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HÉPATITE AIGUË

C’est à Hippocrate même qu’il faut faire remonter les premières nations sur l’hépatite ; mais dans ses ouvrages (2), ainsi que dans ceux de Galien et des médecins des siècles passés, l’inflammation aiguë est confondue avec l’inflammation chronique, et souvent môme avec d’autres affections chroniques du foie, en sorte qu’il est très-difficile d’y distinguer les cas particuliers.

Nombre de faits sont épars dans les ouvrages de Schenck (il), de Forestus (U), ikle Fabrice de Hilden (5), de Bâillon (6), de Lieutaud (7), de Bianchi (8), de CGirdlestone (9), de Clarck (10), de Portai (11), et de Saunders (12), et dans les i divers recueils de médecine.

Amiral (13) et Louis (14) offrent plusieurs observations intéressantes.

De nos jours, les chirurgiens de la marine et de l’armée française ont publié un -grand nombre de mémoires sur les maladies des pays chauds et sur l’hépatite ; nnous indiquerons surtout ceux de Dutroulau (15) et de Rouis (16). Enfin, cette n mal a die a été l’objet d’une étude spéciale dans les traités publiés en France par 1 Fauconneau-Dufresne (17), en Angleterre par Budd (18), et en Allemagne par 1 Frerichs (19).

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

L hépatite aiguë est l’inflammation du foie qui parcourt rapidement ses périodes, '(jette maladie a été encore désignée sous les noms de febris icterodes , febris hepa-

(1) Fauconneau-Dufresne, Mémoires sur les hémorrhagies du foie (Union médicale, n° du .24 juillet 1847 etsuiv.).

(2) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. par Littré, t. VII : Des affections internes , p. 237.

(3) Schenck, Observationes medicœ, lib. III, sect. u.

(4) Forestus, Observ. medicinalium opéra, lib. XIX.

(5) Fabrice de Hilden, Observ. medico-chir urg . , cent. n.

(6) Baillou, Opéra ornnia medica, edit. Tronchin. Genevæ, 1 7 G 2 , cent. i.

(7) Lieutaud, Historié anat. med. Paris, 1767, seot. vi.

(8) Bianchi, Historia hepatica. Genevæ, 1725, 2 vol. in-4.

(!)) Gii dlestone, Essays on the hepatic and spasmodic affections in India. London, 1788.

(10) Jacques Clarck, Réflexions sur les symptômes et le traitement de l’hépatitis (Medical

Commentâmes, t. XIV). 1 v

(11) Portai, Traité des ^maladies du foie. Paris, 1804.

(12) Saunders, Obs. on Hepatitis of India. London, 1809.

(13) Andral, Clinique médicale, 3e édit., t. II.

(14) Louis, Recherches anatomico-pathologiques : Abcès du foie.

\\\ [),ltroul;iu’ Mémoire sur l hépatite des pays chauds (Mém. de l' Acad, de médecine ,

" i Topographie médicale des climats intertropicaux. Paris, 1858. — Traité des

maladies des Européens clans les pays chauds. Paris, 1861.

(16) Rouis, Recherches sur les suppurations endémiques du foie. Paris, 1860.

(1 7) fauconneau-Dufresne, Précis des maladies du foie et du pancréas. Paris, 1856, in-12.

(18) Budd, On diseases of theliver. London, 1852 2e édit.

(1)) 1 rerichs. Traité pratique des maladies du foie et des voies biliaires, traduit par Dunméml et Pellagol, 2e édit., 1866.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

itca, inflammation du foie , jecons vomica, phlegmo, er y si pelas ha pat i dis, etc.

Sa fréquence est très-différente selon les lieux où l’on observe. Elle est commune dans les pays chauds. Dans nos pays, au contraire, c’est une affection assez rare.

§ II. — Causes.

1 " Causes prédisposantes. — Age. — Plusieurs auteurs, parmi lesquels il faut citer Girdlcstone, affirment qu’elle ne sévit que dans Y âge adulte , et ce médecin a noté que de vingt tambours du régiment sur lequel il observait, aucun n’a présenté la maladie; ces sujets n’avaient pas atteint l’âge de puberté. D’autres ont regardé l’affection comme assez fréquente chez les enfants, pour en avoir fait une espèce particulière; dans les maladies des enfants nouveau-nés, on observe la coïncidence d’une coloration jaune avec les maladies du tube digestif, et il a suffi à quelques auteurs de trouver une simple congestion hépatique avec ramollissement pour croire à une inllammalion du foie (voy. Ictère). [Rouis a noté que sur un total de 252 cas, aucun individu n’était âgé de moins de douze ans, ni de plus de soixante-treize ; et dans les observations rapportées par Andral et Louis, la plupart des sujets avaient de vingt à quarante ans.] Sur treize observations, nous trouvons que quatre sujets avaient atteint ou dépassé l’âge de cinquante ans.

Sexe. — Quantité des faits qui ont été cités par les auteurs se rapportent au sexe masculin. iN 'oublions pas que les observations ont été généralement prises dans des régiments. Dans les dernières que nous venons d’indiquer, il se trouvait cinq femmes sur treize.

Constitution. — Ce qui rend difficile l’appréciation de cette cause, c’est que l'inflammation du foie attaque fréquemment des sujets ayant déjà une autre maladie qui a pu détériorer la constitution.

Quelques médecins ont cru trouver dans le tempérament sanguin une cause prédisposante.

Le régime est-il une cause bien évidente de la maladie du foie? On regarde l 'mage immodéré des boissons spiritueuses, des aliments excitants, des excès de tout genre, comme la cause la plus puissante de l’hépatite dans les pays chauds ; mais dans nombre de cas le régime le plus sévère n’a pas pu préserver de cette affection. Sans nier l’action de cette cause, reconnaissons donc qu’elle n’a pas été suffisamment appréciée.

L 'abus des purgatifs , et en particulier du calomel, a été signalé comme une cause prédisposante aussi bien qu’excitante de l’inflammation du foie. Les passions tristes, la pléthore, le vice scrofuleux, ont été également rangés parmi ces causes. Il en est de même du vice arthritique, et l’on a été jusqu’à dire que les enfants étaient principalement sujets à l’hépatite pendant la période de la dentition. Le sont là des assertions sans preuves, de même que celle de Van Swieten, qui prétend que Y abondance de la graisse dans l’épiploon est une cause puissante d hépatite, surtout s’il s’y joint un exercice trop violent.

Climat et saisons. — C’est dans l’Inde, aux Antilles, au Sénégal, en Algérie que les auteurs placent le théâtre principal de l’affection. [Cette opinion, déjà soutenue dans son ouvrage (1) par Annesley, qui en avait exagéré la portée, en prétendant

(i) Annesley, ltesearches into causes , nature, and treatment of tho more prévalent diseases of India. London, 1828, t. II, in— 4.

HÉPATITE AIGUË. — CAUSES

qu’une simple congestion du foie suffisait pour caractérisée l’hépatite, a été confirmée depuis par le témoignage du docteur Rufz qui observait aux Antilles, et par celui du docteur Rouis qui dans son ouvrage adonné l’analyse de 274 observations d’abcès du foie, recueillies en Algérie (1). Enfin le docteur Dulroulau (2) a dissipé tous les doutes élevés sur ce point, en publiant un relevé des maladies observées h l’hôpital de Saint-Pierre (Martinique) , pendant une période de six années (1846-1851). Sur 73"6 malades, il y eut 339 cas d’hépatite, dont 70 terminés par la mort. Ces chiffres témoignent suffisamment de l’extrême fréquence de l’hépatite dans les pays chauds. ]

L’influence des saisons est moins bien connue que celle des climats. Tandis que certains, auteurs affirment que la maladie est surtout fréquente dans les saisons chaudes, d’autres, d’après Hippocrate, en trouvent le plus haut degré de fréquence vers l’automne. On a été encore plus loin relativement aux influences que nous venons d’indiquer. Hamilton Bell prétend que le séjour dans les climats chauds non -seulement prédispose à y contracter la maladie, mais encore laisse une prédisposition qui persiste après le retour en Europe. Louis, au contraire, n’a pas observé un seul cas pendant les grandes chaleurs. Ces faits sont, il est vrai, en très-petit nombre.

L’inflammation aiguë du foie survient très-fréquemment dans le cours d’autres affections. Les sujets observés par Amiral et Louis étaient atteints, lors de l’invasion de l’hépatite, de maladies intestinales et pulmonaires qui duraient depuis un temps plus ou moins long. On ne saurait regarder l’hépatite, même dans ces cas, comme une simple lésion secondaire. Les circonstances dans lesquelles elle se produit ont toujours quelque chose de particulier.

Les recherches faites depuis l’occupation française en Algérie ont démontré que l’hépatite est souvent la conséquence de la dysenterie. C’est ce qui résulte des observations de Ifaspel (3), de Catteloup (4), de Cambay (5), de Casimir Broussais (6), de [Rouis]. On explique en pareil cas la production de la maladie par l’extension de l’inflammation au foie, et par le transport dans cet organe de matières septiques puisées dans l’intestin par les veines intestinales qui se réunissent pour former la veine porte. Legendre (7) a vu chez les enfants l’hépatite succéder à l’entérite.

[Si l’hépatite est une maladie des pays chauds (et nous entendons par pays chauds ceux où la chaleur est non-seulement très-développée, mais encore constante ou peu variable, où l’humidité est excessive et l’électricité développée, et dont le sol, couvert d’une végétation luxuriante et de myriades d’insectes, est un vaste foyer miasmatique toujours en activité de fabrication), si cela est, disons-nous, c’est que ces caractères des pays chauds sont des conditions essentielles de son existence.

(1) Louis, Recherches sur les suppurations endémiques dit foie. Paris, 18G0.

(2 Dulroulau , Traité des maladies des Européens dans les paij s chauds. Paris, 1861.

(3) Haspel, Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires. Paris, 1843 t. LV. - Maladies de l’Algérie. Paris, 1850-1852, 2 vol. in-8.

(4) (la tteloup. Des maladies du foie en Algérie, môme recueil. Paris, 1845, t. LV III.

\5) Cambay, Maladies des pays chauds. Paris, 1848.

(G) Casimir Broussais, Notice sur le climat et les maladies de l’Algérie (Mém. de méd. et dechir. milit., t. LX).

(7) Legendre, Recherches anatomico ■pathologiques et cliniques sur quelques maladies de l enfance. Paris, 184 G.

158 MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

C est a tort qu on attribuerait ce résultat à la chaleur seule et à son action sur la circulation ou sur la sécrétion du foie ; il est dû à tous les éléments dont nous venons de parler, et plus particulièrement aux qualités du sol : aussi l’hépatite estelle endémique à Saint-Pierre (Martinique); comme la dysenterie, elle est d’origine miasmatique.

Mais des rapports plus intimes encore entre la dysenterie et l’hépatite viennent prouver leur étiologie commune. Ainsi, dans l’immense majorité des cas, elles existent en même temps, soit que l’une ou l’autre se soit déclarée la première. Si la dysenterie ne se manifeste plus actuellement, on constate presque toujours, en interrogeant avec soin le malade, qu’elle a précédé l’hépatite. Antérieure ou cou comitanle, la dysenterie est donc presque toujours liée à l’hépatite, et l’on ne

rencontre que rarement l’hépatite primitive Le chiffre des hépatites suit les

mêmes oscillations que celui des dysenteries. Mais ce n’est pas seulement dans la fréquence des deux maladies qu’existent ces rapports, c’est encore dans la forme : ainsi, l’hépatite est, comme la dysenterie, sujette à récidive et revêt comme elle, au bout d’un certain temps, la forme chronique. Elle est très-grave, et se termine le plus souvent par suppuration pendant les périodes d’endémie dysentérique grave ; elle est bénigne et se termine par résolution pendant les périodes d’endémie dysentérique simple. Enfin, l’acclimatement n’existe pas plus pour l’une que pour l’autre.

Tous ces rapports entre les deux maladies nous semblent prouver suffisamment quelles doivent leur existence aux mêmes causes endémiques ; on tomberait dans l’erreur si l’on voulait les expliquer par l’extension de l'inflammation de l’intestin au foie. (Dutroulau.)]

On a fréquemment regardé comme de simples hépatites des abcès multiples du foie résultant de la phlébite suppurative (1). C’est là la principale cause de l’erreur émise par un grand nombre d’auteurs qui ont regardé comme produisant l’inflammation du foie certaines affections de l’encéphale résultant des blessures du crâne.

2° Causes occasionnelles. — L’effet d’un soleil ardent , regardé comme cause déterminante de l’hépatite, a servi de prétexte à quelques auteurs, et en particulier à Girdlestone, pour chercher à établir le consensus entre les maladies du cerveau et du foie, dont nous parlions tout à l’heure. D’un autre côté, certains médecins ont, après Arétée, attribué le développement de l’hépatite à V action du froid; cette contradiction flagrante prouve combien nous sommes peu instruits sur ce point.

Les blessures du foie , qui constituent une espèce particulière d’hépatite {H. traumatique), sont une cause évidcnie, mais elles regardent la chirurgie. Il n’en est pas de même des contusions de la région hépatique : lorsqu’elles déterminent une rupture de l’organe, elles rentrent, il est vrai, dans l’espèce précédente, mais quelquefois l’inflammation se développe à la suite d’une contusion simple; c’est ce qui a ôté observé dans un petit nombre de cas. Nous ne citerons pas ici celui que rapporte Andral (2), parce qu’il s’agit d’une hépatique chronique.

Nous avons déjà parlé de l'abus des liqueurs fermentées , sur lesquelles insiste principalement Annesley, et de l’exercice violent. Les passions tristes et les passions violentes , comme la colere, sont rangées parmi les causes excitantes ; mais

(1) Voy. tome III, art. Phlébite, p. 2/13.

(2) Andral, Clinique médicale , obs. xxvill.

HÉPATITE AIGUË. — SYMPTÔMES

on s’est fondé principalement sur les cas d’ictère, ce qui est évidemment une faute, puisque, dans les cas de ce genre, on observe l’ictère simple et non l’hépatite.

Citons la suppression du flux diarrhéique (Fréd. Hoffmann) ou de tout autre flux; l 'extirpation des hémorrhoïdes, etc. On a presque toujours attribué à ces suppressions et à ces opérations une affection du foie déjà existante.

Les corps étrangers introduits dans le foie à travers l’intestin peuvent produire l’hépatite, comme l’a observé Marchant (1) ; mais ce sont là des cas rares.

Dans les observations que nous avons rassemblées, on n'a pas trouvé de cause occasionnelle appréciable.

Les maladies gastro-intestinales, e t en particulier l’inflammation, peuvent-elles, en se propageant au foie, déterminer l’hépatite? C’est là une opinion qui a été soutenue par l’école physiologique ; mais elle est tombée devant les faits, car on n’a trouvé ni dans l’estomac ni dans l’intestin aucune lésion qui ait un rapport direct avec l’inflammation du foie. Le duodénum en particulier, sur l’inflammation duquel Cas. Broussais (2) avait attiré l’attention, a été toujours examiné avec soin et trouvé à l’état sain. Il n’est pas douteux, il est vrai, que l’inflammation du foie ne se soit assez souvent montrée dans le cours des inflammations gastro-intestinales, mais nous avons vu qu’il en était de même des affections du poumon; il n’y a là rien de propre aux maladies de l’intestin.

11 n’v a d’admissible que la transmission de l’inflammation de l’intestin au foie par l’intermédiaire des veines, ce qui est bien différent de la propagation de l’inflammation telle que l’entendait l’école physiologique, et encore n’avons-nous pas, sur ce point, une démonstration complète.

On a cité comme démontrée l’existence de véritables épidémies d’hépatite; mais ces prétendues épidémies ne sont autre chose qu’une certaine augmentation dans la fréquence de l’affection, ou de simples épidémies d’ictère. Elle règne endémiquement dans les pays chauds. L’existence de la contagion, signalée par J. Frank (3), est encore moins admissible, puisque cet auteur, pour l’établir, n’a trouvé rien de mieux que de citer l’inflammation du foie dans la peste et dans le typhus.

§ M. — Symptômes.

Nous décrirons les symptômes de l’hépatite aiguë en général, et nous réserverons l’examen des assertions des auteurs, relativement à l’hépatite partielle, pour quelques considérations ultérieures. '

Début. — [A moins qu’elle n’ait été causée par une violence extérieure, l’hépatite, à son début, est toujours très-difficile à reconnaître. Dans nos pays, il arrive souvent qu’on la confonde, soit avec une pleurésie, soit avec une pneumonie commençante, soit enfin, comme l’indique Frcrichs, avec une infection pyohémique, tandis que dans les pays chauds, c’est la dysenterie ou une fièvre intermittente, principalement la tierce, d’après Ilaspél, que l’on diagnostique faussement au lieu de l’inflammation du foie. Si la maladie est difficile à reconnaître, alors qu’elle se présente dans un état de simplicité relative, à plus forte raison le sera-t-elle

(1) Voy. Eourcroy, Médecine éclairée par les sciences physiques. Paris, 1792, t. IV.

(2) Casimir Broussais, Sur la duodénite chronique. Paris, 1825, in-8.

(3) J. Frank, Praxeos medicœ, pars III, vol. II, sect. n : De hepatitide. Lipsiæ.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

encore bien plus, quand elle survient comme complication d’une maladie intercurrente. Cependant on peut même, dans de semblables circonstances, arrivera discerner certains symptômes qui lui sont propres et signaler son apparition.] C’est ainsi que, dans quelques-unes des observations de Louis, on trouve des phénomènes qui se rapportent évidemment au début de l'affection hépatique. Chez deux malades, en effet, qui avaient l’un une bronchite intense, l'autre des phénomènes gastriques durant depuis longtemps, il survint un frisson notable, suivi chez l’un d’eux d 'autres frissons qui se reproduisaient tous les soirs, et chez tous les deux d’une chaleur plus ou moins vive. Chez un troisième, la chaleur exista seule avec un mouvement fébrile assez marqué. Ce qui prouve (pièces symptômes étaient liés à l’apparition de l’hépatite, c’est qu’en même temps, ou très-peu de temps après, survinrent la douleur de l’hypochondre droit et l’ictère, symptômes qui, comme nous le verrons plus loin, sont, lorsqu’ils existent ensemble, les plus propres à caractériser cette maladie.

On note des symptômes gastriques, comme dans l’observation citée par Andral (obs. xxivl. Le sujet fut en effet pris tout à coup des signes d’une violente indigestion, bientôt suivie des phénomènes qui caractérisent l’inflammation du foie. Dans la première observation de Louis, nous voyons des troubles digestifs apparaître en même temps (pie les frissons qui annonçaient l’hépatite. Ces troubles digestifs consistent dans Y anorexie poussée parfois jusqu’au dégoût pour les aliments, et souvent dans une soif vive.

Symptômes. — Lue douleur plus ou moins vive se montre dans la région du foie, et se fait moins souvent sentir à la pression que d’une manière spontanée. Lorsque la douleur à la pression existe, elle est presque toujours précédée de la douleur spontanée; néanmoins dans un cas celle-ci a manqué complètement, tandis que la première était notable (Louis). Dans un autre, dont nous devons la communication à Fauvcl, il n’existait qu’une simple gêne dans l’hypochondre droit.

Quoique la douleur se montre ordinairement, on la voit cependant manquer complètement dans un nombre assez notable d’observations. C’est ainsi que sur quinze cas empruntés à Portai, à Andral, à Louis et à Fauvel, la douleur a été nulle cinq fois. [D’un autre côté, Rouis, qui a fait l’analyse d’un nombre d’observations considérable, a trouvé que la douleur locale avait existé, lût fois sur 177, c’est-à-dire 85 pour 100.] Ce symptôme, seul n’a pas une valeur absolue, mais toutefois il doit être pris en grande considération, et, rapproché d’autres phénomènes que nous indiquerons plus tard, il doit acquérir de l’importance.

Parfois la douleur est très-vive , mais le plus souvent elle n’a qu’une médiocre intensité, et il est rare qu’on observe de véritables élancements. Pour Bonnet (1) |a douleur propre à l’hépatite, c’est la douleur sourde, profonde, tandis qu’une douleur aiguë, pongilive, lancinante, appartient à l’inflammation du péritoine hépatique; mais on ne peut admettre cette explication, car dans cinq de nos observations, dans lesquelles il y avait absence de toute lésion de la séreuse, une véritable douleur aiguë existait dans l’hypochondre droit, et dans trois elle était vive, avec un caractère lancinant. L’observation de Bonnet n’est donc juste que pour un certain nombre de cas.

(1) Bonnet (de Bordeaux), Traité des maladies du foie. Paris, 1841.

HÉPATITE AIGUË. — SYMPTÔMES

Le siège de la douleur est généralement placé, par les observateurs, à l’hypochondre droit. Dans un cas observé par Louis, elle était aiguë et fixée au-dessousde la région mammaire; mais dans le plus grand nombre elle occupait une plus ou i moins grande étendue, correspondant aux fausses côtes droites. La douleur n’est

pas toujours fixée tout d’abord à l’hypochondrc ; c’est ainsi cju’on la voit occuper une partie de la poitrine et l’épigastre avant de se concentrer dans la région du foie. On a dit souvent qu’un des caractères de la douleur produite par l’hépatite était de s'irradier vers le cou et V épaule droite ; maison a pris l’exception pour la règle. [Encfict, d’après Rouis, elle n’aurait existé que chez 28 malades, sur 163, s s0't chez 17 pour 100. ] Dutroulau assure avoir observé cette douleur; et, de plus, des douleurs à l’épigastre, dans le flanc gauche, à l’ombilic, et au voisinage de la ecrète iliaque.

V augmentation de volum.edu foie donne, assez souvent lieu à des signes particuliers, mais qui sont loin d’être constants, puisque, sur douze observations que mous avons rassemblées, cinq fois à l’autopsie on a trouvé le volume du foie par- ! faitement normal, ce qui est complètement en contradiction avec les assertions de ! Piorrv (1). [Néanmoins la dilatation du foie est un fait assez général, dans le cas où il se foi me un ou plusieurs abcès, et Rouis l’a notée chez 73 individus sur un total de 122. ]

Lorsque le volume du foie est augmenté, il y a une tension plus ou moins notable dans l’hypochondre. On sent une certaine résistance sous les fausses côtes i droites et à l’épigastre, et si l’organe est très-volumineux, on trouve, en palpant i l’abdomen, son bord inférieur descendu à 3, è, 6 centimètres au-dessous des fausses côtes, et même plus.

La percussion permet de reconnaître si l’organe s’est élevé plus ou moins au- Idessus de la huitième côte, qui est la limite ordinaire. La palpation seule est suffisante pour reconnaître le développement du foie du côté de l’abdomen.

[On devra, d’après le conseil de Frerichs, la pratiquer avec le plus grand soin, et en tenant grand compte du degré de tension du muscle droit, que Twinning «regarde comme un signe d’abcès profondément situé.]

Ictère. [L’ictère n’est pas un symptôme constant de l’hépatite; Casimir BBroussais l’a observé 23 fois sur 66, et Rouis 26 fois seulement sur 155 cas.] \Sm- treize observations que nous avons rassemblées, cinq disent qu’il n’y avait Ipas d ictère, et dans deux d’entre elles la douleur faisait également défaut. tCcs deux derniers cas doivent être regardés comme des exemples d 'hépatique latente , et 1 un deux surtout, dans lequel le volume du foie était resté normal. IDans sept cas, c est-a-dire dans un peu plus de la moitié, la douleur et l’ictère ^>e sont trouvés réunis ; aussi n’y a-t-il pas eu d’hésitation dans le diagnostic. 'Dans quatre, l’ictère a existé sans douleur, et dans trois, au contraire, la dou- 1 cur s’est montrée en l’absence de l’ictère. Si, comme la douleur, ce dernier symptôme a une importance marquée dans l’histoire de l’hépatite, il n’a pas isolément une valeur plus grande, et on ne le trouve pas comme phénomène constant lans cette affection.

[Habituellement, d après Frerichs, l’ictère est d’ailleurs peu intense et de courte

(1) Piorry, Traité de diagnostic. Paris, 1837, t. II, p. 230. Valleix, 5e édit.

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

durée; il commence presque toujours en même temps que la suppuration, rarement il lui est antérieur et précède de peu de temps la mort.

Les accidents du côté des voies digestives , que nous avons vus signaler le début de l’hépatite, persistent en s’accentuant pendant le cours de cette maladie; et dansles pays chauds, ils revêtent tantôt l’aspect d’une gastro-duodénite, tantôt, et plus souvent ils ne sont autre chose qu’une dysenterie véritable. Rouis a constaté 30 fois sur m cas la première de ces complications et 128 sur 143, la deuxieme, ce nui donne l’énorme proportion de 90 pour 100. Dans nos climats, on constatesurtout l’anorexie, une soif vive et l’embarras des premières voies, qui se traduit par des nausées, et même parfois des vomissements.]

Du côté de V intestin on trouve des phénomènes variables. Dans nos observations, le dévoiement s’est montré aussi souvent que la constipation. Parfois on voit celleci exister d’abord, puis le dévoiement survenir à mesure que la maladie fait des progrès. D’autres fois, une constipation opiniâtre succède à une diarrhée ( assez longue durée, et enfin, dans quelques cas rares, il y a des alternatives de dévoiement et de constipation, tandis que chez d’autres sujets, comme Andral et Fauvel

en on teité des exemples, la défécation reste normale.

t , matière des selles diffère suivant qu’il y a diarrhée ou constipat.on. Dans ce dernier cas, elle est ordinairement décolorée, et, dans le premier, le liquide rendu ■st fréquemment comme de l’eau colorée en jaune. Quelques sujets ont des selles sanguinolentes ou sanglantes , ce qui lient à des causes differentes. Le plus souvent on trouve, en pareil cas, des ulcères intestinaux dus a une autre maladie, et nrincipalement à la phthisie, ulcères qui ont été la source du sang rouve dans les elles - mais il peut arriver, et Louis (obs. III) en a cite un exemple bien remar- ,1 le nue le sang vienne du foie lui-même. Il y eut, à deux époques de là maladie des selles composées de sang et moulées comme des matières fécales et a

1 autopsie on l i' o i ; v a \v 1 qui’ n ù^rcii ^ ï^e 11 s i Ho n ^ a n's v c rs e*,0 u n°c aîno t

commeTa ^ demmo^hagie, et nous

^'^ùneépwiue avancée, les selles deviennent parfois complètement purulentes. Aime epoq .1VCC le côlon par suite d une perforation.

» V » *» r-Tta S que 1 venous ,1c cite,-; aptes te selle, r/est ce que l’on observa dans le cas que i ou ‘ nl fnrmiw

sanglantes, U^e malade eut des déjections alvines presque entièrement formées '"on8; dit que dans l’hépatite,

bilus peut presentei ^ sée par ic développement du foie, et à la

mènes à la compression du poumon, causée peu * 1

douleur augmentée par rabaissement -.A* ^ de h

rp,r ve au Me et la respiration resta normale jusqu'à la (in. Dans trots autres étrangère au , mjlemem troublée dans les premiers temps de la mala-

cas, la n»P>ra“°“ ,us „„ moins éloignée, il se manifesta une oppression

considérable. Chez Vol, des trois sujets, il survint une pneumonie; chez un antre.

HÉPATITE AIGUË. — SYMPTÔMES

(les abcès avec infiltration du pharynx et de la partie supérieure du larynx se produisirent; et chez le troisième, une suffocation considérable se manifesta au moment où il se fit une large communication entre le foyer purulent et plusieurs veines sus -hépatiques par l’intermédiaire desquelles le pus pénétra dans la veine cave (Fauvel). Chez tous les autres sujets, une bronchite intense, une pneumonie ou une pleurésie, rendaient parfaitement compte des troubles xespiratoires.

Les troubles de la respiration ne sont pas des symptômes qui appartiennent en propre à l’hépatite aiguë. Si une inflammation du péritoine de la face convexe du foie se joignait à celle du parenchyme même, si la douleur était très-vive, si enfin, dans quelques cas exceptionnels, le volume de l’organe devenait très-considérable, la respiration pourrait se trouver gênée ; les faits précédents prouvent que ce ne sont pas là les cas ordinaires.

Voyons si l’on peut rapprocher de ce qui précède le décubitus des malades. Suivant la plupart des auteurs, le décubitus est difficile et souvent même impossible sur le côté gauche ; les malades demandent que l’on élève leur tête, et ils changent rarement de position. Parmi les faits que nous avons rassemblés, il n’en est que deux, rapportés par Louis, qui fassent mention du décubitus, et dans l’un il avait lieu à gauche, la tête étant notablement élevée, tandis que dans l’autre il avait lieu à droite, la tête basse.

Le hoquet , plus ou moins fréquent, ne s’est évidemment montré que dans quelques cas rares.

[L’état des urines n’ofl'rc rien de spécial. Lorsque l’ictère accompagne l’hépatite , elles sont d’un rouge foncé ou orangé, à cause de leur mélange avec la matière colorante biliaire, dont on peut d’ailleurs constater alors la présence à l’aide des divers procédés indiqués par Beale (1). Quand l’ictère fait défaut, elles n’ont d’autres caractères que ceux que leur donne la fièvre ; seulement on les a vues contenir du pus, dans les cas rares où un abcès hépatique s’était ouvert dans le rein droit. ]

Dans tous les cas il se manifeste des symptômes généraux plus ou moins intenses. Nous avons signalé plus haut ceux qui servent à caractériser le début ; on les voit ensuite persister à un degré plus ou moins haut.

Le pouls, d’abord développé, fréquent, pouvant s’élever jusqu’à \kk pulsations, comme dans la seconde observation de Louis, et conservant sa régularité, perd ensuite ordinairement une grande partie de sa fréquence, et devient faible, petit,

’ misérable, vers la fin de la maladie. Parfois aussi il prend une irrégularité marquée.

On observe en outre de Y agitation, principalement la nuit, et, dans les derniers moments, de la somnolence, puis du délire, un grand affaissement, et enfin un état adynamique. Dans quelques cas rares, cependant, les sujets succombent épuisés, mais sans présenter les phénomènes qui viennent d’être indiqués, et les facultés intellectuelles peuvent se conserver intactes jusqu’au dernier moment. Les vertiges, les étourdissements, ne se montrent pas ordinairement dans l’hépatite. Il n’en est

(1) Beale, Del urine, des dépôts urinaires et des calculs, de leur composition chimique de leurs caractères physiologiques et pathologiques et des indications thérapeutiques qu'il's fournissent dans le traitement des maladies, traduit de l’anglais sur la 2r édition par Auguste Ollivier et Georges Bergeron. Paris, 1865. F D

16^ MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

paS de môme (le la céphalalgie, qui a été notée dans trois des cas cités (Louis). Ce symptôme, du reste, est très-variable quant à l’intensité.

Les abcès considérables résultant d’une hépatite aiguë et tendant à se faire jour au dehors, sont la conséquence immédiate de l’hépatite, ou plutôt ils font partie intégrante de celle affection.

[Aussitôt que la suppuration commence, le mal d’estomac s’accroît, la fièvre devient plus intense, le frisson apparaît par accès irréguliers, qui sont suivis de chaleur et de sueurs épuisantes. L’abcès une fois formé, la tuméfaction générale du foie diminue, pour l’ordinaire, et l’on constate alors les signes qui caractérisent les collections purulentes.

Ces signes, nous nous réservons de les exposer plus loin, dans un article spécial (voy. Abcès du foie). ]

Il est quelques accidents qui sont la conséquence de l’hépatite.

Hépatite des enfants. — Nous révoquons en doute son existence comme espèce distincte. Nous n’avons jamais observé l’inflammation du foie chez le nouveau-né; Billard (1) nous apprend qu’il ne l’a pas rencontrée davantage chez les enfants a la mamelle ; Barthez et Rillict (2) n’en indiquent que six observations sur les enfants approchant de l’àge de cinq ans, et qui n’ont présenté rien de particulier sous le

rapport des symptômes.

^ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est ordinairement continue et rapide. Les symptômes atteignent promptement leur plus haut degré d’intensité. Cependant il faut noter les frissons revenant le soir et qui donnent à l’affection une certaine physionomie de maladie intermittente. Ils ont été remarquables non-seulement dans h fait de Louis, cité plus haut, mais encore dans une (les observations de Fauve!.

Dans les cas les plus ordinaires, la durée ne dépasse pas trois semaines ; cependant plusieurs abcès pouvant se former successivement, on voit quelquefois la maladie durer plus d’un mois ou de six semaines. On reconnaît qu’elle a conservé son caractère d’affection aiguë à l’état de la fausse membrane qui entoure les abcès, et surtout à la coloration rouge avec ramollissement considérable du tissu environnant.

l 'hépatite peut-elle se terminer par la guérison? C’est ce qui n’est pas douteux pour Mérat (3), même lorsqu’il s’agit de l’hépatite avec suppuration. Ce médecin regarde comme des cicatrices d’abcès des productions fibreuses, à forme stellaire, que l’on a quelquefois rencontrées dans le tissu hépatique. ^

Cette opinion est combattue par Louis, qui pense que rien n’établit qu’on avait affaire là à des cicatrices consécutives à une suppuration. Il est probable qu en effet il en était ainsi, mais, comme nous le verrons en parlant des abcès, il n en est pas moins vrai que l’hépatite supputée peut guérir, lorsque le pus a été évacué

soit naturellement, soit artificiellement.

Restent les cas où l’inflammation ne produit que le gonflement et le ramollisse

ment probable de l’organe. Ces cas sont guérissables. (Voyez Pronostic.)

(A\ Pillard Traité des maladies des enfants, 2e édit., p. 439. ü Barthez et Rilliet, Traité des maladies des enfants , 1. 1, art. IIlpatite. (3) Mérat, Dictionnaire des sciences médicales, art. Maladies du foie.

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