ÉTRANGLEMENT INTERNE. • — DIAGNOSTIC
Mackenzie (1) a vu deux cas d’étranglement intestinal résultant de la torsion de l'S du côlon sur elle-même. R. L. Hardy (2) a cité un cas dans lequel l’étran- .glemcnt intestinal était produit par Y enroulement d'une anse de l’intestin autour du pédicule d'un kyste de l’ovaire. Bainbridge (3) a observé, sur un homme de i cinquante-trois ans, un étranglement intestinal causé par la présence d’une rate supplémentaire dans le grand épiploon; Alonzo [h) a vu le même accident occas sionné par le déplacement de la rate et du pancréas.
Dans un cas cité par Chomel (5), l’étranglement interne fut produit par une tumeur cancéreuse qui occupait la partie moyenne de l’intestin grêle.
[1 n’y aurait pas d’utilité, sous le rapport pratique, à entrer dans de plus grands détails. Aussi ne dirons-nous qu’un mot des brides cellido-fibreuses. Est-ce à l’inflammation qu’il faut les attribuer? Dans quelques cas peut-être, mais non évidemi ment dans tous.
Le développement considérable de la portion d’intestin située au-dessus de l’obs stade, l’accumulation des matières fécales et des gaz, l’épaississement des parois intestinales par suite de cette dilatation, parfois l’inflammation de la partie d’intest tin étranglée, et une péritonite consécutive, constituent les principales lésions.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de cette affection présente parfois des difficultés réelles, non qu’on - soit embarrassé pour distinguer l’étranglement de toute autre maladie, mais parce qu’il est souvent très-difficile de distinguer les diverses espèces entre elles. La palpation et la percussion font reconnaître celui qui est occasionné par une tumeur comprimant l’intestin; les mêmes moyens d’exploration et le siège de cette t tumeur font diagnostiquer Y invagination intestinale dont il va être question bient tôt. On devra examiner attentivement les régions inguinales, l’ombilic et la ligne ! blanche, pour s’assurer s’il n’existe pas de hernie , et interroger le malade avec •soin sur les phénomènes qui se sont montrés de ce côté; il est important de savoir •si l’étranglement interne est dû à cette cause, dont nous n’avons pas parlé parce que les faits de ce genre rentrent dans le domaine de la chirurgie.
[Nous allons tâcher de préciser cette partie importante, en nous guidant sur les deux mémoires de Duchaussoy et de Besnier.
Un étranglement interne étant reconnu, on devra se poser ces trois questions (Besnier) (6) :
1° Quelle est la nature de l’obstacle au cours des matières ?
2° Quel est son siège?
3° Quels sont les rapports que la lésion de l’intestin affecte avec les parois abdominales?
L — A. Dans Y invagination, on observe des vomissements le plus souvent bilieux,
(1) Mackenzie, Remarques sur F étranglement interne des intestins et sur son traitement [London med. Gaz., 1848).
(2) Hardy, The Lancet, avril 1845.
(3) Bainbridge, London medical Gazette, décembre 1846.
(4) Alonzo, Arch. délia rncdic. espan. yestran., octobre 1846.
(5) Chomel, Étranglement interne [Union médicale, 8 janvier 1850, p. 13).
16) Besnier, ouvr. cité, p. 292.
Valleix, 5e édit.
rarement stercoraux, delà conslipation (AO fois, D.), quelquefois des selles dysentériques: le ventre, rétracté au début, est plus tard ballonné et fait percevoir la sensation d’une tumeur dure, ovoïde, de volume variable, et quelquefois affectee de mouvements analogues à ceux de l’intestin, ce qui donne lieu a des déplacements. Le siège de la tumeur existe le plus souvent à gauche, a la région moyenne <!t inférieure du gros intestin, ce qu’on pourra constater par le toucher anal, pai le cathétérisme avec la sonde œsophagienne joints à la percussion. Si I invagination occupe l’intestin grêle, le siège a moins de fixité et le toucher est souvent sans résultat.
B. Dans les rétrécissements , la maladie débute lentement, graduellement; on assiste pour ainsi dire à sa formation. Il y a donc des antécédents fort importants pour le diagnostic : ce sont des entérites chroniques, ulcéreuses, syphilitiques (Gosselin), tuberculeuses, cancéreuses; ce sont des hernies anciennes, étranglées ou réduites, des plaies de l’intestin, etc. A ces antécédents se joignent les signes actuels qui consistent en vomissements stercoraux ou constipation incomplète au début, interrompue par des selles sanguinolentes, gangréneuses, puis presque absolue ; la distension de l’abdomen est graduelle; puis la tumeur, au fur et à mesure qu’elle se forme, tend à descendre. Dans quelques cas, il existe de la cachexie. — Si les rétrécissements par hypertrophie ont lieu le plus souvent sur le gros intestin, les rétrécissements cicatriciels et inflammatoires ont lieu sur 1 intesün grêle. — Si le rétrécissement est occasionné par un polype, on n’a que le doigt comme moyen diagnostique.
C Dans les rétrécissements par occlusion , le diagnostic est en général facile. Les antécédents sont importants; il existe de la constipation depuis longtemps, et souvent la constipation s’est terminée par l’expulsion d’une quantité considérable de matières ; mais plus tard cette constipation devient presque absolue, le ventre se distend graduellement ; il se forme une tumeur qui a un siège détermine dans le rectum l’S iliaque ou le cæcum ; dans le premier cas le doigt, dans le second la sonde dans le troisième le palper peuvent faire diagnostiquer l’occlusion. On se rappelle que trop de précipitation a fait confondre cette occlusion avec la grossesse un cancer, des herniés, etc. Les désobstruants aideront au diagnostic.
L’occlusion peut être produite par des corps étrangers : on a alors comme élément de diagnostic les antécédents, la connaissance du régime suivi par le malade l’exploration à l’aide du doigt, des sondes, le palper (1). Si ce sont des calculs’biliaires, on possède, outre l’àge et le sexe, les antécédents de coliques hépatiques; si ce sont des noyaux, on observe en outre une sorte de crépitation, des bosselures ; si ce sont des vers, on sera guidé par l’âge du sujet (deux h seize ans), par le régime, qui est végétal et lacté, par l’expulsion antérieure de vers intestinaux rendus par en haut ou par en bas, etc., etc. ^
D. Si l’étranglement est produit par les diverticules et par l’appendice ueocæcal la maladie débute le plus souvent brusquement ; il existe des vomissements initiaux et une douleur violente dans un point précis : quelquefois on a observe comme causes occasionnelles des efforts, des repas copieux, la station verticale; en général, la constipation est absolue. - Si l’étranglement est produit par des
(1) J. Cloquet, thèse de concours pour la chaire de clinique externe, et Musée Dupuytreû,
no 182 ( Académie des sciences, 1850).