BLENNORRHAGIE GÉNITALE DE L’HOMME. — NATURE
parut en France l’ouvrage de Hernandez (1), couronné par l’Académie de Besancon. Cet auteur reproduisit les arguments de Bell, mais ajouta, chose essentielle, des expériences décisives, lesquelles portèrent sur des individus sains, et montrèrent ainsi que la blennorrhagie se distinguait nettement de la syphilis.
La vérité était retrouvée expérimentalement, lorsqu’en 1826 tout changea de face. Jourdan nia, avec l’école physiologique, l’existence des maladies vénériennes comme espèces distinctes. Il n’y eut que des uréthrites et plus de blennorrhagie. La plus grande confusion régnait dans l’enseignement, lorsque Ricord (2) eut le mérite, au milieu de la confusion générale, de revenir aux idées de Hermandez et d’adopter le système expérimental fondé par Hunter. Ricord distingua de nouveau la blennorrhagie, proclama le traitement exclusivement local, introduisit le spéculum dans l’étude des écoulements des femmes, mais regarda la blennorrhagie non comme une maladie à contagium spécial, mais comme une simple irrilaïioai, une inflammation commune reconnaissant les causes les plus variées. Culierier (3) admit bien une blennorrhagie spéciale, causée la plupart du temps par la contagion, mais il ne distingua pas suffisamment cette blennorrhagie des uréthrites simples.
Parallèlement à cet enseignement, les médecins de l’hôpital Saint-Louis soutenaient, avec Vidal (de Cassis), que la blennorrhagie peut engendrer la syphilis; mais l’enseignement de Ricord eut celle puissance, de ramener à la doctrine de la non-identité la plupart de ses contemporains malgré l’imperfection des expériences tentées dans ce but, comme nous le verrons plus loin. A partir de cette époque, les auteurs furent à peu près unanimes à distinguer nettement la blennorrhagie de la syphilis. Si les traités publiés depuis quelques années sur la question ne suffisaient pas à éclairer les médecins qui pourraient encore rester dans le doute, malgré tant de preuves accumulées, ils n’auraient qu’a lire les pages que Rollet (de Lyon) a consacrées à la blennorrhagie inoculée, dans le livre (h) récent que cet auteur vient de publier, et que nous mettrons très-largement à profit pour la rédaction de ce chapitre.
§ II. — Nature.
Il devrait être superflu d’avoir encore à démontrer la nature de la blennorrhagie, si elle est syphilitique ou non. Cependant lorsqu’on songe que le mercure est encore administré pour la blennorrhagie, dans les hôpitaux spéciaux de Montpellier, dans la plupart des hôpitaux de province et même dans certains hôpitaux de Paris; lorsqu’on songe que ce qui reste des praticiens sortis des bancs avant l’enseignement de l’école du Midi, soumet encore les blennorrhagiques purs à un traite— mênt constitutionnel spécifique, on ne peut se défendre, dans un livre destiné aux praticiens, de bien établir la nature d’une maladie dont le traitement varie du tout au tout, suivant qu’on la considère comme locale ou comme générale.
Pour démontrer la nature de la vraie blennorrhagie, pour faire voir que Iors-
(1) J. F. Hernandez, Essai analytique sur la non -identité de: virus gonnorrhéique et syphilitique. Toulon, 1812, in-8.
(2) Ricord, Mémoires et observations. Paris, 1834.
(3) Culierier, Des affections blennorrhagiques. Paris, 1861.
{à) Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1865, p. 20 h.
qu’il n’y a pas de coïncidence de syphilis primitive ou secondaire, elle ne transmet jamais que la blennorrhagie et point de syphilis, nous entrerons dans quelques considérations tendant à montrer :
1° Que la blennorrhagie est inoculable aux animaux ;
2° Que la blennorrhagie inoculée ne transmet ni le chancre simple, ni la syphilis;
3° Que la blennorrhagie inoculée n’engendre que la blennorrhagie ;
U° Que la blennorrhagie produit la blénophthalmie et réciproquement.
1° La blennorrhagie peut être inoculée aux animaux qui ne sont pas susceptibles, comme on le sait, de prendre la syphilis. Rollet l’a inoculée avec succès sur les yeux d’un jeune lapin, mais il a échoué sur le vagin d’une chienne. Florent Cunier et Dccondé ont souvent inoculé à l’œil des animaux l’ophthalmic belge, qui n’est pas autre chose que la conjonctivite purulente blennorrhagique.
2° Il existe dans la science des inoculations qui démontrent que la blennorrhagie n’engendre ni le chancre simple, ni la syphilis. En effet, lorsque le chancre simple apparaît à la suite de l’inoculation de la blennorrhagie, c’est qu’il y a coïncidence des deux maladies. Ainsi Ricord (1 ), dans les inoculations qu’il a pratiquées, de 1831 à 1837, a eu occasion de constater vingt-neuf fois à la suite de l’inoculation, la présence de la pustule caractéristique du chancre simple, et a fait remarquer la coïncidence d’un chancre larvé et d’une blennorrhagie rendant compte de la présence de la pustule à la suite d’une inoculation de pus blennorrhagique. Hairion (de Louvain) a constaté quatre fois par l’inoculation la même coïncidence en 1836, et Hélot (2) cinq fois en 1860, dans le service de Ricord. Déjà du temps de limiter, Bell avait compris et proclamé cette coïncidence, que tant de ses successeurs devaient méconnaître. Ricord lui-même ne paraît pas s’être rendu un compte exact de ce phénomène, et n’avoir vu qu’une partie de la vérité.
« Le seul moyen rigoureux de diagnostic, dit-il, est l’inoculation pratiquée sur le malade avec la lancette. Toute blennorrhagie soumise à l’inoculation dans ses différentes phases sans donner de résultats, ne constitue qu’une affection simple et incapable de communiquer la syphilis, soit primitive à un autre sujet, soit constitutionnelle à celui qui en est d’abord affecté (3). » Cette expérience était incomplète; car si elle distinguait la blennorrhagie du chancre simple, elle ne prouvait nullement que la blennorrhagie ne fût pas de nature syphilitique. Les expériences de Hernandez (6), conçues dans le même esprit pour déterminer si la blennorrhagie peut ou non donner naissance a un chancre, sont plus concluantes, parce que l’expérimentateur, au lieu de pratiquer sur les malades eux-mêmes, avait inoculé des hommes sains. De cette façon, le résultat négatif de ses expériences permet donc, non-seulement de différencier la blennorrhagie d un chanci e simple, mais encore de la syphilis, puisque, dans ce cas, Hernandez faisait une véritable inoculation, là où Ricord ne fit plus tard que des réinoculations.
3° Inoculations démontrant que la blennorrhagie produit la blennorrhagie.—
(1) Ricord, Traité de l'inoculation. Paris, 1838.
(2) Hélot, thèse de Paris, 1840.
(3) Ricord, Traité d ; l’inoculation , p. 134. ...
(4) Hernandez, Essai analytique sur la non-identité du virus gonnorrheique e . syphilitique. Toulon, 18J 2.