U° BLENNORRHAGIE ANALE
Symptômes. — La blennorrhagie anale s’annonce par des démangeaisons et de la chaleur à l’anus, une douleur très-vive avec sentiment de déchirure au moment de la défécation. La muqueuse est rouge, quelquefois excoriée, elle est boursouflée, plissée. Il est quelquefois difficile de faire parfaitement l’examen des parties affectées, car la contraction de l’anus est telle, chez certains sujets, qu’on a peine à la détendre. L’écoulement est abondant, épais, jaune, jaune verdâtre. Son âcreté détermine quelquefois de la rougeur dans la rainure interfessière et y occasionne une sorte d’intertrigo. Nous avons inoculé une fois le pus d’une blennorrhagie anale, l’inoculation a donné sur la cuisse un chancre simple. Un nouvel examen du malade nous permit de constater la présence de chancres simples multiples dans le rectum, chancres qui coïncidaient avec la blennorrhagie. Nous n’avons pu faire la confrontation. Outre les signes de la blennorrhagie anale, ou pourra constater, chez ceux qui s’adonnent aux habitudes passives de la pédérastie, les caractères que les médecins légistes en ont donnée :
La déformation infuudibuliforme de l’anus, l’état particulier des fesses, et au lieu d’une contraction énergique du sphincter, un relâchement plus ou moins
marqué des muscles constricteurs de l’anus et l’effacement plus ou moins complet des plis radiés (1).
Fréquence. — La blennorrhagie anale est rare chez l’homme, plus fréquente chez la femme. On comprend même que chez celle-ci la maladie ait ordinairement pour origine la blennorrhagie de la vulve qui s’inocule accidentellement par la situation déclive des parties, lorsque les malades ont déjà une blennorrhagie des organes génitaux.
Il en est de même de I origine de certains chancres non syphilitiques, qui peuvent s inoculer de la même façon sans qu’il y ait eu de rapports antiphysiques.
Diagnostic. — Le diagnostic de la blennorrhagie anale n’est pas difficile, car les écoulements de l’anus autres que ceux dus à la blennorrhagie ont une cause différente que le praticien pourra toujours reconnaître par la présence des oxyures ouïes dégénérescences du rectum, etc., qui entretiennent un écoulement dont la marche chronique diffère de la maladie aiguë que nous signalons.
Le pronostic n’est pas grave. La maladie ne passe à l’état chronique que chez ceux qui continuent à se livrer à leurs habitudes dépravées.
Le traitement antiphlogistique est le seul auquel on doive songer à la période aiguë. Le repos , les bains entiers , les bains de siège , les lavements émollients , les boissons rafraîchissantes , sont indiqués au début.
Lorsque les symptômes inflammatoires se seront amendés, ce que l’on reconnaîtra à la diminution de la douleur, à la modification de l’écoulement qui devient moins épais, moins foncé, on cherchera à modifier la surface sécrétante par des cautérisations légères avec le nitrate d’argent :
If Nitrate d’argent 10 à 20 centigr. | Eau 60 gram.
Si ces cautérisations sont faites sur toute la surface malade, c’est-à-dire à un moment où elle ne s’est pas beaucoup étendue en hauteur, le praticien en retirera d’excellents résultats.
C’est à ce moment surtout que les lavements astringents sont indiqués lorsque la période aiguë est passée. On pourra faire aussi des injections dont l 'extrait de ratanhia et l 'eau de Goulard pourront former la base. L’isolement des surfaces, qui est si utile et avantageux dans les autres variétés de blennorrhagie, produit dans celle-ci d’excellents effets lorsque les mèches isolantes sont bien supportées. On peut même, pour rendre leur action plus complète, les enduire de pommades cathérétiques dont le sulfate de zinc, le tannin ou le nitrate d’argent formeront la base.
Résumé du traitement de la blennorrhagie anale. — Période aiguë : Antiphlogistiques variés, rarement les sangsues. A la période de résolution , cautérisations légères avec le nitrate d’argent et de bonne heure ; lavements et injections astringentes ; isolement des surfaces par les mèches enduites de pommades plus ou moins cathérétiques.
ARTICLE III
, ÉCOULEMENTS BLENNORRHOÏDËS.
Ces écoulements diffèrent des précédents par leurs causes, par quelques-uns
(1) Voy. Tardieu. Étude médico-légale sue les attentats aux mœurs.
KGOULEMEN l'S RLLNXOKRHÜÏDES. — CAUSES.
de leurs symptômes, et presque tous pur le traitement qu ils réclament. Mais leu i caractère essentiel est de n’être pas contagieux, tandis que les écoulements blennerrhagiques proprement dits le sont. Cette nature bénigne de certains écoulements des organes génitaux est reconnue par la plupart des auteurs. Cependant il en est peu qui lésaient classés à part, comme nous le faisons aujourd’hui. C’est qu’en effet, les observations qui pourraient servir de base à cette histoire lie sont ni assez, précises pour la plupart, ni assez nombreuses. Nous n’avons pas la prétention d en dire, sur ce sujet, plus que nos devanciers, mais nous devions, au moins, marquer la place qui appartient aux écoulements dont nous parlons, en attendant que l’étal plus avancé de la science permette d’être plus précis, et d’en tracer une histoire complète.
§ I. — Causes.
Les causes sont de deux ordres : ou bien elles sont purement influmrnaloire&A irritatives; ou bien elles tiennent à un état général ou diathésique, dont l’affection blennorrhoïde n’est que le symptôme.
1° Causes de nature inflammatoire. — Parmi les causes, nous placerons la présence d’une matière irritante sur les muqueuses génitales ; tout traumatisme sur ces parties qui pourrait amener un écoulement ; les injections plus ou moins caustiques employées dans un but expérimental (Swediaur, Cullerier), ou préventives, comme le font beaucoup de jeunes gens.
Voici comment s’exprime Swediaur : « Je résolus, en 1782, de faire sur moimême une expérience décisive ; je pris six onces d’eau, et j'y ajoutai autant d’ammoniaque (alcali volatil caustique) qu’il en fallait pour donner à ce mélange une saveur très-piquante et comme brûlante. Je fis cette injection a huit heures du matin, en comprimant l’urèthre d’une main au-dessous du rein pour empêcher la liqueur de pénétrer au delà, et pour qu’elle se portât exactement a 1 endroit qui est communément le siège de la chaudepisse syphilitique. Au moment où la liqueur toucha l’intérieur de l’urèthre, j’éprouvai une douleur si insupportable, que je ne pus retenir l’injection au delà d’une seconde. Je retirai, malgré moi, la seringue presque à l’instant de l’injection, et la liqueur injectée s’écoula au dehors. Une seconde injection occasionna la douleur la plus forte que j eusse ressentie de ma vie. Cependant je retins l’injection près d’une minute ; la douleur devint alors si cruelle, que je ne pus la supporter plus longtemps, et je relirai la seringue,..
» Je me couchai de bonne heure; je fus alors obligé d’uriner, ce que je n’avais pas fait depuis que j’avais injecté la liqueur. Lorsque l’urine parvint à I’endroit où l’injection avait séjourné, j’éprouvai une douleur cruelle, moins forte cependant que je m’y attendais.
»Le lendemain matin, à mon réveil, je trouvai une évacuation assez considérable de nature puriforme, de la même couleur jaune verdâtre que celle des chaudepisses virulentes. La douleur que causait le passage des urines était de beaucoup augmentée, et la nuit suivante mon sommeil fut interrompu par des érections involontaires. Le matin du jour suivant, l’évacuation était beaucoup plus abondante, et à peu près de la même couleur, excepté qu elle me paraissait un peu verdâtre, mais la douleur, en urinant, était alors si cuisante, que je résolus de l’apaiser en injectant un peu d’huile d’amandes douces tiède, ce qui me soulagea beaucoup.
” L écoulement continua pendant cinq jours, et la douleur diminua d'une manière remarquable pendant cet intervalle (1), etc. » Swediaur ajoute que l'inflammation gagna de proche en proche jusqu’au col de la vessie, et que finalement l’inflammation qu’il s’était donnée dura six semaines.
Dans l’expérience de Swediaur, la dose du liquide irritant était excessive, et cependant nous notons un point important, c’est que tandis (pie dans une vraie blennorrhagie, les symptômes aigus arrivent en cinq ou six jours à leur summum d’intensité, ici la douleur diminue justement pendant cet intervalle, c’est-à-dire immédiatement après la soustraction de la cause irritante. Mais ordinairement les choses se passent plus simplement. « J’ai vu bien des fois, dit J. Itollel, des individus qui s étaient fait par précaution des injections dans le canal avec une solution de nitrate d’argent, de sulfate de cuivre ou de sulfate de zinc, quelques-uns avec du vinaigre de toilette, et qui s’étaient ainsi donné une uréihritc avec écoulement puro-muqueux très-prononcé, etc. «
C’est par une action analogue, quoique très-amoindrie, que beaucoup d’hommes contractent des écoulements légers lorsqu’ils ont des rapports avec des femmes dont les organes génitaux sont imprégnés de liquides plus ou moins acres; exemple : le sang des règles, ainsi que Diday l’a parfaitement étudié (3); les lochies, l’ichor du cancer, les flueurs blanches. Tous les auteurs n’accordent pas à ce dernier mode de ne produire qu’un écoulement bénin, et Ricord en particulier croit (pie l’irritation produite par un écoulement purement catarrhal peut aussi bien donner une blennorrhagie véritable que la vraie blennorrhagie, tout en reconnaissant. que celle-ci en est la cause la plus fréquente. Cependant, lorsqu’on étudie au point de vue expérimental le pus de la vraie blennorrhagie, on voit qu’il produit la blennorrhagie par l’inoculation, tout comme le pus du chancre simple produit le chancre simple; si le pus du chancre simple est un contagimn, le pus de la blennorrhagie en est un aussi; ils ont les mêmes caractères physiques et chimiques.
<< Si la leucorrhée avait l’action qu’on lui attribue, dit J. Rollct, ce n’est pas parmi les gens qui fréquentent les femmes de mauvaise vie que sévirait surtout la blennorrhagie, ce serait parmi les hommes mariés, et surtout parmi«Jes jeunes ménages, car c’est là surtout que les causes auraient des occasions fréquentes de produire leurs effets (ù). >»
Alph. Guérin renchérit encore sur le chirurgien de Lyon. « C’est par millier.-, dit-il, que l'on compte les jeunes filles qui ont de la leucorrhée au moment où elles se marient. Combien y en a-t-il qui donnent la chaudcpissc à leur mari? Si les flueurs blanches étaient contagieuses, les hommes seraient forcés de renoncer à se marier dans les grandes villes où les conditions hygiéniques développent de la leucorrhée chez la plupart des jeunes filles (5).
1) Swediaur, Traite des maladies vénériennes, t. I, p. 1 5*2 .
(2) J. Rollet, Traité des maladies vénériennes. Pari?, 1865, p. 238.
(3) Diday, Archives générales de médecine , 1861.
(h) J. Rollet, loc. cit., p. 235.
(5) Alph. Guérin, loc.df., p. 28'.).
ÉCOULEMENTS GLEiNNORRHOÏDES. — CAUSES. 769
La masturbation à outrance est une cause incontestable d’écoulement blennorrhoïde, soit du canal chez l’homme, soit de la vulve chez la femme ou les petites filles. L’introduction de corps étrangers dans le vagin a été l'occasion de vaginite, lrnkha cite, d’après 'Weikard, l’exemple d’une jeune fille qui, s’étant introduit une éponge dans le vagin, eut une vaginite aiguë qui cessa avec l’extraction de l’objet. La pratique journalière permet de constater des résultats analogues.
L abus du colt, surtout chez les jeunes mariés, transforme quelquefois cet acte naturel en une véritable masturbation vaginale. Nous nous souvenons d’un officier (|ui Ait sa femme seize fois la première nuit de ses noces, et quatorze fois la seconde. Le mari dut y renoncer tant les douleurs de la conjointe étaient violentes. La mariée eut une vaginite inflammatoire qui présenta ceci de remarquable , qu’elle
céda avec une rapidité extrême au simple repos des organes génitaux. Le mari n’eut rien.
Le fait que nous signalons se reproduit quelquefois avec un résultat plus ou moins analogue dans les mêmes circonstances. C’est dans ce même ordre d’idées que nous pouvons placer, comme une cause fréquente d’écoulements blennorrhoïdes, la disproportion des organes génitaux, ainsi que cela se voit si fréquemment chez les filles qu on marie très-jeunes- Cet écoulement se remarque quelquefois dans les faits de viols, mais le plus ordinairement dans ces cas l’homme est atteint d une blennorrhagie qu’il se persuade devoir être guérie par cette
manœuvre et la communique, indépendamment de l’action traumatique dont il est l’occasion.
Le cathétérisme provoque si souvent un écoulement chez les malades que l’on est obligé de sonder, que c’est un résultat accidentel, mais prévu du traitement.
L intioduclion dans 1 urèthre de l’homme et de la femme, dans l’anus, chez les deux sexes, d objets destinés à satisfaire des goûts dépravés peut aussi être l’occasion d inflammations simples des muqueuses.
Les oxyures dans ie rectum ont amené une inflammation analogue.
C’est à titre d’irritant que le smegma par son séjour sous le prépuce occasionne la balano-posthite simple non contagieuse, balano-posthite dont le siège est plus particulièrement dans la-rainure glando-préputiale. A ce titre de non contagieuse, 1 inflammation simple de la muqueuse glando-préputiale méritait d'être comptée au nombre des affections blennorrhoïdes.
2 Causes dépendant d un état général particulier de l'individu tenant soit à certaines conditions atmosphériques, soit à l'ingestion de certaines substances médicamenteuses ou alimentaires, soit à l’existence d'une diathèse ou d'un mou cernent fluxionnaire de compensation. - A propos d’état général, faut-il signaler cette observation d Amédée Latour, où des érections prolongées auraient amené un écoulement qui aurait duré quarante jours ?
Les conditions atmosphériques jouent un rôle important, surtout chez les femmes.
C est ainsi qu un écoulement blennorrhoïde peut être dû à une température froide et humide, de même qu’à une température chaude et sèche. Nous ne signalons (elte dernière cause qu au point de vue historique. Un ancien médecin de l’Hôtel— Lieu de Lyon, Ozanam (1), signale trois relations où la leucorrhée a existé d’une
(1) Ozanam, Histoire médicale générale et particulière des maladies émdémimies rfr l. IV, p. 161 . 1 1 *
Yalllix, 0r cüil.