CHOLÉRA-MÔRBUS SPORADIQUE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
En même temps il y a refroidissement plus ou moins marqué des téguments, et principalement aux extrémités et à la face. Malgré l'abondance des évacuations, la peau n’est pas ordinairement sèche ; le plus souvent, au contraire, on voit apparaître une sueur parfois visqueuse, et ordinairement froide, sur les diverses parties du corps.
Du côté du système nerveux, on observe une anxiété plus ou moins grande, une prostration en rapport avec la violence des symptômes, un plus ou moins grand découragement , et quelquefois une céphalalgie qui n’a jamais une grande importance.
Le plus ordinairement, la maladie, arrivée à ce point, cède aux moyens employés pour la combattre ; mais dans quelques cas, heureusement rares, elle fait des progrès. Les évacuations parla bouche et par l’anus deviennent presque continuelles; les selles sont involontaires , les crampes incessantes, l’anéantissement complet. La face devient pâle, avec une expression d’abattement profond ; les yeux s’excavent, les joues se creusent, le malade paraît d’une grande maigreur ; la figure, en un mot, est grippée et présente le caractère hippocratique. C’est alors que surviennent les lipothymies, les syncopes, la carphologie, les soubresauts des tendons, et que le malade peut succomber rapidement.
Après la guérison, il reste parfois, pendant un ou plusieurs jours, un peu de susceptibilité de l’estomac et des intestins, que des boissons douces et un régime convenable ne tardent pas à dissiper.
[Chez les enfants, la physionomie s’altère vite; les yeux se cavent, se cernent; ils poussent des cris étouffés; leur voix est altérée, la peau froide. Les vomissements sont fréquents, bilieux, verdâtres; les selles sont liquides, jaunâtres, verdâtres, séreuses, mais n’ont jamais l’apparence d’eau de riz qu’on rencontre dans le choléra asiatique. Le ventre s’aplatit ; le pouls baisse , le nez est froid et les ongles ont souvent une coloration bleuâtre : quelquefois le ventre est sonore, tympanisé (1).]
§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche du choléra sporadique est essentiellement aiguë. En quelques heures les malades sont rendus à la santé ou succombent à la violence du mal. [Chez les enfants, la mort est la terminaison la plus fréquente.] On a, il est vrai, décrit quelques choléras qui auraient duré un certain nombre de jours (2), mais il n’était évidemment question, dans ces cas, que d’affections intestinales variées, avec vomissement et diarrhée opiniâtres.
La durée est en rapport avec l’abondance des évacuations. C’est cette courte durée qui a fait donner à la maladie quelques noms particuliers.
Bien différent en cela du choléra asiaticpic, le choléra sporadique se termine presque constamment par la guérison. Un certain nombre de cas de terminaison funeste qui ne laisse aucun doute ont cependant été observés, et prouvent le danger de cette affection.
(1) Trousseau, Clinique de V Hôtel-Dieu, 1865, t. III, p. 128.— Bouchut, Maladies des nouveau-nés , 1862, p. 499etsuiv.
(2) Voyez en particulier Lobstein, Mémoires de médecine pratique. Paris, 1832, in-8.
MALADIES DES VOLES DIGESTIVES
§ VI. — Lésions anatomiques.
Les anciens attribuaient Je choléra h une certaine corruption de la bile : aussi quelques auteurs ont-ils recherché dans la composition de ce liquide la cause matérielle de la maladie. Portai (1) a parlé d’une bile acre capable d’excorier les tissus ; mais celte observation n’a pas été faite par les auteurs plus récents, et, en outre, il n’est pas douteux que Portai n’ait confondu des maladies très-diverses.
D’autres, trouvant, dans quelques cas, un peu de rougeur des intestins, parfois une coloration brunâtre, d’autres fois des ulcérations, ont regardé la maladie comme constituée par une inflammation gastro-intestinale. Chauffard (d’Avignon) a défendu cette opinion; mais si l’on considère les circonstances dans lesquelles s’est produite la maladie, l’absence de toute lésion anatomique constatée dans un grand nombre de cas, la variété des lésions inflammatoires qui ont été trouvées, on ne peut pas douter qu’il n’y ait eu erreur de diagnostic, ou que le choléra ne se soit tout simplement développé comme complication d’une autre maladie.
Faut-il parler maintenant d 'altérations du foie , de la rate, de V œsophage, etc. , auxquelles on a voulu attribuer le choléra? Nous ne le pensons pas; c’est une question jugée.
L’ouverture des cadavres n’a fait reconnaître aucune lésion anatomique propre au choléra-morbus sporadique, et même, en admettant avec Brown (2) que des individus ont pu succomber plusieurs jours après l’invasion de ce choléra, et que la teinte foncée des intestins est un signe d’inflammation, ce qui est loin d’être prouvé, on ne devrait regarder la lésion que comme consécutive.
Il y a, dans le choléra sporadique, un état particulier, inconnu, probablement nerveux, qui fait que les causes qui n’auraient, dans d’autres circonstances, produit qu’une indigestion ordinaire, donnent lieu aux évacuations excessives dont les autres symptômes sont la conséquence.
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
Cette maladie a une physionomie propre qui ne permet de la confondre avec aucune des maladies intestinales qui ont une certaine durée. Après avoir examine les diverses affections qui peuvent s’en rapprocher, nous ne trouvons (pie 1 indigestion, l’empoisonnement et le choléra épidémique qui puissent donner lieu a quelque difficulté.
Pour distinguer l’ indigestion du choléra sporadique, on a cherché des différences dans la nature des matières vomies, dans leur odeur, dans celle des éructations nidoreuses; mais nous ne croyons pas que ces différences soient suffisantes, car elles n’existent que dans quelques cas. Si l’on étudie l’indigestion, on voit qu’au début il est très— difficile , pour ne pas dire impossible, de porter un diagnostic positif; bientôt l’abondance des vomissements et des évacuations alvines, la présence clc la bile dans les matières rejetées, les crampes, la faiblesse extrême, ne tardent pas à faire reconnaître l’existence d’un véritable choléra, et toute incertitude cesse.
(1) Portai, Observations sur la nature et le traitement des maladies du foie. Paris, 1813.
(2) Brown, Cyclop. of pract. mcdicine, t. I.