont pas suivies d’écoulement de sperme pendant la miction, ou ne le sont qu’a une époque très-éloignée.

La maladie n’a aucune tendance à se terminer spontanément par la guérison. Lallemand a vu des sujets en être affectés jusqu’à cinquante et soixante ans. Après cet âge, la sécrétion du sperme diminuant notablement, a-t-on lieu d’espérer celte terminaison favorable? C’est ce qu’il est permis de croire, mais ce qui n’est pas prouvé, et ce qui, dans tous les cas, n’est pas général, puisque Lallemand a été consulté par un vieillard que des pollutions nocturnes avaient jeté dans l’état le plus alarmant. D’un autre côté, il est bien rare, si même le fait existe, que la mort puisse être attribuée uniquement aux pertes séminales; c’est une autre affection qui vient emporter le malade, et cette affection détermine d’autant plus facilement la mort que le sujet est plus affaibli.

§ V. — Lésions anatomiques.

Selon Lallemand, la prostate est, dans les cas d’inflammation aiguë, gorgée de pus concret, ferme et jaunâtre, semblable à un tubercule, le tissu environnant restant sain; l’inflammation plus avancée y laisse pour traces une infiltration de pus ou de matière pullacée ; plus lard, on peut faire sourdre le pus par les conduits excréteurs, il y a des abcès disséminés, ou bien la prostate, doublée et triplée de volume, contient beaucoup de matière purulente. L’inflammation chronique peut avoir détruit une partie de cet organe, avoir causé l’ulcération de ses follicules muqueux, l’avoir réduit à une simple coque criblée de trous.

On trouve également des traces d’inflammation aiguë ou chronique dans les canaux éjaculateurs, les vésicules séminales, les canaux déférents, les testicules et même les tissus environnants : par exemple, le tissu cellulaire qui sépare la vessie du rectum et le péritoine voisin. Les conduits éjaculateurs se sont montrés dilates, isolés, comme disséqués par l’inflammation suppurative. On a trouvé les vésicules

(1) Philips, London med. Gazette, 1848.

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