BLENNORRHAGIE URÉTHRALE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
ssuppuration prolongée du canal en certains points, cas auxquels Rollet réserve plus spécialement le nom de blennorrhée.
C’est dans ces cas où la maladie se prolonge qu’on a pu trouver des ulcérations illont ont parlé les auteurs; mais ces ulcérations n’existent jamais à la période akiguë, comme nous le verrons dans un instant, en étudiant l’anatomie pathologique. Fréquemment la maladie est entretenue par un rétrécissement du canal. C’est par iuuite de ces suppurations longues de la muqueuse qu’on voit la destruction des aacunes, des tissus et des conduits folliculeux de l’urèthre par inflammation adhé- <sive ou suppurative.
Mais il y a d’autres causes qui expliquent pourquoi la blennorrhagie chronique me se résout pas : l’âge avancé des malades, l’extrême jeunesse, le tempérament ly mphatique, la constitution scrofuleuse, les dispositions catarrhales diverses, mais ‘surtout l’impression du froid humide et les excès de n’importe quelle nature. Certains individus gardent de ces écoulements toute leur vie, mais alors il y a dans ee canal des lésions dont le traitement est du domaine de la chirurgie.
Nous devons signaler ici deux formes particulières à la blennorrhagie chronique. Certains sujets qui voient tous les matins une goutte à l’extrémité de leur canal, meuvent, sous l’influence d’un excès, écart de régime, marche, masturbation, etc., woir reparaître leur écoulement sous une forme plus ou moins aiguë, puis tout rentre dans l’ordre; survient un nouvel excès, nouvel écoulement. Ricord a donné h ces écoulements le nom de blennorrhagie intermittente ou chaudepisse à répétition (1).
Dans d’autres circonstances, la blennorrhagie chronique peut présenter des ililternances non moins curieuses.
« J ai vu souvent, dit Rollet (2), des blennorrhagies chroniques établies, selon oonte apparence, dans la région prostatique du canal, alternant ainsi tantôt avec une cystite, tantôt avec une épididymite, tantôt même avec une prostatite.
” l ne cystite survient avec ses symptômes habituels et notamment la dysurie : (écoulement cesse. La dysurie cesse, l’écoulement reparaît; ou si ce n’est pas (écoulement qui revient, c’est une épididymite qui se déclare. L’épididymite cesse
son tour, et 1 écoulement se prononce de nouveau. Une prostatite s’annonçant '.>ar des douleurs uréthrales profondes et par une grande difficulté d’uriner, peut ussi alterner avec l’écoulement.
» Cette forme de blennorrhagie chronique mérite aussi un nom particulier, et je trois qu on pourrait par imitation l’appeler blennorrhagie alternante ou cliaudemsse à bascule. »
I ne cause de la persistance de la blennorrhagie chronique sur laquelle Demarl'[ua\ a appelé 1 attention, ces dernières animées, c’est Y atrésie congénitale du méat urinaire. 11 est arrivé plusieurs fois à ce chirurgien de guérir des blennor- Ihagies clnoniques en agrandissant le méat urinaire. Le muco-pus s’écoule alors utilement, et les moyens qui jusqu’alors n’avaient point réussi, agissent avec, grande facilité (Demarquay) (3).
(1) Ricord, Annotation à Hunier, Traité de la maladie vénérienne, traduit par G. Richelot. vans, 1859.
(2) Rollet, lac. cit., p. 261.
(3) Demarquay, Gazette des hôpitaux.
§ IV. — Anatomie pathologique.
On sait que les anciens croyaient fermement que l’écoulement (le la blennorrhagie était un écoulement de semence (gonorrhée), et que le canal de l’urèthre, pendant cet écoulement, était affecté d’ulcère. Cette doctrine fut la seule jusqu’à Morgagni ; mais ce fut Cockburne (1) qui, utilisant les travaux de ce dernier, fit accepter que la blennorrhagie n’était pas un écoulement de semence.
Pendant le moyen âge on crut à l’existence constante d’ulcères dans le canal, pendant la blennorrhagie.
En 16zi6, Thomas Bartholin affirma que dans toutes les autopsies qu’il avait pratiquées sur des hommes atteints de blennorrhagie, il avait toujours \u dans le
canal des ulcères ou des cicatrices. MarcAurèle Séverin et Wirzuug (2) ont soutenu la même opinion, et Littré (3) soutint aussi, en se fondant sur des recherches cadavériques, que le canal de l’urèthre est souvent couvert d’ulcères. Enfin, en 1815, Lisfranc, dans un mémoire adressé à la Société d’émulation, dit avoir observé fréquemment des ulcérations de la muqueuse uréthrale dans les autopsies d’individus atteints de gonorrhée.
Ces témoignages prouveraient-ils que la blennorrhagie à l’état aigu serait caractérisée par un ulcère du canal? Pas le moins du monde. Les auteurs que nous venons de citer ont fait leurs observations sur des individus atteints de blennorrhagie chronique, et nous avons vu que dans cette forme de la maladie il n’était pas rare d’en rencontrer. Quant à Lisfranc (é), il avait observé sur des individus dont la plupart étaient morts de fièvre adynamique, et l’on sait les tendances qu’ont à s'ulcérer les membranes muqueuses dans cette maladie.
Il existe, d’une autre part, de nombreuses observations d’autopsies d’individus morts pendant la période aiguë de leur blennorrhagie et où l’ulcère du canal n’a pas pu être constaté.
Morgagni (5) localise la maladie dans les sinus qu’il a le premier décrits. Il rapporte qu’il a ouvert nombre de cadavres et qu’il n’a point vu les lésions ulcéreuses que l’on dit être caractéristiques de la blennorrhagie contagieuse. William limiter est, avec Morgagni, celui qui a le plus contribué à détruire ce préjugé de la présence de l’ulcère dans le canal de l’urèthre, quoique Scharp ait cherché à lui ravir
son titre à la priorité.
John I-luntcr en 1753, Sloll en 1777, Astley Gooper (6) et plus tard Desault en 1718 (7), Philippe Boyer en 1836 (8), Cullerier neveu (9), Gibert (10) et
(1) W. Cockburn, The symptoms, nature, causes and cure of a Gonorrhea, 2i1 édition. London, 1715, 1719, in-8; edit. ibid. , 1728, in-S, traduction latine, Leyde, 1717, in-12; en français, par Devaux. Paris, 1730, in-12.
(2) Bonet, Sepulchretum [Sec. liac , 31, obs., p. 55, 1 et II).
(3) Alexis l.ittrc, Observations sur la gonorrhée ( Mémoires de l'Académie royale des sciences , 1711).
(A) Lisfranc, Mémoire lu à la Société d’émulation. Paris, 1815.
(5) Morgagni, Desedibus et cousis morborum, epist. AA.
(6) Astley Cooper, Œuvres chirurg., obs. 372.
(7) Desault, thèse de Paris, 1818.
(8) Philippe Boyer, Traité de la syphilis. Paris, 1836.
(9) Cullerier neveu, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques en 15 vol., article Blennorrhagie.
(10) Gibert, Traité des maladies vénériennes. Paris, 3e édit., 1860.
BLENNORRHAGIE URÉTHRALE. — CAUSES
Ilollct, etc., ont eu l’occasion de faire des autopsies d’individus morts pendant la période aiguë de la maladie, et jamais l’ulcère des anciens n’a été retrouvé, limiter trouva «pie l’urèthre était un peu plus injecté de sang qu’à l’ordinaire, surtout dans le voisinage du gland; Stoli un peu d’inflammation du méat, à un doigt et demi dans le canal et un peu de phlogose avant le bulbe. Swediaur compare la maladie au coryza. La plupart des autres auteurs dont nous avons rapporté les noms n’ont trouvé qu’une rougeur un peu plus vive de la fosse naviculaire.
D’après tous ces faits, la blennorrhagie est donc une inflammation de la portion superficielle de la muqueuse uréthrale, spécialement de la fosse naviculaire, et c’est lorsque la maladie devient ancienne que des lésions peuvent être observées dans les parties profondes. Les glandes de Morgagni, peuvent être aussi affectées, leur orifice agrandi, quelquefois oblitéré par la persistance de l’inflammation.
§ V.— Causes.
1° Causes prédisposantes . — Les causes prédisposantes de la blennorrhagie sont : le tempérament lymphatique, certaines conformations, un prépuce assez long, qui en protégeant la muqueuse du méat, la rend plus délicate, plus impressionnable, plus facile à subir des déchirures par cela même, et être par conséquent plus ouverte à la contagion. On peut signaler encore une ouverture plus grande du méat, un degré plus ou moins avancé d’hvpospadias qui racle pour ainsi dire dans le coït la matière contagieuse. Signalons aussi certaines circonstances accidentelles pouvant contribuer à favoriser les contagions; des rapports prolongés ou trop répétés. Enfin il ne faut point oublier que, suivant la vigueur avec laquelle l’acte est consommé, une petite déchirure de la muqueuse n’est pas impossible et se trouve ainsi immédiatement ouverte à la contagion du pus blcnnorrhagique.
2° Causes occasionnelles. — Ce sont les actes naturels, comme le coït, ou artificiels, comme lesjjnoculations médiates par n’importe quels objets qui mettraient en rapport le pus blcnnorrhagique avec la muqueuse uréthrale saine.
.La blennorrhagie^ne vient ni du chancre simple, ni de la syphilis, elle ne reconnaît pour cause qu’une autre blennorrhagie. Nous croyons que la blennorrhagie, maladie essentiellement locale et n’ayant avec la syphilis ou le chancre simple que des rapportsjde] coïncidence, est due à un contagium spécial (pii a échappé jusqu’ici à nos moyens d’investigation et que nous ne pouvons apprécier que par ses effets. Ce contagium est enfermé dans le muco-pus blcnnorrhagique. Le pus blennorrhagique ne produit aucune ulcération, déposé sous l’épiderme; mais déposé sur la muqueuse uréthrale il occasionne un écoulement de pus semblable à celui qui lui a donné naissance, manifestation essentiellement locale, n’étant jamais suivie de la syphilis, à moins de coexistence, dans le canal, d’un chancre syphilitique. Thiry (de Bruxelles) suppose que la blennorrhagie reconnaît pour cause un virus granuleux , parce qu’il lui a été donné d’observer souvent des granulations pathologiques sur les muqueuses uréthrale et oculaire.
Quelques auteurs ont attribué la cause de la blennorrhagie à la présence dans le pus blennorrhagique de certains parasites animaux ou végétaux. C’est ainsi que Donné a signalé la présence du Vibrio lineola et du Tricho-monas dans le pus de la
MALADIES DLS VOIES CÉNITO-URLN AIRES.
blemioii hagie \agiuale (1) et que dans ces derniers temps Jousseaume (2) a appelé 1 attention sur des végétaux parasites, ics Genitalia, dans le pus blennorrliagique. Les G cm ta ha sont caractérisés par une algue à très- longs filaments de 0,nm,üll) à 0" ,020 d épaisseur et qui se multiplie avec une immense rapidité. Mais ces études n ont pu éclairer entièrement le point qui nous occupe.
l a i présence de 1 impuissance de la chimie à nous révéler la nature du contagium spécial de la blennorrhagie, de pareilles recherches ne peuvent qu’être encouragées, mais ne sont pas de nature à fixer la science actuellement.
(.elle idée de la multiplication de l’élément générateur de la blennorrhagie n’a i icn d incompatible avec les données de la physiologie pathologique : une des propi ielés essentielles du pus du chancre simple n’est-elle pas la multiplication de se globules de pus ?
Ricoul pense que tous les liquides irritants, parmi lesquels il compte le pus bicunoi thagique, peuvent, produire la blennorrhagie. Pour nous, nous croyons, avec Rollet, Belhomme et Martin, etc., que les autres liquides plus ou moins acres, le sang menstruel, les lochies, etc., sont incapables de produire la vraie blennorrhagie. Ces irritants-là produisant des affections blennorrhoïdes bénignes, c’est-à-dire non contagieuses, dont nous dirons un mot plus tard.
Ainsi donc, la blennorrhagie ne reconnaît pour cause qu’une autre blennorrhagie, et le mode suivant lequel elle se transmet est la contagion. Celle-ci est immédiate dans l’acte du doit; mais la contagion peut être aussi médiate. Tous les jours nous voyons les doigts mouillés de pus blennorrliagique contagionner I œil ; Hunter cite le cas d’un homme qui contracta la maladie en s’asseyant dans des lieux d’aisances. De nos jours, Cullcricr a établi expérimentalement cette possibilité de la contagion médiate lorsqu’il avait un service à l’hôpital de Lourcine. Et les ophtalmologistes n ont ils pas, de leur côté, pratiqué la contagion médiate bien souvent dans le traitement du pannus? Il sulïit, pour que la contagion s'opère, de déposer le pus contagieux sur l’épithélium de la muqueuse, dit Rollet, et il n’est pas besoin que cet épithélium soit enlevé pour que la contagion ait lieu. Cette assertion, vraie en apparence, ne nous paraît pas suffisamment démontrée et en harmonie avec les données de la physiologie. D’abord nous ferons remarquer que le pus contagieux du chancre simple a besoin de l’enlèvement de l’épiderme, qui n’est que l’épithélium de la peau, pour que l’inoculation puisse s’opérer. Il est naturel déjà de penser que l’épithélium de la muqueuse uréthrale doit être détruit pour que la contagion ait lieu. Le pus blennorrliagique aurait, suivant nous, cette propriété par son contact irritant, et l’on expliquerait, par un épithélium plus résistant chez certains malades, certaines contagions tardives qui n’ont rien de commun avec l’incubation, dans le sens médical qui s’attache à cette expression.
Diagnostic. — La blennorrhagie uréthrale aiguë ne peut pas être confondue avec les écoulements blennorrhoïdes proprement dits. Quand un praticien verra destumeurs granuleuses le long du canal de l’urèthre, le canal lui-même ayant perdu
(1) Donné, Cours de microscopie. Anatomie microscopique et physiologie des fluides de l'économie. Paris, 1844, p. 161.
(2) Jousseaume, Végétaux parasites de l’homme. Paris, 1862.
BLENNORRHAGIE URÉTHRALE. — TRAITEMENT
sa souplesse, les érections douloureuses, quelquefois la courbure de la verge qui en est la conséquence, il ne confondra pas cette symptomatologie avec l’écoulement plus ou moins blanc et indolore de l’urèthre ou avec Puréthrile simple provenant du contact de matières morbides plus ou moins acres. Du reste, nous reviendrons bientôt sur cette question, à propos des écoulements blennorrhoïdes.
Toutefois, il ne faut pas se dissimuler que le diagnostic peut être extrêmement difficile; c’est lorsqu’on a à déterminer si un écoulement appartient à l’hémorrhagie subaiguë ou à l’uréthrite simple, et l’on n’a pas la ressource ici de l’inoculation, comme pour constater l’existence du chancre simple. On a cependant quelquefois l’oc casion de se prononcer lorsque les confrontations sont possibles, par exemple dans les expertises judiciaires, comme cela est arrivé dans deux circonstances à Rollet, où un écoulement, bénin en apparence, avait été l’origine d’une ophthalmie blcnnorrhagique ayant entraîné la cécité.
Mais le praticien doit se préoccuper, pour établir son diagnostic, de phénomènes accidentels qui viennent quelquefois le compliquer, nous voulons parler de la coïncidence possible d’un chancre non syphilitique ou d’un chancre syphilitique dans le canal, de même que nous avons vu ces lésions exister quelquefois sous le prépuce dans les cas de balano-posthite.
La présence du chancre simple se reconnaîtra au moyen de l’inoculation ordinairement ; car le pus de la blennorrhagie mélangé au pus du chancre simple n’en atténue en aucune façon les propriétés. Le doigt, en se promenant le long du canal, sentira une certaine tumeur dans un de ses points : il peut exister un bubon chancreux. Ces divers phénomènes peuvent se montrer au début d’un chancre mixte ; il faut en être prévenu et rechercher l’induration du chancre aussitôt qu’elle apparaîtra. Lorsque, au contraire, il y aura un chancre induré du canal, il sera plus nettement perçu par le doigt, et l’adénite indolente de l’aine viendra confirmer le diagnostic.
Pronostic. Les gens du monde et beaucoup de médecins s’imaginent que la blennorrhagie est une maladie légère. C’est là une erreur. La blennorrhagie est moins grave que la syphilis ; mais elle est certainement plus grave que le chancre simple. Sans doute, la blennorrhagie ordinaire, qui guérit en un mois, n’a pas de dangers et d autres inconvénients que les douleurs cuisantes de la période aiguë. Cependant lorsque la maladie est très-aiguë, c’est déjà une complication sérieuse. Certaines complications ont amené la mort. Lorsque la maladie passe à l’état chronique, on sait que c est ce dernier qui engendre les rétrécissements du canal et I la plupart des maladies les plus graves des voies génito-urinaires.
§ VII. — Traitement.
iNous avons vu, à propos de I historique, que jusqu’à l’apparition de la syphilis i en Europe, la blennorrhagie avait toujours été traitée par des moyens exclusive-
îment locaux.
C est à ce traitement local, qui n’a jamais été complètement abandonné, même aux époques de confusion, qu il importe de revenir, et aujourd’hui, après ce que nous
^ savons de la nature de la maladie, un traitement constitutionnel serait un nonssens.
Le traitement de la blennorrhagie varie à scs diverses périodes et peut être
divisé, d’une manière générale, en traitement prophylactique, traitement abortif et
traitement curatif.
1° l 'raitement prophylactique. — Le plus recommandable et le plus ellicace est certainement le condom. Il ne mérite pas, tel qu’on le fabrique aujourd’hui, et en nous plaçant seulement au point de vue de la solidité, le reproche (pie lui a adressé une femme d’esprit. Astruc, qui n’en était pas très-partisan, puisqu’il lui préférait la continence, a dit qu’il ne préservait pas le pubis. Sans doute, le condom ne préserve pas cette région, et nous avons vu des hommes contracter des chancres du pubis ; mais, en ce moment, la blennorrhagie seule est en cause, et, en tant que blennorrhagie, le condom bien fabriqué est un préservatif certain.
Pour ceux qui ne pourraient se résoudre à ce servir de ce bouclier, puisque bouclier il y a, il n’est pas inutile d’avoir recours à certains expédients avant l’acte; on peut laisser tomber quelques gouttes d’huile dans l’intérieur du canal de l’urèthre, et en tenant la verge relevée, nul doute que le corps gras ne protégeât le canal, même en cas de déchirure; car la déchirure pourrait être recouverte immédiatement par le liquide huileux des parties limitrophes.
Après la miction, une bonne précaution consiste h uriner en serrant un peu le méat entre les doigts, et en contractant la vessie pour imprimer au jet d’urine plus de forcé, de façon à balayer ce qui pourrait rester de pus contagieux dans le canal.
Nous n'insistons pas davantage sur ces moyens accessoires qui ne donnent qu’une sécurité relative, et dont on peut trouver une nombreuse énumération dans les traités spéciaux.
2° Traitement abortif. — Conseillé déjà par Musitan, ce traitement fut repris, en 1780, par Simulons (1); en 1827, par Ratier ; et de 1827 à 1837, par Cullerier neveu, Carmichaël, Burnett Lucas, Wall -Moreau, et enfin le professeur Serre (de Montpellier) ; mais ce fut Debeney (2)qui réhabilita en France le traitement abortif, que le plus grand nombre des praticiens avant lui n’osait tenter.
Déjà, en 184û, Leriche avait fait connaître le résultat généralement favorable déplus de six cents essais tentés au dispensaire de Lyon. En 1805, Foucart publiait dix-sept observations favorables; mais tout le monde ne fut pas si heureux, et Venot (de Bordeaux) fut de ceux qui ne se louèrent pas de la méthode ; car sur quatorze cas, le médecin de Bordeaux eut quatorze insuccès, suivis d’accidents plus ou moins sérieux. Ces observations ont-elles été bien exactement prises ? Parmi les accidents signalés, je vois, en effet, noté dans un cas, une conjonctivite blennorrhagique ! Plusieurs médecins distingués, parmi lesquels Cullerier, sont aussi opposés à la méthode abortive.
Ces résultats, complètement contradictoires, s’expliquent merveilleusement ; car le traitement abortif peut être, comme l’avance Rollet (3), la meilleure ou la pire des choses; et pour le dire d’un mot, le succès du traitement dépend de son opportunité.
(1) Simmons, Observations of t'ne cure of Gonorrhea and sortie others e/fects of the vene-
real virus. London, 1780, in-8. (
(2) Debeney, Mém. sur le traitement abortif de la blennorrhagie , août 1843, et Expose pratique de la méthode des inject. caustiques , 1846.
(3) Rollet, loc. cit ., p. 271.
RLENNORRHAGIE URÉTHRALE.
TRAITEMENT
Ce n'est pas à la période aiguë que la méthode abortive doit être employée, c’est seulement au début, avant que les symptômes inflammatoires se soient nettement prononcés; et sous ce rapport, on peut être précis. « Dès que l’écoulement est prononcé, dit Rollet, pour peu qu’il dure depuis plus de douze ou vingt-quatre heures, et qu’il soit opalin ou franchement purulent, avec douleur ou engorgement du canal au delà de la fosse naviculaire, il faut s’abstenir : on manquerait le but et l'on aurait des complications. »
Telle est la pratique à laquelle s’est rattaché II. Hicguet, de Liège (1). « Quand une affection est parfaitement établie, dit Ilicguet, il n’est plus question d’en arrêter l’invasion, de la faire avorter : l’essayer serait un non-sens, il s’agit de la guérir. Or, les solutions caustiques ne conviennent plus dans la période inflammatoire de l’uréthrite. »
Comment doit être faite cette injection? Et d’abord, elle est trop importante par le résultat qui doit en être le couronnement pour qu’on la confie au malade.
Le médecin qui la pratiquera fera comprimer le canal par le patient, en arrière de la surface uréthrale malade, afin que l’injection, déjà douloureuse par ellemême, n’aille pas inutilement augmenter la phlogose, en la portant là où la muqueuse est saine.
Le médicament qui sera choisi sera le nitrate d’argent, le meilleur modificateur des muqueuses. Mais sa dose n’en sera pas portée aux limites exagérées auxquelles l’ont prescrit quelques partisans de la méthode abortive. Point n’est besoin d’une solution de 1 à U grammes sur 30 grammes d’eau. Rollet et nous, employons journellement la dose de 30 centigrammes de nitrate d’argent sur 30 grammes d’eau.
Cette injection bien faite suffit en général. Ce n’est pas avec elle qu’on peut craindre de voir la muqueuse altérée, ni les accidents signalés, ni les rétrécissements consécutifs.
Ricord et Diday (2) donnent encore 50 centigrammes de nitrate d’argent sur 30 grammes d’eau ; quelques praticiens des doses plus fortes; mais personne n’ose atteindre les chiffres préconisés par Debeney.
Mentionnons ici la seringue à jet récurrent de Langlebert (3) pour la rejeter complètement du traitement. En effet, le bout olivaire qui dépasse les yeux de la seringue repoussera dans l’introduction de celle-ci le muco-pus contagieux et ira ainsi inoculer des parties du canal jusque-là saines.
Peu de temps après l’injection, qui doit être de trois à quatre minutes de durée et qui occasionne rarement de vives douleurs, la muqueuse devient la siège d’une sécrétion séreuse séro-sanguinolente. On peut refaire l’injection le soir et le lendemain, puis on attend.
Alors il arrive de deux choses l’une, ou l’injection a réussi, ou elle a échoué. Si elle a réussi, on voit l’exhalation séreuse ou séro-sanguinolente qu’a provoquée l’injection cesser au bout de deux jours et le malade est guéri, ou bien, au contraire, la sécrétion augmente avec une grande abondance et la maladie suit son
(1) Hicguet, De la méthode substitutive, ou -cautérisation appliquée au traitement de l’uréthrite aiguë et chronique. Paris, 4 862.
(2) Diday, Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis, 1858.
(3) Langlebert, Traité des maladies vénériennes, p. 65.
coins naturel, mais il ne faut pas croire qu’elle en soit aggravée. Les aggravations, les accidents, les complications, n’arrivent que dans le cas où l’injection a été faite à la période aiguë.
Traitement usuel. Le traitement usuel variera suivant l’état aigu, subaigu ou chronique de la maladie.
l.tnt aigu. Lorsque la méthode abortive n’a pas pu être employée, il faut tccouiii a des moyens en harmonie avec l’état du malade et des moyens antiphlogistiques. Si le malade est sanguin, pléthorique, qu’il y ait une inflammation forte, des douleurs vives en urinant, de la dysurie, des érections très-pénibles, une application de quinze à vingt sangsues au périnée amènera une amélioration notable.
Lu même temps, les boissons que prendra le malade devront être émollientes : lisanr de graine de lin, de chiendent, de pariétaire, un litre par jour, en moyenne, dans lequel on pourra faire dissoudre un gramme de nitrate de potasse. Ces boissons pourront atténuer l’âcreté de l’urine, mais il faut se garder d’aller trop loin et de surcharger 1 estomac par des boissons trop abondantes, qui seraient nuisibles en cela qu’elles renouvelleraient trop souvent la douleur de la miction.
Hollet a l’habitude dé mettre de 10 'a 20 centigrammes d’extrait de jusquiame dans un litre de tisane.
Les bains rendent aussi de grands serv ices, mais les bains entiers surtout, par la détente générale qu’ils occasionnent et aussi par une certaine absorption du liquide qui vient se mêler à l’urine et la diluer davantage. Les bains locaux sont aussi utiles, mais non les bains de siège, qui congestionnent le bassin sans avantage.
Le ventre sera tenu libre par quelques purgatifs légers.
Contre les érections, le lupulin en poudre mélangé à du sucre et à la dose de 1 a ù grammes; il pourra rendre des services. Rollet a l’habitude, lorsqu’il n’emploie pas la jusquiame, de faire préparer un mélange de poivre cubèbe, de lupulin et de nitrate de potasse :
2 c. Poivre cubèbe 2 gram.
Lupulin 1 gram.
Pour chaque prise.
Nitrate de potasse 20 centigr.
Le malade prend un de ces paquets matin et soir. C’est un moyen, dit-il, de modérer l’inflammation uréthrale, de faciliter la miction, de calmer l’excitation nerveuse èt l’éréthisme vasculaire de la verge. Toutefois le lupulin n’est pas un médicament infaillible, il échoue souvent.
Il y a d’autres moyens ; l’opium en première ligne, et puis le camphre , qui a surtout joui d’une grande réputation. Il est bon de les associer. Yoici les formules les plus usitées :
y Camphre 2 gram. I Mucilage
Extrait thébaïque 1 gram. |
Faites vingt pilules : une ou deux le soir.
2r Camphre 3 gram. | Extrait de jusquiame
Faites trente pilules : de une à quatre le soir.
"if Camphre
Thridace
Faites vingt pilules : cinq ou six le soir.
aa 3 gram.
2 gram.
BLENNORRHAGIE URÉTHRALE. — TRAITEMENT
Si le malade venait à ne pas pouvoir prendre les pilules, le camphre pourrait être administré en lavements, associé au laudanum. On peut attendre les meilleurs effets de cette médication.
Les cataplasmes doivent être proscrits ; des linges trempés dans l’eau froide et renouvelés, entourant la verge, doivent leur être préférés.
Le bromure de potassium est, sans contredit, le meilleur et le plus sur des moyens antiaphrodisiaques. Voici la formule que l’on peut employer :
Bromure de potassium ... 1 gram.
Eau distillée 120 grain.
Sirop de sucre
F. s. a. une cuillerée abouche matin et soir.
S0 gram.
Mais le praticien ne s’en fiera pas seulement aux moyens que nous venons d’indiquer pour l’état aigu, il attachera une importance capitale au régime.
Le malade gardera le repos, évitera toute espèce d’irritation érotique, lecture, théâtre, etc. Il couchera sur un lit peu moelleux et pas trop couvert; évitera les mets épicés, les boissons fermentées, le vin pur, le café et les liqueurs, comme la bière; il marchera peu, et devra toujours porter un suspensoir, mais, s’il le peut, mieux vaut ne pas quitter la chambre ; éviter surtout le froid et l’humidité ; enfin l’inaction absolue de l’organe malade sera de rigueur.
État subaiffu. — Lorsque l’in (lammation est calmée, les balsamiques doivent succéder aux antiphlogistiques. Le copahu est le remède souverain de celte période. Toutefois, les praticiens sont divisés sur son mode d’emploi. La différence porte à la fois, et sur les doses du médicament, et surtout sur le moment précis de son administration. Les uns le donnent aux doses énormes de 30 à 60 grammes par jour, et ils l’administrent ainsi dans le commencement de la maladie. Les seconds, à la dose de h à 8 grammes par jour, mais ne commencent à le donner que lorsque les phénomènes inflammatoires se sont amendés.
Nous nous rangeons complètement à ce dernier avis par les motifs suivants : si l’on donne le médicament au début, c’est-à-dire dans la période inflammatoire, nul doute que l’écoulement ne soit modifié, mais il ne disparaîtra pas, de telle sorte que lorsque les symptômes inflammatoires seront passés, vous vous exposez, et ceci arrive souvent, à ce que l'estomac des malades ne puisse plus supporter le médicament au moment même où vous en auriez le plus besoin.
Quant aux doses élevées, telles que les ont formulées Ribes et ses imitateurs, elles ne peuvent convenir qu’à des individus doués d’une tolérance exceptionnelle pour le médicament, ce que l’on ne peut savoir d’avance, et ce qu’il y a au moins imprudence à tenter.
Le copahu peut s’administrer de deux façons, par la bouche ou en lavement.
Fris par la bouche, on peut aller jusqu’à 10 et 20 grammes par jour, mais ne pas les dépasser.
Lorsqu’on administre le copahu, l’écoulement diminue tout de suite de la moitjé ou des trois quarts. Ce médicament donne à l’urine une odeur spéciale et lui fait subir une propriété curative particulière. Témoin les exemples cités d’individus atteints de fistules uréthrales, dont la partie antérieure du canal continuait d’être malade, pendant que la partie postérieure, en contact avec l’urine médicamenteuse, était guérie.
Le copahu n’exerce pas seulement une action spéciale sur l(?s reins, il étend son action : à l’estomac, par les nausées qu’il provoque, surtout à des doses insolites ; î» 1 intestin, par la diarrhée qu’il provoque et qui n’est pas peut-être sans influence, dans certains cas, sur le résultat obtenu. Enfin, ce médicament agit encore quelquefois sur la peau, en provoquant, spécialement au printemps et à l’automne, une éruption qui se manifeste sur les membres, dans le sens de l’extension. Cette éruption est papuleuse, elle n’a rien de syphilitique, et disparaît avec la cessation du médicament. Cette roséole, caractérisée par des papules, dure à peine un septénaire.
I, injection de copahu dans le canal est loin de valoir les autres injections cathérétiques ou astringentes.
L eau distillée de copahu prise à 1 intérieur, pas plus que la résine, ne peut remplacer le copahu avec tous ses éléments.
Le copahu s’administre en capsules gélatineuses ou en potion. Les capsules contiennent environ 30 centigrammes de copahu; on en donne de douze à vingt quatre par jour.
La potion la plus connue est celle dite de Chopart, dont voici la formule :
Baume de copahu , \
Alcool rectifié j
Sirop de lolu ■, aa 60 gram.
Eau de menthe I
Eau de fleur d’oranger y
Alcool nitrique 8 gram.
Chaque cuillerée contient de 3 à l\ grammes de copahu. C’est surtout dans la cystite hémorrhagique qu’elle produit des effets merveilleux.
Mais il y a certains malades qui ne peuvent pas prendre le médicament par la bouche. M. Velpeau (1) a conseillé, dans ces cas, de faire prendre le médicament par le rectum. Voici la formule du lavement que I on peut employer :
Copahu 15 gram. I Décoction de guimauve 300 gram.
Jaune d’œuf n° 1. I Laudanum de Sydenham.... 1 gram.
On augmente successivement la dose de copahu. Si le lavement peut être gardé plusieurs heures, il rend quelquefois de très-bons services.
Le succédané du copahu est le cubèbe. Le cubèbe, introduit en Europe par les médecins anglais, fut l’objet d’une étude par Delpech, en 1822 (2). Depuis cette époque il se répandit dans la pratique. Le cubèbe s’administre à dose double du copahu : c’est son meilleur succédané. On le donne aussi en lavement, mais ce dernier mode est infidèle. Il faut avoir la précaution, lorsqu’on a recours à ce moyen, de vider auparavant le rectum par un lavement ordinaire, comme pour le copahu, puis on prend le lavement médicamenteux que l’on garde plusieurs heures. Le cubèbe est employé le plus ordinairement mélangé au copahu, en proportions diverses, ou on le prépare ainsi sous forme d’opiat, dont on prend 15 grammes
(1) Velpeau, Recherches et observations sur l’emploi du baume de copahu et du poivre cubèbe administrés par l’anus, contre la blennorrhagie [Archives générales de médecine ,
t. XIII, p. 33).
(2) Delpech, Mémoire sur l’emploi du Piper cubeba dans le traitement de la gonorrhée (Revue médicale , mai 1822, page 1 ; juin, page 129 ; — Clinique de Montpellier, tome I, 1823).
BLENNORRHAGIE URÉTHRALE. — TRAITEMENT
par jour en trois closes : on peut aller jusqu’à 2k grammes. Le cubèbe agit sur les reins et communique aussi à l’urine une odeur spéciale.
Ce médicament, comme le copahu, n’agit bien que lorsqu’il est bien toléré. Aussi doit-on, aussitôt que l’estomac le supporte, donner des doses tout d’aborcl élevées, sauf à les diminuer à mesure que l’amélioration de la maladie se manifeste. Il est bon de continuer l’usage des balsamiques plusieurs jours après que tout écoulement a cessé, afin d’assurer la guérison cpii peut être ainsi obtenue. A ce moment, il est bon de donner des injections cathérétiques, que quelques praticiens même donnent concurremment avec les balsamiques. Ces injections modificatrices seront faites d’abord avec le nitrate d’argent :
If Eau 100 gram. | Nitrate d’argent 5 centigr.
On pourrait même diminuer la dose de moitié chez les sujets impressionnables.
On en prendrait deux ou trois fois dans la journée, en gardant chaque fois l’injection pendant quelques minutes. Aux injections cathérétiques avec le nitrate d’argent, ou fera succéder des injections astringentes. Voici la formule d’une des plus employées :
if Eau 100 gram.
Extrait de Saturne 4 gram.
L’extrait d eratanhia a aussi été prescrit associé au sulfate de zinc.
Sulfate de zinc.
Laudanum
centigr.
Formule de Follet.
'if Eau distillée 200 grain.
Extrait de ratanhia 2 gram.
Sulfate de zinc 20 centigr.
Panas, dans une communication faite à la Société de chirurgie le 20 septembre 1S65 (1), a indiqué, d’après un auteur anglais, une substance, l 'essence de santal, qui jouirait de la propriété de remplir toutes les indications du copahu sans avoir l’inconvénient de fatiguer l’estomac. Le traitement pourrait même être abrégé de quelques jours par la rapidité d’action du nouveau médicament. Nous croyons devoir reproduire in extenso la communication de Panas, à cause de son intérêt et de son importance.
• « rienderson (2) a publié un article concernant les propriétés antiblennorrhagiques de l’essence de santal jaune ( Syricum myrii folium), qu’il considère comme supérieure en action au copahu et comme ayant sur ce dernier le grand avantage d’être très-bien tolérée par l’estomac.
» Ne pouvant me procurer à Paris cette huile essentielle, j’en fis venir de Londres, et je l’expérimentai sur des malades tous du sexe masculin, afin d’arriver à des résultats plus concluants que s’il s’était agi de femmes chez lesquelles la blennorrhagie affecte, comme on sait, une marche bénigne toute particulière.
(1) Panas, Emploi d'une nouvelle substance antiblennorrhagique , l’essence de santal jaune ^{Bulletin de la Société de chirurgie, 1865).
(2) Henderson, Medical Times and Gaz., June 3, et Gazette hebdomadaire, juillet 1865, p. 43.
«Conformément au dire de Hendcrsou, j’aipu constater que l'essence de santal est pai fai tentent tolérée, meme par des estomacs délicats et qui s’étaient révoltés à de petites doses de cubèbe et surtout de copahu; sauf une certaine sensation de chaleur épigastrique qui se dissipe promptement au bout d’un quart à une demiheure, je n’ai rien observé de notable.
» Dans le cours de la médication, les urines prennent une odeur sui generis de santal, mais leur quantité reste la même, et les malades n’éprouvent pas de douleur ou de pesanteur du côté des reins et de la vessie, ce qui me fait penser que cette substance ne possède pas une action nuisible sur l’appareil urinaire. »
Henderson administre l’essence en dissolution dans trois parties d’alcool et aromatise le tout avec quelques gouttes d’essence de cannelle. J’ai pensé qu’administré pur, sous forme de capsule, le médicament serait plus facile à prendre, et que l’on aurait ainsi des résultats plus concluants au point de vue des propriétés thérapeutiques de celui-ci. Bretonneau, pharmacien, successeur de Cadet Gassicourt, a bien voulu se charger de cette préparation. La coloration jaune de l’essence a fait ici place à une couleur rose, c’est là un détail de la fabrication, Bretonneau ayant pensé que, pour les distinguer des capsules au copahu, ce qui n’est pas toujours indifférent aux yeux de certains malades, il convenait d’y ajouter un peu d’une substance tinctoriale rouge soluble dans l’essence de santal.
En sachant que chaque capsule contient 40 centigrammes d’huile, il est, du reste, très-facile de doser le médicament.
Dans mes essais, j’ai administré dix capsules par jour, prises par intervalles dans la journée, ce qui fait 4 grammes par vingt-quatre heures.
Le nombre des observations que j’ai recueillies est de quinze, parmi lesquelles on compte cinq cas d’uréthrite de quatre à huit jours, encore vierge de tout traitement, et dix de blennorrhagie aiguë, mais remontant à plus de deux semaines, et ayant déjà subi des traitements insuffisants, soit par les injections, soit par le copahu et le cubèbe.
Parmi les uréthrites toutes récentes, trois ont été soumises à un traitement antiphlogistique préalable, les deux autres furent traitées par l’essence de santal, administrée d’emblée. Voici quels ont été les résultats : La douleur de l’uréthrite a été considérablement amendée dans un temps très-court, variant de un à trois jours* au plus.
Mais l’action la plus remarquable est celle que le médicament exerce sur l’éco.ulement qui, dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures au plus, se trouve réduit en une espèce de suintement séreux transparent, ou à quelques gouttes de muco pus blanchâtre, quelles que soient la couleur et l’abondance primitive de la sécrétion morbide.
« Une fois ce changement obtenu, les choses restent à peu près stationnaires malgré la continuité du traitement, et ce n’est que vers le quinzième ou vingtième jour que l’on obtient la cessalion du flux muqueux; encore m’a-t-il fallu, dans un certain nombre de cas, «ajouter vers la fin une injection légèrement astringente, répétée deux fois par jour.
« Règle générale, l’essence de santal, de même que les autres balsamiques, réussit mieux, administrée après que les douleurs vives et l’inflammation se sont calmées, ou qu’elles ont été avantageusement modifiées par un traitement antiphlo-
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gistique approprié, que lorsqu’on a recours à cet agent dès le début. J’ai même vu une fois. survenir une légère cystite du col, par suite de l’administration intempestive de l’essence de santal.
De tout ce qui précède, nous pouvons conclure que l’essence de santal, généralement bien supportée par l’estomac et d’une action pour le moins égale à celle du copahu, oiïre des avantages incontestables pour les cas malheureusement assez communs où les autres balsamiques ont échoué, ou n’ont pu être tolérés par l’estomac. »
Etat chronique. — Dans cette période, les balsamiques ont infiniment moins d’importance. Cependant quelques praticiens les emploient, mais à doses peu élevées, afin de pouvoir les continuer longtemps. Dans ce cas, on a proposé de les associer à des substances toniques astringentes, la conserve de roses, Je cachou, la ralanhia, la gentiane, le fer.
Rollet fait souvent usage de cubèbe en poudre associé à l’alun, soit :
If Poivre cubèbe récemment pulvérisé 2 gram.
Alun
Pour chaque prise : on en prend une ou deux matin et soir.
20 centigr.
C’est à cet état chronique de la maladie que les balsamiques autres que le copahu et le cubèbe jouissent d’une certaine efficacité, quoique d’une utilité contestable aux autres périodes : la térébenthine, le matico, le baume du Pérou, le sirop et la tisane de bourgeons de sapin.
Le perchlorure de fer administré à l’intérieur a donné de bons résultats :
"if Eau distillée 80 gram. | Perchlorure de fer à 30° ; k gram.
Une cuillerée à café dans un verre d’eau sucrée, matin et soir.
C’est le moment d’utiliser les injections astringentes, toniques, absorbantes : if Eau distillée 200 gram. | Tannin 20 centigr.
Ou encore :
Eau de roses léO gram.
Vin rouge du Midi. .... 60 gram.
Tannin
20 centigr.
On a encore vanté les injections à l’iodure de plomb, et surtout celles au sousi nitrate de bismuth :
Eau distillée 200 gram. | Sous-nitrate de bismuth k gram.
On ajoute quelquefois au mélange de la glycérine. Il ne faut pas perdre de vue dans toutes les injections qu’elles doivent surtout atteindre les parties profondes du (canal, parce que le siège du mal est situé alors profondément.
Si nous avons vu la méthode perturbatrice applicable au début de la blennorrha- -gie, il faut savoir qu’elle peut être tentée quelquefois dans le but de ramener un 'écoulement à l’état aigu et d’en avoir raison plus facilement. Cette médication n’est ipas toujours suivie de succès.
Lorsque la maladie est ancienne, elle peut chercher un refuge dans les lacunes (de Morgagni et dans les autres glandes. Alpli. Guérin conseille, dans ce cas, le passage d’une bougie olivaire à grosse extrémité, qui, en pressant circulairement sur Valleix, 5e édit. IV — kl
MALADIES DES \01ES ÜÉMTO-l'lUJNAIKES.
les cryplcs muqueux, eu exprimera le mucus. Mercier a proposé de remplacer la sonde olivaire par une bougie que l’on peut enduire de diverses pommades médicamenteuses. Exemple :
gc Axonge 5 parties. | Nitrate d’argent 1 partie.
La quantité de nitrate peut être remplacée par la môme quantité de poudre de tannin ou d’alun.
On a aussi obtenu de bons effets d’injections caustique sou de cautérisations avec le caustique solide de nitrate d’argent. Il y a quelques années, Demarquav a publié dans le Bulletin de thérapeutique, un mémoire sur les cautérisations superficielles de l’urèthre chez les individus à tempérament lymphatique affectés de cette maladie passée à l’étal chronique, surtout quand il n’y a point de rétrécissement. Il introduit le porte-caustique de Lallemand profondément dans le canal de l’urèthre jusque dans le col vésical, puis il cautérise le canal en imprimant à la cuvette de l’instrument, un mouvement de rotation ; cela fait, il fait prendre un bain, et le lendemain et les jours suivants, il prescrit du cubèbe et des injections astringentes au sulfate de zinc. 11 a guéri ainsi bon nombre de blennorrhagies chroniques.
IL Bell a retiré de grands avantages de l’emploi des vésicatoires volants sur le périnée; Vidai, de Cassis (1), de cautères sur la même région. Les bains de mer seront un utile adjuvant des médications employées.
c, — Complications de la blennorrhagie spéciales à l’homme.
Les complications spéciales à l’homme sont : le phimosis et le pharaphimosis, la lymphite, les phlegmons et abcès péri-uréthraux et les inflammations des glandes annexées au canal de l’urèthre : folliculite, cowpérile, prostatite, orchite.
Le phimosis est plus spécialement une complication de la blennorrhagie balanopréputiale. Nous avons vu la conduite à tenir dans des cas graves, c’est-à-dire dans les cas qui peuvent arriver pour la vraie blennorrhagie balano-préputiale. Nous avons vu également comment on doit se comporter dans le cas où le prépuce devenait phlegmoneux.
Le phimosis qui accompagne la blennorrhagie uréthrale est, en général, cause par l’œdème simple, c’est-à-dire par l’infiltration du tissu cellulaire sous-cutané, infiltration qui se traduit surtout, sous le filet, de chaque côté du frein; c’est là un état peu grave et qui disparaît ordinairement par l’enveloppement de la verge au moyen de compresses mouillées de liquides résolutifs.
Le paraphimosis ne présente rien de spécial, il faudrait se hâter de le réduire parce que dans l’état de turgescence où sont les tissus, on doit toujours redouter
l’étranglement.
Lymphite. — Desruelles l’a décrite sous le nom de phlébite de la veine dormle ((e ia Verrje. Cette complication, que l’on voit aussi dans la blennorrhagie balano-préputiale, se traduit par des cordons très-durs que l’on sent depuis le frein où ils font une saillie apparente jusqu’à l'aine. II y a, en même temps, un empâtement des parties. .
Cette lvmphite suppure rarement, cependant quelques auteurs ont signalé cette
possibilité. On ne la confondra pas avec la lymphite chancreuse, qui est comme
'I \idal (de Cassis,, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1859, 3e édition.