‹ Guide du médecin praticienChapitre 9 sur 305 · CHOLÉR A-MOR BU S SPORADIQUE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CHOLÉR A-MOR BU S SPORADIQUE. — TRAITEMENT

Quant aux empoisonnements, il est difficile d’établir le diagnostic, en général, attendu que les diverses espèces d’empoisonnements ont leur physionomie propre.

Grisolle (1) dit : « Le choléra offre beaucoup de ressemblance avec l'empoisonnement par les poisons irritants. .Cependant, dans ce dernier cas, les vomissements se sont déclarés après l’ingestion dans l’estomac d’une substance qui a produit le plus souvent un sentiment de chaleur, de cuisson, de brûlure dans la gorge et le long de l’oesophage, et môme dans la bouche, où l’on trouve parfois des taches, des eschares, qui dénotent l’action d’un caustique. Les vomissements, au lieu de se manifester à peu près simultanément avec des évacuations alvines, précèdent, au contraire, celles-ci de plusieurs heures. Les douleurs de ventre présentent la même progression ; car, bornées d’abord h 1 épigastre, ce n est qu après un temps plus ou moins long qu’elles gagnent le reste de l’abdomen. »

Pronostic. — Le pronostic est ordinairement favorable. L’existence d’évacuations involontaires, un collapsus profond, le refroidissement des extrémités, un pouls fréquent et misérable, sont des symptômes très-graves, et qui annoncent quelquefois une mort prochaine.

Des faits rassemblés par V. Racle (2!, il résulte que le choléra sporadique, qu il survienne dans le cours d’une autre affection intestinale ou non, présente un trèsgrand danger, et que le plus grand nombre des cas de choléra sporadique qui se terminent par la mort s'accompagnent de lésions anatomiques.

§ Vin. — Traitement.

Le traitement du choléra sporadique a varié suivant l’idée que l’on s’est faite de la nature de la maladie.

Emissions sanguines. — G’est à l’époque où régnaient les idées de l’école physiologique, que l’on a recommandé les émissions sanguines; mais c’est plutôt sur

des raisonnements que sur des observations qu’est appuyée celte pratique, et encore ces raisonnements portent-ils souvent à faux. D’après Broussais et ses élèves, la meilleure médication est l’application de sangsues à l’épigastre, en nombre variable (vingt, trente, et plus, à plusieurs reprises) ; mais cette médication est loin d’être aujourd’hui généralement adoptée, et rien ne prouve qu’elle ait ce degré d’efficacité que lui ont attribué des idées théoriques. On a bien rarement employé la saignée générale.

Pour compléter le traitement antiphlogistique, on recommande des boissons émollientes, mucilagineuses,. ou légèrement acidulées. Nous avons vu qu’assez souvent les vomissements sont tellement opiniâtres, que l’ingestion de la plus petite quantité de liquide suffit pour les provoquer ; aussi ne doit-on pas insister beaucoup pour faire boire les malades, et quelques auteurs, parmi lesquels il faut particulièrement citer Alp. Leroy, ont même recommandé de supprimer complètement les boissons. Mais la soif est parfois tellement vive, qu’il est impossible de suivre exactement ce précepte, dont l’utilité n’est pas parfaitement démontrée. Cependant on peut chercher h tromper la soif à l’aide de fragments de glace introduits dans la bouche, [de petit-lait ou lait clair, de la potion de Rivière, d’eau de

(1) Grisolle, Traité de pathologie interne, 91' édit. Paris, 1865, 1. 1, p. 829.

(2) V. Racle, toc. cit.

Scltz, d’eau de Renaison, de Saint-Galmier coupée avec du sirop de cerises ou de framboises]. Si 1 ou u y réussissait pas, il faudrait administrer les boissons adoucissantes ou acidulées à une très-petite dose et à une température assez basse. Pinel a surtout insisté beaucoup sur les avantages, des boissons froides acidulées. [Tourrette (1) se contente de l’administration exclusive de l’eau fraîche.] Des bains , des fomentations émollientes et narcotiques ont été également mis en usage, mais sans qu’il soit possible d’en apprécier le degré d’efficacité.

Vomitifs, purgatifs. — Quand on croyait que le choléra était dû à la présence d’une bile corrompue, âcre, corrosive, on administrait des vomitifs et des purgatifs ; mais aujourd’hui on craint avec raison de favoriser par ces moyens la superpurgation. Aussi les a-t-on généralement abandonnés.

Opiacés. — La médication ([ni jouit à plus juste titre de la faveur générale consiste en l’administration des opiacés. Rivière conseillait d’administrer l\ grammes de thériaque récente, ou bien 20 centigrammes de laudanum opiat, c’est-à-dire d'extrait d'opium , en une seule fois. Cependant si les forces étaient trop abattues, il recommandait de ne pas donner la dose d’extrait d’opium tout entière, mais de n’en administrer d’abord que 5 ou 10 centigrammes, sauf à répéter plus tard cette quantité. Sydenham prescrivait quelques gouttes de son laudanum dans une petite quantité de véhicule. Quant à Alp. Leroy, il administrait d’heure en heure, 2 centigrammes d'extrait d'opium, en ayant soin de n’introduire aucun liquide dans l’estomac. [Si les vomissements persistent, on augmentera les doses, en ayant bien soin de redonner l’opium après le vomissement. Forget (2) préconisait le chlorhydrate de morphine, à la dose de 5 centigrammes dans 60 grammes de véhicule par cuillerée à café. On pourrait tenter l’administration de ces sels par la méthode hypodermique (Y. Névralgies, t. I, p. 699). ]

Les lavements laudcinisés ont aussi un grand avantage, surtout lorsque les vomissements sont très-fréquents et les évacuations alvines très - abondantes et très-rapprochées ; il ne faut pas craindre d’élever un peu haut la dose du laudanum : 1 ou 2 grammes de ce médicament , ou môme plus , doivent être portés dans le rectum dans une petite dose de véhicule. Très-souvent les évacuations alvines sont si fréquentes, que le lavement est presque immédiatement rejeté : on ne doit pas hésiter alors à en administrer un autre dans un court intervalle, sans craindre un certain degré de narcotisme dont il n’est pas difficile ensuite de tirer les malades. Toutefois on reconnaîtra nécessairement qu’il y a des limites à cette médication, et qu’il faut examiner attentivement l’étal du sujet, de peur de dépasser son but.

Chez les très-jeunes enfants, un lavement avec une ou deux gouttes de laudanum, suivant l’âge, un centigramme d 'extrait gommeux pris par la bouche (et ces doses répétées deux ou trois fois par jour, si le cas l’exige), n’ont pas le plus souvent d’inconvénient réel, quoi qu’ait dit Ménard qui a, d’ailleurs, parfaitement exposé ce traitement.

Des frictions sur l’abdomen avec un Uniment opiacé, des cataplasmes laudanisés, le repos autant que possible, Y immobilité la plus absolue, Y emploi de la glace à l’intérieur, viennent compléter cette médication, dont la supériorité sur

(4) Touretle, Traitement curatif du cholèra-morbus . Paris, 1853.

(2) Bull, thérap.,30 septembre 1855.

Page 1