HÉPATITE SYPHILITIQUE. — FORMES
ll’objetde nombreux et importants travaux, parmi lesquels nous citerons ceux de IDittrich, de Gubler, de AVilks, de Lecontour, deBlachez, de Frerichs, et en dernier lieu de Lancereaux,
§ I. — Formes.
La diathèse syphilitique se manifeste dans le foie sous trois formes différrentes :
1° Comme hépatite interstitielle simple et comme périhépatite ; 2° comme hépatite gommeuse ; 3° comme dégénérescence cérumineuse ou amyloïde.
1° Hépatite interstitielle et périhépatite. — Chez certains individus atteints de syphilis constitutionnelle, on trouve à la surface du foie’des cicatrices plissées ou rayonnées dont l’aspect est blanchâtre. Elles siègent de préférence sur la face connexe de la glande, et sont, dans quelques cas, assez nombreuses pour donner au l'oie une forme irrégulièrement lobuleuse, telle que le représente la figure 15. Rareiment on les rencontre à l’intérieur de l’organe ; cependant Lancereaux a observé tet décrit cette disposition. Le foie n’est plus divisé alors en lobules comme dans le
fFlG. 15. — Foie déformé et divisé en lobules Fig. 16. — A. Lobe droit. — a. Lobe gauebe. — par des cicatrices syphilitiques. ' b. Vésicule biliai re. — c. Cicalrice avec dépression
(Frerichs, fig. 72.) de la surface. — d. Cicalrice de la surface du foie.
— e. Ligament suspenseur. (Lancereaux.)
cas précédent; cependant il porte encore les traces du travail cicatriciel, qui du (centre aboutit à la périphérie, et sa surface devient anfractueuse, comme on peut le voir sur la figure 16. Par suite de ce travail cicatriciel, l’enveloppe du foie est souvent unie par des adhérences aux viscères voisins.
2° Hépatite gommeuse. — Les gommes du foie sont une manifestation fréquente i de la syphilis hépatite. Sur vingt-quatre cas rapportés par Lancereaux, on en t trouve douze de cette nature. Les gommes se présentent dans le foie sous l’aspect udo nodosités blanchâtres ou jaunâtres, rondes, sèches, dont le volume varie entre (Celui dune lentille et celui d’une noix. Un caractère de ces tumeurs, sur lequel ! Lancereaux insiste particulièrement, c’est qu’elles sont ordinairement circonscrites par une zone fibreuse, grisâtre, vasculaire, qui les çnkyste, et dont il est j | parfois possible de les énucléer (1).
(1) Lancereaux, Traité delà syphilis. Paris, 1866.
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
Quant à la composition élémentaire de ces nodosités gommeuses, elle est analogue à celle des tumeurs de même espèce, qu’on trouve, avec la syphilis constitutionnelle, dans le tissu cellulaire sous-cutané, sous le périoste, etc.
3° Dégénérescence eêriiniiinetise ou amyloïde. — • Cette lésion du foie n’appartient pas exclusivement à la syphilis ; on la voit encore coïncider avec les maladies des os de date ancienne, avec la phthisie pulmonaire, l’infection paludéenne, en un mot, avec les cachexies, et c’est à ce titre qu’elle semble accompagner la syphilis. Certains auteurs lui ont même refusé toute connexion syphilitique et l’ont attribuée à l’abus du mercure. Mais celte opinion semble être erronée; car divers auteurs, notamment Frerichs, l’ont observée chez des sujets syphilitiques, en l’absence de tout traitement mercuriel antérieur; et Gubler l’a notée comme un caractère de la syphilis des nouveau-nés.
A son début, la lésion est peu marquée; on remarque d’abord que le milieu des acini devient jaune rouge, transparent et plus compacte, qu’il tranche fortement avec leurs bords d’une couleur grise mate, de sorte que la structure acineuse apparaît plus évidente. Si l’on mouille une tranche de la glande avec la solution iodée, les points brillants et transparents deviennent d’un rouge intense, tandis que le liséré qui les environne prend seulement une teinte jaune-paille. Par les progrès de l’altération, l’aspect brillant et cérumineux se propage peu à peu à toute l’étendue des lobules, et le parenchyme finit par présenter une surface unie, d’un rouge jaunâtre, un peu brillante, qui n’est interrompue que par l’ouverture béante des vaisseaux. Quant au volume du foie, il dépend du degré de la dégénérescence et augmente notablement quand celle-ci est très-prononcée. Souvent, surtout quand il y a coïncidence de cicatrices syphilitiques, l’organe prend une forme lobuléc, et sa surface est couverte de rugosités plus ou moins fortes. Enfin, les cellules sont atteintes dans leur texture, leur contenu granuleux disparaît d’abord, puis leur noyau, enfin leurs parois finissent par être atteintes, et l’élément sécréteur de l’organe se trouve ainsi dissocié. Des changements analogues s’opèrent dans les petits vaisseaux, dont les parois s’épaississent, dont la lumière se rétrécit et souvent s’oblitère tout à fait.
§ II. — Symptômes.
L’hépatite syphilitique , cicatrices et gommes , paraît coïncider , d’après Frerichs, avec la période tertiaire delà syphilis. Ses symptômes pendant la vie sont parfois assez peu marqués pour passer inaperçus. Cependant il est des cas où ses signes sont assez marqués pour que le diagnostic devienne possible. Parmi les plus constants, on doit noter des douleurs dans la région hépatique, qui tantôt sont circonscrites et tantôt occupent la totalité de l’organe. D’habitude ces douleurs sont sourdes, comprimantes et parfois assez vives pour devenir fort pénibles. Leur durée peut être fort longue; tantôt elles sont continues, tantôt elles sont intermittentes, et les abcès s’accompagnent d’une fièvre légère. L’ictère est beaucoup plus rare, d’habitude peu marqué et d’une courte durée; dans quelques cas, il était dû à l’oblitération d’un canal biliaire par le travail cicatriciel, et sa durée alors était plus considérable. Quand l’ictère et les douleurs font défaut, la lésion dont le foie est le siège peut être souvent révélée par les changements survenus dans la forme et le
'hépatite syphilitique. — DIAGNOSTIC.
, volume de la glande. Le volume est d’habitude peu modifié, mais la forme subit , d’importants changements; souvent la surface de l’organe est divisée en lobes
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, irréguliers par des sillons, et quelques-uns de ces lobes forment des tumeurs rondes œi saillantes qui, lorsqu’elles peuvent être découvertes par la palpation, aident ! puissamment au diagnostic, surtout quand on a reconnu concurremment d’autres -svmptômes indiquant la coexistence de la \eiole.
‘ Tels sont les principaux accidents qui caractérisent les deux premières formes de la syphilis du foie; quant à la dégénérescence amyloïde, on la reconnaîtra , d’abord aux symptômes généraux de l’état cachectique qu elle accompagne. En outre, le foie ordinairement est amplifié, sa surface est lisse, mais sa consistance ; plus ferme; l’hypochondre droit est le siège d’un sentiment de plénitude et devient ! douloureux quand il y a coïncidence d’une hépatite syphilitique. L’ictère est trèsrare, l’ascite un peu plus fréquente. Plus fréquents encore sont les troubles digestifs. L’appétit se perd, quoique la langue reste nette; il se produit fréquemment des vomissements ; de temps à autre, enfin, survient une diarrhée muqueuse de couleur blanchâtre qui persiste pendant des semaines entières ou reparaît de temps en temps.
§ III. — Diagnostic, pronostic.
La coïncidence de la syphilis, ou son existence antérieure, seront un des moyens les plus certains pour apprécier avec justesse la nature de l’inflammation hépatique à laquelle on a affaire. La confusion avec le cancer est, dans certains cas, dillicile à éviter. On pourra néanmoins distinguer les tumeurs syphilitiques d avec celles du cancer, par leur plus grande mollesse; en outre, les douleurs sont ici moins aiguës, et ordinairement passagères; enfin, surtout dans les cas de dégénérescence amyloïde, on constate fréquemment une tuméfaction de la rate et l’albuminurie.
L’hépatite syphilitique réclame rarement une intervention active de la thérapeutique; le repos, des cataplasmes chauds, des purgatifs salins, parfois une émission sanguine locale, et, plus tard, l’usage de l’iodurc de potassium suffisent aux indications. En outre, on ne doit pas perdre de vue la diathèse dont l’hépatite est la conséquence, et si l’on craint quelque récidive dans l’avenir, on est autorisé à recourir à un traitement antisyphilitique qu’on surveillera avec soin. Contre la dégénérescence cérumineuse, on aura à instituer un traitement plus complexe. Dans ce cas, les agents les plus efficaces seraient, d’après Frerichs, les préparations iodées, telles quel’iodure de potassium et l’iodure de fer, auxquelles on ajouterait, s’il était possible, l’usage des eaux sulfureuses, telles que celles d’Aix-la-Chapelle, d’Aix en Savoie, de Luchon, d’Enghien. Graves a vu les pilules bleues administrées concurremment avec l’iodure de potassium exercer une influence favorable, et Budd vante l’action du chlorhydrate d’ammoniaque administré à la dose de 5 ou 10 grains trois fois par jour; mais à cela nous préférons le traitement par les indurés de fer ou de potassium, joints à l’usage des thermes sulfureux que nous avons déjà indiqués.
Il va sans dire qu’on favorisera l’action de la médication qu’on aura choisie par un régime propre à améliorer la nutrition, par des moyens capables d’exciter les fonctions de la peau, et par l'emploi de purgatifs légers, tels que la rhubarbe, si l’intestin se montrait paresseux.]
ARTICLE III