HÉMORRHOÏDES . — CAUSES
enfants,, les autres ont rassemblé des faits pour prouver qu’elle n’était pas très-rare chez ces derniers. Ainsi Trnka (1) a cité trente-neuf enfants affectés d’hémorrhoïdes, et parmi ces trente-neuf enfants, il en était cinq qui avaient moins d’un an. On ne peut pas admettre, avec de Ilaen (2), que l’on ait confondu la chute du rectum , fréquente chez les enfants, avec de véritables hémorrhoïdes, parce que le flux de sang est un signe caractéristique qui ne permet pas l’erreur. Mais, en supposant qu’il n’y avait eu aucune erreur, les exemples précédents ne doivent pas nous empêcher de regarder cette affection comme relativement très-rare chez les enfants, car nul doute que l’on n’ait recueilli avec empressement presque tous les faits de ce genre, tandis que l’on a laissé passer par milliers les cas d’hémorrhoïdes des adultes.
La proportion est par conséquent des plus minimes.
Sexe. — La plupart des auteurs admettent avec Hippocrate que les hémorrhoïdes sont notablement plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes ; parmi ceux-ci, il en est, tels que Cullenet Joseph Frank (3), qui affirment positivement le contraire. Montègre prend un moyen terme : selon lui, en effet, les hémorrhoïdes accidentelles et passagères peuvent être plus communes chez les femmes que chez les hommes; mais on voit plus souvent, chez ces derniers, cette affection s’établir d’une manière constante et régulière. L’opinion la plus probable est en faveur de la plus grande fréquence des hémorrhoïdes chez les hommes.
Constitution , tempérament. — Suivant Montègre, « l’hémorrhoïdaire est grand, plutôt maigre que gras; il a le teint plombé et jaunâtre, de grosses veines serpentent sur ses bras, ses mains, ses jambes et ses pieds; il a les cheveux noirs, un feu sombre anime ses regards; il est brusque, emporté; ses passions sont violentes, ses résolutions tenaces; il est gros mangeur, mais indifférent sur le choix des aliments, souvent tourmenté de flatuosités, et toujours constipé. » Qui n a vu des sujets affectés d’hémorrhoïdes et ne ressemblant nullement à ce portrait? L’existence de cette affection depuis un temps assez long ne suffit-elle pas pour modifier notablement la constitution? Pourquoi n’avoir pas recherché si cette constitution était primitive ou consécutive? Les mêmes réflexions s’appliquent à l’influence du tempérament bilieux , principalement signalée par StahL 11 peut y avoir du vrai dans ces opinions, mais il manque la démonstration.
Nous n’avons pas de preuves plus positives relativement à l’influence de la pléthore, et cependant cette cause prédisposante est généralement admise. Quant à Y hypochondrie , est-elle la cause ou le résultat de l’affection hémorrhoïdale? Cette dernière supposition paraît la plus probable.
Hygiène. — Le genre de vie est placé au premier rang parmi les causes prédisposantes des hémorrhoïdes. Des aliments abondants, succulents, les viandes noires, les épices, les boissons alcooliques, favorisent principalement, suivant les auteurs, la production de cette maladie. Il en est de même de la vie sédentaire. Hoffmann attribuait au progrès du luxe l’augmentation de fréquence des hémorrhoïdes qu’il avait cru remarquer en Saxe dans l’espace de quarante ans. Ce sont encore là des questions qui ne sont pas complètement résolues.
(1) Trnka, Historia hœmorrhoidum , etc. Vienne, 1794, pars III, vol. II, sect. 1, p. 726.
(2) De Haen, Thés, pathol. de hœmorrhoid. Viennæ, 1759.
(3) Joseph Frank, Praxeos medicœ universœ prœcepta , Pars III, vol. Il, sect. lre, cap. xiv.
Lipsiæ, 1841.
Saisons , climats. — C’est dans les saisons chaudes et dans les climats chauds que quelques auteurs trouvent la plus grande fréquence des hérnorrhoïdes. Mais si l’on consulte les observations, on voit que cette affection est commune à tous les climats et à toutes les saisons, et que, s’il y a une différence réelle, nous ne la connaissons pas suffisamment.
La suppression des divers flux est-elle une cause prédisposante? On a cité un assez grand nombre de faits en faveur de cette opinion. C’est ainsi que l’on a vu les règles supprimées être remplacées par l’apparition d’hémorrhoïdes qui donnaient lieu à un flux de sang plus ou moins régulier: c’était alors une hémorrhagie supplémentaire. D’autres fois, des sujets ont ressenti les premiers symptômes de l’affection dont il s’agit , après avoir vu disparaître pendant un temps assez long une épistaxis habituelle. On a même remarqué que les individus sujets à l’épistaxis pendant leur enfance et leur jeunesse étaient, plus fréquemment que les autres, atteints d’hémorrhoïdes. Enfin on a cité des faits, et F. Hoffmann en particulier (1) en rapporte un assez remarquable, où, après avoir négligé une saignée habituelle, les sujets ont ressenti les premières atteintes de l’affection hémorrhoïdale.
Hérédité. — Pour ceux qui regardent comme démontrée l’influence de la constitution, l’hérédité des hérnorrhoïdes ne saurait être un instant douteuse. Mais il est fort difficile d’arriver par cette voie à une conclusion rigoureuse. Les faits, quoi qu’en dise Montègre, sont bien insuffisants. Alberli (2) a vu un enfant, né d’un père hémorrhüïdaire, être atteint de cette affection dès le jeune fige ; Delarlocjue (3) a connu un famille tout entière, composée de huit ou ne?//1 2 3 * 5 personnes, tant hommes (pie femmes, dont tous les membres se plaignaient plus ou moins des hérnorrhoïdes. Quelques auteurs, et entre autres Alberti et Trnka, citent des exemples semblables.
[La diathèse arthritique peut donner lieu à la formation des hérnorrhoïdes : c’est un fait qui n’a pas échappé à Bazin (h) et que Trousseau (5) considère comme une des manifestations possibles de la goutte larvée.]
Restent les passions tristes et les excès vénériens. Mais relativement à la première de ces causes, on peut se demander si elle ne serait pas plutôt un résultat de la maladie; et relativement à la seconde, on peut dire qu’il n’existe pas de faits authentiques qui déposent en sa faveur.
‘2° Causes occasionnelles. — Les causes occasionnelles, dans lesquelles nous trouverons principalement celles auxquelles on a donné le nom de locales , sont beaucoup mieux connues.
Signalons d’abord la constipation , qui est une des causes déterminantes les plus actives. Suivant les auteurs, ce n’est pas seulement par la distension qu’exercent les fèces sur la partie inférieure du rectum que cette cause a de l’influence, mais encore par l’action des matières acres et irritantes sur les parois de cet organe. Mais aucune expérience n’a prouvé la réalité de cette seconde manière d’agir. Tout porte à croire, au contraire, qu’il y a simplement là un effet mécanique, et que la
(1) F. Hoffmann, Cons. et resp. mcd.
(2) Alberti, Dissent, dehœmorrh. hæred., 1727.
(3) Delarroque, Traité des hérnorrhoïdes. Paris, 1812.
(à) Bazin, Leçons cliniques sur tes affections cutanées.
(5) Trousseau, Clinique de T Hôtel-Dieu, t. III, p. 338.