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LÉSIONS ANATOMIQUES

L’ introduction des ascarides dans les voies biliaires est un fait plus grave. [Davaine (1) en a réuni trente-sept observations. ] Dans le cas rapporté par Guersant père, on trouva deifx ascarides dans le canal cholédoque et le jeune malade fut pris de convulsions violentes suivies d’une mort prompte. On a rencontré des ascarides jusque dans la vésicule biliaire , dans le tissu du foie. Dans l’observation de Tonnelé (2) le ver était complètement logé dans un abcès de cet organe. [Davaine (3) a rassemblé quatre observations dans lesquelles les ascarides s’étaiftnt introduits dans les voies pancréatiques].

On a trouvé dans le larynx et même dans la trachée-artère des ascarides qui ont déterminé des accidents mortels de suffocation. Blandin (4) en a rencontré un dans une bronche. [Davaine (o) en a rassemblé quatorze cas. On en a aussi observé dans le péritoine, avec ou sans complication de péritonite. ] Les phénomènes morbides sont ceux que produisent les corps étrangers des voies aériennes. Lorsque le ver s’arrête dans le larynx, la suffocation est plus complète et plus promptement mortelle que lorsqu’il a pénétré dans la trachée et dans les bronches.

Une autre série d’accidents, signalée par les auteurs, consiste dans diverses affections nerveuses, comme les convulsions, la chorée, [les troubles intellectuels, la paralysie, la surdité, V amaurose, Y asthme, la boulimie , Yéclampsie, Vépilepsie. Des cas nombreux ont été cités par Davaine (6) ]. Il faut encore signaler des maladies graves, comme la méningite, les diverses phlegmasies des parenchymes, les fièvres; mais relativement à ces accidents nous n’avons que des observations en petit nombre, souvent incomplètes, et des assertions ordinairement exagérées de la pari des auteurs. Cependant, dans certains cas, l’expulsion des vers a mis fin à des troubles fort graves, du moins en apparence.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Tantôt les sujets souffrent des vers pendant un temps fort long et d’une manière presque continue, tantôt ils ne présentent quelques symptômes qu’à des époques irrégulières et éloignées, et pendant un court espace du temps, après lequel les vers sont expulsés. U en est de même de la durée. Des sujets présentent, en effet, des vers pendant plusieurs années; d’autres n’en ont qu’une seule atteinte d’une courte durée. Entre ces deux extrêmes les nuances sont infinies. Quant à la terminaison, elle est presque toujours favorable. Cependant nous avons vu que les accidents indiqués plus haut pouvaient se terminer par la mort.

§ V. — Lésions anatomiques.

Dans I innnense majorité des cas, ou ne trouve aucune lésion anatomique. Celles qui se rencontrent quelquefois appartiennent aux accidents indiqués.

(1) Davaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses, p. 156 à 1 75.

(2) lonnelé, Reflétions et observations sur les accidents produits par les vers lombrics (Journal hebdomadaire de médecine , 1829, t. IV, p. 289).

(3) Davaine, loc. cit., p. 155.

(5) Blandin, Anatomie topographique du corps humain. 1826, p. 215.

(h) Davaine, loc. cit., p. 1/55.

(6) Davaine, ouvr. cité, p. 53.

MALADIES DLS VOIES DIGESTIVES

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic des ascarides lombricoïdes et des divers produits animaux ou végétaux qui sont rendus quelquefois par les selles a été exposé par de Blainville (1).

Peut-on distinguer l’affection vermineuse d’un certain nombre d’autres maladies? A cet égard, nous n’avons aucun signe positif. Cependant si des. troubles intestinaux marqués, les diverses sensations indiquées plus haut, les difficultés de la digestion, avaient précédé des accidents nerveux simulant une affection cérébrale, on serait porté, surtout chez les enfants, à admettre l’existence des vers, attendu que, dans les maladies du cerveau, le tube digestif est presque toujours, principalement au début, dans un état parfait d’intégrité, sauf quelques vomissements sympathiques. 11 faut avoir aussi soin de s’informer si antérieurement les enfants n’auraient pas eu des attaques semblables, qui se seraient terminées par l’expulsion des vers. [C’est un renseignement qu’il ne faut jamais négliger, surtout chez les enfants; car si les parents ont trop de tendance à tout attribuer aux vers, les mé-

decins ont quelquefois le tort de n’y pas songer assez, j

Cli. de Hubsch (2) indique les trois signes suivants : 1° un état particulier de la langue, qui consiste dans la présence de points rouges, gros comme une tète d’épingle, disséminés sur un enduit blanchâtre; 2° une quantité surabondante de salive, qui coule de la bouche pendant le sommeil, et qui devient souvent écumeuse et blanche lorsque les mâchoires ont été longtemps en mouvement; 3° enfin un claquement des dents pendant le sommeil, accompagné du spasme des muscles

de la face. ...

[Ces signes ont une certaine valeur, mais ils ne sont pas caractéristiques; nous

préférons ceux qui ont été indiqués par Üavaine (3). Outre les phénomènes locaux (dérangement des fonctions intestinales, douleurs abdominales, prurit à l’anus), outre les phénomènes sympathiques des sens, outre les phénomènes réflexes, si bien établis par Cl. Bernard (k), il en est un qui est le plus précieux moyen de diagnostic : c’est la présence des œufs de ces vers dans les selles, présence qui est démontrée par le microscope. Leur nombre est souvent tellement considérable que chaque parcelle de matière fécale peut en renfermer

plusieurs. ]

Pronostic. — Tant que les vers restent renfermés dans le canal intestinal, ils ne produisent le plus souvent que des symptômes peu graves. Cependant il ne faudrait pas se hâter de porter un pronostic favorable, puisque par leur migration, par leur grand nombre et par les phénomènes sympathiques auxquels ils donnent quelquefois lieu, les ascarides peuvent produire des accidents funestes. Toutefois

(l'j De Blainville, Appendice au Traité des vers intestinaux, par Bremser, p. ->.Î2.

C2) Ch de Hubsch. Abeille médicale, juillet 1847. ,

3 Davaine, ouvr. cité, p. 48. - Voyez aussi Davame, ^ t IV

vers dans l'intestin par l'inspection microscop. (Société de Biol. , - strie, 18o7, t. ,

P’ (A) Claude Bernard, Expériences faites devant la Société de Biologie, 18oS.

ASCARIDES LOMBR ICOÏDES. — TRAITEMENT.

nous savons que ces accidents ne sont pas fréquents. La perforation intestinale n’est pas aussi grave qu’on pourrait le supposer ; car les abcès vermineux se terminent souvent par la guérison. Les convulsions ont évidemment un danger plus grand.

§ VII. — Traitement.

Le nombre des anthelminthiques est considérable, et beaucoup d’entre eux ont été dirigés contre les ascarides Iombricoïdes.

L’usage de la mousse de Corse semble remonter à une haute antiquité (Mérat et Delens) (î) ; en 1775, Dimo Stephanopoli (2) la prescrivait sous forme de sirop. Voici comment on l’administre dans les hôpitaux des enfants :

2 'f Mousse de Corse A à 16 gram.

Eau bouillante. ! 120 gram.

A prendre par cuillerées.

Sirop

30 gram.

On peut aussi la donner, dans du lait bien sucré, à la même dose proportionnelle suivant l’âge.

On peut encore mêler la quantité déterminée de mousse de Corse à du vin rouge et â de la cassonade blanche, de manière à former une gelée, qui, suivant Trousseau et Pidoux (3), ne dégoûtp pas les enfants. On donne cette gelée à la dose de deux ou trois cuillerées à bouche par jour.

Fleisch prescrit la mousse de Corse en lavements.

Mousse de Corse Valériane

aà 8 gram.

Semen-conlra

Infusez dans deux tasses d’eau bouillante ; passez. Pour un lavement.

8 gram .

Le semen-contra (fragments d’espèce d’armoise de l’Orient) est notablement plus actif. On le donne aussi en tablettes, en sirop (Bouillon-Lagrange) (b).

Tablettes.

Mucilage du gomme adragant.. .

Semen-contra en poudre. . . 8 gram.

Chocolat en poudre A5 gram.

Pour faire trente tablettes. Dose : trois tablettes quatre ou cinq fois par jour.

Sirop.

Eau distillée de semen-contra

saturée d’essence 1 kilogr.

Essence de semen-contra. ... A gram.

Sucre blanc . .

Blancs d’œdfs

1 kilogr.

On bat les blancs d’œufs avec l’eau distillée, on ajoute le sucre, et l’on met sur un feu doux.

Dose : une cuillerée matin et soir, pendant trois ou quatre jours; purger le cinquième avec 1 hude de ricin et le sibop de fleurs de pêcher.

(1) Mérat et Delens, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique générale. Paris, î oo2 ^ ti IV j p. 196.

(2) Dimo Stephanopoli, Voyage en Grèce.

(3) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique. Paris, 1862, t. II, p. 82A.

(A) Bouillon-Lagrange, Journal de médecine et de chirurgie pratiques.

Valleix, 5e édit. ‘ iV g

Enfin »n prépare, avec ce semen-contra, des biscuits, des dragées, du pain d’épice, etc.

[La santoninc est l’un des principes actifs du semen-contra et est avantageuse, en ce sens qu’elle est insipide et peut s’administrer en pastilles, en dragées, en tablettes, à la dose de 10 h 25 centigrammes par jour. Les dragées et les tablettes (1) contiennent 25 milligrammes de santoninc chacune. Cette substance tue les vers; mais il faudra la faire suivre d’un purgatif pour amener leur expulsion. On administre la santoninc pendant quelques jours, et l’examen microscopique permettra de voir si les selles contiennent des œufs d’helminthes. On n’oubliera pas que sous l’inlluenccdc ce médicament, les urines deviennent alcalines, plus abondantes et d’un jaune safrané. ]

Cerri, de Milan (2), unit le jalap à la sanlonine.

qf Santoninc pure 20 centigram . I Sucre en poudre ’ 2gram.

Poudre de jalap • 60 centigram. |

Mêlez. Pvépéter la dose trois fois par jour. On peut l’augmenter ou la diminuer suivant l’âge.

Il an non, de Bruxelles (3), a prescrit avec succès le cousso à la dose de 1 gramme en infusion : on peut la porter de 15 à 30 grammes. Davaine (b) lui reconnaît peu d’efficacité.

[Il ne faut pas continuer trop longtemps l’usage des anthelminthiques (Davaine); ils pourraient devenir nuisibles.]

Vomitifs , purgatifs. — Le tartre stibié a été mis en usage par quelques auteurs, à la dose de 5 à 10 centigrammes dans une potion, à prendre par cuillerées jusqu’à effet vomitif et purgatif.

Parmi les purgatifs, il faut citer le jalap , que l’on fait entrer dans un bon nombre de formules ; le calomel , très-fréquemment employé et très-avantageusement ; Y huile de ricin , que Brera prescrit sous le nom de potion anthelminthique laxative.

-iù Huile récente de ricin 60 gram. | Huile de menthe poivrée 60 gram.

A prendre par cuillerée à bouche.

Bremser a recommandé Yaloès; il le donnait sous forme de pilules :

^ Aloès succotrin pulvérisé. ) ga 2 m I Huile essentielle de rue 12 gouttes.

Tanaisie en poudre \ ' 1 ' |

Mêlez. Faites douze pilules. Dose : quatre ou cinq par jour.

Citons encore Y armoise, Yabsi.nthe et meme la suie. D’après Trousseau et Pidoux, des lavements faits avec une décoction de suie peuvent être très-utiles.

[Suie 30 gram.

Faites bouillir pendant une demi-heure dans un demi-litre d’eau.]

(1) Reveil Formulaire des médicaments nouveaux, 2e édit., p. 279.

Cerri /(je Milan), Bons effets de l’association de la santonine et de la strychnine comme vermifuge ( Bulletin général de thérapeutique, 15 juin 1860, t. XXXVIII, p. 523).

(3) Hannon, Presse médicale belge, ci Bulletin général de thérapeutique, lo mai 185.

(4) Davaine, loc. cit., p. 784.

ASCARIDES LOMBRICOÏDES. — TRAITEMENT. 131

™ ptetoi,rmMe 3 b‘ei> P'US ***** COI“re ‘CS «V»». dont nous partie camphre a été conseillé par R„scn; mais il a une saveur qui répugne » beaucoup de personnes. * ° e “

Jourdanet Debout ont préconisé les semences de citrouille. On monde les .âmes, on les prive de leur écorce et on les réduit en pâte. Debout a fait dra<iiei les amandes et les prescrit à la dose de 25 à 50 grammes 1 Gœlis a recommandé la préparation suivante :

:£ Racine de valériane en poudre) , Calomel

,MA1 . ) Sucre blanc 2 gram

„u“ P°UI,rei <UviSe2 " qoalre 1X« : un paquet deux fois par

Scion Vogler, Yéleclmire suivant est très-utile contre les ascarides :

% Semen-contra en poudre. . . 8 gram .

Racine de jalap en poudre . 4 grarn

Calomel 30 centig'r.

1 Pue cuillerée à eafé toutes les deux heures, jusqu’à purgation.

: Slark employait beaucoup la poudre suivante :

Eau de fleurs de quassia 9 «ram

Sirop de fleurs de pécher q. s. pour

un électuaire.

• if Semen-contra « „.r„ni

Racine de jalap 4 gram !

— de valériane 4 gram

Élliiops minéral (mélange de prot-

su^re.pe~fc'->- ?«™»-

Mêlez. Faites uue poudre. Dose : 2 ou 3 grammes deux ou trois fois par jour.' '

I le sirop proposé j»ar J. Cruveilhier (1) est ainsi composé

‘ if Follicules de séné

Rhubarbe

Semen-contra . .

Aurone

aa 4 gram.

Infusez à froid dans :

Eau

Mousse de Corse ,

Fleurs de tanaisie. „„

Petite absinthe.... aa ^ gram ,

Passez.

Sucre.

240 gram.

i Faites uu sirop. Dose : uue euillerée à bouche le matin,' pémlau't trois' jour,.

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de verre. On en donne quelques gouttes dans un liquide fortement sucré. Ce médicament a le grand inconvénient de dégoûter les enfants; il faut, en général, choisir les préparations qui, sous forme de biscuits , de tablettes , de dragées , trompent plus facilement le goût des petits malades, et administrer les poudres dans une certaine quantité de confitures ou de fruits cuits.

Régime. — Lorsque l’appétit est notablement diminué, donnez aux enfants quelques consommés ou quelques potages; dans le cas contraire, un régime animal et légèrement tonique est utile, suivant les auteurs. Bremser insiste pour que l’on prive les sujets affectés d’ascarides de substances farineuses et de substances grasses.

[Il est plus important de supprimer les légumes, les fruits, et de changer l’eau qu’ils boivent. Nous conseillons, dans ce cas, l’eau de goudron. ]

Résumé. — Mousse de Corse, semen-contra, sirop de Bouillon-Lagrange ; vomitifs, purgatifs; potion anthelminthique de Brera; armoise, absinthe, cousso, santonine; poudre de Gœlis, électuaire de Vogler, poudre de Stark, sirop de J. Cruveilhier; moyens divers; huile empyreumatique de Cliabert; régime.

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