‹ Guide du médecin praticienChapitre 35 sur 305 · INVAGINATION DE L 'INTESTIN. — LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

INVAGINATION DE L 'INTESTIN. — LÉSIONS ANATOMIQUES

dernière espèce à l’invagination des agonisants; mais on a cité des faits qui prouvent qu’elle peut se produire pendant la vie et donner lieu aux mêmes symptômes que la précédente. Parfois c’est une portion d’intestin grêle qui a pénétré dans la portion suivante et qui a été arrêtée par la valvule du cæcum ; parfois aussi cette valvule est franchie, et le cæcum lui-même s’invagine dans le côlon, qui, à son tour, peut être poussé dans le rectum. D’autres fois encore, c’est seulement une portion du cæcum ou du côlon qui est invaginée dans la partie inférieure du gros intestin.

Lorsque l’invagination est simple, une coupe perpendiculaire des parois intestinales, pratiquée dans le lieu qu’elle occupe, fait reconnaître ce qui suit et que démontre la figure 1. On trouve d’abord la séreuse de l’intestin im aginant, puis deux surfaces muqueuses en contact, puis deux surfaces séreuses, et enfin la membrane muqueuse de l’intestin invaginé, qui forme au centre une cavité par ef-nat.

laquelle les matières ont pu encore s’écouler au dehors.

Assez souvent l’intestin invaginateur s’invagine à son tour dans une partie plus inférieure, et par suite, superposition de nouvelles parois. Il en résulte des dispositions compliquées. Dans les membranes ainsi placées dans des positions vicieuses, on trouve toujours les traces d’une inflammation souvent très-violente. Elles sont épaisses, d’un rouge vif ou brunâtre; parfois elles sont noires, très-faciles à déchirer, infiltrées d’un liquide sanieux, évidemment gangrenées.

L’intestin imaginant a subi quelquefois un ramollissement tel, que

... . , . . Invaginations intestinales. (Collection du Musée Dupuytrcn,

la partie invaginée rompt ses parois n» 137.)

par son gonflement, et fait saillie à «• séreuse de l’intestin.

,, , . . bb. Deux surfaces muqueuses.

l’extérieur comme un moignon. c. Membrane

muqueuse de l’intestin invaginé.

Des traces de péritonite se montrent souvent autour de la partie affectée, et de là la difficulté qu’on éprouve, dans plusieurs cas, à constater l’état des parties.

Les membranes muqueuses, anormalement adossées, se recouvrent d’une couche plus'ou moins épaisse de matière gélatineuse et de couleur variable, suivant qu’elle est mêlée ou non à des liquides sanieux. Quant aux membranes séreuses qui sont dans le même cas, elles s’unissent par de fausses membranes que l’on a trouvées à un degré assez avancé d’organisation, lorsque la maladie avait eu une durée un peu considérable. Chez les sujets qui ont succombé après l’élimination d’une partie

de I intestin, on trouve tantôt une rupture avec péritonite consécutive , et tantôt une cicatrisation qui peut donner lieu à un rétrécissement.

Chez le jeune enfant observé par Marage, il y avait sur la partie d’intestin invaginée et éliminée, deux diverticules de 6 centimètres de long environ, qui trèsprobablement avaient déterminé l’invagination.

§ VI. — Diagnostic.

La seule affection avec laquelle il importe de comparer ici l’invagination intestinale, est l 'étranglement interne produit par d’autres causes. La péritonite pourrait donner lieu à quelques méprises, mais nous indiquerons ce diagnostic après avoir fait la description de cette dernière affection.

Les symptômes de l’invagination intestinale sont presque tous communs à cette maladie et à l 'étranglement interne précédemment décrit. C’est dans l’état de l’abdomen, constaté par la palpation et la percussion, et dans les caractères des évacuations alvines, qu’il faut chercher les éléments du diagnostic. L’invagination de l’intestin, lorsqu’elle est assez considérable pour donner lieu aux symptômes indiqués plus haut, produit une tumeur d’une étendue ordinairement considérable, de forme cylindrique, allongée, qui suit presque toujours le trajet d’une partie du gros intestin. C’est presque constamment dans le flanc gauche qu’il faut chercher le siège de la maladie. C’est là déjà un signe différentiel important, puisque dans l’étranglement interne il n’existe pas de tumeur, ou, s’il en existe, elle se trouve dans une partie quelconque de l’abdomen, et n’a ni la forme ni la direction de celle de l’invagination. La percussion donne un son mat dans toute l’étendue de la tumeur, et au contraire un son tympanique dans les autres parties, lorsqu’il va rétention des gaz. L’état des selles n’est utile pour le diagnostic que dans quelques cas. Les évacuations alvines sont-elles composées de matières brunes, sanieuses, fétides, c’est un signe qui se rapporte plus particulièrement à l’invagination intestinale ; la matière des selles est-elle, au contraire, consistante, rubanée, comme passée à la filière, c’est un signe caractéristique du rétrécissement. L’absence complète des selles s’observe plus particulièrement dans l’étranglement.

Pronostic. — Le pronostic est beaucoup plus favorable dans l’invagination de l’intestin grêle que dans celle du gros intestin; nous savons que l’élimination est une circonstance heureuse.

D’après les recherches de Rilliet, le pronostic est plus grave chez les enfants.

[Bucquoy (1) a posé les conclusions suivantes, relativement aux signes et au pronostic des invaginations intestinales:

« 1° Les invaginations morbides de l’intestin présentent des caractères qu’il importe de distinguer, suivant qu’elles ontleur siège dans l’intestin grêle ou dans le gros intestin ; de là leur division naturelle en invagination de l'intestin grêle et du gros intestin.

» 2° Bien que l’invagination soit une affection peu fréquente, les observations d’invaginations du gros intestin sont assez nombreuses; celles de l’intestin grêle sont au contraire extrêmement rares.

(1) Bucquoy, Recherches sur les invaginations intestinales ( Recueil des travaux de la Soc. méd. d’observ., Paris, 1858, p. 208).

Page 1