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BLENNORRHVGIE GÉNITALE DE L’HOMME. — HISTORIQUE

Avant d’entrer dans le cœur du sujet, nous croyons devoir exposer quelques considérations historiques qui nous amèneront naturellement à l’étude de la nature de la maladie.

§ I. — Historique.

La blennorrhagie a été connue de toute antiquité : Moïse, qui croyait à l’écoulement de semence et à la contagion de cet écoulement, a donné au peuple hébreu des préceptes hygiéniques excellents, que Chabulier, ancien interne de l’Antiquaille, a reproduit dans sa thèse inaugurale (1). Hérodote (2) parle de la maladie des femmes que la déesse Vénus Uranie envoya aux Scythes qui avaient pillé son temple; Hippocrate signale la maladie. Celsc (3) décrit un écoulement uréthral qu’il rattache à une ulcération du canal. Mais ce sont les Arabes et les arabistes qui nous ont laissé, à cet égard, le plus de documents. Mcsue (û), Haly-Abbas (5), Rhazès (6), Avicenne (7), Avenzoar (8), Albucasis (9) , Bernard Gordon (10), Guy de Chauliac (11), Jean de Gadesden (12), du xc siècle au XVe, nous ont décrit successivement la maladie et la plupart de ses complications, avec une si grande exactitude, que, comme le dit Rollet (13), il suffirait, pour mettre ces descriptions au niveau de la science, de remplacer les appellations anciennes par nos dénominations modernes.

Becket (lû) rappelle les règlements auxquels étaient soumises les maisons de débauche de Londres, d’après lesquels il est défendu de tolérer les femmes atteintes de Yarsure, c’est-à-dire de la blennorrhagie. Les règlements dont nous parlons sont de 1Û30.

Nous voilà arrivés à la veille de la grande épidémie syphilitique du xv° siècle. D’après tous les auteurs que nous venons de nommer, le traitement est des plus simples. La maladie est regardée comme locale, et on ne lui réserve que des traitements exclusivement locaux.

En 1530, Simon Fistt présente une requête à Henri VIII, où il se plaint : «que les prêtres catholiques gâtaient tout dans le royaume d’Angleterre, qu’ils étaient brûlés, c’est-à-dire infectés clc Yarsure par les femmes. » Cette maladie, comme le fait remarquer Rollet, était donc une maladie honteuse à l’époque où la syphilis était encore à ses débuts, et parfaitement avouable. Jacques de Bethencourt (15)

(1) Chabalier, Preuves historiques de la pluralité des affections dites maladies vénériennes {Hygiène et prophylaxie. Paris, 1860).

(2) Hérodote, Clio, liv. 1, p. 23, édit, franç.., 1594.

(3) Celse, De medicina, liv. V.

(4) Mesue, Summ. III, part, iv, scct. 1.

(5) Haly-Abbas, Theorices, liv. IV.

(6) Rhazès, liv. X, chap. III.

(7) Avicenne, liv. III, fen. xx, xxi, xxix.

(8) Avenzoar, liv. tr. III et t. IV.

(9) Albucasis, Théorie, nec non practic, tract. XXI, fol. 92 et 93.

(10) Gordonius, Tabula practica , part. Vil, fol. 206.

(11) Cirurgia Guidonis de Chauliaco, tract. VI, doct. il.

(12) Gadesden, Posa anglica , practica medicina; , a capite ad pedes , liv. H, c. xvn, fol. 107.

(13) Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1865, p. 200.

(14) Becquet, Philosoph. Transact ., vol. XXX, 1718.

(15) Jacq. de Betiiencourt, Nouveau carême de pénitence. Paris, 1527.

Valleix, 5e édit.

rapporte, en 1527, une curieuse observation d’après laquelle la blennorrhagie est considérée comme une maladie différente de la vérole, alors en grand règne, et toujours combattue par des moyens généraux. Alexandre Bénédictus décrit encore la maladie nouvelle en opposition avec la blennorrhagie, maladie ancienne. Marcellus Cumanus, également contemporain de la grande épidémie, distingue parfaitement la blennorrhagie delà vérole; mais la preuve historique la plus complète de celte distinction radicale est un passage de Paracelse (1), où, passant en revue les complications de la vérole, il signale entre autres la (jonorrhée. On voit ainsi que la blennorrhagie a existé dans l’antiquité, à l’état endémique chez le peuple hébreu, à l’état sporadique dans la société grecque et romaine, et à l’état sporadique du moyen âge à la renaissance.

C’est vers 1550 qu’eut lieu la confusion des deux maladies, et les auteurs s’accordent à regarder Brassavole (2) comme étant le premier qui ait rangé la blennorrhagie parmi les symptômes de la syphilis, encore convient-il qu’il y a une gonorrhée qui n’est pas syphilitique. Mais c’est à vrai dire Tomitanus (3) qui, dix ans après Brassavole, affirma que la blennorrhagie faisait partie intégrante du cortège de la vérole. Les auteurs qui succédèrent plus tard, comme Astruc (A), Fabre (5) et Ilunter (6), tout en admettant que la blennorrhagie peut produire la syphilis, reconnaissent cependant que c’est l’exception.

Bosquillon (7), le traducteur de Bell, remarquait, à propos de Fabre, qu’à mesure que celui-ci avait avancé en âge, il s’était de plus en plus rattaché à la nonidentité de la blennorrhagie et de la syphilis. A peine quelques années s’étaient écoulées depuis la publication du traité d’Astruc, et l’année même où le célèbre Ilunter faisait l’expérience dont l’interprétation malheureuse voilà pour lui , la vérité, en 1767, un chirurgien écossais, Balfour (8), publiait un livre où il distinguait nettement la blennorrhagie de la vérole. En 1771, AV. Ellis émettait la même opinion (9).Tode(10), en 177ù, et Duncan (11), en 1778, émirent le même avis. Benjamin Bell et Bosquillon (12) étaient aussi dans les mêmes idées. En 1812

(1) Aureoli Theoplirasti Paracelsi Eremitæ Operum latine redditorum , etc., 1855 : Devariol. gallic., liv. VIII, p. 293.

(2) Musse Brassavoli De morbo gnllico liber. Venise, 1553.

(3) g. Tomitani De morbo gallico libri duo, ch. XII.

\li) Astruc, Traité des maladies vénériennes , 1755.

(5) Fabre, Traité des maladies vénériennes , 1775.

(6) Ilunter, Traité des maladies vénériennes, p. 515.

H) B. Bell., Traité de (a gonorrhée virulente et des maladies vénériennes, trad. Bosquillon. Paris, 1 802.

(8) Balfour, Dissertatio de gonorrliœa virulenta. Edimbourg, in-8.

(9) VV. EUis, An essag on the cure of venereal Gonorrhea. London, in-8.

(10) J. Clément Tode, Vom Tripper in ansehung seiner natur und Geschichte. Copenhague 1774, in-8. — Nothige Erinnerungen fur aerzte die den Tripper heilen wol/en. Fonenhague, 1777, in 8. — Erleichterte kenntniss und heilung des Trippers. Copenhague et LeipzK 1780, 3e édit., in-8, 1790, p. 460 et suivantes.

(1 1) Andr. Duncan, Medical Cases, selected from the records of the public dispensary at Edinburgh : ivith remarks and observations, etc. Edinburgh, 1788, 3e édit., 1784, delà

page 260 à 291.

(12) Bosquillon, loc. cit.

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